II 4 PHÉNOMÈNES CALORIFIQUES
nombre des couples. Van Marum, pour y remédier, avait proposé de distribuer la pile en plusieurs colonnes; mais cette méthode n'atteignit pas le but désiré , car lorsque les colonnes étaient composées d'un petit nombre d'éléments, il fallait trop les multiplier, ce qui était un autre inconvénient.
Cruikshanks. proposa une pile horizontale et renferma tous les couples métalliques dans une auge en bois. >
Pepys ( 1 ) construisit un appareil galvanique trèsénergique, composé de 60 paires de plaques carrées de zinc et de cuivre, de 6 pouces anglais de côté, distribuées en deux auges selon le procédé de Cruikshanks, mais avec quelques additions particulières. C'est le plus fort appareil qui avait encore paru. Ces piles ayant été mises en action avec de l'eau renfermant de l'acide niireux, il brûla des fils de fer depuis 1/200 jusqu'à 1/10 de pouce de diamètre. La lumière produite fut extrêmement vive. Du charbon fait avec du bois de J)uis s'allumait non-seulement à l'endroit du contact, mais demeurait rouge d'une manière permanente sur Une longueur de près de deux pouces. Des fils de platine de i/3a de pouce de diamètre furent fondus en globules.
Le 6 novembre 1801 (2), MM. Pepys, Allen, Howard et Tilloch communiquèrent à la Société askérienne le résultat de leurs expériences avec une batterie composée de deux auges , dont chacune contenait 60 couples carrés d'argent et de zinc, de deux pouces un quart de côté. L'action fut assez forte pour enflammer des feuilles d'or. La combustion avait lieu dans les points où la feuille était en communication avec les pôles.
MM. Thénard et Hachette (3) enflammèrent aussi les métaux au moyen de la pile, en prairial an ix, comme je l'ai dit précédemment.
(1) Bibl« Britann., n°8 173 et 17/4, p. 297; Journ. de Ch. de Van Mons, n° 1a , p. a85.
(2) Philosop. Magaz. , juin 1801.
(3) Histoire du Galvanisme de Sue , 1. 11, p. 345.
a* PÉRIODE, CHAPITRE PKLM1LK. J 1 5
& VI. Recherches relatives aux causes qui influent sur
la charge de la pile.
Voit* avait admis que le contact seul des métaux et, eu général, celui des substances de nature différente, suffisait pour dégager d? l'électricité; mais un grand nombre d'expériences ne tardèrent pas à démontrer que cette (béorie avait besoin d'être modifiée pour être en harmonie avec les fait$ observés. De nouvelles expériences furent faites pour déterminer jusqu'à quel point l'action qhimique influait sur la charge de la pile.
Pepys (i) fit fonctionner la pile successivement dans l'air, puis dans le gaz oxigène. Sur 200 pouces cubes d air atmosphérique, 36 heures après il trouva qu'il y en avait 4q d'absorbés; pendant toute la durée de l'absorption, il ae forma un ga? dans un tube plein d'eau convenablement
(lacé et un précipité floconneux dans le liquide. Avec oxigène, l'énergie de l'appareil fut considérablement ftuginçptée. L'appareil ayant fonctionné toute la nuit, il trouva que 200 pouces de gaz oxigène avaient été absorbés. Le gaz azote arrêta tout-à-fait l'action de la pile.
MM. Biot et Frédéric Cuvier se sont occupés aussi de déterminer Faction mutuelle de la pile et de l'air environnant. Ils placèrent sous une cloche d'une capacité CQnnup et sous une cuve pneumato-chimique une pile composée de disques de zinc et cuivre et de drap imbibé d'une forte dissolution de sulfate d'alumine. La communication entre les deux extrémités de la pile ayant été établie hors de la cuve, 48 heures après, l'eau était pontée dans la cloche environ d'un cinquième, et le gaz qui restait avait tous les caractères du gaz azote. Ayant reconnu que le gaz oxigène était absorbé par la pile, ils en conclurent qu'il en augmentait les effets. Ils
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(1) Philos. Ttlaga?., juio 180 1.
