O TRAITÉ GÉNÉRAL
des femelles, comme il résulte des recherchea nombreuses de Pallas (i), auxquelles je puis joindre les miennes.
Si l'on reli'ouve dans celte espèce d'hermaphrodisme le pendant de celui des mollusques acéphales et d'une foule d'animaux plus inférieurs, on en voit dans d'autres poissons, d'après quelques observateurs, une autre sorte, représentant celui de beaucoup de gastéropodes et celui des vers à sang rouge; ainsi, assure Cavolini (2), le perça marina et le labius channa possèdent à la fois deux testicules et deux ovaires; il en serait de même du genrç pétromyzon, suivant Home (3). Quoique plusieurs naturalistes, nommément Jacopi (4) et Rudoiplii(5), contredisent ces assertions, particulièrement pour les deux premières espèces, et que les parties prises par Cavolini pour des testicules ne soient, si l'on en croit Kudolphij que des portions non développées des ovaires; je crois pouvoir admettre, d'après mes propres recherches, que tous les individus du genre pétromyzon sont peut-être seulement du sexe féminin, ce que confirme M. Du-
(i) Naturgescllichte merkwiirdiger Thiere. Samnil. 8, pag. 34 hist. nat. d'anim. curieux.) — ("s) Sur la reproduction des poisnons et écrevisses , p. i8a. — ("3) Sur le mode de reproduction des lamproies et myxincs. Phil. trans. — (4) Elem. di Fisiol. e notom. conip. Napoli 1810, IIl, pag. ia8. — (5) Dans Schweigger's *keletlose Tliifre, S. ao4.
d'anatomie comparée, 3oi méril, qui n'a jamais trouvé à examiner que des individus femelles (i).
C'est aux spécialités sur l'appareil générateur que seront exposées avec plus de détails les différences qui lui sont propres. Toutefois , outre les signes fournis par cet appareil, les deux sexes se distinguent encore par plusieurs autres caractères qui se tirent : i'* de la forme extérieure; a** du nombre ; 3° du volume de certaines parties ; 40 de la taille de tout le corps ; 5° de la texture ; 6^ de la coloration ; 7*^ de la composition et du degré de cohésion ; 8" des propriétés physiques et vitales.
H est à la vérité de ces différences qui portent sur des organes qui ne sont pas en rapport immédiat avec la reproduction ; telle est cependant l'influence des parties de la génération sur ceux-ci, ou pour parler plus exactement, telle est la corélation , qui les place dans une dépendance mutuelle , qu'il suffit d'une modification anomale dans les signes fournis par les organes liés ainsi à l'appareil de la génération pour qu'on soit autorisé à conclure à un vice d'organisation et une imperfection d'action de la part de celui-ci, soit que ces anomalies existent nativement ou accidentellement.
(i) Sur la structure des poissons cyclostomes, pour démontrer leurs rapports ayec les animaux sans vertèbres. Paris, 1810, page 145.
I. Forme extérieure, nombre et volume proportionnel de certaines parties.
Les différences qui signalentles sexes SOUS ces divers rapports consistent la plupart en la présence d'armes, chez le mâle, et en leur absence ou état d'imperfection dans la femelle. Au nombre des parties auxquelles on peut assigner cet attribut, sont surtout, pour plusieurs insectes, des mandibules fort développées ; dans d'autres , par exemple, le geotrupes nasicornis, des saillies impaires , qui sont propres à l'individu mâle, et surmontent la face supérieuredesa têle.Parmi d'autres insectes encore, tels que beaucoup dejya/?z7/o/25 crépusculaires et nocturnes et une quantité considérable de coléoptères^ d'hyménoptères, de diptères, les antennes des mfdes l'emjjortent sur celles des femellespar des dimensions plus grandes. Chez les mâles de la plupart des papillons de nuit , et aussi souvent des genres culex et tipula, le tronc des antennes est hérissé, d'un côté ou de tous deux, d'un rang de soies très-longues disposées comme les dents d'un peigne ; les femelles ont des antennes
d'anatomie comparée. 3oJ lisses ou à soies fort courtes. Les feuillets des antennes des pétaloceres mâles, parmi les coléoptèresj sont beaucoup plus grands que dans les femelles. Plusieurs hyménoptères mâles, surtout les abeilles^ les fourmis^sont pourvus d'antennes ayant quatorze articles; celles des femelles n'en ont que treize.
