‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 51 sur 226 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

chaque branche , un tampon de coton , afin d’empêcher que les produits formés ne se mêlent avec l’argile. Dans une des branches, on verse une solution de protosulfure de potassium , dans l’autre une dissolution assez concentrée de nitrate de cuivre. Dans la première, on plonge une lame d’argent, dans l’autre une lame de cuivre. Six tubes sont disposés de la même manière ; puis l’on prend une planche de quinze millimètres d’épaisseur, d’une largeur et d’une longueur convenables, et l’on pratique dans son épaisseur des entailles pour y fixer, avec du mastic , la partie recourbée de chaque tube ; ces tubes sont disposés de manière que la branche qui renferme du nitrate de cuivre soit placée vis-à-vis de celle qui renferme du protosulfure de potassium. Ces dispositions faites, on réunit un certain nombre d’éléments ensemble pour en faire une pile. Il suffit pour cela de faire communiquer le cuivre du premier tube avec l’argent du second , et le cuivre du second avec l’argent du troisième, et ainsi de suite jusqu’au dernier ; alors, pour fermer le circuit, on met en relation le cuivre du dernier avec l’argent du premier. Yoilà une véritable pile à laquelle je donne le nom de pile électro-chimique, parce qu’elle fonctionne comme pile, tout en opérant des réactions chimiques dans l’intérieur des tubes. On conçoit qu’on peut ainsi former des appareils d’une grande énergie et dont les effets sont sensibles au bout de très-peu de temps, quand l’argile qui est du coté du sulfure est humectée avec une solution de nitrate. Au moyen de cette disposition, les deux dissolutions réagissent immédiatement l’une sur l’autre.

Cinq ou six heures après que l’un des appareils eut commencé à fonctionner, on aperçut des cristaux de cuivre métallique sur les lames de cuivre, signe caractéristique de l’existence des actions électro- chimiques. Douze heures après, les lames d’argent étaient recouvertes de cristaux qui, essayés, ont été trouvés composés d’argent et de soufre. L’action a continué sans interruption pendant plus de quinze jours ; après quoi , les lames , sans

88 D£ LA £ORM. DL QUELQ. COMP. A l’aiü. DE PILES, ETC.

avoir perdu leur forme, ont été transformées en sulfures dont l’aspect était le même que celui des pièces d’argent qui avaient séjourné pendant un certain nombre d’années dans une fosse d’aisances. On obtient les mêmes résultats ^ avec un élément, mais il faut plus de temps. Rien n’est plus simple que d’expliquer les effets produits : l’argent, dans chaque tube, étant attaqué par le sulfure, prend l’électricité négative qu’il transmet au cuivre ; d’un autre côté, le sulfure de potassium, dans sa réaction sur le nitrate, s’empare de l’électricité négative qu’il transmet à l’argent, et par suite au cuivre. Il résulte de là que ce dernier est doublement négatif, comme l’argent est luimême doublement positif. Pareil effet ayant lieu dans chaque tube, il s’ensuit quelorsque ces tubes sont réunis en pile, l’action doit être énergique.

i58i. Analysons maintenant les effets produits : le nitrate de cuivre est décomposé par la lame de même métal qui est négative; l’oxigène et l’acide nitrique sont transportés sur l’argent dans le protosulfure de potassium ; l’oxigène oxide le potassium , et l’acide nitrique se combine avec la potasse formée, tandis que le soufre se porte sur l’argent, se combine avec lui, forme du sulfure qui cristallise en raison d’actions lentes. Une fois que la surface de l’argent est recouverte d’une couche de sulfure qui ne fait qu’y adhérer, le soufre se glisse entre les interstices des petits cristaux formés , et donne naissance à une seconde couche de cristaux microscopiques de sulfure , et ainsi de suite jusqu’au centre de la lame; celle-ci augmente alors de volume sans changer de forme, par suite de ces dépôts successifs, dont les intervalles sont invisibles, même au microscope. La réunion de tous ces dépôts forme une masse compacte ayant une texture cristalline. "Voilà une véritable cémentation, et il est probable que celles qui ont lieu dans la nature sont produites par un mode d’action semblable. On conçoit effectivement qu’un courant électrique qui traverse tous les corps, puisse déposer dans leur intérieur des éléments , lorsque les interstices moléculaires sont suffisants pour que ces élé-

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