‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 23 sur 119 · I20 TRAVAUX DE RITTER · texte numérisé non relu

I20 TRAVAUX DE RITTER

l'or ou du platine avec lesquels on les combine dans l'acide muriatique, une action de chaîne plus faible que le zinc avec les mêmes métaux et le même acide.

Il rapporte une expérience qu'on a regardée comme nouvelle dans ces derniers temps, et qui est néanmoins décrite par lui avec soin. Soient deux morceaux de zinc égaux; si l'on isole l'un de ces morceaux et qu'on le frappe une ou plusieurs fois sur un morceau d'argent également isolé , ou qu'on le laisse en contact pendant quelque temps avec l'argent et que l'on compose ensuite une chaîne galvanique avec ce morceau , l'autre et un conducteur humide quelconque, le premier joue le rôle d'un métal moins oxidable. De même l'argent qui a été en contact avec le zinc joue celui d'un métal plus oxidable. Lorsqu'au contraire, ajoute-t-il, un morceau d'étain a été expofé pendant quelque temps à l'action d'un acide étendu d'un peu d'eau et qu'on le combine, dans le même acide, avec un autre morceau d'étain sur lequel l'acide n'a pas encore agi, il en résulte une chaîne galvanique, dans laquelle le premier morceau joue le rôle d'un métal plus oxidable. Quand l'acide est trop concentré pour pouvoir attaquer le métal, le contraire a lieu. Ces expériences sont, sans contredit, intéressantes; mais nous ne voyons pas que Ritter ait tenu compte de la présence, dans la première expérience, des particules d'argent que le frottement ou le contact aurait pu laisser sur le métal, et clans la seconde, de l'acide qui n'aurait pas été enlevé par le lavage.

Appliquant ce mode d'expérimentation à différents métaux, il a observé que les acides ainsi que les alcalis donnent aux métaux des tensions électriques opposées, suivant que ces liquides sont très-concentrés ou étendus d'eau.

Ritter (i) avança le principe que toute oxidation qui se fait par la voie humide, ayant en elle-même toutes les conditions de la chaîne galvauique, est un procédé gal-

(i) Journ. de Ch. et dePhys. de Gehlen, ae vol.

Ie PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 131

vanique. Ce sont alors les inégalités inévitables de la surface du corps ou les différentes dispositions des diverses parties relativement à Voxidation , qui suppléent à l'hétérogénéité des deux corps différents , pour former j avec un corps humide, les trois parties essentielles à chaque chaîne galvanique. Les inégalités de la surface reçoivent des pôles électriques opposés ; les convexités forment le pôle négatif et les concavités le pôle positif Ce principe est d'une grande justesse, si toutefois les convexités sont formées par des corps étrangers.

§ VII. Des piles secondaires et des pmpriétès électriques qu'acquièrent les fis métalliques qui ont servi à opérer des décompositions chimiques.

Erman de Berlin avait annonce, et même Volta avant lui, que, dans une pile isolée, si l'on fait communiquer ses deux pôles avec une bande de papier mouillée, chaque moitié prend l'électricité du pôle avec lequel elle ' communique. Si on enlève ce conducteur imparfait avec un tube de verre, l'équilibre ne se rétablit pas instantanément; Tune reste positive et l'autre négative. Ritter partit de ce princi pe pour former une pile d'un ordre particulier, à laquelle il donna le nom de pile secondaire.

Cet appareil est forme de disques d'un même métal et de cartons humides; elle est inactive par elle-même, mais elle donne des effets comme la pile ordinaire, quand on met en communication ses extrémités avec les deux pôles de celle-ci; son action est d'autant plus forte que la pile est plus énergique. Cette proportion ne se continue pas à l'infini, car Ritter a trouvé qu'une masse de conducteurs liquides entremêlés de conducteurs solides a d'autaut moins de faculté conductrice que les alternatives y sont plus nombreuses; il a remarqué aussi que la capacité de ces piles secondaires augmente considérablement par la largeur des plaques, par l'épais-

122 THAVÀUX DE KITTER.

seur des cartons mouillés , ainsi que par le pouvoir conducteur du liquide dont ils sont imprégnés; que la nature du conducteur solide exerce aussi une influence; enfiri que les substances les moins oxidables, telles que le carbure de fer, l'oxide de manganèse, sont les plus propres à la construction de la pile secondaire, qui produit, comme la pile ordinaire , des décompositions chimiques et des effets physiologiques.

