Continuons à décrire les phénomènes de forage
Quand un nuage orageux se trouve à une distance
suffisante de la terre, il exerce une action électrique par influence sur tous les corps qui s’y trouvent. S’il passe- IV. 9
l3o PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX.
au-dessus d’une grande masse d’eau, il pèut en soulever une partie, jusqu’à ce que la distance soit suffisante pour que la déchargé puisse avoir lieu; si elle s’opère par son intermédiaire ou par celui d’un corps qui se trouve sur la surface de la terre , on dit alors que le tonnerre est tombé.
768. L’homme et les animaux n’éprouvent aucun effet particulier de l’action par influence qu’ils éprouvent de la part de la matière électrique, quoique possédant une grande intensité; mais si le nuage, par une cause quelconque, se décharge instantanément, la rentrée subite de la matière électrique dans le sol produit une très-vive commotion qui peut les foudroyer. Cet effet est appelé le choc en retour.
Il arrive quelquefois que, lorsqu’un corps quelconque est prêt à être frappé par la foudre, s’il se trouve en parfaite communication avec un soi humide, la matière électrique s’élance au-devant de celle du nuage pour opérer sa neutralisation ; c’est ce qui a fait croire à quelques personnes que la foudre, au lieu de tomber de l’atmosphère sur la terre, s’élevait quelquefois de la terre dans les airs.
769. La foudre frappe de préférence les arbres isolés, qui s’élèvent à une grande hauteur, attendu que leurs cimes, leurs branches et leurs feuilles remplissent les fonctions de pointe et que leurs racines s’enfoncent profondément dans le sol; leur abri doit donc être souvent fatal aux personnes qui le recherchent. La matière ligneuse conduisant imparfaitement l’électricité, ou du moins ne la conduisant qu’en raison des liquides qu’elle renferme , il s’ensuit que l’électricité parvenue au pied des arbres se partage entre les conducteurs qu’elle rencontre, qui lui offrent un plus facile accès pour se rendre dans la terre; aussi arrive-t-il quelquefois qu’elle frappe tous les animaux qui s’y réfugient.
Les édifices élevés , les églises et les clochers n’offrent pas un abri plus sûr que les arbres; car après avoir at-
CHAPTTRE V.
tiré la foudre, eu raison de leur élévation, ne pouvant la conduire entièrement dans le sol, ils restent exposés à son action.
Les habitants des campagnes sont quelquefois dans l’usage de sonner les cloches à l’approche d’un orage pour dissiper la nuée. Pour peu que la corde soit humide et que le clocher se trouve dans la sphère d’activité de la nuée, les malheureux sonneurs sont foudroyés et payent de leur vie l’ignorance de ceux qui les ont employés. Au surplus, l’expérience a prouvé que le tonnerre tombe aussi bien sur les clochers ou l’on sonne que sur ceux oh l’on ne sonne pas.
77 o. Quand la foudre tombe sur un bâtiment habité, c’est toujours de préférence sur les tuyaux de cheminée, tant à cause de leur élévation que parce qu’ils sont tapissés intérieurement de suie, qui conduit mieux l’électricité que les briques et les pierres. Elle suit ordinairement les ferrures qui se trouvent sur son passage. On doit donc éviter de se placer dans les temps d’orage près des cheminées et des fenêtres. Nous n’indiquons pas toutes les mesures de précautions à prendre pour se garantir, autant que possible , des effets de la foudre , puisqu’elles résultent des propriétés générales de l’électricité sur lesquelles nous nous sommes suffisamment étendus.
§ II. Effets particuliers de la foudre.
77 ï. La foudre, en raison de la force répulsive qu’elle exerce sur les particules de la matière, fend ou brise les corps solides non conducteurs; c’est ainsi qu’un arbre est souvent divisé en parties très-minces par son action.
Quand elle parcourt un fil métallique qui n’a pas une masse suffisante pour lui livrer passage, elle le fond en laissant des traces de fusion du métal sur les murs, les bois contigus, etc.
