CHAPITRE VL
DE LA PHOSPHORESCENCE DANS LES SUBSTANCES ORtiANISÉES OU LES CORPS VIVANTS.
1 700. On a déjà vu que la phosphorescence dans les substances organisées ou les corps vivants, a lieu par des actions lentes et spontanées, ou bien par la volonté de l’individu. L’étude de cette classe de phénomènes a une très-grande importance, attendu qu’elle peut nous révéler la présence de l’électricité dans quelques-uns des phénomènes de la vie. Je vais exposer avec détails les effets lumineux produits dans les corps organisés , sur lesquels j’ai donné peu de développements dans le IV® volume.
On doit placer en première ligne les poissons et les infusoires marins, vivants ou privés de la vie; et, en tête, le poisson à écailles appelé folade, la méduse phosphorique , et différents mollusques.
Les poissons de mer sont, en général, disposés a émettre de la lumière quand ils sont morts; je citerai particulièrement le merlan, le hareng et le maquereau.
On a cité aussi des quadrupèdes dont la chair est dej venue spontanément phosphorescente ; mais le cas est j rare.
I Parmi les insectes, il y en a qui jouissent, comme on sait, de cette propriété, entre autres le lampyre, iplusieurs espèces de fulgores ou mouches-lanternes, la scolopendre •'électrique , et une espèce de crabe appelée (caiicer fulgens. Dans le règne végétal , on cite le bois (dans un certain état de décomposition, des fleurs, des ilhyssus , etc.
3l4 DE LA PHOSPH. DA]yS LES SUBST. ORGAN. OU, ETC.
On a observé, en outre, que la quantité de lumière émise par les substances animales en putréfaction n’est pas en proportion avec la putréfaction ; bien au contraire: plus celle-ci est grande, plus la quantité de lumière est faible.
1701. Si l’on prend des harengs, et qu’on les suspende dans un endroit quelconque, ils commencent assez promptement à devenir lumineux le soir ; leur surface se revêt d’une matière lumineuse, qu’on enlève facilement avec un couteau; la lumière diminue à mesure que le hareng se putréfie, et finit par s’éteindre tout à fait.
L’émission de la lumière commence à se manifester avant que des signes de putréfaction se montrent. C’est donc un phénomène qui a lieu lors de la lutte entre la nature organique et la nature inorganique. On peut même préparer les poissons pour les manger sans s’apercevoir d’aucune trace de décomposition. Pour rendre assez rapidement phosphorescents les poissons , on prend 12 grammes environ de chair de hareng, que l’on met dans une solution composée de 60 grammes de sulfate de magnésie et de 4 grammes d’eau ; on introduit le tout dans une fiole ordinaire, qu’on abandonne aux actions spontanées. Le deuxième jogr on voit un anneau luisant flottant à la surface du liquide, tandis que la partie inférieure reste obscure. Si l’on secoue la fiole, le tout devient lumineux et persévère dans cet état. Le troisième jour, la lumière se rassemble de nouveau sur la surface; mais l’anneau lumineux paraît moins vif. En secouant la fiole, le tout devient encore lumineux.
(3n obtient les mêmes effets avec le sel marin.
La laite de hareng produit aussi la phosphorescence , ainsi que le maquereau et sa laite; il en est de même du crapaud. On a même remarqué que la laite du hareng et celle du maquereau émettent plus de lumière que la chair de ces deux poissons; quand elle a atteint son maximum d’intensité, ce qui arrive vers la troisième ou la quatrième nuit, elle répand alors une lumière assez vive.