‹ Traité expérimental de magnétisme, avec portrait de l'auteur et figures dansChapitre 7 sur 25 · MA · texte numérisé non relu

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MAGIVÉTISME DU MOUVEMENT

I. Mouvements de translation. — II. Mouvements de rotation. — III. Mouvement d'oscillation. — IV. Frottement.

Les agents physiques : attraction, chaleur, lumière, électricité, magnétisme propre à l'aimant, magnétisme physiologique, ne se maniifestant à nos sens que par leurs effets, sont complètement inconnus dans leur nature.

Ces agents existent-ils réellement ? Sont-ils des matières subtiles, impalpables s'échappant des corps, comme la chaleur semble s'échapper d'un corps chaud, la lumière d'un corps lumineux? Cette hypothèse a servi pendant longtemps à l'explication des phénomènes, et sous le nom de fluides impondérables on a supposé un fluide pour la chaleur, un pour la lumière, deux pour l'électricité et deux pour le magnétisme propre à l'aimant. Cette théorie désignée sous le nom de thémne de l'émission est aujourd'hui entièrement abandonnée pour la théorie dynamique. Pour l'ex-

plication de celle-ci, comme je l'ai déjà dit, on admet une double hypothèse : celle d'un fluid© unique : Véther, éminemment élastique répandu dans tout l'univers et pénétrant la masse de tous les corps ; 2° celle d'un mouvement propre des atomes de la matière qui se transmet àl'éther par ondulations. Ainsi, Un mouvement d'une nature déterminée donne naissance à la chaleur ; "un autre plus rapide à la lumière : d'autres, différents de forme et d'amplitude, au magnétisme propre à l'aimant et l'électricité ; tel autre, enfin, d'une nature inconnue, au magnétisme physiologique. Non seulement les atomes des corps transmettent le mouvehient aux atomes de Téther : mais ceux-ci le communiquent aussi aux premiers, de telle façon que les uns et les autres sont successivement des sources et des récipients de mouvement.

Cette théorie a donné naissance à une hypothèse grandiose qui se vérifie complètement : la corrélation et V unité des forces physiques. En ofïet, au fur et à mesure que l'on avance dans l'étude des phénomènes physiques, on voit que le mouvement se transforme en chaleur et la chaleur en mouvement ; mais la chaleur fait naître la lumière et l'électricité, et celle-ci produit à son tour la chaleur, la lumière, le magnétisme propre à l'aimant et le mouvement.

Tous les agents physiques sont donc ramenés à des transformations de mouvement; et voici

comment, dans un discours qu'il prononçait en 1885, Glaiisius, un des plus grands physiciens de notre époque, expliquait la transformation de la chaleur en électricité et réciproquement :

« Le courant électrique consiste en un mouvement qui est provoqué et entretenu par n'importe quelle force étrangère. Si à présent il y a production de chaleur par le courant électrique, ceci vient de ce que, par le mouvetnent de Télectricité, les atomes du corps dans lequel circule l'électricité sont mis en mouvement, et ce mouvement moléculaire n'est autre chose que la chaleur.

« Ce n'était donc pas l'électricité elle-même, mais seulement son mouvement qui s'est transformé en chaleur. De la même manière, lorsqu'un courant électrique est produit par la chaleur, ce n'est pas la formation de l'électricité qui a lieu, mais seulement la mise en mouvement de l'électricité contenue dans les conducteurs ; et de cette manière, la chaleur s'est transformée en mouvement d'électricité. »

Le mouvement est un des mystères de la nature que. l'homme ne connaîtra peut-être jamais complètement. C'est l'agent de toutes les transformations qui s'opèrent autour de nous, la puissance . invisible aussi impalpable que l'éther dans lequel il se produit et qui maintient en harmonie l'uni- .vers entier. Le mouvement universel qui régit la nature appartient à tous les corps : ils reçoivent son action avec plus ou moins d'énergie et le

communiquent à leur tour aux corps environnants. Tout dans la vie est en mouvement ; la mort même, qui n'est qu'un changement d'état, est un mouvement qui transforme les corps qui ont vécu en d'autres corps qui vont vivre comme ceux dont ils empruntent leurs éléments constitutifs. Modifié et transformé à l'infini dans les corps vivants selon leurs organes respectifs, il exerce son action sur les corps voisins pour leur être utile ou nuisible, sans que l'harmonie universelle en soit troublée.