Il6 CAUSES DE LA. CHARGE DE LA PILE.
trouvèrent effectivement que l'oxigène, dans certaines cir- . constances, servait à augmenter les effets de la pile. 11 restait à savoir si cet oxigène était absolument nécessaire à la pile et s'il en était un des éléments. Ils reconnurent d'après leurs expériences que la pile avait une action propre et indépendante de l'air extérieur, qui peut cependant en augmenter la force dans certaines circonstances (i). -
M. Biot (2) fit d'autres recherches touchant les effets de l'oxidation sur la charge de la pile. Il s'attacha particulièrement à déterminer, au moyen de la balance de Coulomb , la charge que [donnent des piles semblables , lorsque l'on fait varier la nature des conducteurs humides; il trouva qu'un simple contact d'une demi-seconde donne des quantités très-différentes d'électricité, suivant la nature des liquides interposés. Par exemple, la dissolution de carbonate de potasse en fournit d'abord deux fois moins environ que le sulfate de fer; mais bientôt l'action de ce dernier diminue, et celle de l'autre augmente. Les diverses dissolutions salines , la colle de farine, etc., présentèrent des différences dont quelquesunes furent aussi marquées.
Il voulut voir ensuite si les différences observées, qui pouvaient provenir de la conductibilité différente des liquides, ne pourraient pas être attribuées , du moins en partie, à l'oxidation. Il prit, en conséquence, une pile de 20 couples métalliques séparés par des rondelles de drap imprégnées d'une disssolution de sulfate d'alumine, en appliquant le condensateur par le simple contact d'une demi-seconde, et en touchant la base de la pile, il eut une répulsion de 900. Il établit ensuite la communication entre les deux extrémités par le moyen d'un fil métallique, le condensateur ne put alors être chargé. Or, dans ce cas, le courant électrique circulait dans l'ex-
(1) Bullet. de la Soc. philomat. , n° 53 , therm. an ix ; Ànn. de Ch., t. xxxix, p. a 4 2.
(a) Bullet. de la Soc. philom., messidor an xl, p. 120.
2e PERIODE, CHAPITRE PREMIER. Il^
teneur de l'appareil et l'oxidation se faisait avec autant de force qu'à l'ordinaire. Or, dit M. Biot, si cette oxidation développe de l'électricité, on doit la retrouver dans l'appareil quand la communication est de nouveau détruite entre les deux extrémités. Pour mettre en évidence ce fait, le fil fut enlevé avec un tube de verre verni; on appliqua ensuite le condensateur comme à l'ordinaire, mais sans toucher la base de la pile. Il n'acquit pas une quantité appréciable d'électricité, quoique la répulsion fut de go° quand on touchait un instant la base de la pile. M. Biot tira la conséquence suivante de ce fait : Quoiqu'à la rigueur l'oxidation doive développer de l'électricité dans la colonne de Volta, les résultats de cette cause sont tout-à-fait incomparables avec ce que donne le contact des métaux sans cesse alimenté par leur communication avec le sol.
Fabroni et Crève avaient essayé d'établir, par des expériences intéressantes, que les effets électriques, produits dans le contact de deux métaux, devaient être attribués à l'action chimique. Wollaston (i) s'appliqua à démontrer qu'il en était encore de même dans la pile, et posa en principe, comme l'avaient fait les deux physiciens dont je viens de parler, que l'oxidation du métal était la cause principale des phénomènes électriques. Il commença par démontrer que l'action chimique de l'électricité ordinaire de nos machines était évidemment la même que celle qu'on fait naître par des procédés chimiques; qu'il suffisait pour cela de réduire considérablement la surface du métal qui plongeait dans l'eau ou la dissolution, de manière à concentrer toute l'action en un seul point. Il obtint ainsi la décomposition de l'eau et celle des sels métalliques avec des machines d'une petite dimension, et en conclut de nouveau l'identité entre l'électricité excitée par les appareils ordinaires et celle qu'on obtient avec la pile de Volta. Il alla même jusqu'à
(1) Bibl. Britan., n° i58, p. 127.
