‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 7 sur 216 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les fils sont enroulés sur une roue à gorge, traversée par un axe appuyé sur deux montants, auquel on imprime un mouvement de rotation au moyen d’une manivelle. Cet appareil (fig. i) peut être utile en plusieurs circonstances, lorsqu’il s’agit, par exemple, d’étudier les variations qu’éprouve la température de la terre à une profondeur trop grande pour y placer à poste fixe un thermomètre. En donnant au double fil une vingtaine de mètres de longueur, on peut obtenir des fractions de degré.

On introduit, à cet effet, l’une des soudures dans un trou convenablement pratiqué, que l’on remplit ensuite avec les substances qui en ont été retirées. Les déviations de l’aiguille aimantée indiquent naturellement la différence entre la température de l’air ou se trouve une des soudures, et celle de la région où est placée l’autre soudure. La température de l’air étant connue, on en déduit immédiatement celle de cette région ; dès lors , rien n’est plus facile de voir si celle-ci éprouve ou non des variations.

On peut encore obtenir la température de la mer et celle des lacs, jusqu’à une profondeur de 1 5o à 200 mètres ; on attache pour cela un lest quelconque à l’une des soudures, une pierre, par exemple, du poids de skil. environ, puis on descend lentement le double fil dans l’eau : l’appareil accuse immédiatement l’abaissement de température du liquide, à mesure que l’on descend les points de jonction fer et cuivre. C’est là un avantage que ne sauraient donner les thermomètres à minima, attendu qu’il leur faut un certain temps pour prendre la température ambiante, et que l’on est obligé de faire une expérience chaque fois que l’on change de milieu.

Voici les résultats dune expérience que j’ai faite, conjointement avec M, Breschet , dans le lac de Genève, à 6 mètres environ de l’escarpement du rocher sur lequel est construit le château de Chillon. L’une des soudures du circuit se trouvait dans l’arsenal du château, dont la température était de 1 [\° 80 cent. Une expérience préalable avait appris qu’un degré de déviation de

8 DE LA MESURE DES TEMPÉR. INFÉR. A IOO°.

l’aiguille aimantée correspondait à i* io de température centigrade. L’autre soudure fut placée successivement à diverses profondeurs; et nous obtînmes les résultats consignés dans le tableau suivant:

Ces résultats nous indiquent que la diminution de la température dans les eaux du lac, ou affluent continuellement des eaux provenant de la fonte des neiges qui recouvrent les cimes des Alpes, ne suit pas une loi uniforme, et qu’à jo4 mètres de profondeur, la température n’est plus que de 6° 5o, au lieu de 5° 6o que Saussure a trouvés dans diverses parties du lac de Genève, à 2 ou 3oo pieds de profondeur et loin des bords.

Nous ferons remarquer que notre expérience a été faite tout près du rocher de Chillon , qui possède une température propre, laquelle augmentant à mesure que l’on s’éloigne de la surface du sol, doit réchauffer nécessairement l’eau environnante.

Ce qui porte à croire que cette explication est fondée, c’est que Saussure a obtenu dans le lac Majeur, situé sous un climat plus doux que le lac de Genève, et qui reçoit également les eaux provenant de la fonte des neiges, à 335 pieds de profondeur, une température de 6° 75, la température de la surface de l’eau étant de 2D degrés. Cet exemple prouve que l’influence des causes qui tendent à réchauffer quelquefois l’eau des lacs, s’étend jusqu’au delà de ioo mètres.

Page 1