La foudre, en refoulant les parties matérielles des corps et comprimant l’air, dégage assez de chaleur pour
EFFETS PARTlClII -IEHS DE LA FOI DUE.
enflammer rapidement des substances ténues, telles que la paille, le foin, le coton, etc.
Quand elle a suivi un conducteur qui vient à lui manquer et qui pénètre un cor ps non conducteur, elle brise ce dernier pour reprendre le premier : c’est ainsi qu’elle projette en l’air des pièces métalliques scellées dans un mur.
Il arrive quelquefois que des individus sont foudroyés sans être tués. Cet effet est facile à concevoir; les corps étant de médiocres conducteurs, la matière électrique peut glisser dessus sans y entrer en totalité, surtout quand leur surface n’est pas humide. Quelquefois ils sont préservés de ses atteintes par un vêtement de soie, qui l'empêche également d’y pénétrer.
Quand la foudre pénètre dans l’intérieur du corps, elle détermine des lésions dans les organes, et en particulier dans le système vasculaire, qui tuent instantanément; en raison de ce désordre la putréfaction s’y manifeste très-promptement.
772. On est dans l’usage d’attribuer à la présence de la matière électrique dans l’air, pendant les orages, l’acescence du lait et la corruption des chairs, qui réellement sont plus promptes alors que dans tout autre temps. Nous ne connaissons pas assez le mode d’action de l’électricité , dans cette circonstance, pour donner une explication de ces deux phénomènes. Nous nous bornerons seulement à faire remarquer que la température élevée de l’air, dans la saison des orages, peut bien avoir aussi quelque part à leur production.
773. Fusinieri a constaté que la foudre, quand elle frappe des bâtiments, transporte avec elle des matières pondérables, dans un grand état de ténuité. Il a trouvé effectivement dans les dépôts qu’elle laisse sur les parties qu’elle frappe, des traces de fer, de soufre et de charbon.
Les diverses ramifications de la foudre, c’est-à-dire les petites étincelles qui jaillissent delà masse électrique,
laissent également des traces de matières pondérables dans lin grand étal de division. Le meme physicien a remarqué que les dépôts formés par la foudre sont d’autant plus marqués qu’elle éprouve plus de difficultés à traverser les corps, et qu’à mesure qu’elle dépose de la matière elle en prend de nouvelle dans les corps combustibles qu’elle traverse.
7 7 4- La foudre dépose les matières transportées en couches minces et étendues comme le fait l’électricité voltaïque dans les expériences de Nobili. En examinant un de ces dépôts, il a trouvé qu’une des couches était brune au centre, jaunâtre et moins foncée sur les bords; effets dus au fer à différents degrés d’oxidation. Il a observé sur des pierres détachées par l’effet de la foudre une couche de sulfure de fer d’un demi-mil! im. de diamètre, et même des cristaux de sulfure de fer qui, d’après leur position, paraissaient avoir été formés dans le trajet de la foudre à travers le métal. Il résulterait donc de là, ce qui est difficile à admettre, que la matière électrique peut transporter le soufre en pénétrant dans le métal.
M. Fusinieri a observé également sur le verre des couches minces réfléchissant les couleurs du spectre; la portion centrale et pulvérulente était formée de plomb; la portion extérieure a paru ne renfermer que du fer plus ou nio ns oxide : il a trouvé encore qu’une des lames minces était formée d’une couche excessivement ténue de fer métallique.
Ce physicien a cherché à se rendre compte d’où provenaient les diverses substances déposées par Sa foudre. Par exemple, les traces ferrugineuses qu’elle laisse dans les maisons qu’elle a frappées, peuvent provenir du fer qu’elle rencontre sur son passage, en traversant les diverses parties de ces maisons. Mais comme on retrouve encore ces traces de fer, ainsi que celles du soufre, sur les arbres qui ont été foudroyés, on est assez dispose à croire que ces deux substances se trouvaient dans la foudre.