CHAPITRE V
des courants électriques qui sont dus à des différences dans le mode de propagation, suivant telle ou telle direction. D’après cela, quand on frotte l’un contre l’autre deux corps, dont la nature est différente ainsi que l’état des surfaces, la chaleur qui se dégage ne doit pas se répartir également dans chacun d’eux; il peut alors en résulter une séparation des deux électricités. C’est ainsi qu’en frottant un morceau de verre poli contre un autre qui est dépoli, celui-ci doit s’échauffer davantage, parce que les particules de sa surface sont plus ébranlées, et qu elles ont un pouvoir absorbant pour la chaleur plus grand que celles de la surface polie; elles se trouvent donc dans les circonstances voulues pour prendre l’électricité négative , comme l’indique l’expérience. Les phénomènes de chaleur peuvent donc, à la rigueur, suffire pour expliquer le dégagement de l’électricité; mais d’un autre coté, les expériences de Wollaston prouvent qu’il faut encore faire intervenir l’action chimique.
Je rappellerai , à cette occasion , que nous ignorons la limite où des réactions chimiques cessent de s’opérer dans le frottement mutuel de deux corps; peu de recherches ont encore été faites à cet égard. Ces réactions sont beaucoup plus étendues qu’on ne l’a pensé jusqu’ici, et. il n’est pas improbable que la plupart du temps le dégagement de l’électricité, dans le frottement, soit le résultat d’effets électro-chimiques. Interrogeons les faits, qui doivent seuls nous servir de guide.
Si bon porphyrise dans un mortier d’agate un cristal de mésotype, qui est un double silicate d’alumine, la poussière donne *la réaction alcaline, non-seulement; avec les infusions de chou rouge et le bois de campêche, mais elle rougit encore le papier de curcuma. L’effet produit est dû à l’alcali mis en liberté par l’effet de la trituration, et non à l’action des matières colorantes sur la mésotype.
Le basalte, le feld-spath et différentes laves qui Venferment de la potasse ou de la soude, laissent également
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échapper une petite portion de leur alcali par la porphyrisation, mais à un degré moindre que la mésotype.
Le fer oligiste , plusieurs silicates non alcalins , le cristal de roche, ainsi que d’autres substances, quand elles ont été préalablement chauffées, puis lavées avec de l’eau distillée, ne donnent pas la réaction alcaline.
La pyrite, soumise au même mode de traitement, donne naissance à du proto-sulfate de fer.
Le deuto-sulfure d’étain, celui-là même dont on se sert pour enduire les coussins des machines électriques, se change peu à peu, par la trituration dans un mortier d’agate, en sous-sulfate acide d’étain; il en est encore de même quand on frotte, sur une plaque de cristal de roche, un tampon de peau, recouvert de deuto-sulfure d’étain. Il faut donc que, pendant la friction, les deux éléments du sulfure se soient oxidés aux dépens de l’oxigène de l’air.
Les faits que nous venons de présenter montrent que les corps peuvent se décomposer par le frottement ou la trituration. On ignore encore jusqu’à quel point la chaleur qui est dégagée concourt à cette action ; mais le fait en lui-même, quelle que soit la cause qui le produise, paraît démontré.
Si nous nous reportons maintenant à l’influence bien constatée des compositions métalliques pour exciter la puissance électrique dans le frottement, nous dirons d’abord, que dans le frottement des coussins recouverts de
deuto-sulfure d’étain sur le plateau de la machine, il y a production d’un composé acide , résultant de la combinaison de l’oxigène de l’air avec le soufre et l’étain. Si l’on rapproche ce résultat du fait observé par Wollaston , que la machine électrique ne fonctionne pas dans le vide, ou excessivement peu, nous voyons que l’air qui adhère à la surface du plateau cède au soufre et à l’étain son oxigène; pendant cette réaction, l’oxigène prend l’électricité positive et la transmet au corps auquel il adhère, c’està-dire au plateau de verre, tandis que les bases laissent