‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 106 sur 226 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le pôle magnétique est évidemment le point de départ des colonnes lumineuses; dès lors, les parties extrêmement déliées qui composent ces colonnes, et la nue lumineuse qui leur donne naissance, doivent sortir de la terre en ce point ou en quelques autres peu éloignés. Or, les contrées septentrionales ont été, dans tous les temps , comme elles le sont aujourd'hui , exposées à de violentes éruptions volcaniques. Plusieurs des volcans voisins du pôle sont en activité autour de la zone où se trouve le pôle magnétique. Je citerai particulièrement les volcans des îles Aleutiennes, d’Islande et du Ramscliatka. Ces éruptions sont toujours accompagnées de phénomènes électriques ; la foudre sillonne sans cesse les tourbillons de vapeur et les déjections pulvérulentes qui sortent des cratères. Ces colonnes, ces tourbillons de poussière volcanique, chargés d’électricité, sont transportés, comme on sait, à des distances considérables, et abandonnent à l’air, dans leur trajet, toute réicctricité dont ils étalent imprégnés en sortant du cratère.

« Ces éruptions si vastes, dit M. Biot, partant d’a- « bîmes si profonds qu’ils semblent communiquer entre eux par-dessous la croûte solide du glo])e, d’un bout « à l’autre de la terre, ne doivent-elles pas, iorscju’olles «durent quelque temps , -exciter, au-dessus du gouffre « dont elles sortent, de violents courants d’air et de vé- « ritables vents ascendants qui emportent les poussières « volcaniques jusqu’à des élévations bien supérieures aux « nuages ordinaires? D’un autre côté, on sait, au l'ap- « port des voyageurs qui ont visité l’Islande , qu’on voit «quelquefois au-dessus de l’île, pendant les éruptions « volcaniques, une espèce de brouillard volcanique; ces «nuages ont une nature sulfureuse et métallique; ils « ii'ritent douloureusement les yeux, la bouche et les «narines. Au surplus, l’existence de ces brouillards, « composés de matières sèches, et répandant une odeur «fétide et sulfureuse, a été constatée en 1783, époque « où toute l’Europe fut couverte d’un semblable brouil- « lard, qui ne participait pas au mouvement de rotation

2 I 8 DES DIVERS. THÉOR. IMAGIN. POUR EXPL. , ETC.

Cf de la terre, puisque des voyageurs l’ont rencontré « dans la Méditerranée, sur le sommet des Alpes et dans « l’océan Atlantique, jusqu’à cent lieues de distance des « cotes. ))

D’un autre côté, on a un exemple d’un brouillard-sec possédant |a propriété lumineuse dont sont douées les nues qui constituent l’aurore boréale, comme on peut le voir dans le Journal de physique , 1784, P‘'îge 399.

Quant à ^ ces pbcnomènes de combustion , M. Biot pense que des décharges électriques répétées peuvent enflammer des matières combustibles répandues dans la nue fondamentale.

Voyons jusqu’à quel point les bases posées par M. Biot peuvent être admises dans l’état actuel de nos connaissances en géologie.

Suivant lui, l’amas de vapeurs qui constitue la nue de l’aurore est en grande partie composé de particules métalliques réduites à une ténuité extrême; cette nue provient des déjections pulvérulentes lancées, à des hauteurs considérables , par les volcans qui entourent le pôle magnétique. Or, en général, parmi les matières lancées par les volcans, on distingue les rapilli ou débris de lave fondue, qui sont presque toujours des silicates; on y trouve encore des aluminates analogues à la pouzzolane ; ces matières ne sortent pas toujours sèches du cratère; elles sont fréquemment pénétrées de vapeurs aqueuses et entremêlées de scories excessivement fines. Ces mêmes matières sont souvent mêlées de gaz hydrogène sulfuré, d’acide sulfureux,'de vapeur sulfureuse , d’acide hydrocblorique , de gaz acide carbonique, d’acide borique, de sel marin, de sel ammoniac, de chlorure de cuivre, de réalgar ou sulfure rouge d’arsenic : on n’y trouve, enfin, aucune parcelle à l’état métallique. Or, toutes ces substances, à l’exception des liquides , sont privées sensiblement de la propriété conductrice; quant aux parties liquides qui la possèdent, il est probable qu’elles se dissipent dans les régions supérieures de l’atmosphère. On n’a donc plus à considérer comme parties constituantes des nuages vol-

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