Les yeux des fourmis mâles sont plus volumineux que ne le sont ceux des fourmis femelles.
Nous avons remarqué un développemept plus considérable des mandibules et des antennes de plusieurs insectes mâles j dans les divers groupes voisins , particulièrement dans plusieurs arachnides , on voit également les palpes si considérablement accrus dans les mâles que ces animaux semblent au pi'emier coup d'œilne pas appartenir à la même espèce que les femelles, et que souvent on a considéré ces parties comme portant les organes de la génération j erreur introduite en anatomie comparée par Lister (i) et qu'a dissipée Treviranus (2), mais que des ouvrages postérieurs à celui de cet écrivain ont encore répétée (3). Il est toutefois très-vraisemblable que
(i) Naturgesch. der Spinnen, page 92. — (2) Jnnerer Bau der Arachniden, iSra, page Sa. — (3) Joerg, Zeugung, Leipzig, 181 5. — Latreille , dans Guyier, Règne animal, T. III, p. 78.
■5o4 TRAITÉ GÉNÉRAL
les palpes, parvenus à un haut degré d'accroissement sont des organes d'excitation et correspondentspécialementau pénis. En faveur decette opinion nous rappelerons que, dans plusieurs cas, un seul et même ori^ane accomplit diverses fonctions, jusqu'à ce qu'il apparaisse un instrument nouveau, propre à chacune d'entr'elles ; tio que les organes excitateurs de la plupart des mollusques gastéropodes sont placés à l'extrémité antérieure du corps; 3° qu'il existe une correspondance, même dans les animaux supérieurs, entre la forme et les fonctions de plusieurs parties buccales et celles des instrumens extérieurs de la génération; 4^ qu'enfin le mâle, avant et pendant l'accouplement, palpe long- temps la femelle avec ces organes et les approche surtout des parties génitales de celle-ci.
Parmi les entomostracés, les antennes des mâles offrent une position analogue et une destination semblable, su i tout chez les cyclopes(i). Il est vrai dédire qu^elles sont moins longues que celles des femelles, mais en revanche elles sont plus «paisses et comme terminées endisque aplati. Aucune recherche précise ne démontre que la base
(i) Millier, Entomostraca danica, Lipsia, 1785, page loa, fia.'
d'anatomie comparée. 3o5 <ie ces organes, isoit, comme le préten l Maller, le siège des parties génitales, li en est aulrenient des arachnides, qu'une organisation diiTéreute de celle-ci rapproche des conditions précédentes.
On rencontre dans les pieds de plusieurs insectes des traits importons, propres à différencier les sexes. Ainsi, parmi les lépidoptères, les mâles des njmphales ont la paire de pieds antérieure garnie toiit-à-fuit de pi i's.
Dans la plupart des dytisques une largeur plus grande et un état spongi*^ux de la face inférieure des trois premiers articles, (iistinguent les tarses des deux pairt^s de pieds antérieures des mâles d'avec ceux des femeiie . C'est surtout à la première de Cv S pâii es de pieds , que ces articles se présentent plus développés; ils y sont garnis de saillies et de ventouses.
Ainsi Us pifds de devant du mâle dans l'espèce dés guée sous le nom de gryllus clavimanui,{\)^ offrent des tibias fort entiéé, caracière dont est privée la femelle.
Les hyménoptères sont remarquables pnr le nombre de diffVrences que piésenle la dis^josition de ces parties. Chez le> n inades mâles, de Fiibricius, la [>aire de ))ieds antérieure est courbe etga rn ie 1 1 e soi es. Les femelles et lesou v ri^'re^1cb ez les abeilleS; poi tent à la face externe de la jambe
(i) Pallas, Naturgesch. merkvv. Thiere. IX. 27.
