‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 101 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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toute l’Europe, jusqu’à Alep, en Syrie, c’est-à-clire , à près de 700 lieues vers l’orient de la France.

L’aurore boréale du j'y mars l'y 16 fut observée dans la plupart des parties septentrionales de l’Europe, et par des Anglais, dont le vaisseau se trouvait alors proche des cotes d’Espagne, à 46*^36' de latitude.

L’aurore boréale du jq octobre 1726 fut visible en meme temps à Varsovie, à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Rotne, à Naples, à Lisbonne, et même, selon quelques relations, à Cadix. En admettant que le phénomène, vu en même temps dans ces deux dernières villes, se fût présenté le plus près possible de riiorizon , ce qui est le cas le plus défavorable pour avoir une mesure approchée de la région ou il existait, on obtient une valeur de 58 lieues pour la hauteur perpendiculaire du point où se coupent les deux tangentes que forment les rayons visuels des observateurs.

Comme les assertions sur lesquelles s’appuie Mairan, pour montrer que l’on a trouvé des hauteurs plus considérables pour les aurores, ne sont pas appuyées de preuves suffisantes , je me dispense d’en faire mention ici; si les faits précédents sont bien constatés, on doit' en conclure que les aurores se montrent quelquefois bien au delà des limites que l’on assigne à notre atmospbèi’e. Mais M. Biot ne partage pas cette opinion, comme on va le voir.

Dans le voyage qu’il a fait, en 1817 , aux îles Shetland , il a eu occasion de voir souvent et d’étudier les aurores boréales. Voici la description que ce célèbre physicien a donnée de celle qu’il a observée le 27 août 18 I 7 (i); cc On vit d’abord dans le nord-est quebpies jets (( déliés de lumière qui s’élevaient sur riiorizon , à une (c petite hauteur : ayant brillé pendant quelque temps, « iis s’éteignirent; mais une heure et demie après, ils recc parurent dans la même partie du ciel, et cette fols ils

(i) Journal des Savants, 1820.

Îi04 DESCRIPTION DTI PTIÉNOMÈNE.

« ('taient beaucoup plus forts, plus brillauts , plus eten- « dus. Bientôt ils commencèrent à former, au-dessus de « l’horizon, un arc régulier comme un arc-en-ciel; le c( contour n’en était pas complet d’abord; mais peu à « peu son amplitude s’accrut , et après quelques instants « je vis venir à l’ouest l’autre moitié qui se forma, s’é- « leva en un moment, accompagnée d’une multitude de a jets de lumière qui accouraient de tous les points de (c l’horizon du nord; alois le sommet de la courbure « s’éleva presque jusqu’au zénith. Cet arc fut d’abord « flottant et indécis, comme si la matière qui le compo- « sait n’avait pas encore pris un arrangement stalile ; a mais bientôt toute son agitation se calma, et dès lors il « se maintint dans toute sa loeauté pendant plus d’une « heure, ayant seulement un mouvement de progression , « presque sensible vers le sud-est, ou il semblait que le a portât le léger souffle du vent nord-est qu’on sentait (c alors. J’eus ainsi tout le temps de contempler et d’ob- « server sa situation, avec le cercle qui servait à mes « observations astronomiques. Je trouvai qu’il embras- « sait sur l’horizon une étendue de 128° 4^ 7^^ que son « centre était placé exactement sur la direction de l’ai- « guille aimantée. Toute l’étendue du ciel , que ce grand « arc limitait du côté du nord-ouest, était jncessamment « traversée, dans toutes les directions, par des jets lumi- (c neux, dont les formes, les mouvements, les couleurs et « les durées diverses n’occupaient pas moins mon esprit « que mes regards. î.e plus souvent chacun de ces jets , « lorsqu’d commençait à paraître , n’était qu’un sim- « pie trait de lumière blanchâtre ; sa grandeur, son éclat, « s’accroissait avec rapidité, en offrant quelquefois des c( variationssingulièresde direction et de courbure. Quand « il avait atteint son entier développement, il se l’étré- « cissait en un fdet mince et rectiligne, dont la lumière, « en général , extrêmement vive et brillante, offrait une (C teinte rouge bien marquée. Après ce terme, il s’affai- « blissait peu à peu, et finissait par s’éteindre, souvent « â la même place précise oîi il avait commencé son ap-

CIIÀPlTilE V.