1 18 CAUSAS DÉ LA CtiÀR&B DÉ) hk PlLË.
aidiicèr que les effets électriques de frottement dépetp dàïent aussi de Poxidatiôii , et fit à ce sujet diverses èx» përlènces pour détaontrer cjuèi les machines électriques ordihtfires ne fonctionnaient pas dans le eà% hydrogèttô bièii séii bu d'autres gaz, là où il ne s'opérait pas dès réactions chimiques. Nous verrons plus loin qtie ai Tac* tion Chimique est une des causes ^déterminantes du déga<* géttient de l'électricité , elle n'est pas cependant la seule; cdftime Wollaston l'a avancé.
Gauthferot (\) s'attacha aussi à détaontrer que ht charge de la pile provenait de l'action chinlitjue. Il com* muniqua le résultât de ses récherches à cet égard, à la Société philotbchnique, le 12 brumaire an IX, et corti«* mfchça d'abord par réclamer la priorité siir Wollaâtoll qui avait considéré aussi l'oxidation des tilétatix comme la cause principale des phénomènes électriques. Il expo&i ainsi sa doctrine :
« L'état actuel de nos connaissances datls cette partie « né nciiis permet pas encore de distinguer le phétio* « tnèné principal, qui explique et subordonne les autred, « de ceux de l'électricité qui ne paraissent ici que comme « secondaires : l'électricité y est excitée et mise en jeu ; « mais elle y est subordonnée. L'oxidation des métaux se « présente au contraire comme un phénomène en pre- « rtiiçr ordre; leur attouchement semble augmenter leur « affinité pour l'oxigène, et la présence de l'eau, qui est « indispensable dans ce cas pour rendre sensibles les a phénomènes du galvanisme, semble prouver, par sa « prompte décomposition , cettç affinité plus grande de « l'oxigène pour les substances métalliques que pour « l'hydrogène, dans la décomposition de l'eau. »
îî ajouta ensuite que l'expérience de Wollaston sur l'oxidation des métaux n'était qu'une variété de là sienne.
Si l'idée première de la théorie électro-chimique était
(1) Mém. des Soc. savantes et littéraires de la Rép. franc., t. 1, p.47*.
2e PERIODE, CHAPITRE PREMIER. I 19
dae à Wollastôn, je conçois que Gautherot ait réclamé avec quelque apparence de justice, mais comme elle appartenait à Fabroni, qui l'avait publiée dix ans auparavant, ses prétentions ne se trouvaient nullement fondées.
Ritter, dans un ouvrage intitulé das Electrische System der Koêrper; imprimé à Leipsick en 1 8o5 , a admis que lorsque les électromoteurs s attaquent chimiquement l'un l'autre, il survient de nouvelles tensions électriques qui sont inverses des premières. Il en a conclu qu'il y a dans chaque corps une double disposition à être changé, par le contact de l'autre, sous le rapport des effets électriques.
Il 9 cru s'apercevoir qu'une aiguille composée de deux petites lames, l'une de zinc, l'autre d'argent, et librement suspendue, se plaçait dans le méridien magnétique, le zinc vers le nord et l'argent vers le sud, et que ses extrémités étaient faiblement attirées et repoussées par les deux pôles d'un aimant. Ilajoute, à la vérité, que cette expérience n'a pas toujours réussi; nous verrons plus loin la cause qui a pu faire réagir sur cette aiguille le magnétisme terrestre. On lui doit quelques expériences intéressantes sur les décompositions chimiques produites par un seul couple voltaïque, dont je rendrai compte également.
U tira la conséquence de ces expériences que l'action chimique de la chaîne galvanique n'a lieu qu'autant qu'il y a réaction chimique, et quelle est d'autant plus forte que celle-ci est plus énergique. On lui doit l'observation suivante, qui doit être prise en considération dans les théories électro-chimiques, savoir, que lorsqu'un atome d'eau et un atome d'acide muriatique sont en contact et touchent à un métal, il y a réaction chimique, puis action électrique qui détermine la combinaison.
Il a fait remarquer que l'action d'une chaîne composée de deux conducteurs métalliques et d'un conducteur liquide n'est pas proportionnelle aux tensions électriques des deux premiers, quand même l'un des deux métaux est attaqué par le corps humide. Cette conséquence, suivant lui, résulterait de ce que les amalgames d'étain, de plomb ou de zinc, produisent, avec de