3o6 TRAITIÎ GÉNÉRAL
postérieure un enfoncement entouré de substance cornée et à la première articulation du tarse une brosse formée de plusieurs stries transverses.
Un fait qui rentre dans la catégorie des précédens, est l'état de perfectionnement plus accompli que présentent les ailes des mâles de plusieurs insectes comparées à celles des femelles. Les exemples de ce caractère se répètent dans plusieurs ordres. Ainsi, parmi les lépidoptères, la femelle du phalaena antiqua, celle de la phalène hiémale (^phalœna geometrica brumatd), a ses quatre ailes ordinaires, mais extrêmement courtes et réduites à Tétat de moignons (i).
Les papillons diurnes semblent exempts de cette particularité.
Parmi les orthoptères, les femellesde quelques espèces, par exemple, du g/yZ/tt^Zaxwa/im, sont entièrement privées d'ailes ; on en trouve au contraire des rudimens distincts dans les mâles (2).
Dans ceux de ces êtres où les deux sexes semblent en apparence munis d'ailes tout-à-fait semblables, on trouve, en examinant de plLiS;près,des différences notables. Si ou étudie, par exemple, la disposition des ailes dans les mâles des papillons
(ï) D» Geer, Hist. natur. des insectes, T. I , page 160. Tab. 17. £g. 74, pag. 364» tab. a4, £g. la, M- — (») t loc. cit., page a5.
d'aNATOMIE COMPARIÎE. So^
crépusculaires et nocturnes, on découvre à l'origine du bord qui limite en devanl les ailes inférieures, une soie roide, qui pénètre dans un. anneau fixé à la face inférieure des ailes d'en haut, dont elle facilite l'extension. Comme quelques personnes ont fait de cette particularité un caraclère distinctif de ces deux familles (i), on serait porté à croire qu'il n'existe dans cette structure aucune modification difTérentielle du sexe^ mais ce trait de démarcal ion subsiste réellement. Le mâle présente, en effet, ordinairement une soie plus longue, plus forte, moins divisée; celle offerte par la femelle est au contraire plus courte, plus iaible et partagée en filamens déliés; quelquefois elle manque. L'anneau simple et fort chez le mâle^ souvent ne se rencontre pas dans les femeUes, ou s'y trouve converti en un faisceau de petits poi's faibles (2).
Celte organisation rappelle la disposition des locustes {'i j ; le mâle de ce genre porte constamment et seul, vers le bord postéiieur de la face transversale des ailes supérieures, un enfonce-
(i) Latreil le dans Cuvier, Règne animal, T. III, pag. 555. .
(a) Harns essay preceding a supplément to the Aurelian , etc. — i Giorna, Account ot" a singular conformation in the wings ofsome species of morths. Linneaa trans. vol. I, pag. i35. — (3) A. A, H. Lichienstein essay on the eye-like .«pot in the wings of the locustae of Fabricius as iudicatmg the maie sex. Lina. traus. vol. ÏVf page 5i.
3o8 TRAITÉ GÉNÉRAL
tnenl c{ai comprend un espace incolore, arrondi, oculifonne ; delà partie inlérieure de cet enfoncement se détache en outre, sur l'aile gauche, un appendice qui pénètre dans unefosseitesituéesur l'aile droite ; les deux ailes sont ainsi unies par une articulation temporaire, la droite se glissant audessous de la gauche. Nulle trace de cette articulation dans les femelles ; en cet endroit leurs ailes supérieures sont plus molles que ne le sont celles des mâles ; il en résulte la nécessité d'un effort plus considérable lorsque ces derniers tentent d'écarter les élythres. Ces parties sont en outre des organes vocaux j c'est par le frottement de l'une contre l'autre que le mâle produit le son bruissant à l'aide duquel il attire la femelle qui est privée de la faculté d'en produire un semblable.