« paritlon. Cette permanence d’un grand nombre de jets, « cliacun dans un même lieu apparent, tandis que leur « éclat éprouve une infinité de nuances, semble prouver « que la lumière dont il brille n’est pas réfléchie, mais « directe, et qu’elle se développe au lieu même où on la « voit : aussi n’ai~je pas pu y découvrir la moindre trace « de polarisation. Tous ces feux, et l’arc même qui les « embrassait dans son contour, occupaient une région « plus élevée que les nuages; car ceux-ci les cachaient par « intervalle; et soit que ce fût une illusion, soit que la (c chose fût réelle, les contours de ces nuages en parais- « saient illuminés. »

Voyons encore le récit d’une aurore boréale observée dans une région plus septentrionale que les îles Shetland, à Bossekop ( West-Finmark).

M. le lieutenant de vaisseau Lottin, un des membres de la commission scientifique envovée dernièrement dans

le Vord, a fait une étude approfondie des aurores dans cette localité, pendant l’hiver de i8d8 à 1889; voici le -résultat de ses observations, qu’il a eu l’obligeance de me communiquer :

Bossekop est un comptoir norwé.gien dans la baie d’Alten , sur la côte de West-Finmark , par degrés de latitude septentrionale.

Le golfe ou Fiord d’ A lien s’étend dans la direction du nord comme un large fleuve dont les sinuosités vont se perdre derrière plusieurs promontoires, de sorte que Bossekop semble être sur les bords d’un lac entouré de forets de sapins et de montagnes neigeuses , dont les crêtes dentèlent l’horizon h la hauteur de ô à 7 degrés.

De septembre i838 à avril 1889, dans l’intervalle de 206 jours, on a compté i48 aurores boréales; elles ont été surtout très - frécjuentes du 17 novembre au 28 janvier, pendant l’absence du soleil; cette nuit de 70 fois 2.4 heures a offert 64 aurores, sans compter celles dérobées à la vue par un ciel etitièrement couvert, et dont néanmoins la présence é(alt accusée par les perturbations des aiguilles magnétiques.

DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE

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Sans entrer dans de plus longs details, l’on se contente ici de décrire d’une manière succincte l’aspect sous lequel les aurores se sont 'présentées le plus fi’équeininent, et leur marche accoutumée; enfin, ce que l’on pourrait, pour ainsi dire, considérer comme une aurore normale, quoique toutes n’offrent pas la réunion parfaite des memes phénomènes.

Le soir, entre 4 et 8 heures, la brume légère qui règne presque habituellement au nord, dans la direction du Fiord , à la hauteur de 4 ^ G degrés , se colore à sa partie supérieui’e, ou plutôt se frange des lueurs de l’aiK rore qui existe derrière. Cette bordure devient plus régulière et forme un arc vague , d’une couleur jaune pâle , dont les bords sont diffus et dont les extrémités s’appuient sur les terres.

Cet arc monte plus ou moins jentément, son sommet restant dans le méridien magnétique, ou à très-peu près ; ce qui n’est pas facile de déterminer avec exactitude , a cause de son mouvement ascensionnel et de sa forme déprimée.

Bientôt des stries noirâtres séparent régulièrement la matière lumineuse de l’arc : les rayons sont formés. Ils s’allongent , se raccourcissent lentement, ou instantanément; ils dardent^ augmentant et diminuant subitement d’éclat. La partie inférieure, les pieds des rayons, offrent toujours la lumière la plus vive, et forment un arc plus ou moins régulier; la longueur de ces rayons est souvent très-variée, mais tous convergent vers un même point du ciel , indiqué par la direction de la pointe sud de l’aiguille d’inclinaison (fig. aô). Parfois ils se prolongent jusqu’à leur point de réunion, formant ainsi le fragment d’une immense coupole lumineuse (fig. 24).

L’arc continue de monter vers le zénith; il éprouve un mouvement ondulatoire dans sa lueur, c’est-à-dii'e , (jue d’un [)ied à l’autre l’éclat de chaque rayon augmente successivement d’intensité ; cette espèce de courant lumineux se montre plusieurs fois de suite, et bien plus fréquemment de l’ouest à l’est que dans le sens opposé.

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