DES ORGANES
»• A. DifTérences d'Sge.
Les différences dans le volume et la disposition des organes indivicJuels sont les conditions fon ■
damentales qui déterminent la configuration et particulièrement les limites superficielles de la forme de tout le corps et de ses parties composantes. Nous réunirons les différences auxquelles conduit l'étude de ces conditions et celle du nombre des parties elles-mêrnes , pour les examiner avec plus de facilité. Il résulte de cet examen les considérations suivantes:
a. Les organismes sont d autant plus simples qu'ils sont plus rapprochés de leur origine.
Dans les premiers temps, les portions différentes du corps sont confondues ensemble, ou sont bien moins distinctement isolées qu'on ne les rencontre aux âges suivans, ou enfin manquent tout-à-fait. Dans le principe, nulle trace n'indique une téte séparée du tronc, même dans les
vertébrés les plus élevés; plus tard on ne trouve pas encore le col , ou cette portion rélrécie, qui sert à distinguer la tête du reste du corps. Les membres, dans les êtres qui doivent en être pourvus, les organes extérieurs de la générati ou , les parties externes de l'appareil auditif et olfactif n'apparaissent qu'après un laps de temps relativement considérable; et ce n'est qu'insensiblement qu'on voit se prononcer, de chaque côté, les portions individuelles qui les composent; ce n'est (jue graduellement qu'elles parviennent à leur nombre complet.
On observe également que, parmi les invertébrés, les cirons, pourvus de huit pieds à leur étal adulte, n'en ont que six à leur première époque de formation (i). Les iules offrent encore des différences vemavqusihles.lj iuluspeniciilatus, par exemple, a le corps formé, à l'éial adulie, de huit demi-anneaux, occupant la portion s ipérieure; à l'inférieure il existe au moins douze de cesstgments, et il est pourvu de douze paires de pieds; étudié avant cet âge, cet animal n'offre supérieurement que cinq demi-cercles avec six. paires de pieds et à une époque encore plus antérieure seulement trois anneaux et ti ois paires de pieds (2); chez ïiulus fasciatus même , dont
(i) De a«€r, Mém. t. VII, p. SyS. — (a) Ibid. I. c. , pag. Sja-
d'awatomte comparée. , 3^7
le corps sp compose à i'('tat ])ai (ait snpén'enremenl de 54 anneaux et supporte 200 pieds, il n'y a au commencement que six pieds, cl le corps n'est partagé qu'en huit anneaux. Les antennes sont, en outre, proportionnellement plus courtes et plus épaisses et se composent de quatre articles; plus tard elles en ont six (i).
L.T composition intérieure ne varie pas moins : on voit ainsi , à l'origine, les cavités buccale et nasale ne former qu'une capacité icoramune. Le cœur est tout-à-fait simple d'abord, même dans les animaux à sang chaud. L'aorte n'existe pas comme vaisseau propre. Le cerveau est lisse, sans circonvolutions, et ne renferme qu''iine cavité unique, nullement divisée. Le canal intestinal offres plus de brièveté qu'à l'état adulte, et est dépourvu de prolongemens cœcaux au commencement du gros intestin , et de saillies valvulaires à sa face interne; parties qui, lorsqu'elles se manifestent sont, à leur première apparition, proportionnellement plus petites que plus tard ; enfin les organes masticateurs manquent totalement.
Le nombre des organes est également beaucoup moindre au commencement. Dans le principe, la masse en quelque sorte pol ypeuse de l'animal ne présente pas la trace d'un seul or-
(i) De Gcer,loc. cit. , pag. 5y8.
gane distinct; ce n'est que peu à peu que se développent en elle les différens systèmes. Chez les animaux supérieurs, le tissu osseux manque encore pendant long-temps : ce n'est également que petit à petit que se forment le système fibreux et les traits de distinction, qui différencient l'appareil cutané intérieur de l''extérieur, auxquels ne s'ajoutent que bien plus tard encore les modifications qui complètent celte distinction, et qui consisteni principalement dans la formation des parties épidermiques.
b. Cette multiplicité progressive des parties distinctes de Torganisalion n'est cependant pas une règle tellement constante, que quelques circonstances ne restreignent la généralité de sou application. Ainsi il est incontestable que la plupart des organismes se composent passagèrement , clans les premiers temps ^ cCun nombre plus considérable de parties que dans les périodes subséquentes.
