‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 91 sur 226 · LA FOUDRE · texte numérisé non relu

LA FOUDRE

§ Descjiplioii du phénoinène.

1 626. Les trombes sont des amas de vapeurs épaisses, animées souvent d’un mouvement rapide de rotation et de translation, ressemblant à une nuée de forme conique , dont la base est dirigée le plus souvent vers les nuages et le sommet vers la terre, et quelquefois dans une position inverse; ces amas font entendre un bruit assez semblable à celui d’une charrette courant dans un chemin rocailleux.

Ces météores causentqucI([uefois des désastres épouvantables ; ils déracinent les arbres , les dépouillent de leurs feuilles, les foudroient et les ti-ansportent à de grandes distances; ils renversent les maisons, enlèvent leur toiture , détruisent ou brisent tout ce qui se trouve sur leur passage. Souvent ils déversent de la pluie et de la grêle; souvent aussi ils sont accompagnés de globes de feu. Ils lancent des éclairs et font entendre le bruit du tonnerre , puis ils se dissipent assez ordinairement après. Sur mer on observe également des trombes qui effrayent les plus intrépides voyageurs , et qui paraissent avoir une origine semblable. Ce phénomène, qui est uii des 'plus complexes de la physique, n’a [)as encore été expli(pié d’ime manière complètement satisfaisante. M. Peltier, en s’appuyant sur les effets mécaniijues de l’électricité, a cherché à en donner une théorie que j’exposerai plus

DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE

loin. Je désire montrer auparavant que si l’on n’admet pas que la foudre soit la cause immédiate de sa production, on ne peut s’empêcher du moins de reconnaîti’e qu’elle laisse des traces de son passage dans presque tous les endroits oii la trombe exerce ses ravages. Ainsi , la foudre accompagnant ordinairement les trombes, doit jouer certainement un rôle dans leur production.

1627. Je commencerai par rapporter les relations consignées dans divers recueils scientifiques , d’effets désastreux produits par des trombes terrestres les plus remarquables qu’on ait observées. En comparant tous ces récits, il sera facile de faire ressortir toutes les circonstances qui leur sont communes, et par suite d’apercevoir la cause présumée de leur formation.

Nous trouvons, dans l’Histoire de l’Académie des sciences, année 1727, la relation suivante: «Le 2 novem- « bre 1729, vers 8 heures du matin, on aperçut à « Montpellier, du côté sud-est, d’ou soufflait le vent, « une petite nuée, fort obscure et fort élevée, qui s’a- « vançait vers la ville avec un bruit sourd, qui aug- « menta à mesure qu’elle s’approchait. Elle s’abaissa « jusqu’à terre; on crut y apercevoir une lumière sem- « blable à celle d’une fumée qui s’élève d’un grand feu, « et après le passage de la nuée, on avait senti une forte « odeur de soufre , comme celle qui infecte les lieux ré- « cemment frappés de la foudre. Cette nuée avait un « mouvement très-rapide , et formait autour d’elle un « tourbillon qui s’étendait à 5o toises à la l onde, et dont « l’activité était si prodigieuse, qu’il déracinait les arbres, « enlevait le toit des maisons, renversait les édifice, s et « emportait les débris à plus de 200 toises. Après avoir « parcouru une petite demi-lieue en longueur, sur une « largeur d’environ 100 toises, et qu’il se fut dissipé, il « survint une grosse pluie d’orage , sans éclairs et sans « tonnerre. »

Dans le Journal de physique ^ du mois de novembre 1780, on trouve la description d’une trombe qui eut lieu sur les 5 heures du soir, près de Carcassonne : cette

CHAPITllE IV.

trombe avait pris naissance sur les bords de l’Aude; elle "Coniinença par déverser une grande quantité d’eau, puis lança, à une grande hauteur , des jets de sable; elle découvrit 80 maisons, et dispersa dans les campagnes des gerbes de blé qu’elle avait enlevées. Elle arracha de gros frênes et en transporta à ao toises de distance les grosses branches dans le sens contraire de sa direction. Les portes , les fenêtres , les meubles d’un château furent brisés; le milieu d’une chambre fut dépavé , sans que des tas de faïence qui s’y trouvaient fussent dérangés. Le cadre d’un miroir appuyé sur une cheminée fut brisé, et ses éclats portés sur des chaises, La glace, restée en place, ne fut point endommagée.

