VIII. — La lumière du jour, en dehors des rsyi
yoiis du soleil, est légèrement positive. On peut s'en rendre compte avec un très bon sensitif par le moyen suivant : En regardant la lumière du jour avec l'œil gauche, elle est agréable, tandis qu'elle paraît moins agréable avec l'œil droit. C'est l'inverse qui se produit avec le peu de lumière qui nous éclaire pendant.la nuit en l'absence de la clarté de la lune.
§ II. — Les Couleurs.
Le noir indique l'absence de toute lumière ; et le blanc, tel qu'il apparaît à nos yeux, est un composé des sept couleurs du spectre. La note la plus élevée de la gamme des couleurs est le violet ; la plus basse, le rouge. C'est entre ces deux points extrêmes que se distribuent toutes les nuances chromatiques qui impressionnent notre rétine.
A proprement dit, la couleur n'exisle pas. 'Il est impossible de lui assigner un corps quelconque, pas plus qu'à la chaleur, à l'électricité, au magnétisme: elle n'est qu'une forme du mouvement lumineux. C'est en se basant sur ce principe que Lippmann, avec l'emploi de lames minces, a pu établir le principe de la photographie colorée*. Pour faire de la couleur, il faut briser ou accumuler des vibrations lumineuses avec une précision mécanique.
Les êtres vivants sont différemment influencés par les diverses couleurs. L'une exerce sur eux une action bienfaisante, tandis qu'une autre est nuisible. On coriiprend que l'action des rayons chimiques du violet ne soit pas analogue à celle des rayons colorifîques du rouge ; mais la science officielle constate le fait sans l'expliquer suffisamment. La physique magnétique ouvrira peut-être des horizons nouveaux qui permettron t d'avancer plus loin vers Ira connaissance des causes premières. En attendant, rappelons quelques particularités plus ou moins connues de l'action des couleurs sur l'organisme.
Les plantes meurent sous un vitrage rouge, et se développent très rapidement dans le violet.
Sur les animaux, l'action des couleurs est presque aussi évidente. Chacun sait que le rouge excite ïe taureau et le rend furieux.
En prenant la lumière blanche pour terme de comparaison, Béclard à Paris, Yung à Genève et d'autres ailleurs, ont étudié l'action de la lumière colorée sur le développement des animaux inférieurs (mouches, poissons, grenouilles), et ont formulé lès mêmes conclusions. La meilleure condition de développement, tant au point de vue de la rapidité que du nombre et de la vigueur des individus, est le violet; puis Tindigo vient après, et ensuite le bleu. Le jaune et l'orangé sont presque indifférents, tandis que le vert et surtout le
rouge retardent le développement et empêchent un grand nombre d*individus d*éclore.
Des abeilles élevées dans la lumière violette donnent des essaims plus nombreux, plus volumineux; et le rendement en miel est plus considérable que pour celles qui sont élevées dans la lumière blanche.
Si la lumière colorée exerce une aussi puissante action sur les végétaux et les animaux, elle doit également agir sur nous-mêmes.
En effet, son action est reconnue par les physiologistes, et quelques-uns d'entre eux Pont déjà employée dans le traitement de certaines affections.
La variole a été traitée avec succès dans Tobscurité ; mais on a obtenu des résultats beaucoup meilleurs en isolant les rayons chimiques du spectre pour ne laisser pénétrer dans la chambre du malade que les rayons calorifiques. Et cela s'obtient facilement en garnissant les fenêtres de rideaux rouges, ou mieux encore, en ajoutant aux vitres ordinaires des vitres rouges. Sous l'action de cette couleur les pustules s'affaissent sans devenir purulentes, la fièvre secondaire ne se montre pas et le malade guérit rapidement sans que l'éruption laisse de traces.
Le docteur Ponza, directeur de l'asile des aliénés d'Alexandrie (Italie), a même eu l'heureuse idée de traiter les maladies mentales en expo-
sant les malades dans la lumière colorée. Il met un lypémaniaque dans une chambre rouge, un fou furieux dans une bleue, un délirant dans une jaune; et, paraît il, il obtient des guérisons ou tout au moins des améliorations rapides.
J'ai employé moi-même la lumière colorée dans le traitement de quelques affections organiques ; et malgré Fimperfection du procédé — qui consistait simplement èi faire asseoir le malade au soleil, dans Tembrasure d*une fenêtre, sous un verre de couleur — j'ai obtenu des résultats qui ne me laissent aucun doute sur le parti que Ton peut tirer des couleurs au point de vue thérapeutique.
