‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 66 sur 226 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le zénith, on voit alors un grand nombre de ces petits asci-^ tiziy dont on ignore et l’origine et d’oii ils viennent ; leurs contours sont déchirés et morcelés; leur marche vive, irrégulière et incertaine, quoique toujours horizontale. Quand deux de ces petits nuages viennent h se rencontrer, ils paraissent s’étendre l’un vers l’autre; presque jusqu’au contact, puis se repoussent vivement, et les parties avancées se reploient par un mouvement contraire.

Voilà ce qui se passe’ sur la face du nuage qui est tournée vers la terre. Veut-on connaître l’état de sa surface supérieure , il faut se transporter sur de hautes montagnes au-dessus de la région des orages. Des officiers d’état-major français, occupés à des travaux trigonométriques dans la chaîne des Pyrénées, et qui se sont trouvés souvent dans cette position, ont remarqué qu’alors même qu’une couche de nuages semble parfaitement unie, parfaitement de niveau sur sa surface inférieure, la surface opposée est remplie de très-hautes protubérances et de profondes cavités.

Voici encore un signe précurseur des orages qui a été observé par M. Hossard, l’un de ces officiers, et dont on n’avait pas fait mention avant lui: «Pendant les grandes « chaleurs, il se produit tout à coup, sur plusieurs points «de la couche des nuages inférieurs, des soulèvements « qui se prolongent comme de longues fusées verticales, «et à l’aide desquels des régions atmosphériques assez « distantes peuvent se trouvei* en communication immé- « diate. )>

Franklin s’explique d’une manière peut-être encore plus explicite que Beccaria; suivant lui, un nuage isolé ne saurait être orageux. Lorsqu’un observateur, dit -il, est placé à peu près sur le prolongement horizontal d’un gros nuage qui lance des*éclairs, et d’ou se fait entendre le tonnerre, il aperçoit sous ce gros nuage une série de petits nuages placés les uns au-dessous des autres, et dont les plus bas sont à peu de distance de la terre.

La plupart des météorologistes ont partagé l’opinion

.SIGAM’S PRKCTIRSKt RS DK liORAGK.

(le l’illustre philosophe aniéi icain, relallvement à la question de fait, de la non-existence d’un nuage orageux unique; de Saussure, entre autres, s’exprime à cet égard de la manière suivante, dans la relation de son voyage au col du Géant :

c( Quant aux orages , je n’en ai vu naître dans ces rnoncf tagnes que dans le moment de la rencontre ou du con- « flit de deux ou plusieurs nuages. Au col du Géant, « tant que nous ne voyions dans l’air ou la cime du mont « Blanc, qu’un seul nuage, quelque dense et quelque obs- « cur qu’il parût, il n’en sortait point de tonnerre; mais s’il s’en formait deux couches l’une au-dessus de l’autre, c( ou s’il en montait des plaines ou des vallées qui vins- « sent atteindre ceux cjui occupaient les cimes, leur rente contre était signalée par des coups de vent, des tonte nerres, de la grêle et de la pluie. »

Quelques observateurs, a la vérité, ont trouvé que la foudre grondait quelquefois dans un nuage isolé, d’oti il s’échappait également des éclairs. Je citerai particulièrement le fait suivant, consigné par M. Marcorelle, dans les Mémoires de l’Académie de Toulouse : Le septembre 1787, le ciel étant serein et parfaitement pur, sauf un petit nuage qui paraissait à la vue exactement rond, et de i5 à 16 pouces de diamètre, la foudre tout à coup gronda , et tua la femme Bordenave, après l’avoir brûlée au sein , sans avoir endommagé ses vêtements. Je pourrais citer encore (f autres exemples analogues qui tendraient à prouver que la foudre peut éclater d’un nuage isolé.

Je ne dois pas oublier non plus de dire que Beccaria, dont l’autorité est d’un si grand poids dans tout ce qui concerne l’électricité atmosphérique, a avancé que la foudre ne part jamais des nuées fumeuses, c’est-à-dire, de ces couches de nuages qui paraissent avoir une composition uniforme, et dont la surface est d’une grande régularité.

Les phénomènes de la foudre se manifestent aussi dans des nuées (jui n’ont pas une origine atmosphérique, telles que celles qui sortent du cratère des volcans.