Ce phénomène est analogue à l'existence des organes vocaux très-compliqués, qu'a si bien décrits Réaumur (i) dans les cigales mâles , et qui occupent l'eitrémité antérieure de la face inférieure de l'abdomen; organes dont il n'existe nulle trace dans les femelles.
A ces différences s'ajoutent plusieurs autres caractères sexuels que l'on remarque à la moitié postérieure du corps. Le moins tranché de ces caractères est l'apointisscment et la longueur
(i) Mém. pour servir à l'bist. nat. d«s iusccte». T. V, Mém. IV>
b'aNATOMIE COMFlATlÉE.
augmentée du corps de la femelle. Plusieurs diptères fournissent les exemples de cette disposition, par exemple, les oestres et les mouches^ il en est ainsi de plusieurs lépidoptères, nous citerons le cossus. L'état le plus prononcé de ces différences qui distinguent les sexes consiste dans le développement trè»-considérable de l'extrémité postérieure du corps de la femelle, où se trouve un sabre d'une complication variable et formé de plusieurs gaines ou soies, qui entourent des tubes. Ce jeu de conformation existe dans plusieurs orthoptères , spécialement chez les locustes, dans les hémiptères nous nomnaerons les cigales; dans les hyménopi;ères nous citerons en particulier les térèbi^ants de M. de Latreille.
Les femelles de plusieurs hyménoptères portenlégalementj à l'exlrémité postérieure du corps, un appareil encore plus composé; ce sont des grandes à venin ajoutées à ces parties j le produit de cette sécrétion est introduit dans la plaie faite au moyen à^e cet apparjsil. Vous trouverez cette disposition dans les porte-aiguillons (aci//e<2f<2) de M. de Latreille. Remarquons qu'il existe ici une sorte de gradation dans le développement des différences sexuelles; ainsi plusieurs fourmis, surtout les fourmis proprement dites (formica) et les polyergues {i) sont privés d'aiguillon, mais sont ar-
(i) Hubcr, Piechcicli. sur les mœurs des fourmis. Paris, iSio, pag. 15;.
3lO tRAITls GÉNÉRAL
més d'un organe veniineux dont ils se servent à l'aide d'une manoeuvre plus compliquée; ils blessent d'yboid avec les parties buccales et introduisent le venin au moyen dercxti'émilé postérieure qu'ils appliquent sur la plaie.
Les diO'érences sexuelles des crustacés sont peu considérables et sont générales, si on excepte celles qui résultent de la disposition des organes cxîernes de la généi ation.
On peut admettre, comme une proposition qui s'applique à tous, que la paire des pieds antérieurs est plus développée dans les mâles que dans les femelles, surtout les pinces. Souvent la Seconde paire se dislingue de la première par celle même inégalité. Voyez les genres melite et maerza de Leach (i).
On irouve aussi dans le n\t\eàeVî\ncée{anceus forfîcularis Risso) (a), {cancer maxillosus Monlague)des mandibules très-prononcées, foi tement tirées en -devant; le mâle du hranchi poda stagnaîis présente à la pointe de la lêie deux appendices cornés, beaucoup plus longs que ceux de la femelle (3). Les antennes du maie du can-
(ï) Linnean transact. vol. VII et IX. — (a) Biito, Hist. n«t, des crustac. de Nice, pl. a, f. lo. — Monlague, L'mn. Transact. T. VU , pl. 6, f. a, — (3) LatrciUc , dans CufUr, Règne animid , m, page 68.
d'aNATOMIE COMPARÉE. 5(1
ter gammarus galba sont très-coiirles; celles de la femelle sont fort longues (i).
Il y a aussi parfois dans les yeux des différences relatives aux sexes. Dans le cancer gammarus galba, les yeux du mâle sont confondus en un seul; dans la femelle ils sont très-distincts (2).
Peu de genres dans les poissons offrent des différences sexuelles. Parmi ces caractères il faut ranger les appendices des membres postérieurs qui, dans les raies et les squales, se présentent à différens degrés de développement.
