Ô0 VXFL. DU MAGNÉT. SUR LES ACTIONS CHIM
de la force qu'aura le barreau aimanté dans son état définitif.
Après la douzième friction complète, la force magnétique diffère peu de celle que les barreaux glissants peuvent communiquer.
Ces faits sont intéressants à connaître pour les physiciens qui, se livrant à des observations sur le magnétisme terrestre, renversent les pôles d'une aiguille par une nouvelle aimantation.
§ V. Influence du magnétisme sur les actions
chimiques.
Depuis que Ton s'occupe d'électricité et de magnétisme, les physiciens n'ont jamais pu se défendre du pressenti* ment que les phénomènes magnétiques devaient dépendre d'une cause analogue à celle des phénomènes électriques. Avant même la découverte d'OErsted , on avait déjà cherché (comme nous l'avons vu) à établir cette identité. De même que les forces électriques produisent des actions chimiques, on voulut aussi à toute force obtenir des effets semblables avec des aimants; quoique les résultats auxquels on soit parvenu n'aient pas réuni les suffrages de tous les savants, je dois néanmoins en faire mention dans cette notice.
Ritter est un de ceux qui aient fait le plus d'expériences concernant l'action de l'aimant, comme force électrique et comme force chimique (i). 11 avança qu'un fil de fer aimanté, combiné avec un autre non aimanté, produit les contractions dans la grenouille. Il remarqua que le pôle méridional produisait de plus fortes contractions que le fer non aimanté. Ayant placé un fil de fer aimanté sur des pièces de verre, dans un plat de faïence rempli d'acide nitrique très-faible, le pôle austral fut plus attaqué que l'autre.
(x) Annal. deCh. et de Phys. , t. xxxvm, p. 197.
3e PÉRIODE, CHAPITRE SECOND. 38l
Ilitter fit plusieurs expériences pour constater de nouveau l'influence du magnétisme sur les actions chimiques. Ayant pris deux petits flacons remplis de teinture de tournesol , l'un contenait les deux pôles australs de deux aiguilles, l'autre, les pôles nord de deux fils semblables. L'oxidation fut plus grande dans ce dernier flacon. Ritter ne put parvenir à construire une batterie d'aimant.
M. Muschman(i), professeur de chimie à l'Université de Christiania, s'occupa des effets du magnétisme terrestre sur la précipitation de l'argent. Dans un des cours ; de chimie qu'il fît en 1817, voulant exposer la théorie de l'arbre de Diane, il prit un tube en forme de siphon, versa dans la partie inférieure du mercure, sans remplir entièrement la courbure, de manière qu'il pût y avoir une communication libre dans les deux branches. Il versa dedans une dissolution assez forte de nitrate d'argent; les deux branches étaient situées dans la direction du méridien magnétique. Après quelques instants, l'argent commença à se précipiter avec son éclat naturel , mais il s'amassa particulièrement dans la branche tournée vers le nord ; dans l'autre branche il se montra d'un éclat moins vif, et se trouva mêlé avec le sel mercuriel formé. Il attribua sur-le-champ l'effet à l'action du magnétisme terrestre.
Il répéta la même expérience devant le professeur Hansteen ; le résultat fut le même. Ils employèrent simultanément deux siphons préparés de la même manière; l'un était placé dans la direction N.-S., l'autre dans celle de l'E.-O. L'argent commença à se précipiter dans le tube dirigé du N. au S. ; il s'éleva surtout dans la branche du nord avec un éclat plus vif que dans l'autre branche. Quant au tube dirigé de l'E. à l'O., on n'y remarqua quelque altération qu'au bout de douze heures. Ces expériences convainquirent ces deux observateurs de l'influence du magnétisme terrestre sur la précipitation de l'argent, de
(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxviii, p. loi.