Si les couleurs exercent sur l'organisme une aussi grande action quand nous sommes malades, il est évident quelles doivent également nous influencer quand notre santé est à peu près équilibrée.
Il est à observer qu'en général, les peuples primitifs et les enfants dont les sens ne sont pas encore exercés, comme les vieillards dont la vue est affaiblie, préfèrent les couleurs vives et éclatantes. Mais chaque individu donne néanmoins la préférence à telle ou telle couleur ; et cette couleur est presque toujours en harmonie avec son caractère et son tempérament. Le rageur et le coléreux affectionnent le rouge ; tandis que le méditatif, qui est toujours sombre et rêveur, se
plaît dans le jaune et l'orangé. Le bleu marine et surtout le bleu clair, sont préférés par ceux qui sont vifs, actifs, turbulents même, mais assez maîtres d'eux-mêmes pour ne pas manifester i immédiatement leur ressentiment.
Cette préférence de tous les individus pourcert aines couleurs va, chez quelques-uns, d'une passion immodérée pour l'une à une antipathie profonde pour une autre. On ne discute pas au sujet d es goûts et des coulcursy dit un vieux proverbe, qui veut exprimer par là que l'on a chacun ses préférences naturelles, pour telle ou telle saveur, comme pour telle ou telle couleur.
L'azur des cieux est un tableau bien imposant; et quand, le soir, cet azur est comme encadré de reflets d'or, pour le plus grand nombre d'entre nous, « le beau s'associe au plus beau, et, suivant r expression de Reichenbach, le magnifique apparaît. » Pourtant, ces splendides reflets dorés ne sont pas agréables à tous, car ils plongent quel- . ques-uns d'entre nous dans une sombre rêverie. Observons ceux-ci ! Ce sont des sensitifs qui aiment parfois le bleu jusqu'à la passion et qui détestent toujours le jaune, qui éprouvent des malaises à l'église, ont des insomnies et des maux de tête quand ils couchent la tête au sud, et qui n'aiment pas les poignées de main.
Nous savons comment les sensitifs se comportent sous l'action du magnétisme, émanant des
agents que nous avons étudiés, voyons ce qu'ils vont éprouver sous l'action de la lumière colorée.
L — Dans une chambre obscure, on peut décomposer un faisceau solaire au moyen d*un prisme, et jeter sur le mur les couleurs du spectre. En plaçant successivement l'une et Tautre main darîs les diverses couleurs, le sujet constate que celles-ci n'exercent pas la même action sur la môme main. Au moyen d'une petite glace, on peut encore réfléchir sur le sujet les rayons de chaque couleur ; mais ces procédés ne sont pas pratiques. Il vaut mieux prendre des verres colorés de 25 à 30 centim. de c6té et se servir soit d'une lampe électrique de 15 à 20 bougies, soit même d'une bonne lampe à pétrole munie d*un réflecteur spécial. En interposant ces verres entre la source de lumière et le sujet, celui-cî éprouve les efïets suivants que je résume à leur plus simple expression.
Violet. — De face j répulsion, chaleur, et le sommeil se produit lentement ; ;gar derrière, attraction, fraîcheur, réveil lent et agréable ; sur Le côté droit, chaleur légère et répulsion sans contracture; sur le côté gauche^ attraction, fraîcheur. Le sujet se trouve sous une bonne impression.
Indigo. — De face ^ répul&ion violente, contracture et sommeil rapide ; derrière, résolution et réveil presque instantané, attraction brutale ; à
droite, répulsion très forte, contracture, sommeil ; à gauche, résolution, réveil brusque avec attraction violente. Sans être sous une mauvaise impression, le sujet est énervé, agité par la violence de Taction.
Bleu. — De face, chaleur douce, répulsion légère, sommeil et contracture lente; derrière, réveil, résolution, attraction légère accompagnée de fraîcheur agi éable; à droite, répulsion, chaleur, sommeil, contracture ; à gauche, réveil, résolution, attraction, fraîcheur agréable. Le sujet, souriant, très calme, se trouve sous une excellente impression.
