CHAPITRE V
magnétique^ entièrement dépourvu de fer, que je fis cbnstruire au milieu d’un jardin. Le travail régulier ne put commencer que dans l’automne de 1828. Appelé, au printemps de l’année 182g, par S. M. l’empereur de Russie pour faire un voyage minéralogique dans le nord de l’Asie et à la mer Caspienne, j’eus occasion d’étendre rapidement la ligne des stations vers l’est. A ma prière, l’Académie impériale et le curateur de l’uaiversité de Kasan firent construire des maisons magnétiques^ k St. Pétersbourg et à Kasan. Au sein de l’Académie impériale , dans une commission que j’ai eu l’honneur de présider, on discutait les avantages immenses que pouvait offrir à la connaissance des lois du magnétisme terrestre) la Vasteétendue de pays limitée d’un côté par la courbe sans déclinaison de Doskino (entre Moscou et Kasan j ou plus exactement , ‘d’après M. Adolphe £rman , entre Osablikowo et Doskino , par latitude 56° o' et long. 36' à l’est de Paris), et de l’autre, pAr là courbe sans déclinaison d’Arsentchewa près du lac Baikftl, que l’on croit identique avec celle de Doskino , par une différence de méridiens de 63" 21'. Le département impérial des mines ayant généreusement concouru au même but , des stations magnétiques ont été établies successivement à Moscou, à Barnaoul, dont j’ai trouvé la position astronbmique au pied de l’Altaï , par latitude 53" 19' II", long. 5“ 27' 2" (à l’est de Paris), et à Nerfschrnsk. L’Académie de Saint-Pétersbourg a fait plus encore : elle a envoyé un astronome courageux et liabile, M. George Fuss, frère de son secrétaire perpétuel, à Pékin., et y a fait construire, dans le jardin du couvent des moines de rite grec, un puviUon magnétique.. On ne peut faire méntipn de cette entreprise sans se rappeler que (selon le Penthsaoyani histoire naturelle médicale, composée sous: la dynastie des Soung , presque 4oo ans ayant GhHstophe C’oiomb, et avant que les Européens eussent la mbindre notion de la déclinaison magnétique) les Chiiiots suspendaient leurs aiguilles au moyen d’un fil) pour hmr donner le mouvement le plus libre, et
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savaient que, ainsi suspendues à la Coulomb ( comme dans l’appareil du jésuite Lana, au 17* siècle), les aiguilles déclinaient au sud-est, et ne s’arrêtaient jamais au véritable point sud. Depuis le retour de M. Fuss, un jeune officier des mines, M. Kowanko, que j’ai eu le plaisir de rencontrer dans l’Oural, continue en Chine les observations de déclinaison horaire correspondantes à celles d’Allemagne , de Saint-Pétersbourg, de Kasan et de Nicolajeff en Crimée^ où l’amiral Greigh a fait établir une boussole de Gainbey, confiée au directeur de l’observatoire, M. Rnorr. J’ai obtenu aussi que dans les mines de Freyberg en Saxe, dans une galerie d’écoulement, à 35 toises de profondeur, un appareil magnétique fût placé. M. Reich, auquel on doit un excellent travail sur la températuie moyenne de la terre à différentes profondeurs, y observe assidûment et à des époques convenues. De l’Amérique du Sud, M. Boussingault, qui n’a rien négligé de ce qui peut avancer les progrès de la physique du globe, nous a envoyé des observations de déclinaison horaire faites à Marmato, dans la province d’Antioquia, par les 5" 27'' de latitude boréale, dans un lieu où la déclinaison est orientale, comme à Kasan et à Barnoul en Asie, tandis que sur les côtes nord-ouest du nouveau continent, à Sitka, dans l’Amérique russe , le baron de Wrangel , également muni d’une boussole de Gambey, a pris part aux observations simultanées faites à l’époque des solstices et des équinoxes. Un amiral espagnol, M. de Laborde, ayant eu connaissance d’une prière que j’avais adressée à la Société pa~ triotique de la Havane, eut la bonté de me charger, de son propre mouvement, de lui envoyer des instruments qui "servi raient à déteivniner avec précision l’inclinaison, la déclinaison absolue, les variations horaires de déclinaison et l’intensité des foices magnétiques. Ces précieux instruments, entièrement semblables à ceux que possède l’observatoire de Paris, sont heureusement arrivés à l’île de Cuba; mais le changement du commandement maritime à la Havane , et d’autres circons-
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CHAPITHE y.
