CHAPITRE iV
noir et épais paraissait suspendu sur une pièce de terre près du château de la Caunette (100 toises); on voyait, dans la direction du territoire de Fombraise, les nuages se heurter, s’entre-choquer et descendre très-bas, comme attirés par la terre. Le tonnerre grondait de toutes parts; un roulement sourd se faisait entendre. Les animaux domestiques fuyaient vers leur demeure. Tout à coup on entendit un craquement affreux dans la direction de l’ouest. L’air, vivement agité, était attiré avec une vitesse extrême vers ce nuage opaque, qui couvrit le Champ ' Rouge. L’instant de la réunion fut signalé par une forte détonation et l’apparition d’une énorme colonne de feu, qui, rasant le champ, déracina tout sur son passage. Un jeune homme de dix-sept ans se trouvant dans la direction de ce météore, fut tourbillonné , enlevé dans les airs, et eut la tête fendqe sur un rocher. Quatorze moutons furent enlevés, et tombèrent asphyxiés.
Cette colonne d’air et de feu renversa des murs, déplaça d’énormes rochers, déracina les plus grands arbres, pénétra dans le château par deux issues, souleva et renversa les pierres de taille de la porte cochère, brisa la porte, en tordit toutes les pentures, fracassa une fenêtre, pénétra dans le salon du premier, se fît jour à travers le plafond, perça le second, s’élança vers le toit, et fit écrouler ces trois étages avec un fracas terrible. Des dames qui se trouvaient dans le salon , virent le globe de feu y pénétrer, et ne durent leur salut qu’cà une énorme poutre qui fit voûte et retint la boiserie. Une trombe d’air, pénétrant par la croisée au-dessus de la cuisine, renversa une cloison, souleva le plancber, brisa les meubles, bouleversa les lits, ouvrit les armoires sans rien déranger, perça un gros mur et en jeta les débris à une très-grande distance, rompit les combles du château, déracina et souleva un énorme chêne vert de 5 pieds de circonférence, écrasa deux petites maisons, emporta les charrettes, les précipita dans le ravin, déracina plusieurs noyers énormes qui s’y trouvaient, ravagea les vignes, laissant sur le terrain de très-profonds sillons; l’air était
Vf. r lie. 19.
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imprégné d’une forte odeur de soufre. Ce météore disparut dans la direction de Fournas, et fut suivi d’une très-forte pluie; j)uis le ciel devint serein, et le vent d’est commença à souffler.
Eu i8a3, une ti’ombe exerça de grands ravages dans plusieurs communes des arrondissements de Dreux et de Mantes. Dans le hameau de Marchefroid, cinquante-trois habitations furent détruites en une minute : à peine y entendit-on l’orage ; il n’y tomba qu’un peu de grêle avant l’apparition de la trombe. Un enfant de trois ans , qui était dans une cour près de sa mère, fut tué sur-le-champ. On ne lui trouva d’autres blessures qu’un trou au cou, d’une certaine profondeur.
Des combles entiers furent enlevés dans le sens et à contre-sens de la direction suivie par la trombe. Les quatre murs d’un jardin furent entièrement renversés, chacun dans leur sens, en dehors du jardin. Ce renversement se fît d’une manière régulière. Après le passage de ce méiéore,la température ne sembla point cbangée,et le soleil reparut aussitôt.
Le 6 juillet 1822 , une trombe se forma dans la plaine d’Ossonval , près du village de ce nom, dans le département du Pas-de-Calais.
Des nuages venus de divers côtés, s’étant rassemblés au-dessus de la plaine, finirent par n’en former qu’un seul qui couvrait l’horizon, [mmédiatement après , on vit descendre de ce nuage un cône dont la base s’appuyait sur lui. La partie inférieure touimait avec une vitesse considérable. Cette trombe, poussée par le vent, abattit une grange, déchira et emporta la couronne des arhres les plus forts, en renversa vingt-cinq à trente et les coucha en différents sens, de manière à prouver que la trombe cheminait en tournoyant; elle en enleva et les accrocha à d’autres arhres de 60 à 70 pieds de haut. On vit, en outre, sortir, de temps à autre, de son centre des globes de feu et des globes de vapeurs comme soufrés. Ce météore, dans sa marche rapide, faisait entendre un bruit semblable à celui d’une lourde voiture roulant sur un chemin pavé.
