CHAPITRE II
paraît provenir, suivant M. de Saussure, d’une oxidation plus complète du fer. Mais cette explication ne saurait être admise, puisque l’action de la lumière électrique, qui ne peut ramener le fer à un état d’oxidation moindre, rend au spatli-lluor sa pi-opriété phosphorescente quand il l’a perdue.
Tant que dure le phénomène, suivant M. de Saussure, il se produit une décrépitation extraordinaire, qui ne paraît pas dépendre uniquement de Feau de cristallisation et de l’inégale dilatation des surfaces; car à chaleur égalé ce pétillement est d’autant plus grand que la phosphorescence est plus vive, et il cesse avec elle; or, puisqu’en soumettant à la calcination, dans un creuset bien fermé, du spath-fluor vert, à demi transparent, cette substance perd un tiers de son poids et sa propriété phosphorescente, il faut donc qu’il se fasse un changement dans sa composition, et par suite dans sa constitution. T oyons quelle est la nature de ce changement. Si Fon fait bouillir, pendant plusieurs heures, de l’eau distillée sur du spath-fluor non calciné, la liqueur fdtrée et concentrée n’accuse, avec les réactifs, ni la présence du fer, ni celle de Facide liydrochloi’ique. Le résidu de l’évaporation est du spath-fluor non décomposé.
En répétant la même opération sur une pareille quantité de spath -fluor calciné jusqu’à la fusion dans un creuset de platine, on trouve que la dissolution concentrée colore en bleu le deuto-cyanaîe de potasse, tandis que la dissolution d’argent y forme un précipité. Le résidu de la liqueur évaporée à siccité est déliquescent , brunit à l’air, et paraît être composé, en grande partie , de chlorure de calcium très-chargé de fer; ce sel semblerait indiquer les changements qui s’opèrent dans le spathfluor par Faction du feu. Je rappellerai, à cette occasion, que Scheele avait déjà reconnu l’existence du sel marin dans cette substance. Au surplus, quelle que soit la cause du phénomène , tous ces faits mettent en évidence le principe que j’ai établi, d’après de nombreuses expériences, savoir, qu’il y a phosphorescence dans les corps inorga-
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niques tonies les fois que leurs molécules éprouvent des changements dans leur composition cliimi(|ue ou dans leur mode d’agrégation, phénomènes qui sont accompagnés d’un dégagement des deux électricités dans les espaces moléculaires, et de leur recomposition immédiate avec production de lumière.
§ III. De la pliospliovescence de la chlorophane par la chaleur et la lumière ^ et de la théorie de la phosphorescence de Grothuss.
1674- à Grothuss (f) un grand nombre d’ex-
périences sur la phosphorescence de la chlorophane , dont je vais faire connaître les principaux résultats. La variété de spath-lluor connue sous le nom de chlorophane, et vue par réttexion ou par réfraction , présente la même couleur. En outre, elle ne décrépite pas sur la pelle rouge comme les fluors ordinaires. Gomme eux, cependant, elle se décolore et répand en outre une lueur d’une couleur vert émeraude très-belle.
En se refroidissant, elle revient peu a peu à son état primitif; chauffée et portée dans l’obscurité, elle émet de nouveau la couleur vert émeraude, qui semble sortir de son intérieur; mais cet effet ne se produit pas indéfiniment, car si on la soumet pendant longtemps à l’action de la chaleur, elle devient limpide, et ne reprend plus sa couleur en refroidissant. Dans ce cas, la phosphorescence disparaît sans retour. *
La chlorophane qui reste pendant longtemps , un mois par exemple, dans l’obscurité, devient phosphorescente par la chaleur seule de la main.
Si, après l’avoir exposée pendant quelques minutes à la lumière solaire, ou à celle d’une bougie, on la porte dans l’obscurité, elle est lumineuse et conserve xette faculté pendant plusieurs semaines; quand elle a cessé d’être lumineuse, on la ranime en élevant la tempéra-
(1) Journal de Schweiger, tom. xiv, p. iS/j.