‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 100 sur 119 · RÉVOLUTION DU GLOBE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DU GLOBE

sur l'autre , conformément au principe que nous avons déjà fait connaître, savoir, qu'une action faible entre deux corps augmente d'intensité si l'on établit entre eux un courant électrique avec les deux électricités dégagées par suite de cette action. Voilà, je crois, comme il faut envisager le phénomène. Aussi il est naturel que l'on n'ait pu recueillir d'électricité de tension là où il n'existé que des courants. La température qu'acquièrent les éponges est due non-seulement à l'action chimique, mais encore à la grande quantité de courants électriques qui parcourent les parties constituantes de l'éponge.

§ VIII. A-t-on V espoir de trouver des moyens dévaluer par approximation V époque de la dernière révolution du globe?

Ne pourrait-on pas remonter à l'époque de la dernière catastrophe du globe, en comparant les altérations qui ont eu lieu depuis quelques siècles dans les granités exposés aux influences atmosphériques, à celles qui se sont opérées depuis la dernière révolution dans les masses de même granité en place? A la vérité, il faut supposer que les causes de décomposition qui existaient alors n'ont pas changé; mais cette supposition est admissible, depuis que l'on sait, par un grand nombre de faits, que l'état de l'atmosphère et celui du globe n'ont pas sensiblement changé depuis cette révolution. Au surplus, quels sont les principes sur lesquels on s'appuie en géologie pour remonter à cette époque? i° Les données historiques; ellesnous fournissent peu de lumières. ^L'accroissement des atterrissements le long des fleuves ou sur les côtes de la mer; mais la nature a-t-elle toujours agi d'une manière uniforme pour produire ces atterrissements? Dans les premiers temps, la terre était jonchée de débris de roches de toute nature , qui ont été charriés par les eaux, les atterrissements ont donc dû s'accroître plus rapidement que maintenant. Au surplus, je ne connais pas de calcul bien positif qui nous donne la

chàpitw! sixième. 5a5

marche graduelle de ces dépôts. M. Cuvier, qui a discuté cette grande question, dans son Discours sur les révolutions du globe, avance que, si Ton examine avec attention ce qui s'est passé à la surface du globe , depuis qu'elle a été mise à sec pour la dernière fois, on reconnaît que la dernière révolution, et par conséquent rétablissement de nos sociétés actuelles, ne peut pas être très-ancienne. Pour arriver aux preuves, il avance qu'il suffit de mesurer les effets produits, dans un temps donné, par les causes qui agissent aujourd'hui , et de les comparer avec ceux qu'elles ont produits depuis qu'elles ont commencé d'agir. On peut arriver, par ce moyen, à déterminer à peu près l'instant où leur action a commencé, lequel est précisément le même que celui où nos continents ont pris leur forme actuelle et où la dernière retraite subite des eaux a eu lieu. Notre illustre naturaliste a pris pour base l'accroissement progressif des atterrissements et des alluvions le long des fleuves, dans un temps donné. Il raconte, à cet égard, les observations qui ont été faites en Egypte, où l'élévation du sol s'opère en même temps que la surface s'étend du côté de la mer; ce qui fait que chaque année l'inondation dépasse de beaucoup les marques qu'elle avait laissées dans les siècles précédents: Il passe en revue la marche des atterrissements lelong des principaux fleuves de l'Europe et des côtes de la mer, qui la ceignent dans quelques parties. En Frise et dans le pays de Groningue, où les premières digues ont été construites en iSyo, cent ans après, Ton avait déjà gagné en quelques endroits trois quarts de lieue de terrain en dehors de ces digues. On pourrait observer le même phéuomène et avec la même précision, ajoute M. Cuvier , tout le long des côtes de l'Ost-Frisc , du pays de Brème et du Holstein , parce que l'on connaît les époques où les nouveaux terrains furent enceints pour la première fois, et que l'on y peut mesurer ce que l'on a gagné depuis. Tous ces faits et un grand nombre d'autres encore ont été bien constatés, mais je ne vois pas les conséquences positives que l'on en a tirées pour remon-

5a6 RiTOLimoif du «lobe.

