‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétismeChapitre 89 sur 362 · CHAPITRE IIC · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIC

Volta on rend compte des effets observés, en disant que le bois sec, n’étant pas conducteur de l’électricité, ne peut donner écoulement à l’électricité positive du zinc, mais que dès qu’il est conducteur, la charge doit s’effectuer.

Le savant Génevois a été frappé surtout des résultats qu’il a obtenus en employant le potassium et le sodium.

Un morceau de l’un de ces deux métaux ayant été fixé à une pince de platine par l’une de ses extrémités, tandis qu’on le tenait par l’autre extrémité au moyen d’une pince d’ivoire , on l’entoura d’huile de naphte très-pure , et en toucha le condensateur avec le bout d’une pince de platine, il n’y eut aucun signe d’électricité; mais aussitôt que l’huile de naphte fut enlevée, et que l’air put réagir sur le métal, l’électricité dégagée fut des plus vives.

M. Delarive a cherché à combattre l’objection qu’on lui a faite, que le bois sec, n’étant pas conducteur de l’électricité, le condensateur ne pouvait se charger. Il a fait à ce sujet l’expérience suivante. Il prit un cylindre d’ébène de 10 à 12 centimètres de longueur et de 2 de diamètre; l’ayant desséché fortement, il inséra à chacune de ses extrémités deux petites houles de zinc , terminées par des bouts de laiton. La partie extérieure du zinc, ainsi que les extrémités du cylindre d’ébène, étaient recouvertes d’une couche de cire, qui interceptait l’action de l’air humide. En tenant à la main le bout de laiton d’une des deux lames de zinc, et en touchant le condensateur avec l’autre bout, on n’obtenait aucun signe d’électricité: cet effet se conçoit parfaitement dans la théorie de Volta. Ayant retiré ensuite une des lames de zinc, il l’humecta légèrement avant de l’introduire de nouveau dans la fente pratiquée dans l’ébène; dans ce cas il eut des signes électriques très-prononcés. L’électricité développée était négative quand le bout de laiton, mis en contact avec le condensateur, était celui qui était soudé à la lame humectée, et positive quand c’était le bout tenant à la lame non humectée. M. Delarive en a

l/[2 EFF. ELEC. DANS LE CONT. DES CORPS COND.

conclu que son appareil était conducteur de l’électricité d’un bout à l’autre; que l’électricité dégagée ne provenait que de celle des lames qui avait éprouvé une action chimique par l’effet de l’humidité dont elle avait été recouverte; enfin, que l’effet ne pouvait être attribué au contact. Les défenseurs du contact et les partisans de l’origine chimique diront que, dans le premier cas, la tension électrique pouvait être la même aux deux bouts, tandis que, 'dans le second, elle était plus considérable d’un coté que de l’autre en raison de l’action chimique. M. Pfaff, qui depuis la découverte deVolta n’a cessé de défendre la doctrine du contact, a cherché, depuis les recherches de M. Deiarive, à ajouter de nouvelles preuves à celles qu’il avait données précédemment (i). Il prit un condensateur composé d’un disque de zinc et d’un disque de laiton, enduits tous les deux d’une couche mince de vernis de succi n, et dont l’un était vissé sur l’électroscope à feuilles d’or. En établissant un contact métallique entre les deux disques, il trouva, après leur séparation, que celui de zinc était chargé d’électricité positive, et celui de cuivre d’électricité négative, il observa que le résultat était encore de même en opérant dans le vide, dans l’air bien desséehé, dans l’azote, dans l’hydrogène et d’autres gaz, qui ne peuvent exercer aucune action chimique sur le zinc: il en tira dès lors la conséquence que l’effet électrique ne pouvait être attribué qu’au contact des deux métaux.

33. M. Deiarive a combattu les conséquences que M. Pfaff a tirées de ses expériences. Il observe d’abord qu’en se servant d’un condensateur composé de deux disques hétérogènes, il peut arriver que l’électricité développée soit due à la pression des deux plateaux sur la couche mince de venus qui les sépare. Nous ne concevons pas un effet de ce genre, quand le vernis a été appliqué à chaud et adhère fortement au métal. 11 se demande ensuite

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t, xlvi, p. 28 6.

quelle certitude on peut avoir que, soit dans le vide, soit dans les gaz, ou le condensateur était placé, il n’y ait pas de trace d’humidité. Or, il suffit, ajoute-t-il , d’une légère action chimique, exercée sur la surface par l’air ou par le milieu ambiant quelconque, pour déterminer le dégagement d’électricité observé.

