‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétismeChapitre 173 sur 362 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

flexibilité pour lui permettre de se mouvoir dans un plan horizontal. Ce phénomène a encore lieu quand on interpose , entre le barreau et la limaille ou l’aiguille, des corps tels que le bois, le papier, le verre, etc. Tous les corps n’arrêtent donc pas la puissance attractive qui émane des aimants. Si l’on remplace l’aiguille de fer doux par une aiguille aimantée, on trouve que chacun de ses pôles est attiré par l’une des extrémités du barreau et repoussé par l’autre. Concluons de là que les deux moitiés d’un barreau ou d’une aiguille aimantée ne possèdent pas la même faculté magnétique.

i 57. Nous avons vu que les parcelles de limaille qui se groupent autour des parties extrêmes d’un aimant, se tiennent unies les unes aux autres et forment des filaments plus ou moins longs , suivant leur distance des pôles. Ce phénomène indique donc cette propriété remarquable du fer doux, de devenir lui-même un aimant capable d’agir comme tel, sur les parcelles de fer qui l’environnent, lorsqu’il est mis en contact avec un aimant. Pour mettre plus en évidence cette propriété, il suffit de placer verticalement un barreau de fer, par l’un de ses bouts, très-près de l’une des extrémités d’un barreau aimanté horizontal, et de présenter au bout libre du premier de la limaille de fer ; celle-ci s’y attache aussitôt, et y reste suspendue tant que faction par influence subsiste; mais aussitôt qu’elle cesse, lorsqu’on enlève l’aimant, la limaille retombe. Au lieu de limaille, on peut expérimenter avec de petits cylindres de fer doux, que l’on fait adhérer les uns aux autres au moyen de l’action par influence. Yient-on à retirer l’aimant, les cylindres restent sans action les uns sur les autres, et retombent aussitôt.

Pendant l’aimantation par influence, l’aimant 11e perd rien de son magnétisme, et le fluide magnétique ne passe même pas d’une molécule à une autre, comme dans le dégagement de l’électricité par influence ; car il est facile de démontrer qu’un barreau aimanté ne perd rien de son pouvoir attractif, quel que soit le nombre des barreaux de fer qu’il ait servi à aimanter. D’un

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autre coté, le fer doux rentrant dans l’état naturel, dès l’instant qu’il n’est plus sous l’influence de l’aimant, doit posséder en lui-même les deux principes propres à lui faire acquérir la propriété magnétique; ainsi il ne doit rien prendre à l’aimant. Pour montrer que le magnétisme ne passe pas d’une molécule à une autre afin de s’accumuler aux extrémités, il suffit de mettre un fil de fer en contact avec un aimant, et de couper l’extrémité libre du fil de fer; la partie coupée ne possède aucune trace de magnétisme libre. Le phénomène est donc simplement moléculaire.

Un aimant non- seulement ne perd rien de sa force par l’aimantation qu’il produit dans des barreaux de fer, mais son énergie doit successivement augmenter ; en effet, quand le pôle a d’un aimant touche l’extrémité b d’un barreau , il y développe un magnétisme de nom contraire, celui-ci réagit par influence sur le magnétisme naturel de l’aimant, de manière à y exciter une nouvelle décomposition, qui augmente nécesssairement son magnétisme libre. Cet accroissement de magnétisme réagit à son tour sur le magnétisme naturel du barreau , et ainsi de suite; de sorte que par ces décompositions successives, le magnétisme libre de l’aimant et du barreau augmente jusqu’à une certaine limite.

En raison de ces propriétés , on attribue les phénomènes magnétiques à l’action de deux fluides doués de propriétés contraires, qui résident autour des molécules du fer, sans pouvoir passer d’une molécule à une autre, et dont la réunion forme le fluide magnétique naturel. De même que dans la théorie de l’électricité, on admet deux fluides différents , qui se neutralisent l’un l’autre pour former du fluide électrique naturel, de même aussi on pense que le fluide magnétique naturel se compose de deux fluides dont les molécules de chacun d’eux se repoussent, tandis qu’elles attirent celles de l’autre fluide. Aussi avons-nous vu que dans deux aiguilles aimantées, librement suspendues, les pôles de même nature se repoussent, et ceux de nature différente s’attirent.

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