On les trouve alongés, près de l'anus, au côté interne des membres postérieurs et formés de plusieurs pièces osseuses, de muscles et d'une glande considérable s'ouvrant au-deliors par un long canal. Cette glande et sa situation rappellent la série de glandes très-développées que portent au côté interne de la cuisse plusieurs sauriens.
Nous les décrirons au chapitre des parties génitales.
(i) Montague, Descr. of several new or rare animais. Linn, %ra.ns. Tol. XI, part, I, page 4- — • (») Moniague,l. c.
3l2 TRAITÉ GÉNÉRAL
D'autres clifFérencps existent encore, mais moins jj;cnéraleinenl. Ainsi, par exemple, le mâle de la raie ronce {raja lubu^) se distingue de la femelle, par les aiguillons, situés chez lui, au bord antérieur, chez la femelle, au bord postérieur des ailes (i).
Les reptiles oS^îverA, dans la structure du corps, des différences sexuelles plus nombreuses que les poissrns. C'est sui lout par un développement plus considérable de la peau du dos et des pieds que ces signes distinctifs se tranchent et s'établissent à l'extérieur. Ainsi, la plupart des tritons mâles différent des fenieîles j)ar un repli cutané , dirigé suivant la longueur du dos et du bord supérieur de la queue, dans le sens de la ligne médiane.
Ce repli de la peau s'accroît et se développe très-considerabiement vers le temps de la copulation et forme ainsi le passage à un caraelère sexuel temporaire, remarquable seulement à cette époque, aux membres «:e plusieurs d'entre eux.
La plupart des tritons, peut-être tous, pré-
(i) Cnvicr, Ri'-gne animal, vol. Tî, p.ng. i35.
d'anatoufif, co^iparék. 3i3 sentent celte différence passagère; mais uniquement les mâles comme la remarque en avait déjà été faite par Linnéc(i), poui" le triton paluslris : elle consiste dans le développement de lobes cutanés très-consi^lérables , disposés le long des orteils des pieds de derrière; particularité qui a causé plusieurs erreurs dans la zoologie, en conduisant à confondre le trait distinctif du sexe avec le caractère propre de l'espèce.
An nombre de ces animaux sont le salamandra ^^e/?/^z^a de Schneider (2) et la salamandre palmipéJe {palmald) de M. de Lalreille (3) et Schneider (4j, dont le mâle et la femelle font encore des espèces particulières suivant Daudin (Ô) etM.Cu- ■vicr (6), qui ont écrit postérieurement aux auteurs que nous venons de citer.
Il faut reconnaître un caractère de même nature dans le développement considérable que l'on remarque sous la peau du pouce dans plusieurs batraciens sans queue. Ce développement consiste en une espèce de mammelon formé aux dépens de la peau gonflée. Cette particularité est surtout remarquable dans la grenouille rousse {rana temporarid), la grenouille verte(r. esculentd)
(t) Fauna suecica, vol. I, page 96, — (a) /. G. Schneider, hîst. amphibior. etc., fasc. I, Lips. 1799, page 58. — (3) BiiUet. def sciences, août 1797. — (4) Schneider, I. c. page 7a. — (5) Hist. des Reptiles, T. VIII, page a53. — (6) Règne animal, T. H, page 100.
3l4 THAItA ciNÉRAL
et le crapaud porle-croix {bufo cruciatus); on ne la rencontre pas dans le crapaud brun (bu/o fuscus), le cendré cinerus\ le c. sonnant (Z». igneus) et la rainette commune {ïiyla arborea).
L'indice de ce phénomène se retrouve dans un gonflement des pieds antérieurs, qu'éprouvent, à l'époque des amours , les mâles des rana temporaria, bufo cinereus et cruciatus; particularité à laquelle se joint, dans le bufo cinereus., Tapparition de quelques bigarrures passagères dans la coloration (i).
Le sexe màle, dans plusieurs batraciens, se distingue encore par un attribut, qui lui est propre et consiste en un prolongement vésiculeux, médian , simple ou double, de la partie postérieure de la membrane buccale, qui agrandit considérablement la capacité de la gorge quand l'animal jette des cris.
