‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 80 sur 226 · I 54 EXÆM. DE PLUS, QTTEST. REL. A-UX COUPS DE TONNERRE · texte numérisé non relu

I 54 EXÆM. DE PLUS, QTTEST. REL. A-UX COUPS DE TONNERRE

l’armée lacédémonieiiiie, coïncidassent avec un épouvantable tremblement de terre dont parle Pline? Je ferai remarquer, à cet égard, que deux citations nesuffîsent pas pour établir une loi; aussi M. Arago se borne-t-il à les présenter comme de simples renseignements.

D’autres citations, puisées dans Virgile, (Jvide, Properce, etc., tendent à montrer (tout en faisant la part de l’exagération, que se permet souvent la poésie ) que depuis les temps anciens les orages paraissent avoir diminué d’intensité.

D’un autre coté, nous avons vu, plus haut, qu’il ne tonne jamais dans un pays du bas Pérou, tandis que les régions auxquelles il appartient sont celles où il tonne le plus. On doit inférer naturellement de là, qu’il existe des circonstances locales qui influent puissamment sur la fréquence des orages.

Je ferai remarquer cependant que l’absence des orages dans lebas Pérou étant accompagnée de l’absence de nuages, il faut d’autres citations pour montrer l’influence des circonstances locales. En voici d’autres qui précisent les faits:

1618. On trouve les observations suivantes dans un ouvrage de M. Graham-Hutcbison , publié à Glascow, en i835, et qui a pour titre: On Meteorolog)' ; marsh^ fevers ^ and eveiis System of equalily :

A la Jamaïque, depuis les premiers jours de novembre jusqu’au milieu d’avril, les sommets des montagnes du Port-Royal commencent à se couvrir de 'nuages, entre onze Ireures et midi. A une heure, ces nuages ont acquis leur maximum de densité; la pluie s’en échappe par torrents; les éclairs les sillonnent dans tous les sens, et le tonnerre, qui les accompagne, se fait entendre jus-qu’à Kingston. Vers une heure et demie, le ciel est redevenu serein.

En supposant l’observation exacte, il y aura cent cinquante jours de tonnerre à Kingston, tandis que dans les îles voisines et les points du continent qui se trouvent dans la même position climatologique, le nombre n’ira pas à cinquante. On devra en conclure alors que les montagnes

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de Port-Royal exercent une influence sur les productions des orages.

Dans les régions équinoxiales nous trouvons d’autres exemples analogues. Au dire des habitants, dans la vallée de Chillo, près de Quito, il tonne beaucoup plus que dans les contrées environnantes.

Si nous passons maintenant aux régions tempérées, on verra, en jetant les yeux sur les tableaux précédents, qu’en Europe, le nombre moyen annuel de jours où il tonne , varie assez lentement avec la latitude , de sorte qu’on devrait trouver peu de différence à Paris et aux environs d’Orléans; mais il n’en est pas ainsi. En effet,

A Paris, il tonne, terme moyen, quatorze fois par an, tandis qu’à Denainvillers , entre Pitbiviers et Orléans, le nombre moyen des jours de tonnerre est de vingt et un.

La cause de cette différence , quelle qu’elle soit , ne peut être attribuée, comme le reniarque M. Arago, à la forme du terrain , car il est difficile deciter un pays moins accidenté que celui qui se trouve entre Paris et Orléans. Doit-on chercher cette cause dans la Loire, dans la forêt d’Orléans, ou dans la Sologne? c’est ce qu’il est impossible de dire maintenant. Il faudrait, pour savoir à quoi s’en tenir à cet égard, faire un grand nombre d’observations dans cette direction.

Mais, en attendant, voyons jusqu’à quel point la nature du terrain peut contribuer à rendre les orages accompagnés de tonnerre plus ou moins fréquents. On trouve dans des observations adressées, en i8o3, par M. Lewis Weston Dllhvyn à M. Luke Howard, les citations suivantes :

Est de Devonslnre ; beaucoup d’orages (peu de mines métalliques).

i)evoiishire; un peu moins (plus de mines).

Cornouailles; moins encore (pays de mines).

Environs de Swanseu ; orages très-rares (grande abondance de mines de fer).

Sud de Devon ; orages assez fréquents (point de mines\

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Nord de Deeon ; orages notablement moins fréquents qu’au sud (beaucoup de mines de fer^ de cuivre et d’étain , exploitées).

M. Delwyn ajoute, d’après ses observations, que les pays calcaires sont ceux ou les orages ont le plus de force et de fréquence. Ce n’est encore là qu’une opinion qui a besoin d’étre appuyée par de nouveaux faits pour être considérée comme une vérité*.

