I IO DES DIVERSES PILES
duit par une machine ordinaire. Ces deux physiciens
Prouvèrent en grand que le courant, produit par la comne de Voira, avait une vitesse excessive que l'on ne pouvait mesurer, et en conclurent qu'il était naturel que l'appareil de Volta produisît des effets électro-chimiques tels qu'on ne pouvait en obtenir avec les machines électriques ordinaires. Bientôt ils construisirent une pile plus large et augmentèrent le nombre des couples jusqu'à soixante-dix, mais ils se convainquirent bientôt de l'impossibilité qu'il y avait de construire une colonne d'une hauteur considérable, avec de larges couples, qui eût un effet proportionné à leur nombre, attendu que leur poids comprimant trop les cartons de la partie inférieure de la colonne, en exprimait tout le liquide. Ils imaginèrent alors de diviser la colonne en plusieurs autres, de manière à en former une chaîne; mais cette disposition ne remédiait qu'en partie à l'inconvénient signalé. Deux colonnes qui avaient ensemble 5o couples fondaient 8 pouces d'un fit de fer; deux colonnes de 60 couples n'en rougissaient que 6; les 4 colonnes réunies, 11. La communication ayant été établie avec du mercure, ils fondirent l'extrémité d'un fil de platine d'environ^ de pouce de diamètre. Ils examinèrent ensuite les tensions, les commotions et les charges que cette grande colonne donnait à la batterie. En recherchant les causes qui donnaient le plus d'activité aux colonnes, ils découvrirent plusieurs faits qui venaient à l'appui de l'opinion de ceux qui pensaient que l'oxidation des métaux en augmentait les efïéts. M. Pfaff ne partagea pas les idées de Van Marum sur les effets de l'oxidation, et s'en tint à la théorie du contact.
Dyckhoff f 1 ) forma une pile avec des couples de cuivre et zinc, séparés par une couche d'air. Dix couples produisirent, à l'aide du condensateur sur un éleclromètre , le même effet qu'une pile de 5 couples de l'appareil de Volta.
Davy en imagina une composée de charbons et de
(i) Journ. de Phys. ,n">i, p. 190.
a* PERIODE, CHAPITRE PREMIER. III
divers fluides (i). Un morceau de charbon bien calciné, en contact d'un côté avec de l'eau et de l'autre avec l'acide nitrique, forme un élément capable de produire les contractions dans la grenouille; si l'on réunit plusieurs de ces éléments, on forme une batterie voltai* que. On peut substituer l'acide sulfurique à l'acide nitrique, et une solution de sulfure de potasse à l'eau. L'intensité de l'effet est augmentée jusqu'à un certain point. Des combinaisons de ce liquide avec du charbon et de l'acide -nitrique concentré paraissent plus actives que des combinaisons de cuivre avec les mêmes liquides (a).
Davy fit également plusieurs expériences avec des plaques métalliques de même nature et des liquides différents. Il trouva que plusieurs de ces combinaisons pouvaient être rendues actives, non-seulement lorsque les métaux éprouvent unek oxidation , mais encore lorsqu'il se passe seulement un changement chimique dans quelques-unes de leurs parties. En conséquence, il a divisé en trois classes les diverses combinaisons formées de plaques métalliques de même espèce avec différents liquides. Il observa à cet égard que, dans les piles formées d'un seul métal alternant avec des étoffes humectées de diverses dissolutions, l'action est trèspassagère, attendu, par exemple, que la réaction des acides sur les sulfures est en général terminée en peu de temps ; qu'il est possible cependant de former une pile de ce genre, qui fonctionne pendant plusieurs heures, de manière à produire des commotions et à décomposer l'eau. Cette pile est formée de 5o plaques de cuivre disposées avec des solutions étendues d'acide nitreux ou de nitrate d'ammoniaque d'un coté de la plaque métallique , et de sulfure de potasse de l'autre.
Davy, en étudiant l'électricité ainsi développée au con-
(i) Journ. de Ch. , n° 6, p. 29a.