De tous les vertébrés , les oiseaux sont ceux où les sexes diffèrent le plus fréquemment par la forme et les couleurs. Les contrastes qui résultent de Topposilion de ces dernières se représentent d'une manière plus générale dans toute la classe ; ils sont au premier coup-d'œil plus frap|)ans ; telle est même l'idée de diversité qui
(i) Hosel Frôschf , page 87.
d'aNITOMIE COIMPARiE- 3l5
ressort des différences que présente !a coloration des deux sexes qu'on ne concevrait jamaiS;Sii'expe'rience n'iipprt nnit ces particularités, qne les mâles et les femelles du faisan dové( phasianus tricolor) et du faisan d'argent (^//c^/ie/^e/m) appartinssent à la même espèce. Les différences de forme sont cependant plus réellement essentielles; il en est du moins ainsi d'un certain nombre, de celles Siirtoutqui se rapportent aux orf^anes de l'intérieur. Quelles qu'elles soient d'ailleurs, elles ne portent jamais sur la structure intime d'organes nécessaires à la vie; c'est particulièrement la tracLée-arlère qui en est le siège. Ce qui rend remarquables ces modifications de forme observées dans la trachée-artère des oiseaux, qui, bien que fort variées, se réduisent con« stamment à un prolongement et à une dilalalion de cecanal, quelquefois aussi du larynx i nférieur, qui est le véritable siège de la voix dans ces élrcs ; c'est que il existe un rapport intime entre les parties génitales et les organes de la voix, comme le prouvent déjà les suites de la castration , et que, 2° les mâles des mammifères ont !e larynx beaucoup plus développé qiieies femelles. Nous avons déjà fait une semblable observation sur les grenouilles mâles.
Les caractères de la forme extérieure qui distinguent particulièrement les mâles dans les oiseaux, consistent, soit dans un accroissement plus considérable ou dans une disposition spé-
3l6 TRA-ITJÉ GÉNÉRAL
ciale des plumes de la têle et de la queue, c'està-dire, des plumes situées aux deux extrémités du corps, quelquefois aussi des plumes du cou, plus rarement encore des plumes des ailes, soit dans des développemens particuliers de la peau , en plusieurs des parties que nous venons de citer, mais surtout à la téte et à la partie supérieure du cou.
Enfin, c'est par un tarse plus considérable que les mâles sont différenciés des femelles dans p'usieurs espèces.
Avant d'an al jser les faits particuliers sur lesquels reposent ces idées générales, remarquons que le mâle possède rarement des parties qui manquent à la femelle; qu'il n'en diffère ordinairement que par des développeriiens plus considérables de certaines parties et seulement parce que ces organes apparaissent quelquefois plus tard dans la femelle. C'est surtout l'examen des jeunes femelles qui peut donner lieu à des erreurs et à des opinions contradictoires , et cela est d'autant plus facile qu'il y a même des espèces dont les femelles après avoir passé 1 âge adulte, ont les parties tout aussi développées que les mâles. On a été plus loin, on a considéré, comme trait de distinction du sexe, certaine particularité de la forme quoique Ton ne connût qu'un sexe de l'espèce. Ainsi, on admet par exemple, le collier et les faisceaux de plumes de Xotis houhara, comme des caractères propres
d'aNATOMIE COMPA.11ÉE. 8(7
au mâle(i) et Ton ignore quelle est la femelle, et si par conséquent elle est dépourvue des mêmes signes (2).
La région de la téle, où les plumes se développent le plus, est surtout l'occiput et le synciput. Les aigrelles ou huppes formées sur ces parties, sont le plus ordinairement dressées, ou sont du moins susceptibles de prendre celle direction. Il est plus rare qu'elles pendent derrière la téte, comme on le voit chez les hérons. La situation qu'affectent ces faisceaux de plumes , lors même qu'ils sont formés de deux rangées est la ligne médiane ; plus souvent les deux rangées sont, comme dans Yotis houbara, les grèbes (jyodiceps), éloignées l'une de l'autre, et placées sur les régions latérales de la léle, sous la forme de cornes, d'oreilles, etc.