Cette particularité dépend, en partie, des rapports différens établis à des époques précédentes et ultérieures, entre l'animal et les autres corps de la nature. Tout organisme, aux premiers temps de sa formation fait, d'une manière plus ou moins intime, partie de l'être dont il provient j mais le rapport qui unit ces existences offre dos degrés tiès-divers, qui se manifestent surtout lors des progrès ultérieurs que subit le développement de Tindividu produit.
Pour saisir cette diversité de rapport, remontons à l'origine de tout animal- Le premier rudiment du nouvel organisme se montre partout homogène, depuis les animaux les plus supérieurs jusqu'aux plus inférieurs; et le fluiiie, qiii est sécrété par une vésicule de Graaf, dans l'ovaire de la femme, et aux dépens duquel se développe peu à peu l'embryon , ne diffère nullement du boulon qui s'élève à la surface de l'hydre , pour donner naissance à un nouveau polype. Ce fluide ne présente pas toutefois les mêmes » apports que le bouton de l'hydre avec l'individu producteur; les organes qui s'y dévelop*pent ne font pas un tout avec le corps maternel , comme les parties naissant du bouton ; celles-ci adhèrent, en effet, au corps de l'hydre- mère aussi intimement que les ovaires, qui ont préparé le fluidecn question, adhèrent au corps de la femme, dont ils sont une partie intégrante. La jeune hydre, tant qu'elle n'est pas séparée de sa mère, conserve avec elle absolument les mêmes rapports de connexion, tandis que le germe fœtal, une fois sorti de l'ovaire, n'est plus uni au corps de sa mère, jusqu'à son expulsion complète, que d'une manière médiate.
Il résulte de ce que nous venons de dire que les animaux supérieurs, quoique se trouvant à leur origine dans une dépendance réelle de l'organisme producteur, sont pourtant des parties moins immédiates du corps de la mère que ne le sont
les êtres plus imparfaits de la série. Ils forment même des corps tout-à-fait indi'pendans de la mère, durant une partie assez considérable de leur état cmbryonique, c'esl-à-dire de la période de leur existence, où les rapports réciproques qui les lient à l'univers extérieur, pendant la durée de leur vie , ne sont pas encore établis. Cette circonstance se présente chez tous les animaux ovipares j l'embryon des vivipares reste au contraire dans le corps maternel jusqu'au moment où cette relation /.avec le dehors commence, c'est-à-dire, jusqu'après la naissance. Çes faits conduiraient-ils à admettre une différence entre ces deux sortes d'animaux ? IN on j chez les mammifèi es l'organisme maternel est à celui de Félre produit J sous le rapport de la respiration, ce qu'est le monde extérieur à l'embryon de l'oiseau ; et si on l'étudié quant à la nutrition, comme l'oiseau-mére est à son fœtus.
La différence consiste seulement en ces deux j)oints : i° i'cmbryon de l'animal ovipare est dans un rapport immédiat avec l'univers extérieur j
il emporte avec lui une provision de matière nutritive pour le, temps de sa vie embryoniquej tandis que le foetus des mammifères, restant plus long-temps uni avec le corps de la mère , en reçoit les matières nutritives d'une manière insensible et continue. ^
C'est surtout à cet état particulier de l'embryon des animaux supérieius qu'est liée la prcseace
d'anatomie comparée. 36 r
passagère trun nombre plus considérable (l'or£;anes pendant la durée de leur vie intra^itérlne. Ces organes consistent^ en effet, lo en appareils servant à unir le corps de Torganisme produit avec la mère; a" en moyens de.protection, comme des coquilles ; 3° en réservoirs destinés à recevoir et à contenii- en dépôt les matières nutritives; 40 en cavités propres à renfermer les substances excrétées j 5o en instrumens passagers de respiration , puisque l'action réciproque des organes respiratoires proprement dits et du milieu ambiant est encore empêchée à cause de leur position et des rapports du fœtus entier.
Les animaux inférieurs qui se reproduisent par gemmes ne présentent pas cette circonstance; le nombre de leurs organes augmentent depuis l'origine de leur formation primitive jusqu'à leur état parfait.
