CHAPITRE V
Quelquefois, mais rarement, un mouvement rétrograde a lieu immédiatement après le premier, et aussitôt que cette lueur a parcouru successivement tous les rayons de l’ouest à l’est , elle se dirige dans le sens inverse , revenant ainsi à son point de départ, sans que l’on puisse dire si ce sont les rayons qui éprouvent alors un mou» veinent de translation à peu près horizontal , ou si celte lueur plus vive se transporte d’un rayon à l’autre de proche en proche, sans que ceux-ci éprouvent de déplacement.
L’arc offre aussi un mouvement alternatif dans le sens ^ horizontal, figurant les ondulations ou les plis d’un vuhan ou d’un drapeau agité j)ar le vent, comme 011 le voit dans la fig. 25. Parfois un de ses pieds, et même tous les deux, abandonnent l’horizon; alors les plis
Uevicnnent plus nombreux , mieux prononces , t arc n’est plus qu’une longue bande de rayons qui se contourne , se sépare en plusieurs parties , formant des courbes gracieuses (fig. 26), qui se referment presque sur elles-mêmes, et offrent, ii importe, dans quelle partie de la voûte céleste^ ce que l’oyi a probablement nommé jusqu’ici des couronnes lioréales. Alors l’éclat des rayons varie subitement d’intensité, dépasse celui des étoiles de première grandeur; ces rayons dardent avec rapidité, les courbes se forment et se déroulent comme les plis et replis d’un serpent (fig. 27). Puis les rayons se colorent : la base est rouge, le milieu vert ; le reste conserve sa teinte lumineuse jaune clair. Ces couleurs ont toujours, sans exception, conservé ces positions respectives; elles sont d’une admii-able transparence; le rouge approche de la teinte sang-clair, le vert de celle d’une émeraude pâle. L’éclat diminue, les couleurs disparaissent, tout s’éteint subitement ou s’affaiblit peu à peu. Des fragments d’arc reparaissent; l’arc se reforme lui-même, continue son mouvementascensionncl et approche du zénith; les rayons, par l’effet de la perspective, deviennent de j)!us en plus courts; on peut juger de l’épaisseur de l’arc, qui offre,' parfois alors, une large zone de rayons parallèles; puis le
DESClUPTJOIN' DU PHÉNOMÈNE.
soniiîiet de l’arc atteint le zénith magnétique , point désigné par la pointe sud de l’aiguille d’inclinaison: alors les rayons sont vus par leurs pieds; s’ils se colorent en ce moment, ils montrent une large bande rouge à travers laquelle on distingue les nuances vertes qui leur sont supérieures, et s’ils subissent ce mouvement de translation horizontale dont nous avons parlé plus haut, les pieds forment une longue zone sinueuse et ondulante, tandis que dans tous ces changements continuels , les l'ayons n’éprouvent jamais d’oscillation dans le sens de leur axe, et conservent toujours leur parallélisme. ^
Pendant l’intervalle de temps qui vient d’être décrit, de nouveaux arcs se sont présentés à l’horizon, commençant d’une manière diffuse, ou avec les rayons tout formés et très-vifs. Ils se succèdent en passant à peu près par les mêmes {)hascs,et se maintiennent a distance les uns des autres; on en a compté ainsi jus([u’à neuf, appuyés sur les terres, et l’appelant, par leur disposition, ces toiles cintrées qui vont d’une coulisse à l’autre et figurent le ciel de nos scènes théâtrales. Parfois les intervalles diminuent , plusieurs de ces arcs se serrent l’un contre l’autre ; c’est une large zone de rayons parallèles qui traversent le ciel et vont disparaître vers le sud, s’affaiblissant rapidement après leur passage au zénith. Mais parfois aussi, lorsque cette zone occupe le haut du ciel, s’étendant de l’est à l’ouest, la masse de rayons qui ont déjà dépassé le zénith magnétique paraît tout à coup venir du sud , et forme avec ceux du nord la véritable couronne boréale, dont tous les rayons convergent vers le zénith. Ainsi cette apparence de coui’onne ne vient, sans doute, que d’un simple effet de perspective, et l’observateur placé dans cet instant à une certaine distance, au nord ou au sud, n’apercevrait qu’un arc.