Vert. — Ici, les phénomènes se présentent de la façon la plus inattendue. Quelle que soit la partie du corps sur laquelle on dirige les rayons lumineux, tant que dure Texpérience, le sujet passe par des alternatives de sommeil et de réveil, de contracture et de paralysie dans les temps à peu près égaux, comme nous l'avons déjà observé en réunissant dans un. même conducteur les deux modalités de l'agent magnétique.
Jaune. — De face, attraction violente ; derrière, répulsion violente; sommeil brusque, contracture générale promptement suivie de léthargie ; à droite, réveil très rapide, attraction violente ; à gauche, répulsion violente, sommeil très rapide.
contracture immédiatement suivie de léthargie. Après le réveil, le sujet est plongé dans une profonde mélancolie et la tristesse est peinte sur son visage. Il est fatigué, abattu, l'impression est très mauvaise^
Orangé. — De face^ attraction, fraîcheur ; derrière, répulsion, le sommeil se déclare lentetement ; à droite, réveil, attraction ; à gauche, répulsion, accompagnée de chaleur désagréable, sommeil. Au réveil, une sorte d'inquiétude paraît sur la figure du sujet; il est triste, sombre, mal à son aise, sans toutefois être sous une impression aussi désagréable que sous Taction du jaune.
Rouge. — ^De face, chaleur très légère, répulsion douce, agréable, sommeil lent sans contracture ; derrière, réveil lent, attraction, fraîcheur agréable et profonde; à droites répulsion légère, chaleur douce, sommeil très lent ; à gauche, réveil lent et agréable, attraction légère, fraîcheur. Le sujet respire librement. La joie et le contentement qui se reflètent sur son visage indiquent assez qu'il se trouve sous une excellente impression. L'action du rouge estsi faible qu'elle est parfois indécièe, surtout sur les sujets peu sensitifs.
On aurait pu supposer au milieu da spectre lumineux une couleur neutre ou indifférente avec 3 couleurs positives d'un côté et 3 négatives de l'autre. Nous voyons qu'il n'en est rien, du moins pour le spectre de la lumière artificielle, comme
pour celui de la lumhère du soleil, car nous observons 4 couleurs positives, 2 négatives, et une, celle du milieu du spectre, qui n'est pas du tout neutre "Du indifférente.
Par r étude des couleurs, on sait que le bleu et le jaune forment le vert. Celui qui connaît lés lois physiques du magnétisme sait aussi qu'elles torment une sorte d'antithèse polaire, puisque^ comme on le verra dans le chapitre traitant la Lumière magnétique^ le magnétisme, quelle que soit son origine, brille bleu au pôle positif, jaune au négatif ; et comme il sait également que l'action des deux pôles réuris dans un même courant détermine des effets de sommeil et de réveil, de contracture et de paralysie, il ne devait pas trouver étonnant d'observer ces effets sous l'action du vert ; mais il ne pouvait s'attendre à trouver 4 couleurs positives et 2 négatives. Les connaissances physiques sont un guide très précieux pour l'étude du magnétisme ; mais les lois qui régissent les phénomènes de celui-ci ne sont pas toujours en analogie avec celles qui régissent ceux de la physique classique.
Dans l'ordre direct de leur énergie, les couleurs positives sont l'indigo, le bleu, le violet et le rouge; les négatives, le jaune et l'orangé. Trois des couleurs positives se trouvent donc au-dessus du vert, dans les rayons les plus réfrangibles, 1 au bas du spectre, dans les rayons les
moins réfrangibles, au-dessous des couleurs négatives. *
Je n*ai pas étudié la lumière de la lune avec des verres de couleurs ; mais tout me porte à. croire que je n'aurais observé que 2 couleurs positives, rindigo et le bleu ; et j'aurais trouvé 4 couleurs négatives classées ainsi qu'il suit dans Tordre de leur énergie ; jaune, orangé, violet, rouge.
Les couleurs négatives impressionnent péniblement les sensitifs en les plongeant dans la tristesse et même dans la mélancolie, tandis qu'au contraire les couleurs positives leur sont plus ou moins agréables.
Le dynamide que nous trouvons dans la lumière colorée est le plus énergique de ceux que nous avons observés jusqu'à présent, La lumière d'une lampe électrique de 5 bougies seulement, dirigée par un réflecteur sur uq sen§itif à travers un verre indigo exerce une action plus puissante qu'un aimant portant 40 kilog. Qu'adviendrait-il si on employait un foyer de 7 à 800 bougies ? — Je l'ignore; mais je craindrais une commotion formible, presque foudroyante sur tous les suj ets les plus sensitifs; dans tous les cas, il serait impossible de faire des observations méthodiques.
