‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 90 sur 216 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fait entendre, la foudre gronde, et ses retentissements se prolongent au loin.

L’éclair qui sillonne l’espace compris entre deux nues n’a qu'une durée instantanée, puisque la vitesse de l’électricité est excessive. Le son parcourant 34o mètres par seconde, il doit donc s’écouler entre son apparition et la détonation autant de secondes qu’il y a de fois 34o mètres entre le lieu ou l’on est et celui où éclate la foudre. Quand l’éclair brille sans être suivi d’un coup de tonnerre, c’est une preuve que le lieu où s’opère la décharge est situé à une distance telle de l’observateur, que le son ne peut parvenir jusqu’à lui. L’éclair suit toujours une ligne courbe ou brisée, comme l’étincelle électrique , sur le tableau magique de Franklin, en offre un exemple quand il est fortement chargé. Cet effet doit être attribué à la propriété dont jouit le fluide électrique, de suivre toujours la ligne la plus courte et qui offre le moins de résistance. Dans les fortes décharges, l’air étant plus ou moins comprimé, l’électricité cherche la partie où l air est le moins condensé; elle se dévie alors de sa direction en ligne droite, pour suivre une ligne brisée ou courbe dont la direction doit varier à l’infini.

763. Bien que dans les nuages denses la plupart du temps l’électricité se porte à ieur surface, on ne doit pas les considérer néanmoins comme des conducteurs parfaits, en raison des intervalles qui séparent toujours les globules vésiculaires, même quand ils sont très-rapprochés : il résulte de là que souvent le même nuage, à différents intervalles, donne naissance à plusieurs étini celles successives. On a remarqué que l’éclair parcourt 1 souvent des distances de plusieurs lieues, ce qui prouve que deux nuages différemment électrisés peuvent exercer une action par influence à de grandes distances. Mais là, il pourrait très -bien se faire aussi qu’il se trouvât i entre les deux nuages des corpuscules conducteurs ou ij des globules vésiculaires isolés qui servissent d’interr médiaires pour opérer la décharge.

76 4- Le bruit du tonnerre et le roulement qui raccompagne sont la conséquence de cette décharge, qui est analogue à celle de la bouteille de Leyde; si les effets ne sont pas identiquement les mêmes, il faut en chercher la cause dans l’intensité des actions. Ce roulement, ce retentissement du tonnerre au loin provient uniquement de ce que l’air a été ébranlé plus ou moins fortement par le passage de l’électricité; les masses d’air situées sur son passage étant successivement compri- • niées, il en résulte un déplacement dans celles qui sont contiguës, et conséquemment une suite de contractions et de dilatations qui, s’étendant au loin, produisent des retentissements long-temps prolongés.

765. Le thermomètre de Kinnersley , que nous avons fait connaître, ainsi que d’autres effets que nous ne rappelons pas ici , prouve bien que le fluide électrique, en traversant l’air, refoule les premières parties qu’il rencontre, produit un vide momentané dans lequel se précipite immédiatement après l’air environnant, et ainsi de suite, jusqu’à une distance qui dépend de l’intensité de rélectricité. Ce fait, qui est incontestable, ne suffit pas, suivant M. Pouillet, pour expliquer le roulement du tonnerre; les motifs qu’il allègue, pour soutenir son opinion, paraissent assez péremptoires pour que nous en fassions mention ici. Il pense que si telle était la cause du retentissement du tonnerre, le passage d’un boulet de canon dans les airs devrait produire un bruit analogue à celui du tonnerre, tandis qu’il ne fait entendre qu’un sifflement. Ce physicien pose en principe que l’électricité ne pouvant éclater entre deux corps, qu’autant qu’il y a décomposition et recomposition d’électricité entre toutes les parties qu’elle traverse, il doit en résulter des vibrations plus ou moins violentes dans la matière pondérable; plus les parties sont ténues, plus ces vibrations sont étendues. Le bruit serait donc le résultat de ces vibrations qui se propagent dans toute la masse environnante. Si l’on considère maintenant un éclair d’une longueur de quelques mille mètres, la lu-

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