CHAPITRE X
14^3. La manière dont M. Faraday envisage l'induction en général, et en particulier dans les diverses décharges, a l'avantage de soumettre à la loi de continuité les actions électriques à distance, que Ton considérait, avant lui, comme s'exerçant indépendamment du diélectrique qui sépare les corps. Je sais qu'on peut lui objecter qu'il ne fait que reculer la difficulté , attendu que les molécules des corps n'étant pas juxtaposées , il existe entre elles des vides qui doivent transmettre les actions par influence, comme pourraient le faire les intervalles qui séparent les corps. Mais ce qu'il y a de réel dans la théorie de M. Faraday, c'est que les diélectriques exercent réellement une influence sur les actions à distance, et que c'est par leur intermédiaire qu'elles s'opèrent.
Voici l'appareil dont M. Faraday a fait usage pour déterminer le pouvoir conservateur d'un diélectrique comparé à celui de l'air :
a est un vase de verre (fîg. 55) fermé au sommet et au fond, au moyeu de deux plaques de cuivre h^c; b porte une boîte garnie avec une tige métallique glissante, terminée en bas par une petite boule de cuivre s y et audessus par un anneau. La plaque inférieure est placée sur un tube reposant sur un pied et muni d'une douille et d'un robinet d'arrêt/; une boule decuivre/est fixée sur la plaque inférieure, le verre du vase est recouvert d'une couche de vernis à la gomme laque. Au moyen du tube on peut faire le vide dans l'intérieur et y introduire des gaz. L'autre partie de l'appareil consiste eu deux supports isolants hyi^ auxquels sont attachées deux boules de cuivre à travers lesquelles passent des baguettes mobiles /w,/-, terminées par des balles de cuivre, n est l'extrémité d'un conducteur isolé qui reçoit de l'électricité positive ou négative d'une machine, p et o sont deux fils de communication, q est un fil de métal qui, unissant les pieds, communique avec un appareil de décharge. Au moyen de cet arrangement, la décharge peut passer entre ^ et / ou entre S et L , à une distance fixe , selon qu'elle ^rpuve plus de facilité à franchir l'intervalle v
|38 DÉCHARGE PE HUPTURE.
que l'intervalle u* On introduit successivement un gaz dans le vase, et l'on cherche à balancer la décharge en un endroit avec celle qui s'opère dans l'autre; mais quand l'intervalle u est assez petit, toute la décharge peut y passer. En le faisant assez grand, la décharge a lieu en V. Quand le pouvoir résistant est le même en u qu'en v, la décharge a lieu tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; dès lors, en prenant une distance fixe, par exemple celle de Uy on peut comparer le pouvoir résistant ou isolant de l'air au pouvoir résistant d'un autre gaz. Voici les dimensions des boules avec lesquelles M. Faraday a expérimenté :
La boule s 0,93 de pouce
L'intervalle v était constamment égal à 0,62. Les boules ^ et S pouvaient être rendues positives ou négatives, en faisant communiquer le conducteur n avec l'un des conducteurs de la machine donnant les deux électricités. Il a trouvé que les gaz différent les uns des autres, relativement aux effets produits. Voici les effets qu'il a obtenus en notant l'intervalle le plus petit, le plus grand et le-moyen en u dans l'air; intervalle qui n'est jamais constant, attendu que la décharge a lieu, quand on est à la -limite, en vertu de causes souvent bien légères qui échappent à un examen attentif.
Le tableau suivant présente les résultats obtenus; les intervalles sont exprimés en fractions de pouce :
Plus grande Plus petite distance. distance. Moyenne.
( air 5 et S pos 0,60 .... 0,79 . . . 0,69$
I id, s et S nég 0,59 .... 0,68 . . . o,635
j oxigène ^ et S pos 0,4 1 .... 0,60 . . . o,5o5
j id, tf et S iiég. o,5o .... o,52 ... o,5io
i azote j et S pos o,5S .... 0,68 . . . o,6i5
id.^ s et S nég. 0,59 .... 0,70 . .^ 0,645
Plus grande Pin* petite
— tp*
rtwt granufi trtum p««|i.«
distance. distanee. Moyenne.'