Mais, je crains de m'égarer dans des considérations trop élevées ; descendons de ces hauteurs inaccessibles au vulgaire pour n'observer que le mouvement dans ses rapports avec les phénomènes que chacun de nous peut facilement constater et particulièrement dans les applications thérapeutiques que l'on a cherchées dans le mouvement.

L'homme s'agite et Dieu le mène, dit un proverbe ; mais quelques-uns ont pensé qu'il ne s'agitait pas encore assez pour sa santé et ont cherché à lui procurer un supplément de secousses scientifiquement dosées et magistralement appliquées.

Il paraît qu'un mouvement de balancement dispose au sommeil ceux qui sont affligés d'insomnie. Asclépiade^ médecin grec qui vivait au 2"" siècle avant notre ère, prescrivait pour cela a

ses malades de coucher dans des lits suspendus ; et dernièrement, un médecin, dont je ne me rappelle pas le nom, imagina de les faire coucher sur l'eau, avec un matelas imperméable et un dispositif spécial pour les préserver du vent et de la pluie.

Dans le courant du siècle dernier, Chirac, premier médecin du roi, qui avait guéri un anglais affecté du spleen en lui faisant faire de longues promenades en chaise de poste, pensait que ce moyen était excellent pour combattre certaines affections. Mais, la chaise de poste n'étant pas un remède à la portée de toutes les bourses, et étant par elle-même assez embarrassante, l'abbé de Saint-Pierre pensa que l'on pourrait y suppléer par un fauteuil disposé sur un châssis, qui, au moyen d'un mécanisme ad hoc, « causerait des secousses fortes et diverses . » En 1734, il mit son idée à exécution et le fauteuil, qui prit le nom de trémoussoir, fit fureur pendant quelques années.

En 1878, Vigouroux, à la Salpétrière, étudia les effets de vibrations mécaniques dans le traitement de quelques affections du système nerveux. Il observa d'abord les effets des vibrations d'un diapason monté sur une caisse de résonnance et mis en action par un archet. 11 parvint à faire disparaître des contractures et des hémianosthésies hystériques, pres([ue aussi rapidement ({u'avec l'aimant .

En i880, Boudet de Paris construisit un autre diapason monté électriquement, qui lui permettait d'agir localement en dirigeant les vibrations sur la partie douloureuse ; et^ paraît-il, il fit facilement disparaître des névralgies.

Un système analogue était déjà employé à Londres depuis 4 à 5 ans par Mortimer-Granville, qui publia en J88B un livre sur ce sujet.

Charcot, qui s'est fait un piédestal de la gloire de Mesmer avec le magnétisme qu'il voulut tfansforraer en hypnotisme, avait appris que des malades atteints de paralysie agitante éprouvaient un grand soulagement des voyages en chemin de fer et en voiture ; il eut Tidéa de faire construire quelques années plus tard un fauteuil trépidant, à l'instar de celui de l'abbé de Saint-Pierre. Les résultats obtenus ne furent probablement pas encourageants, car le fauteuil fut rapidement abandonné.

La 7néLhode vibratoire ne fut pas abandonnée pour cela. Un disciple du maître imagina un casque vibrant, assez semblable au conformateur des chapeliers, qui donna de fort bons résultats dans la migraine, les névralgies, l'insomnie et les symptômes douloureux de la neurasthénie.

Puisqu'on a tant fait d'essais pour appliquer le mouvement au traitement des maladies, c'est que l'on supposait là un agent capable de modifier avanlageusement l'organisme. .Prenons donc cette

értude sous un autre aspect, en examinant l'actioa que certaines formas du mouvement exercent sur les sensitifs. Nous étudierons d'abord les rax)uvements de translation d'un corps autour d'un autre, le mouvement de rotation d'un corps s-ur lui-même, puis le mouvement d'oscillation du pendule ; et enfin, le frottement.

§ I. — ManvemenU de translation.

