‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 59 sur 119 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

on a porté des thermomètres à différentes profond dours. Gensane est le premier qui se soit livre à des expériences de ce genre en 1740; il a trouvé effectivement, dans les mines de plomb de Giromagny, situées à peu de distance de Béfort, que la température allait en augmentant avec la profondeur.

Saussure, en 179^, fit des expériences analogues dans un puits qui avait été creusé à une très-grande profondeur à Bex, dansle canton de Vaud, par un gentilhomme saxon qui croyait y rencontrer* des mines de sel. M. de Saussure trouva qu'à 108 mètres la température était de i4° 4 centigr., de i5°,6 à 1 83 mètres, et de 1 7°,4 à 220 mètres.

En 1791 , M. deïïumboldt,conjointementavecM.Freiseleben, fit des expériences dans les mines de Freyberg, qui les conduisirent aux mêmes résultats. Depuis, dés observations du même genre ont été faites dans diverses parties du monde. M. Cordier a traité aussi cette question en 1827 , dans un Mémoire où il a réuni un grand nombre d'observations, desquelles il a tiré les conséquences suivantes :

i° Au-dessous de la couche invariable , les températures restent également constantes h toutes les profondeurs pendant des années. 20 Dans tous les lieux où I on a fait des observations au - dessous de cette couche, on a trouvé, sans aucune exception, des températures qui vont en croissant avec la profondeur. 3° Si l'on cherche à exprimer la loi suivant laquelle la température augmente avec la profondeur* on trouve des résultats très - différents pour les diverses localités. On a reconnu assez généralement qu'un degré d'accroissement dans la température correspond à une profondeur de 25 à 3o mètres au - dessous du sol.

On a fait bien des hypothèses pour remonter à la cause de cet accroissement de température; tantôt on l'a attribué à la chaleur produite par la présence des ouvriers et la combustion des Jâmpes dans les mines, tantôt à

l'action que le soleil exerçait jadis sur le globe ou bien à des réactions chimiques qui ne cessent d'avoir lieu à de grandes profondeurs. Nous ne discuterons pas, pour l'instant, jusqu'à quel point quelques-unes de ces causes exercent une certaine influence sur le phénomène, nous dirons seulement que l'on est porté à croire que la chaleur primitive qui existe encore dans l'intérieur du globe est la cause, sinon unique, du moins la plus efficace des phénomènes observés. En partant de ce principe, la théorie mathématique a fait connaître les principales causes qui maintiennent dans toute Tétendue de la terre la distribution de la chaleur telle qu'on ly observe.- Cette théorie, qui a été fondée par M. Fourier, est un des beaux monuments scientifiques de ce siècle; elle est devenue ensuite le sujet des recherches analytiques de la part de MM. Laplace et Poisson. Deux causes influent sur la température de la terre et agissent très-inégalement, savoir le soleil, qui produit jusqu'à la couche invariable des variations de température diurnes et annuelles ; les premières occasionnent les différences de température du jour et de la nuit, et les autres les saisons; puis une chaleur centrale, qui, en se propageant de couche en couche jusque dans l'atmosphère, établit une différence de température qui décroît depuis le centre de la terre jusqu'à la surface. Cette différence diminue avec le temps; il en résulte que le refroidissement du globe est très-lent. M. Fourier a trouvé que pour un siècle il est de moins de 57 JOQ de degré.

Je vais rapporter ici les conséquences générales que M. Fourier a tirées de sa savante analyse (i), et telles qu'elles ont été formulées par M. Pouillet :

i° Toute la chaleur qui est au-dessous de la couche invariable, est une chaleur primitive que la terre possède depuis sou origine.

(i) Annal, de Ch.et de Phys., t. m, p. 370 et suiy. ; •aité de Phys. , t. n, a* partie , p. 695.

Pouillet, Traité

Page 1