Dans les Mémoires de l’Académie de Toulouse, tom. Y, je trouve la description suivante d’une trombe qui dévasta , le i5 juin 1785, le territoire d’Esclades , à 4 lieues de Narbonne : la nuit qui précéda ce terrible météore fut très-belle. Le lever du soleil ne fut obscurci d’aucun nuage; l’air était calme et pur. A 6 heures et demie du matin la chaleur devint très-piquante, et augmenta jusque vers 7 heures qu’elle fut excessive. Alors parut, vers le côté de l’ouest, un petit nuage qui grossit peu à peu, et s’étendit au point que, dans l’espace d’une heure, il couvrit tout l’horizon. Le Lbermomètre de lléaumur marquait 29^, et le baromètre 27^°' 1 1 'y, par un vent d’ouest très-faible. Tel fut l’état de l’atmosphère jusqu’à 2 heures après midi. A cette époque il se forma du côté de l’ouest uneespècede colonne fumeuse, bruyante, d’une hauteur énorme, qui passa entre Esclades etMontbrun. Dans sa marche elle enleva la terre, le gravier, déracina les arbres et ravagea tout ce qui se trouva sur sa route. Cette tempête dura l’espace de 5 minutes. A une lieue et demie d’Esclades , elle parut stationnaire pendant 5 autres minutes, et revint sur ses pas. Le bruit qu’elle faisait ressemblait au roulement continuel du tonnerre; elle fondit sur Esclades oii il tomba une grêle épouvantable. A cette grêle succéda une pluie si abondante, que la campagne en fut inondée; elle dura trois quarts

DKSCRIPTION DU FflÉNOMUNIi:.

d’heure. La foudre tomba en plusieurs endroits. Pendant ce temps, le thermomètre monta à 3^*^, et le baromètre à 28^’'’ i‘ par un vent d’est très-violent. Après que le météore eut disparu, le temps se refroidit et le mercure descendit à 27®.

M. de Ilumholdt dit (1) que dans les steppes de l’Amérique méridionale la plaine offre quelquefois un spectacle extraordinaire; « Pareil à une vapeur, le sable a s’élève au milieu d’un tourbillon raréfié et peut-être « chargé d’électricité, tel qu’une nuée en forme d’enc( tonnoir , dont la pointe glisse sur la terre , et sembla- (( ble à la trombe bruyante redoutée du navigateur ex- « périinenté.

« En Europe, dans les ebemins, nous voyons quelque (( chose qui approche du phénomène singulier de ces c( trombes de sable; mais elles sont particulièrement (( observées dans les déserts sablonneux situés au Pérou , « entre Coquimbo et Amotape. Ce qui est digne de re- (( marque, c’est que ces courants d’air partiels qui se a heurtent, ne se font sentir que lorsque l’atmosphère est ce entièrement calme ; par conséquent l’oeéan aérien est (c semblable à la mer, ou des filets de courants qui en- « traînent l’eau en clapotant, ne sont sensibles que par (ç le calme plat. »

Ce savant ajoute que, dans la savane d’ Apurée, le thermomètre s’élevait de o.'j h 29^ R. aussitôt que le vent chaud du désert commençait a souffler, et qu’au milieu du nuage de poussière, la température était, pendantquelques minutes, à 35°.

Le Courrier du 19 septembre 1826 a publié la relation d’un météore qui avait exercé ses ravages dans l’arrondissement de Carcassonne, le 26 août précédent.

Le vent était au sud, la chaleur de la matinée avait été étouffante ; à midi environ les nuages s’amoncelèrent vers l’ouest. Un vent impétueux se fit sentir. Un nuage

(i) Tableau de la nature, tom. i, p. 43 et 177.

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