Un usage presque universel, consiste à tourner une sauce toujours dans le même sens; et ce sens, est précisément celui du mouvement apparent du soleil autour de la terre, c'est-à-dire de gauche à droite, comme les aiguilles d'une montre. En Amérique, celte règle immuable s'applique aux œufs employés dans les gâteaux. En Ecosse, toutes les préparations culinaires, comme les opérations domestiques, doivent être effectuées de cette façon si on veut les réussir. Dans certains pays, on croit également (jue si, en faisant du beurre, on tourne la manivelle de la baratte de droite à gauche, ne serait-ce qu'un seul tour, le beurre ne se fera pas ; et les cuisinières suédoises affirment qu'il ne sera pas bon si l'on n'observe pas cette précaution essentielle. Celles duMussachussetsen disent autant pour les crèmes glacées.

Le sens du mouvement aurait-il un 3 iaflueiice sur la qualité des préparations culinaires ? Si la

croyance populaire l'affirme, la science positive répond que ce n'est qu*une superstition et qu'il est inadmissible qu'une sauce tournée dans un sens soit meilleure que si on la tournait dans un autre. Nous verrons tout à l'heure, expérimentalement, de quel côté se trouve la vérité. En attendant, étudions l'action des mouvements de translation d'un corps quelconque autour du smjet sensitif, et laissons parler les faits.

I. — Le sujet est debout ou assis. Je tourne autour de lui de gauche à droite, c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d'une montre posée à plat, il éprouve de la chaleur, du malaise, de l'excitation et s'endort en passant par tous les états du sommeil magnétique. Je tourne de droite à gauche, le sujet se réveille en repassant par les mêmes phases; et si je continue à tourner encore, il éprouve de la fraîcheur, du calme, du bien-être; mais bientôt le calme s'exagère, l'activité organique diminue et la paralysie survient.

II. — Le sujet est couché sur un canapé-lit que l'on peut tourner dans toutes les directions. Je tourne de gauche à droite autour du lit, le sujet s'endort comme dans l'expérience précédente j je tourne de droite à gauche, il se réveille.

Que le sujet soit couché sur le dos, sur le ventre, sur le côté droit ou sur le gauche, les effets sont les mêmes. L'orientation ne paraît pas non

plus exercer d'action appréciable, car les phénomènes se produisent à peu près dans le môme temps quelle que soit la position du sujet par rapport au méridien.

III. — Le sujet tourne autour, de l'expérimentateur qui se tient debout. En tournant de gauche à droite, il s'éloigne en décrivant une spirale, éprouve de la chaleur et s*endort, après avoir exécuté 4 à 5 tours . On lui fait faire demi-tour et on le prie de tourner de droite à gauche. II décrit peu à peu la même spirale, et après avoir fait à peu près le même nombre de tours, il se réveille en venant heurter l'expérimentateur. Revenu complètement à son état normal, c'est-à-dire bien éveillé, s'il continue à tourner dans le môme sens, il ne cesse de coudoyer l'expérimentateur dont il semble vouloir prendre la place, se calme de plus en plus, et s'arrête dans un état voisin de la paralysie complète.

rV. — Si l'expérimentateur ou une personne quelconque, s'assied sur une chaise ou se couche sur un canapé-lit, comme dans l'expérience II, et que le sujet tourne autour, comme dans Texpérience précédente, les mêmes effets se produisent.

V. — Le sujet étant assis, si l'on tourne la main de gauche à droite, autour de sa tête, il s'endort ; si on la tourne de droite à gauche, il se

réveille et ensuite se paralyse: Ces effets sont les mêmes avec Tune et l'autre main.

VI. — Le sujet étant assis, le coude appuyé sur une table et Tavant-bras élevé verticalement vers le ciel, si la main de Texpérimentateur tourne autour de gauche à droite, le bras se contracture ; en tournant de droite à gauche, la contracture cesse, et en continuant encore, il tombe lourdement dans un état de paralysie. Ces effets sont les mêmes sur les deux bras du sujet, quelle que soit la main de l'expérimeritateur qui exécute les mouvements.