tances locales, n’ont point encore permis d’établir la station magnétique sous le tropique du Cancer, et de faire usage des instruments. Il en a été de meme jusqu’ici de la boussole de Ganibey, que M. Arago a fiiit construire à ses frais, pour obtenir des observations de l’intérieur du Mexique, où le sol s’élève à plus de 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Enfin, pendant mon dernier séjour à Paris, j’ai eu riionneur de proposer à M. l’amiral Dnperré, ministre de la marine, de fonder une station magnétique en Islande. Cette demande a été accueillie avec l’empressement le plus bienveillant, et l’instrument, déjà commande, sera déposé cet été au port de Reikiawig, lorsque l’expédition qui avait été dirigée vers le Nord, à la recherche de M. de Blosseville et de ses compagnons d’infortune, retournera en Islande pour y continuer des travaux scientifiques. On peut être sûr que le gouvernement danois, qui protège avec une si noble ardeur l’astronomie et les progrès de l’art nautique, daignera favoriser l’établissement d’une station magnétique dans une de ses possessions voisines du cercle polaire. Au Chili , M. Gay a fait aussi un grand nombre d’observations horaires correspondantes, d’après les instructions de M. Arago.
Je suis entré dans ce long et minutieux détail historique pour faii’e voir jusqu’où j’ai réussi, conjointement avec mes amis, h étendre le concours d’observations simultanées. Après mon retour de .Sibérie, nous avons publié^, M. Dove et moi, en 18S0, le tracé graphique des courbes de déclinaisons horaires de Berlin , Freyberg, Pétei’sbourg et Nicolajeff en Crimée, pour faire voir le parallélisme qu’affectent ces lignes, malgré le grand éloignement des stations et sous rinfluenco de perturbations extraordinaires. Dans la comparaison des observations de Sf-Pétersbourg et de Nicolajeff, on a pu faire usage d’observations faites dans les intervalles très-rapprochés de 20 en 20 minutes. Il ne faut pas se persuader cependant que ce parallélisme d’inflexions existe toujours dans les courbes horaires. Nous avons éprouvé
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qüe, même dans les lieux très-vôiSins , pat exemple à Berlin et dans les mines de Freyberg, les réactions magnétiques de l’intérieur de la terre vers la surface ne sont pas constamment simultanées, que l’une des aiguilles présente des perturbations 'considérables, tandis que l’autre continue cette marche régulière qui, sous chaque méridien , est fonction du temps vrai du lieu. J’ai proposé aussi, dans le mémoire publié en i83d, pour le concours d’observations simultanées, les époques suivantes : ^
20 et 21 Mars /
4 et 5 Mai I depuis 4 heures du matin du premier
21 et 22 Juin I jour jusqu'à minuit du second jour,
6 et 7 Août . < en observant pour le moins, dans cha-
23 et 24 Septembre 1 i\\.\c station magnétique ^ io\xr elaail,
5 et 6 Novembre f d’heure en heure.
21 et 22 Décembre \
Comme plusieurs observateurs placés sur la ligne des stations ont trouvé ces époques trop rapprochées les unes des autres , on a dû insister de préférence sur le seul temps des solstices et des équinoxes.
L’Angleterre, depuis les travaux anciens de William Gilbert, Graham et Halley, jusqu’aux travaux modernes de MM. Gilpin, Beaufoy (à Bushy Heath), Barlow et Christie, a offert une riche collection de matériaux propres à découvrir les lois physiques qui règlent les variations de la déclinaison magnétique, soit dans un même lieu selon la différence des heures et des saisons , soit à différentes distances de l’équateur magnétique et des lignes sans déclinaison. M. Gilpin a observé chaque jour douze heures, pendant plus de seize mois. I.es nombreuses observations du colonel Beaufoy ont été régulièrement publiées dans les Annales de Thompson. De mémorables expéditions dans les régions les plus inhospitalières du Nord ont fait recueillir à MM. Sabine , Franklin, Ilood, Parry, Henry Foster, Beechey et James Clark Ross, une riche moissoi^ d’ob.servations importantes. C’est sous le rapport du magnétisme terres-