Il existe des lieux autres que Cornouailles où la liaison entre la nature géologique des terrains et le nombre ou la force des orages a été soupçonnée*, je citerai à ce sujet le passage suivant, extrait de la statistique minéralogique et géologique du département de la Mayenne, par M. Elavier, ingénieur des mines :

« Dans le département de la Mayenne il existe des « masses de diorites grenues ou compactes (grünstein) , « qui renferment une proportion notable de fer, et qui « agissent sur l’aiguille aimantée. Il nous a été assuré « que certaines communes, celle de Niort, par exemple, « voyaient toujours les orages les plus menaçants se dissi- « per à leur approche, ou Jes tourner dans certaines di- « rections. Nous pensons que c’est dans l’action conduc- « trice de plusieurs masses considérables de diorite qui « se montrent dans cette contrée, qu’il convient de clier- « cher l’explication de ce fait, w

1619. Passons à un autre ordre de phénomènes : tonnet-il tout au tant en pleine mer qu’au milieu des continents?

D’après un travail que M. Arago a fait à ce sujet, et dont je ne puis donner ici qu’un extrait, il paraît qu’il tonne moins en pleine mer qu’au centre des continents. Il conjecture même qu’au delà d’une certaine distance de toute terre, il ne tonne jamais. On trouve une preuve de la diminution des orages en mer, dans la relation du voyage du capitaine Bougainville.

« La frégate la Thétis ^ commandée par cet officier, « quitte la rade deTourane ( Cochinchine) vers le milieu « de fév rier iSaQ, et fait voile pour Sourabaya, situé à <( l’extrémité sud-est de Java. Pendant cette traverse^, à

CHAPlTilE II.

(( peine essuya-t-elle un orage accompagné de tonnerre; « elle arrive enfin, et pendant son séjour dans la l'ade « (du 19 mars au 3o avril), le tonnerre ne cesse de gron- « der tous les après-midi. La Thétis fait voile le l mai pour « le port Jackson; pendant plusieurs jours elle se main- « tient presque exactement sur le parallèle de Sourabaya, «Toutefois, a peine a-t-elle perdu de vue les terres de « Java , que le tonnerre cesse de se faire entendre. ))

Il semblerait résulter évidemment de ces faits, la conséquence qui est confii’inéepar d’autres observations, que l’atmosphère océanique est moins apte à engendrer des orages que celle des continents et des îles.

1620. Nous allons examiner actuellement dans quelle saison les coups de tonnerre foudroyants sont le plus fréquents.

Il y a un ancien dicton populaire ainsi conçu : que les tonnerres ne sont jamais plus dangereux que dans les saisons froides. M. Arago, désirant savoir à quoi s’en tenir à cet égard, a tenu note dans ses lectui’es de tous les coups foudroyants, à dates certaines , signalés par les navigateurs, et il les a classés par mois, en ne comprenant dans ce recensement ([ue les événements d’un seul hémisphère, attendu qu’au nord et au midi de l’équateur les mois d’une meme dénomination correspondent à des saisons opposées. Il n’a pas étendu non plus le champ de ses observations jusqu’aux régions tropicales, où les divers mois de l’année diffèi’ent très-peu entre eux sous le rapport de la température; il s’est borné à l’intervalle compris entre les côtes d’Angleterre et la Méditerranée inclusivement.

]l résulte de trente observations, qu’en mer les tonnerres des mois chauds sont beaucoup moins dangereux que ceux des saisons froides ou tempérées.

§ V U . RéflexioiisLda i'n ’cs au, v o ùsen uif/o/ispreccde// les.

162 1 . M. Arago, en considérant , d’une part, l’excessive apidité avec laquelle la foudre traverse l’atmosphère et

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l58 RÉbL. UELA.T. AUX OBSERV ATIOIVS PRÉCÉDEJVïES.

les corps qui la propagent à la surface de la terre, est disposé à feuvisager comme le résultat d’ondulations qui semblent mieux se concilier avec de semblables vitesses plutôt que de la supposer formée de molécules matérielles; mais on songeant, d’un auti-e côté, aux grands effets mécaniques qu’elle produit et aux transports de poids considérables (pi’elle opère à de grandes distances , on ne peut se dissimuler toutes leS' difficultés que Ton trouve à adopter l’hypothèse des ondulations fulminantes.

La matière fulminante, quelle qu’elle soit, et malgré son immense vitesse de propagation,., n’a pas néanmoins une vitesse infinie, si on Tassimile à l’électricité que nous produisons avec nos machines. Tout porte à croire d’un autre côtéque, lorsqu’elle se meut dans l’air atmosphérique, elle pousse devant elle les molécules qui le composent, d’oh résultent des compressions et dilatations successives dans toute l’étendue de son trajet. Or, comme toute compression d’un gaz, là oii il existe des matières combustibles, est accompagnée d’un dégagement de lumière, la route suivie par la foudre doit être marquée par un trait lumineux ; cependant cette explication n’est point complète, puisqu’il faudrait supposer, dans toutes les parties de l’atmosphère oii brillent les éclairs, la présence de corps combustibles, sans lesquels, d’après les expériences de M. Thénard, il n’y aurait point de lumière produite, celle-ci étant le résultat de la combustion de ces corps au moyen de la chaleur dégagée dans la combustion. On n’a pas besoin de faire aucune supposition pour fendre compte des effets produits : car là ou il y un écoulement considérable de matière fulminante, et par suite d’électricité (l’identité entre elles étant incontestable), il y a émission de lumière dans toute l’étendue de l’espace où il y a recomposition des deux électricités. Pour moi, l’éclair est un effet absolument semblable à celui que l’on observe sur les deux faces fortement chargées d’un tableau magique. Dans ce cas, les deux électricités, pour reformer du fluide neutre,