VII. — Si le sujet place les deux coudes sur la table, les deux avant-bras verticalement élevés vers le ciel, comme dans l'expérience précédente, le mouvement de translation de la main de Topérateur de gauche ù droite autour de l'un le contracture. Le même mouvement autour de Tautre, transfère la contracture du premier dans le second. Cette contracture peut également être transférée d'un bras à une jambe, d'une jambe à l'autre, et réciproquement. En tournant de droite à gauche, c'est la paralysie qui survient, et l'on peut aussi la transférer d'un membre à l'autre comme la contracture.

VIII. — Si le sujet rapproche les avant-bras, comme dans Texpérience précédente et que l'expérimentateur tourne de gauche à droite avec une

main autour des deux avant-bras ; ceux-ci se contracturent ensemble, s'il tourne de droite à gauche, ils se paralysent. Ces phénomènes se transfèrent aux deux jambes réunies ou à Tune d'elles seulement.

IX. — Si le sujet fait exécuter à sa maiii, un mouvement de translation de gauche à droite autour de la tête d'une personne quelconque ou autour de Tavant-bras placé dans la position indiquée pour l'expérience VI, son bras se contracture ; si au contraire il exécute le même mouvement de droite à gauche, il se paralyse. Ces effets sont lea mêmes sur Tun et Vautre bras du sujet, autour de la tête ou autour des deux avantbras de l'expérimentateur .

X. — Si l'expérimentateur exécute avec un doigt des mouvements de translation de gauche à droite vis-à-vis de l'oreille, autour de l'orifice externe comme centre et à une distance de 2 à 3 centimètres, le sujet entend d'abord mieux que d'habitude de cette oreille, puis il cesse bientôt d'entendre, quand l'autre fonctionne normalement. L'activité organique excitée a d'abord augmenté, puis l'organe a cessé de fonctionner par suite de contracture. S'il tourne de droite à gauche, l'activité organique diminue et l'oreille cesse d'entendre par suite de paralysie. Les effets sont les mêmes sur les deux oreilles ; ils peuvent également être transférés de l'une à l'autre.

Jusqu'à présent, le mouvement de translation de l'opérateur autour du sujet ou réciproquement, se faisant dans leur champ d'action, il est difficile de se rendre compte de la cause à laquelle se rapportent les effets observés. Ceux qui ne connaissent que le magnétisme humain les attribueront certainement à cette cause, sans toutefois pouvoir les expliquer. Les expériences suivantes vont nous démontrer qu'il n'en est rien, et qu'ils sont réellement dûs à l'action d'un agent entièrement inconnu qui se développe soiis l'influence du mouvement de l'un des acteurs autour de l'autre. Ce n'est pas le magnétisme humain, mais le Magnétisme du mouvement.

En lisant le récit de ces expériences, quelques lecteurs penseront probablement qu'en commençant toujours par l'action excitante qui produitle sommeil ou la contracture, il peut y avoir autosuggestion chez le sujet, et que l'idée peut suffire, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer une cause physique. Cette objection tombera d'elle-même quand ils sauront que chaque fois que l'on commence une série d'expériences par l'action calmante qui réveillerait le sujet s'il était endormi, celui-ci éprouve de la fraîcheur, du calme, du bienêtre ; mais bientôt l'activité organique diminue et la paralysie se déclare. D'ailleurs, dans toutes mes expériences, je commence indistinctement par l'action calmante ou par l'action excitante, et c'est pour simplifier la description que je l'expose

ainsi. J'évite toujours les suggestions par tous les moyens en mon pouvoir, afin d'étudier exclusivement l'action physique que j'emploie ; cela n'a, du reste, guère d'importance, car on s'apsrçoit bientôt que le rôle de la suggestion est presque une quantité négligeable.

XL — Suspendons un pendule au plafond, une bouteille remplie d'eau, par exemple, au bout d'une ficelle, et imprimons-lui un mouvement d& translation autour de la tête du sujet placé audessous du centre de suspension. Quand le mouvement a lieu de gauche à droite, il s'endort; quand il se fait de droite à gauche, il se paralyse.

