‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 26 sur 226 · chapitre IV · texte numérisé non relu

chapitre IV

Une expérience de M. Hermstœdt vient confirmer encore l’existence d’une chaleur propre aux végétaux. Cet observateur a vu au mois de janvier que le suc sortant des érables percés était liquide, tandis que ce suc ne tardait pas a geler quand il était exposé à l’air. Un thermomètre placé dans l’intérieur de l’arbre a confirmé ce résultat. Sa température était de 4- R. , tandis que celle de l’air ambiant était de — jo‘^(i).

M. de Candolle a donné une explication satisfaisante de ces effets. L’eau, dit cet illustre botaniste, qui est aspirée par les racines s’élève verticalement dans le tronc : cette eau est au degré de température que le sol possède à la profondeur moyenne des racines de l’arbre; elle est donc plus chaude que l’air en hiver, et plus fraîche en été. Par conséquent, en s’introduisant dans le tronc, elle tend sans cesse à le réchauffer dans la saison froide, et h le refroidir comparativement à l’air dans la saison chaude. Si l’on joint à cette explication pleine de justesse les observations de M. Auguste Delarive et Adolphe de Candolle, que le bois sec est plus mauvais conducteur de la chaleur dans le sens transversal que dans le sens longitudinal, on concevra comment l’ascension de la sève met continuellement le centre du tronc en équilibre de température avec le sol, tandis que toute la structure du corps ligneux, particulièrement du corps de l’écorce, empêche le tronc de se mettre en équilibre de température avec l’air ambiant. Il résulte de là (jue la température de l’intérieur du tronc doit être analogue à celle du sol ou leurs racines plongent, c’est-à-dire, plus chaude que l’air en hiver, et plus froide en été. Dans la détermination de la chaleur propre des végétaux, il faut donc nécessairement tenir compte de cette cause productrice de la chaleur. Si l’on remarque, d’un autre côté, que l’évapoi’ation est moindre en hiver par suite de l’absence

(j) Le meme auteur a avancé que les tubercules et les racines })ossèdent on hiver une température supérieure à celle de l’atinosphùre.

44 PROCÉDÉS d’eXPÉRIMEjNTATION.

des feuilles et de la facilité bien plus grande avec laquelle le soleil réchauffe les troncs quand ils ne sont plus ombragés par ces mêmes feuilles, on trouvera là encore une preuve comment il se fait que les effets précédemment décrits ont lieu. Ces effets montrent bien rinfluence des causes physiques sur la chaleur des végétaux, mais nullement qu’ils sont la cause unique de la chaleur qui est produite ; il s’agit actuellement de trouver la chaleur propre des végétaux.

§ IL Des procédés d’expérimentation.

i553. Je vais indiquer d’abord un procédé très-délicat pour résoudre les diverses questions que je viens de poser : ce moyen est précisément l’emploi des appareils thernioélectriques. Je dois déclarer avant tout que la question présente de grandes difficultés. Pour le prouver, je rapporterai les tentatives que j’ai faites à cet égard. J’ai commencé par percer un ai'buste avec un foret très-délié, afin d’y introduire une des soudures. L’aiguille introduite ne tarda pas à être altérée, ce qui produisit un courant électro-chimique. Pour remédier à cet inconvénient, les aiguilles furent recouvertes de plusieurs couches de vernis à gomme laque. Quant à l’autre soudure, elle était restée dans l’air où la température était sensiblement constante; mais le rayonnement n’étant pas le même aux deux soudures, puisque l’une était recouverte par le tissu ligneux, et que l’autre était à l’air libre, il en résulta des effets complexes qu’il fallait écarter, sans quoi il n’y avait pas moyen de déterminer la température des végétaux. M. de Mirbel qui était témoin de ces expériences me proposa alors d’opérer au milieu du Jardin des Plantes en plaçant l’appareil dans la cabane d’un jardinier : j’acceptai son offre; en entrant, je vis un arbre en pleine végétation, et à coté une branche nouvellement détachée du même arbre; il me vint aussitôt dans l’idée, pour éviter la différence de rayonnement qui était un obstacle au succès des expériences, de mettre une des soudures dans l’arbre vivant, et l’autre dans la branche détachée d u même

CHAriTRE IV.

arbre, et dont le diamètre était sensiblement le même. Cette expérience, que la théorie indiquait, réussit parfaitement, et nous observâmes, en peu de temps, une diffé rence entre la température de l’arbre vivant et celle de l’arbre mort; différence qui présente des variations en raison des effets de l’évaporation.

IN’ayant pu suivre les expériences, comme je l’aurais désiré, je ne m’eu occupai plus, et je communiquai ce que j’avais fait à mon confrère M. Dutrochet.

fSo/J- M. Dutrochet, dans les recherches auxquelles il s’est livré, a commencé d’abord par éliminer l’évaporation de la sève qui produit un refroidissement. En général, cette précaution est indispensable; mais dans l’expérience que j'avais faite, elle était inutile, attendu que la branche d’acacia ayant été détachée nouvellement du végétal, devait avoir sensiblement dans son intérieur la même quantité de sève; de sorte que dans les premiers instants de l’expérience les effets accusés par le galvanomètre ne devaient pas être compliqués des effets du refroidissement produit par l’évaporation.

Voici comment M. Dutrochet opère : il prend un grand bocal, fermé avec un bouchon de hége, dans lequel se trouve un peu d’eau. Les deux soudures du circuit thermo-électrique sont placées dans l’intérieur de ce bocal : l’une des soudures se trouve dans une partie végétale tuée, au moyen de l’immersion dans l’eau chaude, puis refroidie; l’autre soudure est introduite dans une partie végétale exactement semblable, mais vivanle. Les aiguilles sont enduites de gomme laque pour les préserver de l’oxidation et de l’action des acides ; précaution que j’avais bien recommandée. Au moyen de cette disposition , la partie morte prend la température de l’atmosphère ambiante, tandis que celle qui est vivante doit prendre cette même température, dégagée du fi'onl produit par l’évaporation.

i555. Suivant M. Dutrochet, cette chaleur est de

de degré dans son maximum; mais elle n’est le plus souvent que de -J- de degré, ou même de 7^7 ou 7^ de degré.

Page 1