Ritter, qui s'est fait illusion quelquefois sur les phénomènes galvaniques, a avancé que la pile recevait, par la seule position perpendiculaire , une charge qui se renforçait quand on donnait à l'appareil une inclinaison de 60 â 700 vers le nord; que lorsqu'elle était dans une position horizontale, elle prenait la plus forte charge, en la tournant vers le nord, nord-ouest, etsud sud-est; qu'elle ne recevait aucune charge quand elle coupait cette ligne perpendiculairement. *

A la même époque, il annonça de nouveau qu'en suspendant à uii fil simple de soie un fil d'or qui avait servi à la décomposition dç. l'eau, il se tournait vers les pôles magnétiques de la terre.

Volta ayant examiné les' piles secondaires de Ritter, déclara que la pile ordinaire ne leur transmettait aucune charge, mais qu'en vertu de l'action chimique ordinaire, le courant électrique continuait, changeait la seule couche humide interposée entre les deux pièces d'or en deux substances diverses, l'une acide et l'autre alcaline, ce qui formait une pilé de la seconde espèce (1).

Les propriétés galvaniques dont jouissent les fils de métal qui ont servi à la décomposition de l'eau , n'avaient *pas échappera la sagacité des physiciens qui étudièrent les effets chimiques de la pile; car on trouve dans l'histoire du galvanisme de Sue le passage suivant, à l'occasion d'un appareil de Ritter :

(t) Journ. de Ch. , n° 16 , p. i3a.

iC piRtbDE, CHAPITRE PREMtER. Il3

il On sait qû'tlii fil de substance conductrice solide, « mis en contact, par ses deux bouts, avec deg cbn ducce teurs humides qui communiquent avec les deux pôles « de la pile, excite un double dégagement de gaz, sa- « voir, de gaz oxigètie d'un côté, et de gaz hydrogène « de l'autre côté. En interrompant la communication « avec la pile, le dégagement du gaz continue pendant « quelque temps, mais avec un résultat inverse; car le « bout de fil qui faisait dégager du gaz oxigène, fait « dégager du gaz hydrogène. Ainsi ce fil qui , pendant « la communication avec la pile, avait une polarité, ne « la perd pas en sortant de là; mais il l'échange, et la « partie qui , pendant la communication , était posi- « tive* devient, en la quittant, négative, et vice versa; « il en est de même pour tous les autres phénomènes* a Ces expériences sont parfaitement d'accord avec la a découverte antérieure du même auteur, que tous les « corps organisés qui , pendant qu'ils font partie du cer- « cle galvanique, ont présenté certains phénomènes * «présentent des phénomènes opposés, lorsqu'ils sont « sortis de ce cercle. On peut donc établir comme loi « constante que tous les corps organisés , qui ont une a polarité dans le cercle galvanique , en sortent avec « la polarité inverse (i). »

OErstedt (a) observa qu'un conducteur métallique, qui est resté, pendant quelques m imites, dans la pile de Volta, acquiert la faculté d'exciter les contractions dans la grenouille, quand on le retire pour mettre ses extrémités en contact avec les muscles et les nerfs.

Van Marum conseilla à OErsted de faire passer le courant d'une machine électrique vigoureuse par les mêmes fils, afin d'examiner si ce courant produirait le même effet qu'une pile de Volta. Il trouva que les mêmes mouvements convulsifs se reproduisaient , mais

(1} Voyez X. ui,p. 341.

(a) Journ. de Ch. de Van Mous, tt° 4, p. 68.

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