Si le pendule tourne de gauche à droite autour d*un bras levé verticalement comme dans Texpôrience VI, autour d'un pied, au-dessus de la jambe, il détermine de la contracture ; s'iltourne de droite à gauche, c'est de la paralysie.

Avec le pendule, on peut transférer la contracture et la paralysie d'un membre à Vautre et répéter toutes les expériences faites précédemment. Il est donc inutile de les exposer à nouveau.

XII. — Le sujet tient le pendule à la main. S'il le fait tourner de gauche à droite, il s'endort ; s'il le fait tourner de droite à gauche, il se paralyse. Ces effets sont les mêmes, qu'il tienne le pendule dans la main droite ou dans la gauche.

Les expériences précédentes nous ont donné

des résuliats constants, mais diamétralement opposés selon le sens du mouvement ; et, malgré la précision des effets, il nous est difficile de savoir jusqu'à présent si l'action qui endort et contracture est positive ou négative ; et réciproquement, si celle qui réveille et paralyse est négative ou positive.

Nous savons que l'agent magnétique, qu'il émane du corps humain, de l'aimant, du magnétisme terrestre, de l'électricité, de la chaleur, de la lumière, se transmet à distance sur un fil. Il est probable que celui qui se développe sous Tînfluence du mouvement peut s'\^ transporter aussi. C'est ce que l'expérience va nous apprendre.

XIII. — Prenons une tige quelconque de 25 à 30 centimètres de longueur qui puisse tenir debout, une quille, par exemple, à la partie inférieure de laquelle nous fixerons un fil mélallique qui conduira l'action sur le sujet dans une pièce voisine. Posons cet appareil rudimentaire sur le parquet, au centre de suspension du pendule, et mettons celui-ci en mouvement autour de la tige. Si on place l'extrémité libre du fil au front du sujet au moyen d'un bandeau, et que le pendule tourne de gauche à droite, le sujet s'endort ; si on le place à la nuque, il se paralyse. Dans la main droite, il y a contracture, dans la gauche, paralysie. Si le pendule tourne au contraire de droite à gauche, des effets inverses se produisent : le sujet est

endormi à la nuque, paralysé au front ; contracture à gauche, paralysé à droite.

Nous savons que l'application isonome excite, tandis que l'action hétéronome calme ; nous savons également que le front et le côté droit du corps humain sont positifs, que la nuque et l9 côté gauche sont négatifs. Or, l'action qui excite à droite et calme à gauche ne saurait être qu'une action positive, tandis que celle qui excite à gauche et calme à droite est négative. L'expérience se vérifie sur toutes les parties du corps, et démontre jusqu'à l'évidence que le mouvement du pendule tournant de gauche à droite dégage une action positive, et que, lorsqu'il tourne de droite à gauche, il dégage au contraire une action négative.

XIV. — Prenons deux pendules de même longueur et de même poids ; mettons-les ensemble en mouvement en sens opposés, à quelques mètres l'un de l'autre, autour de deux tiges à peu près semblables dont nous réunirons les fils pour en faire un seul conducteur, et dirigeons cette action sur le sujet, comme dans l'expérience précédente. Quelle que soit la partie du corps sur laquelle on dépose l'extrémité libre du conducteur, le sujet passe, dans des temps à peu près égaux, par des alternatives de sommeil et de réveil, de contracture et de paralysie, comme nous l'avons observé en réunissant les deux modalités

opposées de l'agent magnétique observé chez tous les agents que nous avons étudiés.

XV. — Mettons nos deux pendules en mouvement en sens opposé autour de deux verres de la même eau; et au bout de cinq à huit minutes, donnons-les à goûter au sujet. L'eau du pendule qui a exécuté son mouvement de gauche, à droite, paraîtra acidulée, fraîche, agréable, et le sujet la boira avec satisfaction ; tandis que celle du pendule qui a tourné de droite à gauche, sera alcaline, tiède, fade, désagréable; et le sujet ne la boirait pas sans éprouver des nausées.

L'agent magnétique qui prend naissance dans les mouvements de translation d'un corps autour d'un autre, est donc analogue avec celui qui émane des autres agents de la nature.