Dans tous les siècles , on a (d)servé les effets de la

CriÂPlTUK PRKMIF.n.

rii

foudre dans les phénomènes volcaniques. Pline le jeune en fait mention dans ses deux lettres à Tacite, oii il raconte rèruption du Vésuve, arrivée en 79 de notre ère, dans laquelle son oncle, Pline le naturaliste, perdit la vie.

Le P. délia Torre en cite aussi un grand nombre d’exemples dans ses ouvrages. En parlant de l’éruption du Vésuve de 1812, il dit «que la fumée excessivement « dense 'dura depuis le 12 jusqu’au 22 août, et que la « foudre se montra souvent au milieu de cette fumée. »

Braclni, qui a été témoin oculaire de l’éruption de i63r, rapporte «que la colonne de fumée qui s’éleva du «cratère s’étendit dans l’atmosplièie jusqu’à la distance «de l\o lieues, et que, pendant le trajet de ce nuage « d’uneespèce particulière, il en sortit souvent des foudres « ([ui tuèrent plusieurs personnes et plusieurs animaux.»

Il est inutile, je crois, de rapporter d’autres citations. 3e résumerai tous les effets du même genre qui ont été observes pour prouver l’existence des pbénomènes de la foudre dans les éruptions xolcanlcjoes, et dont j’ai déjà parié dans le premiei’ volume, en traitant des pbénomènes volcaniques : « L n bruit soutc'rrain , seml)lable « à celui du canon, ou un fracas de voitures roulant sur « le pavé, des ti’emblements de terre, et assez fré(|uem- « ment des cbangements dans l’état de l’atmosplière , « sont les signes avant-coureurs d’une éruption volcani- « que. Elle commence ordinairement par une colonne de « fumée épaisse, qui s’élève à une hauteur prodigieuse, « et finit, quand elle n’a plus de vitesse de projection, « par se refouler sur elle-même, de manière à former une « série de sphères, de vapeurs acjueuses, qui, seconden- « sant par le froid des régions supérieures, retombent « en ])iuies abondantes , accompagnées de tonnerres ef- « fi'oyables. Du milieu de cette colonne s’élance une gerbe « de feu visible à sa partie supérieure. Cet ensemble de « fumée et de flamme, sillonné dans tous les sens par la « foudre, forme le tableau le plus imposant que la nature « puisse nous offrir. »

T 600. Parlons inainl^nant de la hauteur des nuages

orageux.

SIGNES PRÉCURSEURS UE l’oRAGE.

On peut prendre d’abord pour signe caractéristique les effets de fusion et de vitrification que l’on observe sur certaines roches à la partie culminante des montagnes.

M. deHumboldt a observé ces effets de fusion , comme je l’ai déjà dit (i), au sommet de la montagne de Toluca, à mètres au-dessus du niveau delà mer; Saus-

sure, au sommet du mont Blanc, à 4,610 mètres d’élévation ; Ramond , au mont Perdu , à 3,4 1 o mètres, etc. On est donc porté à croire que dans ces montagnes les nuages orageux se trouvent au moins à ces diverses hauteurs.

M. Arago fait observer,- à cet égard, que la conséquence est juste, mais que la démonstration manque de rigueur, attendu qu’on est parti d’une opinion commune que la foudre s’élance des nuages et est dirigée par conséquent du haut en bas ; or il existe des faits qui prouvent que des objets peuvent être frappés et endommagés par des coups de foudre partis de nuages beaucoup plus bas qu’eux. Ainsi ce mofle ne peut être employé rigoureusement pour trouver la hauteur des nuages orageux.

Cherchons donc dans les relations des voyageurs des notions plus certaines.

On trouve dans l’ouvrage de Bouguer , sur la figure delà terre, que lui et la Condamine furent surpris par un orage sur le Pichencha , un des sommets de la Cordillière du Pérou, situé à 4,368 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le 5 juillet 1788, MM. de Saussure père et fils ont été également assaillis par un orage sur le col du Géant, élevé de 8,471 mètres également au-dessus du niveau de la mer. Les nuées- orageuses d’où s’échappaient les éclairs et les coups de tonnerre qui se succédaient rapidement, flottaient encore au-dessus de la montagne, à une hauteur qui ne fut pas déterminée. D’après d’autres observations, on est porté à croire que, dans les Alpes, le siège des orages est à environ 4,5oo mètres au-dessus du niveau de la mer.