(hydrogène ^ et S pos. .,... o,3o »... o,/i4 •.. 0,870
' iV/. s et S nég o,25 , . . .♦ o,3o . • . 0,1375
! acide carbonique 5 et S pos. . o,56 .... 0^72 . . . 0,640
iV/. j et S nég. . o,58 .... 0,60 . . . 0,690
Igaz oléfiant j et S pos., . . • .0,64 .... 0,86 . . . 0,760
id. s et S nég 0,69 . . , . 0,77 . . . 0,780
[gaz de charbon ^ et S pos.. . 0,87 .... 0,61 . . . 0,490
I id, j et S nég.. .0,47 .... o,58 ... 0,7^5
I gaz acide muriatique^et S pos. 0,89 id. s et S nég.0,67
. « . 1,82 • . . i,io5 • • . 0,76 • • • 0,720
Les expériences répétées dans diverses circonstances ont donné en général des résultats semblables quant à l'ordre, mais non précisément quant aux nombres.Ainsi, dans une autre série, on a obte^a:
hydrogène j et S pos o,a3 . 0,67 . o,4oo
gazacidecarboniquei'etSpos.OySi . i,o5 . 0,780 gaz oléfiant s et S pos 0,66 • r 9^7 • i ,966
Lorsque les étincelles avaient lieu entre les boules dans l'air libre, il arrivait souvent qu'elles n'étaient .pas droites et qu'elles suivaient une autre route que la dis* tance la plus courte. £n outre, quand elles avaient passé à l'un ou l'autre intervalle, elles avaient généralement une tendance à se reproduire au même intervalle, comme si les particules de l'air avaient été prédisposées pour laisser passer les étincelles. Aussi^ en continuant à manœuvrer la machine rapidement , les étincelles se suivaient généralement à la même distance. Cet effet est peutêtre dû soit à la chaleur de l'air échauffë par le passage de l'étincelle précédente, soit à la poussière qui voltige, soit à quelque chose d'inaperçu dans les décharges. En étudiant les résultats consignés dans le tableau précédent, on voit qu'il y a une différence très^'emarquable, ' et qui est constante dans la direction de la décharge, quand l'électricité communiquée aux balles set S change de signe; on voit que le rang de la variation est toujours
]4o^ DJÊCHARGE 0£ RUPTURE.
f)lu^ grand quand les petites balles sont positives que orsqu'elles sont négatives; c'est ce qu'indiquent les résultats suivants, en prenant la différence entre la plus grande et la plus petite valeur ;
positif. négatif.
Dans l'air le rang 0,19 0,09
oxigène ^9^9 0,0a
azote , » 0,1 3 0,1 1
hydrogène 0,1 4 o,o5
acide carbonique 0,16 0,0a
gaz oléfîant 0,22 0,08
gaz de charbon 0,24 o, 1 2
acide muriatique o,43 0,08
Plus loin je mettrai mieux en évidence la propriété des petites et des grandes boules pour faciliter ou s'opposer à la décharge selon qu'elles sont positives ou négatives.
i424» D'après ce que j'ai dit précédemment, on conçoit parfaitement qiie l'on puisse prendre l'intervalle moyen pour la mesure du pouvoir isolant des gaz. Les résultats obtenus présentent de grandes différences : ainsi sous la même pression et les petites balles étant chargées positivement, le gaz acide hydrochlorique a trois fois le pouvoir isolant du gaz hydrogène, et presque le double de l'oxigène, de l'azote et de l'air. Les différences obtenues ne peuvent être attribuées à la densité ; car, quoique l'hydrogène soit inférieur à l'oxigène, celui-ci est bien au-dessus de l'azote et du gaz oléfiant, et du gaz acide carbonique; quoique bien plus pesant que le gaz oléfîant ou le gaz muriatique , il est inférieur à l'un ou à l'autre.
D'un autre côté, M. Harris a observé qu'en raréfiant l'air aux deux tiers de sa densité ordinaire, il a les mêmes pouvoirs isolants que l'oxigène, quoiqu'il n'ait ni la même densité ni la même pression. '
Les différences observées dans les pouvoirs isolants du gaz dépendent donc de leur natur^, et non de quelT