ter à l'époque de la dernière révolution du globe. Je n'ai vu nulle part, je le répète, aucun calcul positif à cet égard, mais bien des conjectures. Certes , le moyen que je vais indiquer repose également sur une hypothèse, mais c'est une hypothèse dont tout le monde peut vérifier les bases. Sous ce rapport , je crois qu'il est utile de le faire connaître, parce que de nouvelles observations géologiques pourront mettre à même de rectifier ce qu'il a de défectueux. Dans une question de cette nature, il ne faut pas s'appuyer sur des monuments périssables, que les générations futures ne peuvent consulter, mais bien sur des témoins irréfragables qui restent debout pour éclairer continuellement la science. Maintenant voici les faiu. Je prendrai mon exemple dans le Limousin: La cathédrale de Limoges a été construite, il y a environ quatre fcièdes, avec un granité qui a dû être extrait des carrières les plus rapprochées de la ville. Or, dans l'intérieur de cet édifice, l'altération du granité est peu ou point sensible , surtout dans les parties qui n'ont pas été exposées à l'humidité. Mais il n'en esWpas de même au dehors, surtout sur les faces qui sont exposées aux vents de pluie; la désagrégation et la décomposition dans quelques parties sont assez profondes, dans d'autres elles le sont moins. On peut évaluer l'altération, terme moyen, à 3 lignes i environ. Or, la portion décomposée de la masse de granité que j'ai observée dans une carrière à peu de distance delà ville, est de 5 pieds environ ou 720 lignes. Ensuppo- • énnt que la marche des altérations ait eu lieu, dans la masse de granité, proportionnellement au temps, on trouve que l'altération a dû commencer il y a environ 82,000 ans. On ignore, à la vérité, la marche de la décomposition du granité en masse, car il est probable qu'elle aura été plus rapide dans les premiers temps que postérieurement, puisque les parties supérieures auront préservé celles qui étaient au-dessous. Dans ce cas, la loi serait une progression décroissante, et donnerait encore un nombre plus grand que celui que je viens de présenter.

H lie prétends nullement donner comme définitif le

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nombre 82*000 , Attendu qufe la méthode que j'ai employée repose sur des données qui ont encore besoin d'être examinées; mais je pense qu'en suivant cette direction dans des recherches ultérieures, on pourra arriver à la solution d'une question qui intéresse vivement les géologues. On peut m'objecter qu'il y a des granités dont la désagrégation a pu commencer avant la dernière révolution du globe , et dont les produits se sont mêlés intimement avec les terrains qui leur sont superposés. M. Déribier de Cheissac cite un exemple de ce cas dans son Mémoire sur les argiles figulines de la Haute- Vienne. Cet exemple ne s'applique pas au granité de Limoges, qui est recouvert seulement de terre végétale.

§ IX. Discussion relative aux hypothèses qui ont été imaginées pour expliquer le magnétisme terrestre ; magnétisme polaire d'une montagne ; électricité de l'atmosphètv , dans les pays de montagnes.

Nous avons déjà Vu que M. Ampère avait admis l'existence de courant* électriques disséminés sur toute la surface du globe,, dirigés de Test à l'ouest, pour expliquer la direction générale de l'aiguille aimantée et les variations diurneset annuelles qu'elle éprouve ert chaque point du globe. Voyons jusqu'à quel point cette supposition est admissible. En partant de l'hypothèse que le globe est formé d'un noyau métallique recouvert d'une couché oxidée, M. Ampère a attribué les courants à l'action chimique de l'eau et de divers agents sur la surface non oxidée de ce noyau. Nous ne voyons pas comment cette cause peut produire des cour&uts dirigés de l'est à l'ouest, car il ne suffit pas, pour qu'il y ait production d'un courant électrique, qu'un corps réagisse chimiquement sur un autre, il faut encore que ces deux corps communiquent ensemble par l'intermédiaire d'un autre conducteur de l'électricité. Sans la présence de ce corps, il n'y a qu'une simple recomposition des deux électricités dégagées sur la surface même du contact. D'un autre côté , quand bien même éétte recomposition donnerait lieu à

5a8 DISCUSSION BOH LB magnétisme terrestre. des courant!, leur durée est tellement instantanée, qu'il nous a été impossible de reconnaître jusqu'ici leur action sur l'aiguille aimantée.

Toutes les réactions chimiques qui ont lieu dans la croûte superficielle du globe, entre les substances qui l'a composent et dont la plupart sont de mauvais conducteurs de l'électricité, donnent lieu à des effets électriques semblables aux précédents , c'est-à-dire à des recompositions des deux fluides qui s'opèrent dans toutes sortes de directions. D'après cela, rien ne peut faire supposer jusqu'ici que les réactions chimiques terrestres donnent naissance à des courants électriques cheminant dans une direction déterminée, quand bien même on ferait intervenir le mouvement de rotation de la terre- On est donc forcé, si l'on veut s'en tenir toujours aux courants électriques, de leur attribuer une autre origine que l'action chimique. La chaleur se présente naturellement, puisqu'une différence de température entre deux substances hétérogènes ou non, en contact, suffit pour dégager de l'électricité, même lorsque ces substances ne forment pas de circuit, puisque nous savons qu'une masse de bismuth, d'antimoine, de zinc, etc. , est couverte de courants électriques quand toutes ses parties n'ont pas la même température. Mais aussi, ces masses sont métalliques, et par conséquent, conductrices de l'électricité, tandis que les roches dans lesquelles nous supposons qu'il circule des courants thermoélectriques, sont de très-mauvais conducteurs. Nous sommes donc obligés de rejeter les courants thermo-électriques circulant dans les diverses formations de l'enveloppe superficielle du globe en vertu d'une différence de température produite par la présence du soleil sur l'un des hémisphères. On a supposé aussi que l'accroissement delà température dans l'intérieur du globe était la cause des courants ; mais on s'ait bien qu'au-dessous de la c che invariable, la température n'est plus influencée par la chaleur solaire; dès lors il devient impossible d'expliquer les variations diurnes et annuelles. Il ne reste

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