‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 103 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pouvant devenir lumineux par eux -mêmes ou par leur contact avec les substances terrestres qu’ils rencontraient. Les tourbillons ayant été abandonnés, on mit en avant plusieurs causes qui fixèrent peu l’attention publique. Mairan vint à son tour, comme je l’ai déjà dit, et partant du fait qu’il existe autour du soleil une espèce de vapeur lumineuse, d’une ténuité extrême, admit surle-champ que l’aurore boréale n’était qu’une portion de cette vapeur, ou plutôt une portion de l’atmosphère solaire que la terre rencontrait sur sa route et emportait avec elle dans l’espace.

Quoique cette théorie présentât de grandes difficultés pour faire ainsi voyager l’atmosphère solaire , néanmoins Mairan la défendit avec talent , et parvint même à la faire adopter par les hommes les plus distingués de son époque. Cette théorie fut donc admise par les savants jusqu’en lyâo, époque où Celsius etNiorter découvrirent que les aiguilles aimantées éprouvaient une agitation extraordinaire lors de l’apparition des aurores. On observa successivement plusieurs des effets dont il a été question précédemment, et qui firent supposer que l’électricité devait jouer un rôle, et même un rôle important, dans la production du phénomène. Mais il ne suffisait pas de trouver une identité entre la lumière électrique et celle des aurores; il fallait encore démontrer l’existence d’une quantité suffisante d’électricité dans l’atmosphère.

Franklin , et quelques physiciens qui vinrent ensuite , démontrèrent bien qu’il existe en tout temps , pendant le jour et pendant la nuit, une certaine quantité d’électricité libre dans l’air ; mais cette quantité n’était pas suffisante pour expliquer tous les effets observés dans les aurores.

Dalton , dans un ouvrage ayant pour titre : Meteorological Observations and Essays ^ publié en 1793, exposa aussi ses idées sur l’aurore boréale ; je vais en donner ici un aperçu :

Le phénomène de l’aurore se passe à 1 5o milles d’élévation de la surface de la terre. En s’élevant au-dessus

2 I 2 DESDIVKRS. TIlÉOR. IMAGIN. POUR EXPL. , ETC.

de celle-ci, on trouve d’abord la région des nuages, puis celle des météores, tels que les étoiles filantes, les globes de feu , etc. ; au delà est la région de l’aurore. La grande élévation de l’aurore, sa lumière extrêmement affaiblie, qui peut s’étendre sur une moitié de l’hémisphère, sont autant de preuves de la grande élévation de l’aurore. Dalton appelle encore à son aide les effets électriques lumineux produits dans l’air plus ou moins raréfié. Il attribue, en outre, une origine ferrugineuse aux rayons de l’aurore boréale, en raison des propriétés magnétiques du fer. Je passe sous silence d’autres assertions plus extraordinaires encore, qui ne peuvent supporter le plus léger examen, dans l’état actuel de la science , pour en venir à l’explication rationnelle de quelques-uns des effets principaux que l’on observe pendant la durée du phénomène.

Si les jets de lumière semblent converger vers le méridien magnétique, ce n’est là qu’une illusion d’optique, attendu que ces rayons, étant parallèles à l’aiguille d’inclinaison, doivent tendre vers un point situé dans le plan du méridien magnétique qui passe par l’œil. Lorsqu’un certain nombre de ces rayons sont amenés au-dessus de la tête de l’observateur, de manière à dépasser les points du ciel qui correspondent au méridien magnétique, la projection de tous ces rayons doit former sur la voûte céleste, autour de ce point, une couronne lumineuse dont les traits divergents paraîtront descendre de toutes parts vers l’horizon, jusqu’à la hauteur apparente à laquelle les rayons météoriques seront descendus eux-mêmes par l’effet de leur mouveinent progressif. Cette démonstrationfut adoptée par Cavendish , dont l’opinion est ici d’un grand poids 'en raison de la sévérité qu’il apportait dans tous ses jugements.

Suivant Dalton , l’action exercée par l’aurore est dépendante de sa hauteur au-dessus de l’horizon; quand cette hauteur est très -grande, l’aiguille aiimuitée n’éprouve aucune espèce de perturbation. Quand l’aurore s’élève au-dessus du zénith, et même le dépasse, cette perturbation consiste en une oscillation irrégulière, tan-

Page 1