Chez plusieurs espèces d'animaux, les organes particuliers , et certaines parties d'un appareil Uonné, sont plus multipliés , dans les premiers temps de l'organisation en général et même fort au-delà de la vie embryonique, qu'ils ne le sont à un âge plus avancé. On en connaît plusieurs causes : la première est qu'après la naissance, les phénomènes vitaux du fœtus ne passent pas subitement, mais seulement par degrés, à ce qu'ils .sont dans un animal parfait ; la seconde, c'est que l'animal, avant d'arriver au summum de son organisation, est obligé de parcourir des formes
inférieures j proposition qui ne sera démontrée avec évidence que quand nous traiterons de lu loi de réduction à un type commun.
C'est à ces causes qu'il faut rapporter l'existence dans les larves des batraciens, quelque temps encore après la naissance , de branchies extérieures semblables à celles des vers ; puis la formation de branchies internes , semblabiles à celles des poissons, et de poumons qui existent à la fois. L'embryon des raies et des squales a de même, pendant quelque temps , des branchies extérieures. C'est encore à ces causes qu'il faut attribuer et rapporter l'existence des thymus que portent les petits des mammifères et des oiseaux, organes qui disparaissent à un âge plus avancé, et l'oblitération plus tardive de plusieurs parties du système vasculaire, par exemple, du canal artériel et du canal veineux.
Dans cet ordre de phénomènes se range aussi la présence d'une queue, chez les animaux qui en sont dépourvus dans l'état adulte. L'homme lui-même en oftVe un rudiment à l'état embryonique; les batraciens, qui eu sont privés pendant toute leur vie, à cet âge en portent une fort développée.
11 semble que le nombre plus considérable de parties similaires dépende de la diminution d'énergie qu'éprouve l'acte formateur en produisant les organes nécessaires à la vie; circonstance d'où résulte rcxislcncc passagère d'organts
D'AN\TO*rTÉ COMPARÉE. 363
moins importans et leur remplacement par des organes perraanens, qui par leur volume, leur nombre, leur force et leur durée dénotent un état de plus grand perfectionnement. Ceux-ci existent alors, pendant un laps de temps variable, simultanément avec ceux-là, quoiqu'ils ne servent pas encore. Une ]ireuve frappante de cette remarque est fournie par les dents , les plnmes, les cheveux et les poils, et en général par les parties épidermiques.
c. L'ordre dans lequel se développent les diverses parties qui entrent dans la composition de l organisme est une question difficile à résoudre. Elle le devient surtout d'après les observations de Wolff et les miennes propres (0^ qui démontrent que les organes d'individus difFérens de la même espèce, ne s'accroissent pas dans le même rapport, qu'ainsi, chez l'un, on voit un appareil donné acquérir son état de perfectionnement le premier, chez un autre c'est un appareil différent. Ce qui est général est la formation d'un liquide contenu dans une poche membraneuse fermée , c'esl-à-dire le jaune de l'œuf ou vitellus. C'est sur ce jaune que l'on voit se développer l'embryon, et comme ie vitellus est en rapport immédiat avec le canal intestinal, on peut dire que ce
(i) Ueber die Bildung der Darmcanals iibers. voa F. Mcckel , i8iï, page 137. ( Sur la fortnatiçn du canal intestinal, tiad. par F. Meckel , avec notes ).
canal , par conséquent le sj'slème cutané, surtout rintériGui'jSe développe lepremier. Dans laïuembrane du vitellns apparaissent en outre les premiers vaisseaux,le£ veineSj après lesquelles se manifestent lecœur et les artères, qui en sont la continuité. A la même épocjue se forme la partie centrale du système nerveux, principalement le cordon rachidien. L'appareil urinaire suit bientôt ; ensuite les organes générateurs. Les cartilages, les os et les muscles sont les derniers à paraître, dia moins comme organes propres. Les parties génitales se forment très tard, surtout chez lesiiiisectesà métamorphoses parfaites ; les larves de ces animaux en offrent, en effet, à peine des traces.
d. Les considérations précédentes conduisent kXeiLdimen des diversités de volume qu'offrent, pendant le cours de la vie , les parties permanentes^ grandes et petites. Ainsi, les insectes à méiamorphoses parfaites, ont les pieds très- courts, à l'état de larve j à leur état parfait, les mêmes parties sont d'une longueur considérable j les parties génitales, qui dans la dernière période sont très-développées n'existent qu'à l'état rudimentaire dans la première. Sous la forme de larve, Tanimal se nourrit d'une grande quantité de substances, d'une élaboration diflicile; le canal intestinal est alors plus complexe que chez l'insecte parfait vivant de peu de nourriture. Nous voyons des différences de volume particulières correspondre à la différence des orga-
d'anatomie comparée. 365 nés locomoteurs clans les libellules, dont les organes de manducalion sont beaucoup plus longs et plus composés chez les larves qui ne volent pas fjue chez l'animal parfait qui voyage dans les airs. Cet excès de volume supplée à l'absence des ailes. Les yeux de l'insecte développé sont, en général, plus volumineux que ceux des larves.
