CHAPITRE III
La flèche, en s’élevant, a emporté le fil qui, étant faiblement attaché à la tige, s’en est séparé aussitôt qu’il a été déroulé. Les pailles se sont écartées peu à peu à mesure que la flèche s’élevait, et l’écartement a été bientôt tel, que les pailles sont venues frapper fortement les parois de la cloche. Le fil étant séparé de la tige, l’appareil a conservé l’électricité qui lui avait été communiquée, laquelle était positive: la hg. i 3 bis indique le dispositif de l’expérience. Nous ne doutons pas que par ce moyen on ne parvienne à charger un condensateur au point de donner des étincelles. En faisant passer ! électricité recueillie par le fil dans un solénoïde, où se trouvaient des aiguilles d’acier faiblement trempées, nous sommes parvenus à les aimanter et à changer la polarité en les retournant dans le solénoïde. Ces résultats prouvent, i° que félectrieité positive, cpii se trouve constamment dans 1 atmosphère pendant les temps sereins, augmente en intensité sur les hautes montagnes, depuis le sol jusqu’à une hauteur d’environ s5o pieds; 2° que le fil de soie entrelacé de clinquant a toujours donné la même espèce d’électricité, sans aucune apparence de
changement de signe.
On pourrait croire que l’électricité transmise à félectromètre par la flèche provenait de son fl ottement contre l’air; mais l’expérience n’ayant donné aucun résultat quand elle était tirée horizontalement à trois pieds audessus du sol, on peut en conclure que celle quelle transmettait en premier lieu venait bien de l’atmosphère.
7 47* L’expérience suivante vient encore confirmer l’augmentation de l’intensité de l’électricité à mesure que l’on s’élève. Je montai, par un temps très-sereiiï, au haut de la roche Sanadoire, près du Mont-d’Or, laquelle est élevée de 1290 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette roche, qui est isolée des montagnes environnantes , est terminée par une plate-forme de quelques mètres carrés, qui est convenablement disposée pour faire des observations sur l’électricité de ! atmosphère. L’électromètre de Saussure, surmonté d une
112 DISTRI BUT. DE l’ÉLEC* DANS lVïMOS., ETC.
Bgede laiton de 5 décimètres, donnait un écartement de trois millimètres quand on élevait l’appareil à un mètre au-dessus delà tète; il était du double quand on faisait communiquer la tige à un fil de métal de quatre mètres, que l’on lançait perpendiculairement avec une pierre; ainsi de suite. J’ai été à meme d’observer, dans cette localité, combien était grande l’influence des corps environnants, pour empêcher la manifestation des effets électriques : quand la tige était placée à la hauteur de la tête, il n’y avait aucun écartement sensible ; en descendant le rocher et élevant l’appareil, l’écartement diminuait continuellement, de sorte qu’avant d’arriver au pied, tous les signes d’électricité avaient disparu. 11 est donc hors de doute que, puisque dans les temps calmes et sereins il existe toujours un excès d électricité positive dans l’air, et que cet excès diminue à mesure que l’on approche des corps qui se trouvent à la surface de la terre, on doit en conclure qu’il existe continuellement lin écoulement d’électricité par les cimes des montagnes, les pointes des rochers, les branches et les feuilles des arbres, les corps des animaux, etc. Les effets qui peuvent résulter de cet écoulement d’électricité n’ont pas encore fixé l’attention des philosophes, et cependant ces effets intéressent vivement la physiologie et la géologie.
y /J8. MM. Gay-Lussae et Biot , dans leur voyage aérostatique, ont cherché aussi à se rendre compte de la distribution de l’électricité dans les régions élevées de l’atmosphère, au moyen d’un fil de métal, de 5o mètres de long, terminé par une boule de métal et attaché par l’un de ses bouts à la nacelle; ils ont constaté que, bien que le temps fût très-serein, l’électricité était négative. Ce résultat était en opposition avec le fait qui était déjà bien établi à cette époque, que l’atmosphère possède toujours un excès d’électricité positive lorsque le ciel est sans nuages. M. Biot, considérant cette anomalie comme apparente, s’est arrêté à l’explication suivante pour concilier les faits observés : supposons que l’on place un plan horizontal à chacune des extrémités