‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 62 sur 226 · CHAPITRE YH · texte numérisé non relu

CHAPITRE YH

courant voltaïque, représente simultanément un appareil composé d’aimant en mouvement et capable de produire un courant magnéto-électrique en sens contraire du courant voltaïque. Ce premier est arrêté par la pile même, qui, n’étant composée que d’un seul couple, n’oppose pas une l'ésistance trop forte au passage. Quant au contre-courant , M. Jacobi pense que la plus grande partie peut être utilisée en employant deux appareils du même genre, dont les fils conjonctifs, pliés en hélice, aboutiraient à une même pile. Les contre-courants se balanceraient pour' anéantir leurs effets.

Le nombre des couples employés, pour affaiblir les effets du contre - courant , étant toujours à craindre dans les machines électro-magnétiques, M. Jacobi a fait quelques expériences, en augmentant le nombre des couples d’une pile voltaïque; il a trouvé que le pouvoir magnétique n’était pas sensiblement augmenté par le nombre croissant des couples, tandis que le contre-courant était considérablement affaibli, attendu qu’étant forcé de traverser un grand nombre de couches liquides , il avait tout à gagner à en agir ainsi.

Il s’est servi, à cet effet, de douze couples voltaïques, chacun de pied carré, au lieu de quatre auges en cuivre, chacune de 2 pieds carrés, dont il avait fait usage jusque-là; la vitesse a été de sSo — 3oo tours par minute; l’acide employé était très-faible et avait servi depuis longtemps aux expériences. Le développement de gaz n’était appréciable ni à la vue ni à l’odorat. Ayant plongé deux hls de cuivre dans les couples y;, o, et les ayant saisis, les mains imbibées d’eau salée, il reçut, pendant le mouvement de la machine, des commotions violentes, et sentit un picotement des plus désagréables à la partie supérieure du corps.

L’effet mécanique de l’appareil correspondant à la vitesse aSo, 3oo lourspar minute, a été évakié à peu près à une demi -force d’homme.

Les détails dans lesquels je suis entré concernant l’emploi de i’électro-magnétisme dans les machines.

108 APPL. A LANAVIG. DE l'aPP. ÉEECTRO-M AG N^. , ETC.

pourront servir de guide aux personnes qui voudront se livrer à des recherches pour résoudre ce grand problème.

Avant de terminer ce que j’ai à dire sur l’appareil électro-magnétique à mouvement rotatoire et continu, je dois ajouter que M. Jacobi, ayant interposé un galvanomètre ou un voltaïmètre dans le circuit, il a reconnu que pendant que la machine fonctionnait, l’action électrolytique de la batterie était beaucoup moindre, et quel({uefois même elle était réduite à moitié de celle qui avait lieu quand la machine était arrêtée; le courant continuant toujours à passer dans les hélices qui entourent les barreaux de fer. On voit donc que si, d’une part , les courants électro-magnétiques diminuent la force de la machine, dhin antre coté, la dissolution électrolytique du zinc, qui fournit la plus grande partie du courant développé, est en même temps considérablement diminuée. On n’a pas encore déterminé les rapports mutuels qui existent entre l’intensité du courant avant et après l’action de la machine.

§ IL Application a la navigation de l’appareil électromagnétique à mouvenient rotatoire continu.

I 594* M. Jacobi ne s’est pas borné a étudier les effets d’une machine rotative électro-magnélique à mouvement continu , il a voulu encore en faire l’application à la navigation. Voici les renseignements que nous trouvons, à cet égard, dans une lettre qu’il a adressée à M. Faraday, de Saint-Pétersbourg, sous la date du 'X I juin dernier (1) :

Les premières tentatives pour adapter les forces électro - magnétiques à la navigation ont été faites sur JaNéva, pendant l’automne de i838 , avec une chaloupe de dix rames munies de roues à palettes, mises en mou-

(ij Philos, magazine, sept 1839.

CHAPITKE Vil.

vemeiit par une machine éiectro-niagnétlque : cette chaloupe était montée par dix ou douze personnes. Mais M. Jacobi ne fut pas satisfait du résultat en raison de plusieurs vices de construction , du manque d’isolement dans les diverses parties métalliques, et de dérangements dans la machine , les(juels ne pouvaient être réparés immédiatement. Cependant il reconnut que, pour obtenir la force d’un cheval, il fallait employer une batterie de 20 pieds carrés de platine, et qu’il était probable qu’on arriverait au même but avee 8 ou 10 pieds carrés.

Toutes les réparations et changements jugés nécessaii*es dans les diverses parties de l’appareil ayant été exécutés, le 2 septembre dernier, les expériences recommencèrent sur la Néva. La chaloupe, montée par douze personnes, mue par une force de de cheval, remonta la Néva, pendant ])lusieurs heures, avec un vent contraire très-violent. Voici les détails de cette expérience l'emarquahle, que je trouve consignés dans la France Ultéraire{^')\

L’appareil qui servait à monter la chaloupe n’avait que 4 pieds de hauteur, r pied 4 de longueur, et un peu moins d’un pied de largeur.

Le mécanisme, dont le type est piohahlement le même que celui dont j’ai donné pj écédemment la description , paraissait composé de deux coîonnesentre lesquelles se prolongeait , à travers toute la chaloupe , un axe de fer chargé de transmettre le mouvement. A rune des extrémités se trouvaient les roues, comme dans les bateaux à vapeur. Les deux colonnes renfermaient les aimants électro-magnétiques et tous leurs accessoires. La batterie voltaïque en relation avec les aimants était établie du côté opposé de la chaloupe; elle était composée de soixante-quatre couples zinc et platine, offrant une surface de 16 pieds carrés, chargés avec une solution aqueuse d’acide sulfurique. Les lames de platine étaient séparées des lames de zinc au moyen de plaques d’argile poreuse. Cette pile avait

(i) IX de septenibrc-Oftübre iSSy,

I lO

AIMAJYTS ÉLKCTKIQUES EN EILS DE FER.