Les jeunes iules ont, toute proportion gardée, les pieds plus considérables que les •vieux (i).
Le corps des crustacés est d'abord arrondi; la queue en est proportionnellement fort longue; les yeux sont foi't volumineux (2).
Des différentes parties qui constituent le corps des vertébrés , le tronc est d'abord d'une grandeur relativement plus considérable qu'à une époque plus avancée. La cavité thorachique, qui ne renferme alors que des poumons peu développés et inactifs est d'une capacité proportionnellement moindre que la cavité abdominale contenant un foie très- considérable. La tête et les mem- , bres sont, à leur première apparition, retenus dans des dimensions fort étroites , si on les compare au tronc. Mais la tête ne tarde p^s à s^accroître énormément ; les membres restent, au contraire, long-temps dans un état de dévelop-
(i) De Geer, Mcm. tom, VII, page 577. — (a) CavoUni^ sur la reproduction des poissons et ccrcvisses.
pemenl fort inférieur, du moins chez beaucoup d'animaux.
Il existe parmi les mammifères, des espèces nombreuses, celles^ par exemple, que renferment Jes ordres des soUpèdes et des ruminans^ dont les membres^ fort petits aux premières phases de la vie, sont, aux approches de la naissance et à la naissance même, beaucoup plus longs qu'on ne les trouve à l'état adulte.
Parmi les appareils , ce sont surtout les systèmes nerveux, vasculaire et glandulaire, et principalement dans ce dernier, le foie, les capsules sus-rénales, ensuite la glande thyroïde et les reins , qui sont ne général prédominans par le Il volume, aux premières époques de la vie. résultede là que les organes générateurs mêmes, du moins chez les mammifères, sont en proportion plus développés aux premières phases de la vie embryonique. Au volume considérable de l'encéphale, comme portion dusystème nerveux, est liée principalement la grosseur d'abord excessive de la tête et surtout la capacité extrême du crâne j remarquons toutefois, que ce volume si supérieurdel'encéphale n'est, en partie, qu'une apparence, les parois en étant d'une minceur extrême.
Avec le développement considérable du système nerveux, coïncide le volume plus grand de plusieurs organes des sens ; nous nommerons en particulier, ceux de la vision et de l'ouïe.
d'aNAÏOMIE COiMPAllÉli. 36^
Celui des organes des sens le plus imparfait et le plus petit, comparé à ce qu'il deviendra dans les périodes postérieures de la vie, est l'organe olfactif.
Le canal intestinal est également restrei^it à des limites de développement fort rapprochées.
Mais il survient après cela, quoique toujours dans les premiers temps, une époque où il prend une longueur proportionnelle, qui l'emporte sur celle qu'il offre à l'état parfait. Les exemples les plus frappans de ces variations de développement se rencontrent peut-être entre tous les vertébrés , parmi les batraciens sans queue.
e. Les rapports de position changent entre les parties pendant leurs développemens successifs.
Le cas le plus commun est celui où elles restent à la place où elles se forment; mais quelques-unes abandonnent cette place. L'exemple le plus remarquable qui se présente en ce genre est fourni par les testicules de la plupart des mammifères, qui, du voisinage des reins, où ils se forment, se portent à une distance plus ou moins éloignée, au-dehors de l'abdomen.
Le degré de protection que présentent aux organes qu'elles abritent les parties de recouvrement dépend encore d'une variation dans la position. Nous observerons très -généralement que les organes importans pour la vie sont beaucoup mieux défendus contre les agens extérieurs^ dans les périodes éloignées de l'origine, qu'aux
y '8 TRAITÉ GÉNÉRAL
premiers temps de Texistence; les parois des cavités qui conliennent ces organes manquent alors, ou n'ont qu'une épaisseur relative fort peu pi ononcée.
