DES AURORES BORÉALES
§ . Description (la pi Lénomène.
i63j. Ij’aurore Jioréale est un des pliénoinèoes naturels qui ont le plus excité la sagacité des physiciens. Les uns pensaient que la lumière qui raccouqDagiîe était produite par la réfraction des rayons solaires; d’autres eurent recours au fluide magnéticpie. Euler ci'ut que la matière de l’aurore boréale était la même que celle de la queue des comètes; Mairan s’imaginait qu’elle résultait du mélange de l’atmosphère du soleil avec celle de la terre. Mais, aussitôt que les propriétés de la lumière électrique eurent été connues, toutes ces hypothèses furent abandonnées; Eberbart, professeur à Hall, et Paul Frisi,à Pise, furent les premiers qui proposèrent d’expliquer l’aurore boréale par l’électricité, en s’appuyant sur les faits suivants : L’électricité qui passe dans le vide
s’y montre sous les mêmes apparences lumineuses que celles que l’on observe dans l’aurore boréale; 2“ l’air devenant moins dense à mesure qu’il s’élève au-dessus de la surface de la terre , les décharges électriques dans les régions supérieures doivent présenter les mêmes apparences que dans des tubes remplis d’air plus ou moins raréfié. Les idées d’Eberhart et de Paul Frisi furent adoptées par Canton, Beccaria, Vilke, Franklin, etc., c[ui y apportèrent néanmoins quelques modifications.
Mais , depuis qu’il a été constaté par une foule d’ob-
CHÀ.PITRK V.
servatlons faites sur divers points du globe, que les aurores boréales réagissent sur l’aiguille aimantée, nonseulement dans les lieux oii elles sont visibles, mais encore dans les contrées qui en sont éloignées, il n’est plus permis de douter qu’elles n’aient ùne origine électrique, quoiqu’on ignore encore en quoi consiste cette origine. Je vais donc exposer ici les phénomènes des aurores boréales, considérés comme phénomènes électriques , avec tous les développements nécessaires pour mettre à même' les physiciens d’en connaître toutes les particularités.
L’aurore boréale est un météore lumineux qui apparaît quelquefois après le coucher du soleil, vers le nord, l’arement vers le couchant, et plus rarement encore vers le midi ; tantôt il se présente près de l’horizon comme une lueur vague, ayant de la ressemblance avec celle de Taurore qui précède le lever du soleil ; d’autiTs fois sous la forme d’une nuée sombre d’oîi partent des fusees lumineuses, c[uel{:[uefois divei’sement colorées et cpii éclairent alors toute l’atmosphèi’e. Telles sont les apparences principales qu’on observe dans ce météore. Mais, pour en avoir une idée plus nette, je vais rapporter les observations d’aurore boréale, faites par des hommes dignes de foi , qui ont eu l’occasion de les étudier.
Mairan, dans son Trdité des Aurores boréales ^ dit que les grandes aurores boréales commencent [)eu de temps' après la fin du crépuscule. On aperçoit d’aboi’d unbroudlard assez obscur vers le nord, avec un peu plus de clarté vers l’ouest que dans le reste du ciel. Le luou illard prend à peu près la forme d’un segment de cercle, s’appuyant de chaque coté sur l’horizon. La partie visible de la circonférence est bientôt entourée d’une lumière blanche qui donne naissance à un ou plusieurs arcs lumineux. Viennent ensuite des jets et des rayons de lumière diversement colorés, (jui partent du segment obscur ou il se fait ([uelques brèches éclairées qui annoncent un mouvement de fluctuation dans la masse.
Quand le phénomène a pris une certaine extension,
DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE
formation de ces brèches, desquelles s’échappent, comme d’un incendie, des rayons lumineux diversement colorés.
Quand cette es])ècc d’incendie est éteint, et que la matière de l’aurore s’est étendue , il se forme alors une couronneau zénith, ou concourent les rayons lumineux. Dans ce moment le phénomène diminue d’intensité; on observe cependant encore, de temps à autre , des jets de lumière, une couronne et des couleurs plus ou moins vives, tantôt d’un coté du ciel , tantôt de l’autre. Enfin , le mouvement cesse, la lumière se rapproche de plus en plus de l’horizon; la nue quitte les diverses parties du ciel et s’arrête vers le nord. Le segment obscur en se dissipant devient lumineux; sa clarté est d’abord assez prononcée près de l’horizon , plug faible au-dessus, et finit par se perdre dans le ciel.
•Outre les effets que je viens de décrire , d’après Mairan , l’aurore est quelquefois composée de deux segments lumineux concentriques, ayant leurs extrémités à l’horizon , séparés entre eux par un segment obscur, et de la terre par un autre segment obscur.
Il assure aussi , quoique très - rarement , qu’il n’y a qu’un seul segment obscur' (fig. 22) , percé symétriquement, autour de son bord, de créneaux, à travers lesquels on croit apercevoir un incendie. Ce singulier météore a été observé par Mairan lui-même , à Breuille-Pont , le 19 octobre 1-726.
Le même physicien admet que l’aurore est un phénomène qui se passe en dehors de notre atmosphère , autant qu’on en peut juger par les observations de parallaxe faites en différents lieux éloignés les uns des autres. On trouve, en effet, dans son ouvrage, page 55, les faits suivants :
L’aurore du 12 septembre 1621, observée par Gassendi, à Peyniers , en Provence, entre Aix et Saint- Maximin, fut aperçue en même temps dans tout le Dauphiné, à Bordeaux, à Dijon, à Paris, à Boucn, dans