été chargée a midi, et n’a pas cessé de fonctionner avec une égale énergie jusqu à dix heures du soir.

On aura ime idée de la force de cette pile quand on saura qu’un fd de platine de la loîîgueur de 6 pieds et (le la grosseur d’une corde de piano, introduit dans le circuit, a été rougi innnédiateinent ; un autre fil, plus gros, d’une inoindi’e longueur probablement, a été fondu. L’iridium a également été mis en fusion.

Les résultats importants obtenus par M. Jacobi doivent encourager les praticiens à continuer des recbei’cbes qui pourront fournir un jour à l’industrie des moyens puissants d’action. La substitution des barres en fils de fer aux barreaux de fer ordinaire augmentera infailliblement l’énergie des aimants, et par suite l’intensité du courant, comme on va le voir ci-après.

§ 111 . Aimants électriques en jils de fer.

L’application de Félectro-magnétisme aux machines exige l’emploi d’aimants électro-magnétiques trèspuissants; dès lors on doit rechercher les moyens d’augmenter leur énergie presque indéfiniment. M. Page (i) y est parvenu en construisant des barreaux en fils de fer ou en lames de fer doux, mais préférablement avec des fils. Ces barreaux ont été construits avec des fils de fer doux de diverses longueurs et de différents diamètres, réunis en faisceau : treize avec du fil n° 26, deux avec du n" 16, et un avec le n® 8. Quand les fers à cheval ont une longueur de 10 pouces et un diamètre de i pouce, les fils fins sont préférables. Pour les aimants plus longs, il faut prendre les fils les plus gros.

Un de ces aimants, du poids de 8 onces, avec [\ hélices de fil fin qui en recouvraient 4 autres d’un fil plus gros et parcourus par un courant de faible intensité, a donné un choc insupportable. Les deux aimants les plus forts

(i) Journal de Sillimen.

OHAPITIIE Vil.

étaient formés, l’un de loo fils de 6 pouces de long, et Fantre de 5oo fils de lo pouces. Avec ce dernier on obtenait de très-belles déflagrations , et les chocs les plus forts. Son pouvoir décomposant était également considérable, eu égard aux moyens employés. Un autre aimant, construit avec i,ooo fils d’un pied de long, avait une force inférieure à celui de 5oofils. Ce barreau ayant été coupé en deux, chaque moitié indiquait un pouvoir aussi grand que l’aimant total. Un des avantages que l’on obtient en prenant des fils, est de |)réparer avec facilité des aimants courbés en U.

Pour eonstruire ces aimants, on entoure un faisceau de fil droit de fer, avec autant de spires que l’on veut d’un fil de cuivre, et on le recourbe ensuite. Le meilleur des aimants dont on vient de parler a été recouvert avec 200 pieds de fil fin entourant quatre spirales de gros fil.

Tous les aimants construits d’après ces prineipes ont été essayés avant et après leur courbure , et on n’a point observé de changements dans leurs propriétés. En combinant les courants secondaires produits dans le grand et le petit fil, la commotion était telle qu’il était difficile de laisser le bout des doigts sur les fils. Une seule paire thermo - électrique , chauffée et refroidie, en la mettant en relation avec le fil fort, donnait une étincelle brillante et un choc que l’on ressentait jusque dans le poignet. L’emploi de 3 paires lliermo -électriques augmentait sensiblement les résultats.

Aï. Page pense, et je partage son opinion à cet égard, que la grande puissance des aimants dont on vient de parlei’, c’est-h-dire , des aimants construits avec des plaques ou des fils fins , peut être attribuée à plusieurs causes:^ i° à l’homogénéité du fer, qui favorise nécessairement le développement du magnétisme, et par suite sa destruction quand ou enlève la cause excitante; 2® à la somme des actions d’aimants fortement chargés, et d’autres eauses que je n’énumère pas.

AI. Page ajoute que cette puissance énergique doit être attribuée à l’inlluence mutuelle neutralisante des ai-

J J 'JL

AIMAxM'S ELl<XiilJ(^)LjJ:S EN EUS J)E FER.

inaiils individuels dans un semblable arrangement polaire. Il cite à cet égard les expériences suivantes : un bout de fil de fer bien fin, de 3 ou 4 pouces de long, qu’on toucbe avec un aimant ordinaire, devient magnétique; mais si on le prend alors avec précaution, on trouve (|u’il conserve le pouvoir de soutenir plus que son poids de fer. Mais si, le tenant par un bout, on le presse de l’autre, enti’e le pouce et le doigt, son magnétisme se perd a l’instant. La perte du magnétisme est si rapide, que M. Page a essayé l’influence d’un aimant, dans les mêmes circonstances, sur le développement de l’électricité. Il a suspendu , à cet effet, un long morceau de fd de fer, ayant encore un pouvoir magnétique considérable, de manière à ce qu’il prit osciller librement dans une spirale de fil de cuivre. Un petit coup frappé sur le fil de fer suspendu déteianinait un fort courant à travers la spirale qui était en communication avec un niultiplicateur.

En prenant un certain nombre de bouts de fil de fer bien fin , et aimantés séparément à un point tel que chacun d’eux puisse soutenir un autre fil de même poids , si on les combine ensuite en faisceau, au lieu du pouvoir de suspension des éléments réunis , on arrive à peine au pouvoir d’un de ces éléments. Cet effet est dû évidemment a l’influence neutralisante des pôles semblables, qui détermine principalement, suivant M. Page, la supériorité de l’aimant électro-magnétique composé. J’avoue que je ne me rends pas bien compte^de cette conclusion.

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