Le docteur Luys a fait ses expériences sur la lumière colorée et les résultats qu'il a obtenus ne sont pas absolument analogues à ceux que je viens de rapporter ; d'ailleurs, il envisage les
phénomènes sous un autre aspect que moi. Dans tous les cas, il en constate de très curieux qui méritentd'être contrôlés. Les expérimentateurs deVavenir démontreront s*ily ades différences sensibles à faire remarquer entre son mode d'expérimenta»tion et le mien, et de quel côté se trouve ]a plus grande somme de vérité.
IL — Si nous prenons une tige quelconque et que le sujet, la tenant à la main par une extrémité, place l'autre dans les couleurs du spectre solaire ou dans la partie éclairée par les verres de couleur, nous reproduisons toutes les expériences précédentes. Il en est même avec un fil métallique transportant Paction dans une pièce éloignée.
III. — Les rayons magnétiques émanant de la lumière, se propagent de la même façon que lorsqu'ils sont émis par les autres agents de la nature. Ils sont réfléchis par les glaces et par toute surface polie, réfractés par les lentilles et les prismes.
Ces expériences sont très délicates: mais en se servant d'une tige quelconque conduisant Faction à distance, on peut les reproduire assez facilement. Etant décrites dans le volume précédent, et particulièrement au § V du ch. V, je me contente de les indiquer ici sans les expliquer plus longuement.
IV. — Si nous plaçons pendant 5 minutes des verres de la même eau dans chacune des bandes colorées du spectre solaire ou sous chaque verre de couleur, Teau qui aura été exposée dans les couleurs positives prendra une saveur acidulée qui la rendra fraîche et agréable ; tandis que celle des rayons négatifs paraîtra alcaline, tiède, fade, nauséeuse. La plus agréable sera celle du bleu; la plus désagréable, celle du jaune.
Le même effet se produit au bout de quelques jours pour tout liquide renfermé dans des flacons de verre coloré, dans l'intérieur des appartements, et seulement à la lumière du jour ou à celle d'une lampe. '
V. — Qu'un sensitif regarde tantôt avec un œil, tantôt avec l'autre, une des couleurs du spectre en isolant les autres, il éprouvera des sensations différentes. Les couleurs positives sont agréables à gauche et désagréables à droite, tandis que c'est le contraire pour les négatives : elles sont assez agréables à droite et très désagréables à gauche.
Ces effets sont analogues si, au lieu des rayons du spectre décomposant directement les rayons solaires, on emploie simplement des verres, des feuilles de papier, et même des objets quelconques. La sensation la plus agréable est donnée par le bleu à gauche, tandis que la plus désa-
gréable est déterminée par le jaune sur le même côté.
Nous trouvons donc dans Tétude des couleurs l'explication raisonnée de la préférence que les sensitifs donnent au bleu et de Taversion qu'ils ont pour le jaune.
11 y a dans la lumière comme dans le corps humain, l'aimant, le magnétisme terrestre, l'électricité, la chaleur, un dynamide, un agent inconnu des physiciens ; et cet agent ne saurait être que le magnétisme physiologique, puisqu'il détermine les mômes effets sur l'organisme et qu'il obéit aux mêmes lois physiques.
Intelligemment compris, le magnétisme de la lumière constituera certainement dans l'avenir la branche la plus importante de la médecine magnétique; car, de tous les agents qui le fournissent, c'est la lumière qui est le plus abondamment répandue dans la ng-ture. L'hygiène trouvera dans le choix rationel des couleurs un gardien fidèle de la santé, car tout en fortifiant l'organisme, elle empêchera le système nerveux de s'épuiser avant l'âge. La toilette même pourra y trouver un précieux adjuvant de la beauté. En dehors de l'action purement magnétique, on a déjà observé que le maximum d'effet agréable est produit par la vue simultanée de deux couleurs, à la condition quelles soient complémentaires l'une de
l'autre. La nuance générale de la toilette doit donc compléter la couleur du teint et surtout celle des cheveux de la femme qui la porte. G*est ainsi que la brune aux cheveux d'ébène devra choisir le rouge; la châtaine, le violet: la blonde comme les blés murs, le bleu turquoise; la blonde dorée, le bleu vert; la rousse, le vert.
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