Très - généralement ces développemens de plumage se caractérisent dans les mâles, seulement par plus de longueur et d'épaisseur. Il en est ainsi de la huppe de l'oiseau de ce nom {upupa epops\ de la crèle pennée du grèbe huppé {jpodiceps cristalus) et vraisemblablement de plusieurs espèces du même genre , du millouin huppé {anas rufina), du mor\\\on (anas fuliguld) du geai {connus glandarius) (3j , et de la spatule
(i) iBec/is<cin, ornithol. Taschenb. Bd. I. Leipzig, i8o3, S. 247. — (a) Teminink,Mimud d'ornithol. Amsterd. i8i5, page Sao. — (3) Du moins d'après quelques-uns, par exemple, Dcclistein , Naturgesch. der Vogel, Bd. i, page 1246.
3l8 TRAITÉ GÉNÉRAL
blanche huppée. (/?/rtfa/ea/ewco/ o^/fl). On n'est pas d'accord sur ce qu'il faut croire relativement à raigrette d'autres oiseaux, par exemple , des hérons; quelques auteurs, comme Temmink (i)^ nient expressément toute différence sexuelle extérieure, tant en général qu'en particulier; d'autres, par exempte Bechstein (2), Naumann (3), attribuent décidément aux mâles une aigrette plus longue qu'aux femelles , du moins dans plusieurs espèces, par exemple, dans le liéron commun {avdeamajor s. ciaereà), le bihoreau d'Europe (a. Jijcticorax)y le héron roux ^a.purpurea), le crabier de Malion (a. castanea).
La circonstance la moins fréquente est que les plumes de la huppe soient disposées dans chacun des deux sexes, d'après un type différent, nous en rencontrons cependant un exem pie dans le coq de Macarthney {gallus Macarthney,Tiimm\Tik){^). Dans le mâle, les plumes sont tout-à-fait nues dans leur moitié inférieure, qui est plus petite; dans leur moitié supérieure el k s sont ga rn i es d' un grand nombre de petites barbes, qui s'écarlent comme les rayons d'un éventail ; des barbes sont disposées au contraire dans toute l'étendue de la plume dans la femelle, et ne prennent un peu plus de longeur que vers le sommet.
(i) Ornith. , page 36x. — (a) Naturgesch. der Vôgel Deutschlands.Bd. 3, page lo. — (3) Naturg. der Land - und Wasserydgel Deutschlands. B. 3. page iio. — îwnminA , Gallinacés, T. II , page 373.
d'anatomie comparée. 3 19
Les deux sexes du harle huppé (jnergus serrator) ne diffèrent pas par une disposition particulière des plumes, mais par la forme de la huppe ; courte et forte dans le mâle, elle est longue et apoinlie dans la femelle.
Nous trouvons un exemple de la présence exclusi^ve de cet ornement chez le sexe masculin dans le combattant oumachètes {tringapugnax)^ mâle ; et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il n'en est paré que l'été et en est dépouillé durant les saisons d'automne et d'hiver.
Le coq de Sonnerai (i) présente également une particularité qui lui est propre; elle consiste non-seulement en un alongement considérable des plumesde la partie postérieure de la tête, mais encore en leur terminaison par des lames cartilagineuses ; circonstance que l'on ne rencontre pas dans la femeUe.
Il est plus rare que ces marques distinctives occupent d'autres points de la téte, comme on le voit par exemple chez la grande outarde (oiis tarda), qui porte, sur les deux côtés de la mâchoire inférieure, unebarbe d'une longueur considérable , que constituent des plumes minces , propres au mâle.
D'autres productions cutanées occupent la tête ,et servent encore à caractériser, avec une évidence variable , les distinctions sexuelles j ce spnt des saillies, des prolongemens formés du
\i) r#mm»nA, Gallinacés , T. II, page 349.