XVI. — Avec la dernière expérience, nous sommes bien près de justifier la croyance populaire qui veut qu'une sauce, pour être bonne, soit tournée de gauche à droite. Arrivons- y complètement.

Prenons deux verres de la même eau, et avec une tige quelconque, un crayon, par exemple, agitons pendant 2 à 3 minutes, l'eau de l'un des verres, en ayant bien soin de tourner de gauche à droite ; tandis que nous agiterons l'autre de la même façon, pendant le même temps, mais en tournant de droite à gauche. L'opération termi-

née, donnons les deux verres au sujet pour les déguster. L'eau qui aura été agitée de gauche à droite, paraîtra fraîche, acidulée, agréable; tandis-que celle qui aura été agitée de droite à gauche, paraîtra au contraire, alcaline, tiède, fade, désagréable.

La croyance populaire se trouve donc entièrement justifiée ; et la science est en défaut. Il est vrai que si le plus habile chimiste analysait l'eau des deux verres ainsi agités, il la trouverait chimiquement la même, et il se croirait en droit de s'inscrire en faux contre la croyance ; mais ce droit ne serait qu'apparent ; car si la science est encore incapable de reconnaître la présentée du magnétisme dans les corps, il est à peu près certain qu'elle y parviendra un jour. En attendant, les savants devraient être un peu plus modestes ; ils pourraient avouer que, malgré la somme de leurs connaissances qui, certes, est très grande, il leur reste encore davantage à apprendre.

§ II. — Mouvements de rotation.

Tous les observateurs peuvent avoir remarqué que certains animaux tournent toujours dans le même sens : le chien, quand il veut se coucher, 1© papillon, quand il vole ; Tours blanc du Jardin des plantes, tourne toujours dans sa cage de gauche à droite.

L'homme, quand il rencontre un obstacle, quand on rappelle ou quand il danse, exécute un mouvement de rotation qui s'effectue presque toujours du même côté dans les différentes races.

En général, les races supérieures tournent à droite, c'est-à-dire que la jambe droite sert de pivot ; les races inférieures tournent à gauche. En France, et probablement dans la plus grande partie de l'Europe, les professeurs de danse, recommandent de tourner à droite ; car il paraît malséant de valser à gauche plus de quelques tours.

Les Chinois et les Japonais, comme la plupart des .peuples de l'Orient, valsent au contraire à gauche. Le magnétisme de la terre, qui exerce sur nous une si grande influence, n'est peut-être pas étranger à ces habitudes naturelles que Ton considère généralement comme des résultats de l'éducation ou même comme des caprices de la mode.

Au point de vue de l'élévation de l'intelligence, de l'âge et du sexe, il y a également quelques différences. En général, les hommes d'une intelligence supérieure tournent à droite en dansant ; ceux qui tournent habituellement à gauche ont une intelligence moins développée. Les femmes tournent aussi facilement à droite qu'à gauche ; toutefois, celles qui ne tournent que dans un sens, tournent à gauche. Les enfants tournent difficilement : les plus intelligents tournent à

droite, les plus arriérés à gauche ; les idiots ne tournent pas du tout.

Il -résulte donc que les races inférieures et dans les races supérieures, ceux qui sont relativement inférieurs comme les enfants, tournent à gauche, tandis que les races supérieures tournent à droite. Il est bien évident que chez les gauchers, c'est le contraire qui a lieu.

Quelle conclusion tirer de ces faits au point de vue purement magnétique ? — On ne^ peut encore faire que des rapprochements ; mais j'ai la certitude que la polarité du corps humain y contribue dans une très large mesure. En attendant qu*on puisse lo démontrer, étudions les effets déterminés chez les sensitifs par les mouvevements de rotation.

I. — Si le sujet tourne sur lui-même de gauche à. droite, il s'énerve et s'endort ; s'il tourne au contraire de droite à gauche, il se paralyse.

IL — Une toupie est en mouvement, et le sujet approche ses mains. Les deux bras se contracturent rapidement si elle tourne de gauche à droite ; ils se paralysent si elle tourne de droite à gauche. Si on approche la toupie du front quand elle tourne de gauche h droite, le sujet s'endort; il se paralyse quand elle tourne de dr-oite à gauche. Des effets analogues se produisent sur toutes les parties du corps.