CMAPITH]: IV.
Elle pénétra ensuite dans la vallée de Witterriestre et Lambre. Le premier de ces villages, composé de quarante habitations, n’en conserva que huit d’intactes; partout la trombe laissa des traces de son passage. A Witlernestre , elle renversa, en sens contraire, les pignons et les murs des maisons; enfin, elle se divisa : une partie se dissipa dans les airs, et l’autre se réduisit en un simple nuage.
Pour dernier exemple, je citerai les désastres produits par une trombe, le iB juin îBBq, dans la commune de Ghatenay, canton d’Ecouen (département de Seine-et- Oise). Ayant été témoin moi-méme de ce désastre, je puis en garantir l’exactitude. Deux relations ont été faites de cette trombe, l’une par M. Peltier, l’autre par M. Bouchard (i). Je ne saurais mieux faire que de donner ici un extrait de la première, en y ajoutant quelques détails qui ne s’y trouvent pas.
M. Peltier s’exprime ainsi :
« Dès le matin, un orage s’était formé au sud de Chatenay, et s’était dirigé, vers les dix heures, dans la vallée entre les collines d’Ecouen et le monticule de Chatenay. Les nuages étaient assez élevés, et, après s’étre étendus jusqu’au-dessus de l’extrémité est du village, ils s’arrêtèrent; le tonnerre grondait, et le premier nuage suivait la marche ordinaire, lorsque, vers le midi, un second orage, venant également du sud et marchant assez rapidement, s’avança vers la même plaine et le même monticule. Arrivé vers l’extrémité de la plaine audessus de Fontenay, en présence du premier orage qu’il dominait par son élévation , il y eut un temps d’ari-êt à distance; sans doute les deux orages se présentaient l’un à l’autre par leurs nuages chargés de la même électricité, et ils agissaient l’un sur l’autre par répulsion.
«Jusque-là le tonnerre s’était fait entendre dans le se-
(i) Compte rendu des séanees de l’Acad. des Scieur., i f) cl ix juiüet
DESCRIPTION DU PITIÉNOMÈNI:.
concl orage, lorsque tout à coup un des nuages inferieurs, s’abaissant vers la terre, se mit en communication avec elle, et toute explosion parut cesser. Une attraction prodigieuse eut lieu ; tous les corps légers, toute la poussière qui recouvrait la surface du sol s’élevèrent vers la pointe du nuage; un roulement continuel s’y faisait entendre; de petits nuages voltigeaient , tourbillonnaient autour du cône renversé , et montaient et descendaient rapidement. Les arbres placés au sud-est de la trombe en furent atteints dans leur moitié nord-ouest qui la regardait; l’autre moitié en fut préservée et conserva son état normal. Les portions atteintes éprouvèrent une altération profonde, dont nous parlerons plus bas, tandis que les autres portions gardèrent leur sève et leur végétation. La trombe descendit dans la vallée à l’extrémité de Fontenay, vers des arbres plantés le long d’un ruisseau sans eau, mais encore humide; puis, après avoir tout brisé et déraciné, elle traversa la vallée et s’avança vers d’autrès plantations d’arbres à demi-côte, qu’elle détruisit également. Là, la trombe s’arrêta quelques minutes; elle était parvenue au-dessous des limites du premier orage, et celui-ci, jusque-là stationnaire, commença à s’ébranler et à reculer vers la vallée ouest de Chatenay. Ayant desséché et bouleversé le plant Thibault ,, elle s’avança, en renversant tout sur son passage, vers le parc du château de Chatenay, qu’elle transforma en un lieu de désolation. Les plus jeunes arbres seulement, placés à l’extrémité en dehors de la trombe, sont les seuls qui restent; les murs sont renversés ; le château et la ferme ont perdu leurs toitures et leurs cheminées. Des arbres ont été transportés à plusieurs centaines de mètres; des pannes, des chevrons, des tuiles ont été projetés jusqu’à 5oo mètres et plus.
«La trombe, ayant tout ravagé, descendit le monticule vers le nord, s’arrêta au-dessus d’un étang, renversa et dessécha la moitié des arbres, tua tous les poissons, marcha lentement le long d’une allée de saules dont les racines baignaient dans l’eau , et perdit dans ce passage