ÉTAT DU GLOBE A. SA FORMATION
soulevé la surface du globe, l'a déchirée et a produit ces moutagnes qui la sillonnent dans tous les sens. Son étounement redouble encore, quand il reconnaît que ces monceaux de ruines, ces dépôts en couches souvent presque verticales, sont recouverts quelquefois d'autres dépôts formés par des eaux tranquilles et qui se trouvent par conséquent dans une direction horizontale. Dès lors il reste convaincu que le globe a éprouvé des alternatives de trouble et de calme pendant lesquelles la nature a agi d'abord avec violence, ensuite avec beaucoup de lenteur.
Les géologues, d'après les observations de De Saussure sur les pouddings de Valorsine, croient généralement que les terrains de sédiment dont les couches sont plus ou moins inclinées à l'horizon , ont été déplacés, soulevés par une cause violente venue de l'intérieur de la terre, qui a agi après leur formation et a donne aux diverses aspérités du globe des caractères particuliers.
Ces causes n'ayant pas agi aux mêmes époques, il en est résulté plusieurs classes de montagnes qui se distinguent entre elles par la direction qu'elles affectent; c'est ainsi que M. Léopold de Btich a montré que le sol de l'Allemagne pouvait se diviser en quatre classes ou systèmes; niais' il restait a déterminer l'âge relatif des montagnes, c'est-à-dire la classification par époque des soulèvements successifs qui ont donné à la surface terrestre sa configuration actuelle. Cet important travail a été exécuté par M. Élie de Beauinont(i), de la manière la plus remarquable.
On peut de suite se faire une idée de la différence tranchée qui existe entre les époques de soulèvements en visitant les Alpes d'une part, les Vosges et l'Angleterre de l'autre; dans les Alpes, les couches secondaires et
(i) Recherches sur quelques-unes des révolutions de la sur- * face du globe.
tertiaires sont soulevées, tandis que, dans les Vosges et l'Angleterre, toutes les formations supérieures au terrain houiller ont conservé à peu près leur horizontalité.
Notre savant géologue a montré que les soulèvements, qui ont du interrompre la formation des terrains de sédiment ou du moins en changer la nature, tant sous le rapport de leur composition que sous celui des débris de corps organisés qu'ils renferment, sont le résultat d'actions brusques et instantanées qui ont agi à des époques plus ou moins éloignées, entre lesquelles la nature a joui d'un certain repos. Il a donc voulu arriver, par fa position des couches de sédiment dans les montagnes, aux conséquences auxquelles M. Cuvier était parvenu par l'élude des fossiles.
M. Élie de Beaumont distingue en Europe douze époques de soulèvements, savoir:
i° Système du Westmoreland et du Hundsruck; 'i° Système des Ballons (Vosges) et des collines du Bocage (Calvados);
3° Système du nord de l'Angleterre ; 4° Système des Pays-Bas et du sud du pays de Galles;
5° Système du Rhin;
6° Système du Thuringerwald , du Bohmerwald- Gebirge, du Morvan;
7° Système du Mont -Pilas, de la Côte -d'Or et de l'Erzgebirge ;
8° Système du Mont-Viso; 9° Système des Pyrénées; io° Système des iles de Corse et de Sardaigne; 1 1° Système des Alpes occidentales; 12° Système de la chaîne principale des Alpes, depuis le Valais jusqu'en Autriche.
Jusqu'ici les gneiss, les granités, etc., sont les terrains les plus anciennement formés. Ce sont eux qui , par l'effet des soulèvements ou des ridements, pour me conformer aux idées de M. Elie de Beaumont , traversent les terrains de nouvelle formation, et apparais-
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sent au-dessus d'eux, sous la forme de pics ou d'aiguilles. Ces grandes masses de roche, qui forment en quelque sorte la charpente solide de l'écorce de notre globe, proviennent-elles dune dissolution aqueuse, ou d'une dissolution ignée? Ces deux opinions ont partagé longtemps les géologues en deux classes, les uns ont été appelés Neptuniens, les autres Plutoniens; mais aujourd'hui il est généralement reconnu qu'à l'époque où elles ont été formées, la température du globe était tellement élevée, que la chaleur a dû agir seule ; ainsi donc le feu a exercé toute son action dans les premiers temps, lorsque l'enveloppe solide avait encore peu d'épaisseur et une température considérable, et l'eau quand cette température a été suffisamment abaissée pour qu'elle put se maintenir à la surface du globe, à l'état liquide. Quelques granités et les gneifs ne sont peut-être que des agglomérats, dont les parties constituantes ont été d'abord fondues, puis réunies ensuite par l'eau. A cette première époque , les corps organisés n'avaient pas encore paru sur le globe, la nature, inorganique y régnait seule.
Puisque nous reconnaissons que le feu a été une des causes premières de la formation de notre planète, Voyons dans quel état elle se trouvait dans les premiers temps : toutes les théories modernes, fondées sur les données les plus positives que nous fournissent l'astronomie, la physique et la géologie, admettent que la terre était primitivement à l'état gazeux, c'est-à-dire que toutes les substances solides qui la composent aujourd'hui, se trouvaient disséminées à l'état de vapeur, dans un espace beaucoup plus étendu que celui qu'elle occupe maintenant. Le rayonnement de la chaleur dans les espaces célestes aura successivement abaissé la température de cet amas de vapeurs ; les corps les plus réfractaires et les plus pesants ,' qui sont les métaux, auront été condensés les premiers, et auront formé un bain métallique au centre , d'où sera résultée, comme l'a avancé M. Ampère, une chaleur énorme,
qui aura retardé la condensation des autres matières.