(i) T. iv, p. 784.

' CHAPITRK PREMlEPx. 1^3

Dans les Pyrénées, MM. Peytier et Hossard ont trouvé que les orages s’engendraient dans une couche de nuages dont la surface la plus voisine de la terre se trouvait à 3,000 mètres de hauteur verticale au-dessus du niveau de la mer.

Les faits manquent pour résoudre la question : les limites que nous venons de reconnaître dans les montagnes sont-elles les mêmes pour les pays peu élevés aiedes- SLis de la mer ? C’est ce qu’on ignore.

1601. On détermine la hauteur des nuages, au moyen du temps qui s’écoule entre l’apparition de l’éclair et l’instant oîi le bruit du tonnerre se fait entendre à l’observateur. La vitesse du son étant connue, il suffît de multiplier le nombre de mètres €|u’il parcourt pendant une seconde , par le nombre de secondes écoulées.

Voici quelques hauteurs de nuages déterminées parce procédé: dans les Mémoires de Deiisle, membre de l’Académie des sciences, on trouve que, le 6 juin l 1 2, la hauteur verticale des nuages orageuK était de 8,080 mètres. Dans d’autres circonstances, le même observateur l’a trouvée de 2, 4oo mètres, de \ et même de 1,000. Mais je dois dire (jue dans ces observations on n’a pas tenu compte de la îiauteur angulaire des éclairs, de sorte que les observations précédentes ne peuvent donner que de simples limites.

Dans les régions équinoxiales, à file de France, à Manille et à Pondichéry, où Legentil a séjourné, la couche inférieure des nuages n’est pas <à plus de 900 mètres au-dessus du sol. Cependant cette règle n’est pas générale, attendu que, le 28 octobre 1769, à Pondichéry , les nuages orageux se trouvaient à plus de 3,3oo mètres.

A Tobolsk, la hauteur verticale des nuages orageux varie de 214 è 800 mètres.

§ IL Des différentes espèces dé éclairs.

1602. Les éclairs qui sillonnent une nuée orageuse,

l)l-:s DU FKllKM'KS ESPI CPS D’]:CI.A[nS.

en s’élançant vers la terre, consistent orcHnaireinent , comme tout le monde sait, en un trait, en un sillon de lumière, très-resserré, très-mince. La plupart du temps ils sont blancs; mais des météorologistes ont annoncé en avoir vu de couleur purpurine , violacée Les éclairs ne se dirigent jamais en ligne droite, mais en lignes brisées, en zigzags.

M. Arago, en raison des différences que présentent ces éclairs, en a fait plusieurs classes. classe. Sont rangés dans cette classe les éclairs qui, a la suite de plusieurs zigzags, sont retournés vers la région d’où ils sont partis ; en voici un exemple : on trouve le passage suivant dans le récit que Sorrentino a fait de l’éruption du Yésuve de 1 707 :

cî Les habitants , dans l’obscurité la plus profonde, « se trouvaient au milieu des éclairs. Les éclairs qui sor- (( taient de la fournaise du Vésuve ne dépassaient pas « dans leur course le cap Pausilippe, où s’arrêtait « aussi le nuage de cendres. Là, ils se repliaient et « retournaient par le même chemin frapper la fournaise (( d’où ils étaient sortis, w

Sir William Hamilton cite un fait semblable dont il fut témoin dans l’éruption du Vésuve.

Quoi qu’il en soit, la décharge électrique, ou l’éclair qui en est la conséquence, se porte ordinairement des nuages vers la terre, ou vers d’autres nuages.

Quand les éclairs suivent la première direction , on a cru voir quelquefois que l’exti'émilé inférieure du trait de lumière se présentait sous la forme d’un dard; mais ce qu’il y a de plus certain, c’est que parfois ces éclairs se bifurquent, se partagent même en trois rameaux, qui atteignent souvent des points fort éloignés les uns des autres. C’est le' cas d’une décharge électrique qui se divise en plusieurs parties, suivant la conductibilité des corps qui se trouvent sur le passage de l’électricité.