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Ja dissolution nitrique. Il paraît qu'elles furent faites en 1817 (0* avant 'a découverte d'Œrsted. M. Muschman en conclut à cette époque l'identité du galvanisme et du magnétisme. Suivant lui, toute dissolution était le résultat d'un effet galvanique; le métal précipité s'emparait de l'électricité mise en liberté, et se portait, pour s'en dégager, à l'endroit où devait se trouver l'électricité opposée, qui était le pôle nord. Il ne publia pas cette hypothèse, tant il la trouva prématurée; mais il en fié part seulement à ses amis, MM. Hansteen et Keiser, et à M, QErsted. Il y ajouta qu'à Kœnisberg, on trouve de l'argent sous forme métallique, qui s'étend du nord au sud, et la présence de ce métal est toujours annoncée par une certaine quantité de pyrites et de blendes. Il a été porté en conséquence à supposer que l'argent avait été primitivement uni au soufre, et que, par le seul effet du magnétisme terrestre, il avait été transporté* vers le cuivre et le zinc.
M. Hansteen (?) confirma les mêmes expériences , dans une lettre adressée à M. Gilbert, en date du 22 janvier 182 1. Suivant lui, il prétend que l'arbre de Diane se développe avec plus de force lorsque le tube est placé dans le méridien magnétique, que lorsqu'il est dirigé de l'E. à l'O. L'arbre de Diane s'élève plus haut dans la branche nord que dans la branche sud, et y présente aussi un éclat plus vif que dans l'autre. Dans le cas où de nouvelles expériences viendraient confirmer ces faits, il faudrait en conclure que la force magnétique a aussi des effets chimiques. M. Hansteen rapporte encore, dans cette lettre, qu'il remit une note sur ces phénomènes à M. OErsted, en 18 19.
Fresnel fit quelques expériences dans le but de décomr poser l'eau par un aimant (3). Il eut l'idée qu'il pourrait se produire un courant électrique dans une hélice électro-
(1) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xxxyiii, p. 204. hk) Idem , t. xxxvin, p. ao6.
(3) Idem, t.xv, p, 319.
dynamique, dans laquelle on introduirait un barreau aimanté. A cet effet il enveloppa un barreau aimanté d'une hélice en fer à cheval, eu ayant l'attention de recouvrir l'aimant de soie; les deux bouts du fil plongeaient dans de l'eau légèrement acidulée. Ces trois premières expériences parurent lui confirmer ses conjectures ; aussi annonça-t-il à l'Académie des sciences, dans la séance du 6 novembre, qu'il avait obtenu des signes assez certains de l'action galvanique produite par l'influence des aimants; mais il observa depuis des anomalies nombreuses dont il ne put découvrir la cause, et qui lui firent regarder comme douteux ce qui lui avait d'abord paru certain. Ce qui l'avait frappé le plus dans la seconde expérience, ce fut de voir l'extrémité du fil qui devait jouer le rôle de fil positif, s'oxider fortement, taudis que l'autre extrémité conservait son éclat métallique, et cela pendant une semaine entière. L'extrémité négative s'était couverte d'un dépôt salin , qu'il soupçonna être du sulfate de, chaux, lequel dépôt avait préservé le fil de l'oxidation.
L'abbé Rendu (i), professeur de physique à Cliambèry, annonça qu'en prenant un tube recourbé en V, le remplissant d'une teinture de chou rouge et plon-r géant dans chaque branche un fil de fer, en communication chacun avec l'un des pôles d'un aimant, un quart d'heure après, la couleur de la teinture devient d'un beau vert dans les deux branches , tandis que la liqueur, abandonnée à l'action spontanée, devient rouge.
M. Erdman(a) s'est beaucoup occupé de l'influence que peut avoir le magnétisme sur les actions chimiques; toutes les expériences qu'il a faites à ce sujet l'ont conduit à un résultat négatif; ainsi il regarde les effets chimiques que l'on a attribués à l'influence des aimants comme dus à d'autres causes, dont les observateurs ne se sont pas garantis,
(i) Annal. deCh. et de Phys., t.
(a) Bibl. uni*., t. HA, p. 96.