III. — Si on fait .tourner la toupie au fond d un bocal de verre, d'un pot de grès, d'une boîte en fer ou en bois, les effets sur le sujet sont les mêmes que lorsqu'il n'y a aucun corps d'interposé entre lui et la toupie, ce qui démontre que les radiations magnétiques qui prennent naissance dans le mouvement de celle-ci ne sont- pas arrêtées par certaines matières. Mais, si Ton plonge le vase dans lequel tourne la toupie dans un autre vase contenant une certaine quantité d'eau, les radiations ne traversent plus. Elles sont absorbées par le liquide, et quand celui-ci est saturé, le dégagement se fait par les bords du vase, comme on Ta vu au § V du ch. V.

IV . — L'action du mouvement de la toupie se transmet à distance comme toutes les autres actions magnétiques . Il suffit de la faire tourner dans une assiette ou dans une soucoupe au bord de laquelle on fixe un fil conducteur, comme dans l'exp. XIII du § précédent ; et par les effets obtenus, on se rend compte que le mouvement de gauche à droite est positif, tandis que celui de droite à gauche est négatif.

§ III. ~ Mouvements d'oscillation.

Les effets déterminés par les mouvements de translation et de rotation sont simples et ne

tiennent qu'au magnétisme du mouvement ; tandis que ceux des mouvements d'oscillë-tion sont compliqués par l'action du courant magnétique de la terre, comme on Ta déjà observé avec la chaleur, en chauffant une tige par le milieu, et comme on le verra encore par le magnétisme du son.

I. — Le magnétisme dégagé par les oscillations d'un pendule est positîî quand celles-ci ont lieu du nord au sud jusque vers la direction N E - S O ; tandis qu'elles sont négatives de l'est à l'ouest jusque vers S E - N O.

On peut s'en rendre compte en faisant osciller un pendule çLans ces directions, près de l'appareil de l'expérience XIII du § I, qui transmetj'action à distance.

II. — Les effets sont les mêmes, si au lieu de l'appareil précédent, nous employons une tige droite munie d'un fil conducteur à chaque extrémité, placée parallèlement et à quelques centimètres de l'axe d'oscillation, pour diriger l'action sur le sujet, soit avec l'un et l'autre fil, soit avec les deux fils réunis.

III. — Quand l'agent magnétique produit par un agent quelconque circule dans un fil et que Ton fait osciller un pendule près de ce fil, l'agent magnétique subit une perturbation. Son énergie est augmentée ou diminuée selon que la moda-

lité des deux agents est de même nom o«i de noms contraires ; mais dans les doux cas, le sujet est secoué, agacé, énervé, comme si deux forces différentes se contrariaient. Gela nous montre que malgré que l'agent magnétique détermine toujours des effets analogues et qu'il soit soumis aux mêmes lois physiques, l'agent qui prend naissance dans les oscillations du pendule n'est pas identiquement de même nature que celui que Ton expérimente à côté de lui.

En faisant osciller le pendule près des différentes parties du corps du sujet, les effets varient selon la position de celui-ci par rapport aux' divers points de l'horizon. Gomme ces effets sont très compliqués et que je les crois sans utilité pratique, je ne les décrirai pas.

§ III. — Frottement.

Le frottement donfie immédiatement naissance à la chaleur et à l'électricité. Nous allons voir qu'il produit également le magnétisme physiologique, comme les autres formes du mouvement.

I. — Prenons une tige de bois, de fer, de verre ou de toute autre matière, et plaçons une extrémité de cette tige sur une meule en mouvement, pendant qu'un sujet sensitif approche la paume de la main à quelques centimèlres de l'autre extré-

mité. La main gauche éprouve de la chaleur, de la répulsion et se contracture bientôt; tandis que la droite, percevant de la fraîcheur, est attirée et paralysée.

C'est donc la modalité négative de Tagent magnétique que Ton observe dans cette opération.

Si on fixe un fil métallique à l'extrémité de la tige poi^r conduire l'action à distance, on constate des effets analogues. Ce sont des effets d'excitation sur toutes les parties négatives du corps ; des effets de calme sur toutes les parties positives.