Nicholson rapporte dans un iournal le fait suivant : (( Le i() juin 1781, un violent orage passa sur l’extré-

C HAP1T.R K PltiEM IER .

c( mité occidentale de Londres. J’étais alors à Battersea , c( et je fis la remarque que les éclairs , accompagnés (c d’ailleurs d’explosions très-marquées et très-distinctes, cï furent , dans beaucoup de cas , fourchus à leur extré- « mité inférieure, mais jamais dans le haut. » Aujourd’hui que nous connaissons les effets de ces décharges électriques, ce fait est facile à expliquer.

L’abbé Ferrara dit que, le i8 juin 1^63, il se forma sur le revers méridional de l’Etna, et à quelque distance du sommet, un certain nombre d’ouvertures d’où sortaient d’immenses globes d’une fumée noire, mêlée de cendres et de poussière. Ces nuages étaient traversés sans cesse par des éclairs à trois pointes.

r6o3. Passons aux éclairs de la seconde classe, dont la lumière, au lieu d’être concentrée enun trait sinueux, presque sans largeur apparente-, occupe un espace considérable. Cette lumière n’a d’ailleurs ni la blancheur ni la vivacité des éclairs de la première classe. Sa teinte est souvent d’un rouge très-intense , mêlé quelquefois de bleu ou de violet. Cette lumière, tantôt ne paraît illuminer que les bords des nuages d’où s’échappent les éclairs qui la produisent, tantôt embrasse toute leur étendue superficielle, de manière à faire croire que les nuages s’ent Couvrent.

On distingue encore des éclairs qui diffèrent des précédents, sous le rapport de la forme, de la vitesse et de la durée, qui est pour ainsi dire instantanée. Les éclairs de cette troisième classe sont visibles, au contraire, pendant une, deux, etc. , dix secondes ; ils se transportent des nuages vers la terre pendant un temps assez appréciable pour que l’on puisse suivre de l’œil leur marche et apprécier leur vitesse; les espaces parcourus sont circonscrits, nets et définis, et d’une forane qui approche de celle d’une sphère. Ces éclairs sont donc de véritables globes de feu, dont l’existence est aujourd’hui constatée, bien qu’on ne connaisse pas encore la cause de leur formation. M. Arago pense qu’ils peuvent servir à expliquer comment il se fait que, dans quelcjues circonstances,

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES d’ÉCLAIRS.

très-rares à la vérité, de bons paratonnerres sont sans effet pour garantir des effets de la foudi'e. Je vais citer quelques exemples de l’apparition de ces globes.

« En mars l'y^o, pendant l’orage le plus violent, « un globe de feu tomba à terre près de Iforri. Après (c avoir rebondi, ce globe alla frapper le dôme de la « tour et y mit le feu. »

« Durant les éruptions du Vésuve de 1779 et de a 1794? Tlamilton et d’autres observateurs en virent, à « plusieurs reprises, de très-considérables, (|ui, après « s’être élancés de l’épais nuage de cendres, éclatèrent c( en l’air comme des bombes de nos feux d’artifice, au « milieu desquelles on a placé des serpenteaux. La flamme (( que ces globes projetaient dans tous les sens, au mo- « ment de leur explosion , se mouvait toujours en « zigzag. »

Je pourrais citer encore un grand nombre d’autres exemples semblables ; mais je me bornerai à quelques faits remarquables : les globes lumineux laissent quelquefois le long de leur passage, des parcelles enflammées que l’on compare à celles qui accompagnent les fusées d’artifice.

Schübler fait mention effectivement d’éclairs qu’il a observés, qui avaient l’apparence d’un courant de feu, gros comme le bras, mais terminé par une boule plus large et plus brillante.

Ces boules de feu se divisent parfois. Quelque temps après l’entrée de Philippe V à Madrid , la foudre tomba sur le palais; les personnes réunies dans la chapelle royale y virent entrer deux boules de feu; l’une d’elles se divisa en plusieurs autres qui , avant de se dissiper , bondirent à plusieurs reprises comme des balles élastiques.

En 1772, pendant un orage, on vit à Steeple - Aston (Wiltsbire) un globe de feu osciller dans les airs. « ]^es cc révérends MM.Wainbouse et Pitcairn, qui se trouvaient « dans une pièce du presbytère, virent tout à coup à la « hauteur de leur figure, et a environ un pied de dis-

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