y. Les régions diverses du corps .«e ressemblent plus paifaiteiuenlaua époques primitives qii à lélat adulte. Ceia dépend d\ine simpiiciié plus ^vande dans la structure. Les deux extrémités terminales du corps des vertébrés sont d'autant plus semblables l'une à l'autre que l'antcrieui e est moins renflée pour se constituer en tête , que les membres sont restés à un développement moindre et ont moins pris leur forme propre. On voit éî^alementle petit bouton, germe de Tliydre nouvelle, se ressembler beaucoup plus à lui-même dans toutes les directions^ d'abord que lorsqu'il s'est manifesté des tentacules à son extréinilé antérieure et que la postérieure s'est terminée en queue. Dans la larve des insectes, la face dorsale présente une similitude bien plus, évideiile avec la face abdominale qui ])Oite des pieds courts, qu'elle n'en bflre dans l'animal parAiit où elle est ai'ée, !a face inférieure étant alors pourvue de pieds longs.
La manifestation graduelle des différences séxuelles rend plus pareils, les uns avec les autres, les individus de la même esj.èce, pendant les premières périodes lie la vie que plus lard.
g. Les parties qui doivent par la suite former un tout se présentent très-généralement isolées d'abord.
d'atîatomie comparée. 369
Ainsi, on renco tre dans les larves des insectes, plusieurs poinls oculaires simples, séparés et placés sur chaque côté; ils sont réunis daus l'inst cte parfait et forment un œil composé. Les deux moitiés latérales de tout le corj)S et du cordon rachidien, sontd'abord isolées l'une (le l'autre, par un intei valle qui parcourt la ligne médiane. La plupart des os se composent d'un nombre considérable de pièces; et dans les 6s qui occupent la ligne médiane, ce mode de développement contribue, en partie, à établir la sépara! ion du corps en deux moitiés latérales-, parce qu'alors deux ou un plus grand nombre de p èces qui doivent plus tard se confon !re au milieu , soit immédiatement, soit, par un os intermédiaire , sont d'abord séparées. C'est surtout à la plupart des vertèbres que s'applique cetie observation ; elle s'applique également à l'occipital, au sphénoïde, aux pariétaux, et même par l'intermédiaire de ceux-ci, aux temporaux, au frontal , souvent aussi aux os propres du neZ;, à l'ethmoï Je en quelque sorle, même au vomer, au maxillaire inférieur, au sternum et aux os pelviens. Sans citer ces exemples, presque tous les os des membres, à l'exception des os courts du carpe et du tarse, se composent de plusieurs noyaux osseux, grands et petits. Les petites portions en lesquelles se divisent les glandes, sont d abord plus isolées les unes des autres, ce qui est surtout distinct aux reins, mais qui n'est pas moins réel, si on porte
TRA-IT^ céNlÊRAL
cette observation sur d'autres organes, le foie, en particulier j les poumons et les glandes salivaires.
h. La forme extérieure se dessine plus rapidement que ne s ét iblissent les conditions de structure intime. L'esquisse de la forme générale et celle des organes en particulier semble la première ébauchée, ce n'est que plus tard que le dessin s'arrête et se fixe.
Celte assertion est vraie pour tout le corps, comme elle l'est pour ses détails. Les lignes qui limitent la totalité de l'être dans l'espace sont tracées avant que tous les organes ne soient formés; et ces parties ont déjà revêtu leur configuration extérieure, que le tissu qui les constitue n'a pas encore acquis toutes ses conditions die structure. Prenons les preuves de celte proposition dans les systèmes nerveux^ musculaire et osseux. Nous voyons la disposition fibreuse n'y apparaître que par degrés lents et insensibles; ce n'est de même que successivement que l'on voit deux substances former le cordon racbidien , i'encépbale et ie-foie.
i. Les différences des âges reposant sur le nombre et le volume ne sont pas les mêmes dans tous les organes.
Quand on compare isolément les divers systèmes de l'économie, on trouve que. les systèmes séreux^ fibreux et musculaire parcourent,' en général , un nombre de degrés d'organisa- ^tion beaucoup moindre que les systèmes os-
d'anatomie comparée. 371
seux, nerveux, vasciilaire, ciilaiié et glandulaire.