Si on place Textrémité libre du fil dans un verre d'eau, au bout de 2 à 3 minutes, l'eau, ma* gnétisée nt^galivement, paraîtra alcaline, tiède, fade, désagréable. Si le sujet tient le verre pendant quelques instants dans la main gauche, elle sera contracturée ; s'il le tient dans la droite, ce sera de la paralysie.

II. — Prenons une râpe au manche de laquelle nous aurons fixé un fil conducteur. En frottant une extrémité de la tige, nous observons la modalité négative à l'autre extrémité ; mais ici le phénomène est plus complet que dans l'expérience précédente, car on observe la modalité positive dans le fil fixé à la râpe.

Il y a donc analogie entre le magnétisme développé par cette forme du mouvement et l'électricité développée dans une tige de verre frottée

avec un chiffon de laine ; et analogie plus complète encore avec rélectricité dynamique. On sait que des deux métaux qui forment l'élément de la pile, c'est celui qui est le plus attaqué par le liquide qui constitue le pôle négatif. Ainsi, dans un élément cuivre-zinc ou charbon-zinc, c'est le zinc, le plus attaqué, qui devient le pôle négatif de la pile, tandis que le cuivre ou le charbon, qui l'est le moins, forme le pôle positif. Il en est de même ici : la modalité négative s'échappe par la tige usée par la râpe, et la modalité positive par celle-ci .

III. — Prenons un tube de verre, de bois ou d'un métal quelconque, et à l'aide d'un entonnoir placé à la partie supérieure, versons-y de l'eau, pendant qu'un sensitif tiendra le tube à la main. Avec la main gauche, il lui semblera chaud, et cette chaleur déterminera bientôt de la contracture ; avec la droite, il lui paraîtra frais, et ce sera de la paralysie .

Ces effets sont les mêmes si le tube est tenu verticalement ou obliquement.

Ces résultats observés par de Reichenbach le conduisirent à observer les phénomènes de la baguette divinatoire à l'aide de laquelle certains paysans découvrent les sources. « J'emmenai, dit il, la demoiselle Zinckel, une sensitive moyenne» dans le parc qui entoure ma maison de campagne*

Je connaissais la direction d'un aqueduc établi dans une grande prairie, mais qui est méconnaissable à sa surface. Je la fis marcher lentement, transversalement sur la prairie pour la faire passer par-dessus Taqueduc. Lorsqu'elle s'en approcha, je la vis hésiter dans sa marche, avancer, reculer, et enfin s'arrêter. « Ici, dit-elle, je sens jusqu'à la hauteur des genoux, particulièrement au pied gauche, un tiède nauséeux. » Ce qui ne fut nullement semblable sur les autres parties de la prairie. Elle était, en effet, posée très exactement sur les conduits par lesquels une source prise à une demi-lieue de là est amenée à la ferme. Je répétai l'expérience avec plusieurs autres sensitifs, et toujours le même résultat. Voilà donc que la baguette se relève de la profonde humiliation dans laquelle l'ignorance et un mépris immérité l'avaient plongée. Ce n'est pas la baguette elle-même, qui n'est probablement qu'une enveloppe dans laquelle la vérité s'enfouit, mais bien l'essence de la vérité qui était voilée là -dessous, et qui n'a pas su arriver à se faire valoir. Eh bien ! elle n'est autre que l'influence de Vod mise en activité par le frottement de l'eau dont les mouvements sont perçus par les sensitifs. » [Lettres odiques, p. 55).

IV. — Ce résultat est obtenu non seulement avec l'eau mais avec les gaz. Pour le démontrer, prenons le tube de l'expérience précédente, souf-

fions énergiqiiement à l'une des extrémités au moyen d'un soufflet et prions le sujet de tenir le tube vers l'autre extrémité. Avec la main gauche, il paraît tiède et la main se contracture ; avec la droite, c'est de la fraîcheur qui détermine la paralysie.

Nous voyons que les différentes formes du mouvement donnent naissance à un agent inconnu des physiciens, et que cet agent ne saurait être que ragent magnétique, tel que nous l'observons partout dans la nature.

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