‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 4)Chapitre 94 sur 216 · CHAPITRE V. ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. ï

Les inductions de M. Fusinieri doivent appeler l’attention des physiciens et des chimistes sur la nature des substances que la foudre laisse après elle, quand elle frappe un objet quelconque. Leurs observations pourront servir à jeter quelque jour sur des phénomènes météoriques dont l’origine nous est tout-à-fait inconnue.

777. La foudre, en traversant l’air, doit nécessairement produire une certaine quantité d’acide nitrique, de la même manière que Priestley en a obtenu en faisant passer une suite continue d’étincelles dans un tube recourbé rempli d’air, dont les deux extrémités plongeaient da ns du mercure. Quelques physiciens ont cherché à attribuer à des décharges électriques au milieu d’un air humide, l’origine de la plus grande partie de l’acide nitrique qui, uni aux bases, forme le salpêtre que l’on trouve dans certaines ni trières artificielles. Sans nous expliquer pour l’instant sur la cause de la formation du salpêtre dans ces localités, nous ferons remarquer que M. Liebig, dont on connaît l’habileté, a constaté que l’eau de pluie d’orage contient de l’acide nitrique, et que M. Boussingault a observé que, dans les environs de Rio- Bamba, le nitre se forme de préférence dans les lieux oh les orages sont fréquents.

Nous aurons l’occasion, en traitant des formations spontanées , de dire notre avis sur les causes qui donnent naissance au salpêtre naturel.

778. Nous 11e devons pas oublier de mentionner ces effets lumineux que l’on remarque à l’extrémité des corps conducteurs qui se trouvent dans la sphère d’activité d’un nuage orageux. Ces effets sont dus au pouvoir des pointes et doivent se manifester dans des circonstances analogues. Nous avons déjà rapporté plusieurs exemples de ce genre, dans la partie historique de notre ouvrage, nous nous contenterons de relater ici le fait dont Saussure a été témoin sur la cime du Brévent. En 1781, ce célèbre physicien se trouvait sur cette montagne avec MM. Jallabert et Pictet. Chaque fois qu’il élevait la main, il ressentait autour des doigts une espèce de frémisse»

ment semblable à celui que Ton éprouve lorsqu’on s'approche d’un conducteur d’une machine électrique. Bientôt après on tira des étincelles d’un bouton d’or fixé à son chapeau. Il fut démontré par là que le phénomène était électrique. L’orage grondait alors dans un nuage situé au-dessus de leur’ tète. Une petite pluie étant survenue, tous les signes d’électricité disparurent.

On rapporte que ( i), pendant un orage, des personnes qui se trouvaient la nuit sur un terrain élevé, virent les contours de leurs chapeaux, leurs gants, les oreilles, les queues et les crinières des chevaux, les troncs d’arbres isolés, entourés d’une auréole de feu. Ces flammes produisaient un léger sifflement analogue à celui que l’on remarque dans les phénomènes électriques.

7r; 9. La foudre en tombant produit souvent des effets extraordinaires, dont on ne peut se rendre compte qu’en examinant les lieux, la position des personnes et la manière dont elles sont vêtues. Nous allons en rapporter

quelques exemples.

On cite (2) deux personnes qui, étant debout dans leur appartement, à la suite d’une violente explosion, firent brusquement l’une et l’autre un demi-tour sur ellesmêmes sans être blessées. Un jeune homme reçut 1$ commotion sans être blessé, quoiqu’il fût éloigné de 2 de la place ou le tonnerre produisit l’effet principal. Du reste, cette explosion fut accompagnée des effets qui caractérisaient la chute de la foudre.

Quand la foudre traverse des barres de fer, elle doit produire des effets magnétiques comme l’électricité; c’est effectivement ce que l’on remarque souvent après un orage : des chevilles, des clous et même des aiguilles acquièrent alors la polarité magnétique.

(1) Annales de Ch. et de Phys. , t. x, p. 284. (a) Annales de Ch. et de Phys. , t. x, p. 77 .

$ III. Des tubes fulminaires.

780. Nous avons dit plus haut que lorsque la foudre tombe sur un point quelconque de la suiface de la terre, elle suit toujours les corps meilleurs conducteurs qui se présentent à elle pour se rendre dans son intérieur. Si l’effet est énergique, les corps sont fondus ou brisés* quand la conductibilité n’est pas parfaite; mais si, pour atteindre des nappes d’eau à une certaine distance audessous de la surface terrestre, elle est obligée de traverser des masses plus ou moins considérables de sable ou de matières capables d’être fondues à une température élevée, il se produit alors, dans la direction de la décharge, des tubes vitrifiés , auxquels on a donné le nom de tubes fulminaires.

781. Ces tubes ont été observés pour la première fois en 1711 par le pasteur Herman, en Silésie; on les a retrouvés depuis en i8o5, dans les landes de Paderborn, et ensuite dans d’autres localités ; mais on n’a bien étudié leur formation qu’à Drigg. Ces tubes sont presque tous creux et descendent dans le sable, suivant la verticale, jusqu’à des parties humides , ou le fluide électrique qui les a formés s’échappe dans toutes sortes de directions. On en a trouvé aussi dans des directions obliques. Leur longueur est de : 20 à 3o pieds; ils sont divisés souvent en fragments par de longues fissures transversales; quelquefois le tuyau principal se divise en plusieurs tubes latéraux; leur paroi intérieure est un verre uni trèsb ri Haut, très-pur, et leur enveloppe est formée d’une croûte de grains de sable agglutinés , dont la couleur varie avec la nature des couches que parcourt la foudre.

A Drigg, les tubes fulminaires ont été formés au milieu

de huttes de sable mouvant de Zjo pieds de hauteur, dans le voisinage de la mer; leur diamètre total était de deux pouces et demi.

L’expérience de MM. Savart, Hachette et Beudant, ne laisse aucun doute sur l’origine des tubes fulminaires.

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