CllAPlTllE II. iSg

prennent toutes les direetions qui leur donnent un facile passage. Dès l’instant qu’elles trouvent une route plus facile, elles la suivent. C’est ainsi qu’elles abandonnent de l’air condensé, qui leur présente de la résistance, pour entrer dans de l’air qui ne l’est pas. De là ces lignes brisées, ces zig^^ags qui caractérisent la marche des éclairs.

Suivant M. Arago, les éclairs, d’après la direction qu’ils suivent en zigzags à angles très-aigus , ont une direction si différente des courbes régulières que suivent les corps en mouvement soumis à l’action de forces accélératrices, qu’on n’ose s’arrêter à l’idée qu’un semblable éclair marque dans l’atmosplière les places qu’une même matière va successivement occuper. En considérant la foudre comme une ondulation , on peut comparer l’éclair aux réfractions qu’un rayon de lumière éprouve' en traversant certains cristaux ; seulement il faudra admetti’e que les exhalaisons qui se trouvent réparties diversement dans l’atmosphère, opposent à la marche de la foudre des résistances inégales dans diverses directions.

Quant aux éclairs en boules, M. Arago les considère comme un des phénomènes les plus inexplicables de la physique dans son état actueh

Tout ce que l’on peut dire sur ces boules et globes de feu, c’est qu’ils paraissent être des agglomérations de substances pondérables fortement chargées d’électricité.

La fondée, comme je l’ai déjà dit, en traversaiit l’atmosphère, réagit sur les principes constituants de i’air, d’ou résulte de l’acide niti’ique : ne serait-il donc pas possible aussi que la foudre déterminât la combinaison de matières de toute nature qui peuvent exister dans l’air? Cette conjecture, qui gagne à l’examen, s’appuie encore sur le fait observé par M. Eusinieri, qu’on trouve du fer métallique et du fer à divers degrés d’oxidation, ainsi que du soufre, dans lès dépôts pulvérulents qui entourent les fissures à travers lesquelles la foudre s’est ouvert un passage.

iGo RÉJbL. RliLAT. ALiX ORSEK VATlüNS PRRCÉDEJNTl-S.

\67.‘2. Voyons inalntenan!; comment on peut considérer les éclairs de chaleur, éclairs ainsi dénommés parce qu’ils brillent pendant les belles nuits de l’été.

Sénèque, en parlant de ces éclairs, dit « qu’au lieu t( d’oLi ils partent, il se trouve des nuages que la forme « sphérique de la terre ne nous permet pas d’apercevoir, (f Le feu de l’éclair, lancé vers le haut, se monti*e dans a la partie pure et sereine du ciel, quoique formé dans c( un nuage obscur et ténébreux (i). ))

Le P. Loseran de Fesc, dans une dissertation sur le tonnerre (couronnée en l'yaG par l’académie de Bordeaux), professe la même opinion. Suivant lui , les éclairs de chaleur sont la révei'bération , sur des couches atmosphériques plus ou moins élevées, d’éclairs ordinaires, produits dans des nuages orageux, que l’on ne peut apercevoir à cause de la forme arrondie de la terre.

Cette explication a été adoptée par la plupart des physiciens.

On pourrait opposer à ce raisonnement, que la puissance réfléchissante de ratmosphèi’e suffît pour nous renvoyer la lumière crépusculaire du soleil, mais non pour réverbérer celle des éclairs, qui est comparativement beaucoup plus faible, M, Arago répond à cette objection par des faits, en montrant que la faible lumière qui résulte de l’inflammation de quelques onces de poudre se reflète dans l’atmosphère d’une manière très-évidente; dès lors on peut admettre que la réflexion infiniment plus vive de certains éclairs peut produire des effets semblables.

Citons des exemples. On trouve dans le voyage de Saussure, que, dans la nuit du jo au i r juillet lySS, cet illustre physicien se trouvait h l’hospice du Grimsel par un ciel calme et serein. En regardant dans la direction de Genève, il voyait h l’horizon quelques bandes de nuages, d’oia sortaient des éclairs qui ne produisaient

(i) Quest. nat. i, 2. § xxvi.

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