(2) Bibl. britan.» n° j34, p. 237»
lia DES DIVERSES PILES.
tact de diverses substances (i), découvrit un moyen de renverser à volonté les pôles d'une pile. Il se servit pour cela de l'appareil à couronnes de tasses. Si Ton établit l'appareil avec des plaques de cuivre et de fer, et que l'on verse dans les bocaux de l'eau pure , le fer s'électrisp positivement et s'oxide; le cuivre s'électrise négativement et dégage de l'hydrogène; le contraire se produit si, au lieu d'eau pure, on met dans les bocaux une dissolution de sulfure de potasse, le fer devient négatif et dégage de l'hydrogène, tandis que le cuivre devient positif et s'oxide; et ainsi la direction du courant change avec la nature du corps humide interposé.
Davy entreprit de prouver que ces résultats ne contredisaient en rien la théorie de Volta, qui repose sur les propriétés de contact. L'eau interposée n'a sur les métaux qu'une action très-faible, et n'est là que pour empêcher que chaque élément métallique ne se touche. Mais si, au lieu d'eau, on emploie une substance qui ait plus d'action sur l'électricité d'un des métaux employés dans la pile que n'en a sur celui-ci l'autre métal, la direction du courant électrique doit changer; c'est précisément ce qui arrive dans le couple cuivre, fer, sulfure de potasse, attendu que les deux métaux ont, sur leurs électricités respectives, une action très-faible, et le sulfure de potasse , au contraire, agit d'une manière trèssensible, puisque l'on peut s'en servir pour remplacer un des éléments métalliques de la pile de Volta.
Ritter (a) trouva que le charbon bien calciné , l'oxide noir de manganèse et le carbure de fer accouplé au zinc dans la pile, produisent un effet plus fort que l'argent.
La solution de sel ammoniac, comme liquide d'imprégnation, est la plus favorable pour obtenir des étincelles; elle n'agit que pendant peu de temps, tandis
(i) Bullet de la Soc. philom. , floréal an x , n° 62. (a) Journ. de Ch. de Van Mons, n° 11, p. ai 5.
a€ PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. Il3
qu'une pile montée avec des cartons imprégnés d'un mélange de solution de sel marin, de fiel et de tournesol, est encore très-active au bout de quatre jours.
Une pile montée avec une solution à moitié saturée de sel marin, et chaude, a été trouvée plus active qu'avec la même solution entièrement saturée et également chaude.
Rîtter fit quelques expériences sur les phénomènes galvaniques (i), dans le but de comparer l'électricité des machines avec celle de la colonne de Volta. Il s'était imaginé que l'action du pôle positif disposait les métaux à se combiner avec l'oxigène, et celle du pôle négatif avec l'hydrogène, et que les effets de la pile sur le corps animal se réduisaient à des expansions et des cohtractions ; que toutes les parties du corps humain prenaient un plus grand volume par le contact du pôle positif, et se resserraient par le contact de l'autre pôle; il avança même, à ce sujet, que lorsqu'une personne touche les deux pôles avec les deux mains mouillées, son pouls s'accroît d'intensité dans la main qui est en contact avec le pôle positif et diminue de l'autre côté, quoique le nombre des battements reste toujours le même. L'extension dans les organes est suivie d'une sensation de chaleur et le resserrement d'une sensation de froid. L'œil qui communique avec le pôle positif voit les objets rouges plus grands et plus distincts, tandis que celui qui est en contact avec le pôle négatif, les voit bleus, plus petits et plus confus. La langue reçoit du côté positif la sensation acide, et du côté négatif la sensation alcaline. L'oreille en contact avec le. premier entend des sons plus bas que l'autre.
On n'a pas vérifié depuis la plupart des résultats annoncés par Ritter.
La pile verticale de Volta présentait, comme je l'ai dit, de graves inconvénients lorsqu'on augmentait le
(i) Journ. de Phys., frimaire an xu.