Il a cherché à démontrer ensuite que c’est bien a faction chimique qu’est dû le développement de l’électricité dans l’expérience du condensateur formé de deux disques hétérogènes. Il a pris deux disques de zinc semblables, pour les dimensions, aux deux disques en laiton d’un condensateur ; il a soudé à chacun un bout de laiton, puis il a recouvert leur surfaceintérieured’une couche mince de vernis de gomme laque, afin de les transformer en plateau d’un condensateur. Il a recouvert aussi entièrement d’une couche de même vernis la surface extérieure de l’un des disques de zmc, afin de lui enlever le contact immédiat avec l’air. Il a fait diverses expériences en formant le condensateur, tantôt avec les deux disques de zmc, tantôt seulement avec l’un d’eux et avec un disque de laiton.

Quand il se servait du disque de zinc, dont la surface était recouverte partout de vernis, il obtenait des résultats électriques moins marqués qu’avec l’autre. Ayant présumé que l’électricité très-faible qui était développée avec le plateau de zinc verni , provenait de ce que la couche dont il était recouvert était trop mince pour intercepter complètement toute action chimique de l’air et de l’humidité, il augmenta successivement l’épaisseur de la couche, jusqu’à ce que le plateau cessât de donner des signes d’électricité. Il en conclut que l’air humide exerçait son action sur la surface du zinc, au

travers du vernis , et que, lorsqu’un plateau de zinc est mis entièrement à l’abri de cette action, au moyen d’une couche de vernis, il ne devient point électrique dans son contact avec une tige de laiton. Dans ce cas, ce plateau se conduit comme un plateau homogène de laiton; car si l’on touche le laiton, qui est soudé à la surface du zinc, avec le cuivre d’un couple voltaïque,

T 44 EFF. ÉLKC. DANS LF. COUR. DES CORPS COND.

on lui communique l’électricité négative. On obtient le même résultat en mettant en communication les deux bouts de laiton. Il s’agirait d’examiner si en augmentant le nombre des couches de vernis, on ne diminue pas la faculté condensante des plateaux au point de l’annuler tout-à-fait.

Le plateau inactif de zinc, mis en communication avec différentes sources d’électricité, se charge d’électricité négative, comme d’électricité positive. M. Delarive a reconnu que dans les mêmes circonstances et avec le même appareil, le plateau inactif cuivre-zinc du condensateur se charge plus facilement et en plus grande quantité d’électricité positive que d’électricité négative.

On savait que l’électricité, lorsqu’elle est très-faible, éprouve un obstacle dans sa transmission , quand elle passe d’un conducteur dans un autre. M. Delarive chercha a découvrir si l’obstacle était plus ou moins grand, suivant l’ordre dans lequel les deux conducteurs se succéderaient l’un à l’autre. 11 découvrit que l’électricité positive passe plus facilement du cuivre au zinc que du zinc au cuivre, et que c’est l’inverse pour l’électricité négative. Cette propriété remarquable des conducteurs hétérogènes peut servir à expliquer des anomalies que présentent quelques phénomènes électro-chimiques dont je vais parler dans un instant.

84. M. Delarive, prenant en considération les recherches que j’ai faites sur les phénomènes thermo-électriques, a examiné quelle était l’influence de l’action calorifique sur la production de l’électricité de tension dans le contact de deux corps solides hétérogènes. Ayant soudé à l’un des plateaux du condensateur en zinc une petite tige de platine, et ayant recouvert ce plateau sur toute sa surface d’une couche épaisse de vernis, il s’aperçut que la plus petite élévation de température opérée sur l’extrémité de la tige de platine, donnait des signes électriques ; le plateau de zinc acquérait une petite charge d’électricité positive. Il observa en outre qu’il n’y avait aucun effet de produit lorsqu’on avait

Page 1