Suivant la manière devoir de cet ingénieux physicien, le premier noyau formé serait un alliage de métaux non oxidés, possédant encore une températureexcessive. Après cela il y aura eu une nouvelle condensation des substances les moins fusibles, a laquelle auront concouru leurs affinités réciproques ; il en sera résulté alors de nouveaux composés. Le potassium et le sodium auront dû jouer un grand rôle dans ces réactions successives, en raison de leurs fortes affinités pour un grand nombre de corps. La température continuant à baisser, Poxigène , l'hydrogène, l'iode, le soufre, etc., et en général les corps non métalliques, en réagissant les uns sur les autres, auront donné naissance à l'eau et aux acides, qui auront produit une foule de combinaisons. La première réaction sur les alliages de potassium et de sodium avec les métaux les plus combustibles, aura été très-énergique; il s'en sera suivi un grand dégagement de chaleur qui aura volatilisé de nouveau plusieurs des corps déjà solidifiés. C'est à cette époque que les bases salines et terreuses auront été formées; elle seront ensuite entrées peu à peu dans de nouvelles combinaisons, qui auront été favorisées par une température élevée. L'oxigène ayant été absorbé par un grand nombre de corps, il sera resté beaucoup d'azote autour du globe, vu son peu d'affinité pour les bases.
Le refroidissement continuant toujours, la croûte qui s'était formée sur le bain métallique, aura dû occuper un espace moindre. 11 en sera résulté des contractions et des plissements, qui auront produit des montagnes, comme M. Élie de Beaumont l'a fort bien expliqué.
Il est probable que les eaux qui ont commencé à couvrir la surface du globe étaient fortement acidulées; en ^'infiltrant à travers les fissures de la croûte, elles àe seront accumulées dans des cavité d'où elles auront fait irruption sur les matières oxidables en fusion. On aura eu alors des combinaisons nouvelles qui auront été suivies de tremblements de terre, de soulève-
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ments de cratères et d'éruptions abondantes de laves. On conçoit parfaitement que toutes ces réactions se renouvelant souvent , la croûte du globe acquérait plus d'épaisseur, et laissait passer plus difficilement les liquides. Les soulèvements et les éruptions de laves sont devenus moins fréquents; la température de l'atmospbère étant très-diminuée, et la surface du globe moins exposée à être bouleversée, les corps organisés ont commencé a paraître. Comment s'est effectué le passage de la nature inorganique à la nature organique? c'est là le mystère de la création que l'homme n'a pu pénétrer. Ce que l'on peut faire de mieux pour l'instant , est de tâcher de saisir l'époque où il a eu lieu, dans l'espoir de découvrir quelques-unes des causes qui ont concouru à ce grand acte de la création. Les molécules des corps . inorganiques sont composées d'éléments dont quelquesuns se trouvent dans celles des corps organiques; mais la différence essentielle qui paraît exister dans leur constitution,c'est que les premières sont terminées par des surfaces lanes, comme les polyèdres de la géométrie, tandis que es autres,qu'on appelle globules, sont sensiblement sphériques. L'étude des forces qui ont présidé et président encore à de semblables arrangements, ne peut manquer d'intéresser vivement toutes les personnes qui aiment et cultivent la philosophie naturelle; cette étude rentre en partie dans le domaine de l'électro-cbimie, voilà pourquoi j'en fais mention ici.
L'étude des fossiles npus apprend que la vie végétale a commencé par les monocotylédones , à une époque où l'atmosphère renfermait très-probablement plus d'acide carbonique que maintenant. Ces végétaux avaient des dimensions colossales, à en juger par leurs débris que nous retrouvons dans plusieurs formations. Quant à la vie animale, on pensait jadis qu'elle avait, commencé après la vie végétale; mais aujourd'hui on est porté à croire qu'elle est contemporaine, sans que l'on puisse cependant remonter à son origine, car les premiers êtres que l'on a observés sont déjà des ani-
maux assez parfaits. On trouve parmi eux des céphalopodes.
La formation des grandes masses de calcaire qui renferment des coquilles, tend à confirmer la conjecture que l'acide carbonique se trouvait alors dans l'atmosphère en plus grande proportion que maintenant ; aussi a-t-on supposé qu'il a été absorbé lentement par la chaux qui se trouvait alors en abondance sur la surface de la terre, et par différentes bases qui font partie maintenant d'autres combinaisons: Une objection se présente ici : comment tous ces mollusques dont , on trouve les dépouilles dans les calcaires, ont-ils pu vivre dans une eau chargée de chaux ou d'autres bases? c'est une question que nous aurons l'occasion d'examiner en parlant de la formation des calcaires. Nous tâcherons ensuite de fixer à peu près l'époque probable où l'acide carbonique a commencé à former des combinaisons.
Lorsque l'air fut devenu plus pur, et l'eau moins acidulée, les animaux parurent; d'abord les invertébrés, c'est-à-dire ceux dont la constitution est la plus simple, et successivement les espèces les plus composées. On commence effectivement par rencontrer des débris de mollusques et de zoophytes dans les dernières formations des terrains de transition; viennent ensuite les poissons, les reptiles, les oiseaux, et les mammifères. Ce n'est donc qu'a l'époque de la formation des terrains intermédiaires que la vie animale a commencé à s'établir sur le globe. Elle a lutté long-temps avec la nature inerte, mais elle a fini ensuite par prendre le dessus. Cette marche de la vie s'est faite graduellement, dans les temps de calme qui succédaient aux révolutions, subites qui. bouleversaient de temps à autre la surface du globe.
Enfin ces révolutions étant devenues plus rares, pt
la terre ayant acquis plus de stabilité, l'homme fut créé;
c'est le dernier ouvrage de la nature , car l'on n'a
trouvé jusqu'ici aucun ossement fossile humain dans les