]^a zone totale du rayon étant moins épaisse dans le sens nord et sud que longue dans le sens est et ouest , puisqu’elle s’appuie souvent sur les terres, la couronne a une lionne elliptique. Mais cela n’a pas toujours lieu : on
CIlyVPlTJlE Y.
l’a vue circulaire , les rayons inégaux ne s’étendant pas à plus/de 8*^ à 12^ degrés du zénitli, tandis (pie d’autres
fois ils vont jus([u’à l’iiorizon.
Si l’on pense qu’alors tous ces rayons dardent avec vivacité, variant continuellement et subitement dans leur lon'gueur et leur éclat ; que des belles teintes rouges et vertes les colorent par intervalles; que les mouvements ondulatoires ont lieu, que les courants lumineux se succèdent, et enfin que la voûte céleste tout entière offre une immense et magnifique coupole étincelante, dominant un sol couvert de neige qui, lui-même, sert de cadre éblouissant à une mer calme et noire comme un lac d’asphalte, on n’aura encore qu’une idée très-imparfaite de l’admirable spectacle qui s’offre a l’observateur et qu’il faut renoncer à décrire.
La couronne ne dure que quelques minutes; elle se forme quekjuefois instantanément, sans aucun arc préalable. Il y en a rarement plus de deux dans la même nuit, et bien des aurores n’en ont montré aucune trace.
La couronne s’affaiblit, 'tout le phénomène est au sud du zénith, formant des arcs plus pâles et qui disparaissent généralement avant d’avoir atteint riiorizon sud. Le plus ordinairement tout ceci a lieu dans la première moitié de la nuit , après quoi l’aurore paraît avoir perdu de son intensité; des faisceaux de rayons, des bandes, des fragments d’arcs paraissent et disparaissent par intervalles; puis les rayons deviennent de plus en plus diffus: ce sont des lueurs vagues et faibles qui finissent par occuper tout le ciel , gi’oupées comme de petits cumulus, et désignées sous le nom de phiques aiirorales. Leur lumière lactée éprouve souvent des changements très-vifs dans son intensité, semblables à des mouvements de dilatation et de contraction qui se propagent du centre à la circonférence, et réciproquement, rappelant ceux de ces animaux marins nommés La lueur crépusculaire arrive peu à peu, et le phénomène, faiblissant graduellement, c(isse d’être visible.
D’autres fois les rayons paraissent encore avec le com- YI. partie. i[^
110 DES DIVEIl. TIIÉOR. IMAGIN. POUR EXPL. , ETC.
nienceinent du jour, même lorsqu’on peut lire sans difficulté le texte d’un imprimé; puis ils disparaissent tout à coup ; ou bien, a mesure que le crépuscule augmente, ils deviennent vagues, prennent une couleur blanchâtre, et finissent par se confondre avec les cirrho-stratus , de telle sorte qu’il devient impossible de les distinguer de cette espèce de nuages.
En résumé, nous voyons d’abord que les aurores boréales, lors de leur apparition, dérangent ordinairement la marche régulière de l’aiguille aimantée. J’indiquerai, en traitant des variations diurnes, en quoi consiste l’influence qu’exercent sur elle ces météores.
Nous voyons ensuite que pendant leur apparition on aperçoit souvent vers le nord et quelquefois même vers le couchant des rayons, diversement colorés, qui jaillissent de tous les points de l’espace, et se dirigent ordinairement vers le méridien magnétique.
Avant que ces rayons se montrent, on aperçoit des cercles concentriques , coupés en deux parties égales par le méridien magnétique. Nous pouvons inférer de là qu’il existe une liaison intime entre les causes de l’aurore boréale et celles du magnétisme terrestre.
§ II. Des diverses théories imaginées pour expliquer
les aurores boréales.
i63i. Avant de faire connaître, avec*' des développements suffisants, le mode d’action exercé par les aurores sur l’aiguill-e aimantée , je vais reprendre les diverses théories, dont j’ai parlé précédemment, qui ont été imaginées pour expliquer ce singulier phénomène; en montrant en meme temps leur insuffisance pour rendre compte des effets observés , je passe sous silence toutes les idées erronées et superstitieuses mises jadis en avant pour les interpréter.
Je commencerai par Halley qui supposa que l’aurore était due à des tourbillons magnétiques, traversant la terre avec une excessive vitesse du sud au nord, et