Les derniers prennent, en effet, part à toutes les différences qui se manifestent dans les premiers^ et subissent, en outre ^ des modifications spéciales, soit qu'elles dépendent de ce qu'ils font partie d'organes très-variables , soit qu'elles résultent d'un mode de développement qui leur soit propre. Ainsi, à Fépoque où les membres n'ont pas encore poussé , les systèmes nerveux, vasculaire, osseux et cutané sont déjà aussi distincts que les systèmes séreux, iibreux et musculaire , avec lesquels ils se réuniront plus tard pour construire les membres. Mais, en outre , il existe des différences particulières dans le développement des os qui se forment, pour la plupart, de la réunion de plusieurs points d'ossification. Le système vasculaire présente plus de variétés encore. Ainsi , le cœur est d'abord situé à nu , puis se retire dans la poitrine; formé primitivement d'une cavité unique, il offre ensuite quatreloges; ainsi des développemens vasculaires très-considérables constituent des organes passagers de respiration et des voies circulatoires qui s'oblitèrent après la naissance. Il en est de même du système nerveux; l'histoire des modifications qu'il subit est plus compliquée encore, à cause des nombreux degrés de développemens que parcourt la partie centrale. D'une cavité simple, unie, à parois minces et uni-
TRAITÉ GÉNÉBA.L
formément ctemlues , elle devient nn organe plein, renfermant une cavité étroite , plusieurs fois divisée j et présentant à l'extérieur des plis en nombre variable. Plus multipliés sont encore les états divers d'oiganisalion que présentent successivement les systèmes cutané et glandulaire- Celte mulliplicité dépend de cequecessvstèmes constituent les élémens les plus essentiels des organes de la vie végétative et des sens, qui sont euxmêmes, de toutes les parties de l'économie, celle qui offrent le plus de différences d'âge relativement à la présence, au nombre, au Yolume proportionnel et à la position des pièces qui les composent. Seul, de tous les systèmes , le g'and ulaire offre le phénomène de la disparition d'une {jartie propre, je veux parler du thymus , que ne remplace aucun organe nouveau. On ne trouveaucun fait qui se rapproche de celui-ci , si ce n'est dans les systèmes cutané et vasculaire, où l'on peut y comparer la destruction des membranes de l'œuf, qui nesonttouletois que des appendices d'autres parties.
Ces variétés d'organisation qui se manifestent avec les âges s'étendent aussi au déclin de la •vie. Plusieurs glandes, notamment celles de 1 appareil générateur, non-seuiement perdent de iei.r volume, mais sont encore privées tout-àfait, de leurs facultés long-temps avant la mort des autres organes. Les systèmes vasculaire, cutané et osseux subissent , sous tous les rap-
d'a-NA-TOMie coMPAr.i:E.
ports, dans la vieillesse, des modifications beaucoup plus considérables que les antres systèmes; ce sont, surtout, comme dans !e système glandulaire, des cliangemens de composition, de texture et de propriétés pliysiques.
La tête et le tronc, et dans ce dernier surtout la poitrine et le bas- ventre, contiennent ie plus grand nombre d'organes différens, et particulièrement ceux qui sont davantage soumis à Tinfluence de la vie. Il en résulte que ces portions du corps sont susceptibles d offrir aux diverses époques de l'existence , des diversités dans l'organisation beaucoup plus nombreuses que celles qu'offrent les membres.
Ces propositions ne s'appliquent pas seulement aux animaux supérieurs ; elles sont vraies pour les animaux inférieurs. Laforme extérieure de ces derniers étant déterminée par le nombre et la configuration des organes locomoteurs, les différences y sont mime plus frappantes. Ce qui les augmente encore, c'est que les parties contenues dans le tronc et la tête parcourent également les formes les plus variées.
k. Les parties du même animal ne s élèvent pas toutes à un état de perfectionnement également supérieur à leurs degrés d^ organisation.
Le système osseux , si varié dans les formes qu'il affecte, est, sans contredit, l'un des systèmes qui présentent le plus long-temps, dans les états successifs de j)erfectionnemcnt par lesquels
ils {Dassenl, les traces de leurs conditions primitives. Les ve stiges plus ou moins sensibles des points d-'ossilication, dont se compose chaque os, s'y reproduisent très-tard. De pareilles traces sont beaucoup moins fréquentes dans les autres partiesde l'organisation. Ainsi les lobes des reins, d'abord séparés , sont confondus en une masse unique. Il n'existe d'indice de la position primitive des testicules que dans l'origine des vaisseaux. Les différentes portions du même système se distinguent même sous ce rapport les unes des autrfes. Ainsi les os de la tête, mais surtout l'occipital, le temporal, le frontal, le maxillaire supérieur, offrent presque toujours des traces plus ou moins distinctes de leui- formation ]nimilive, tandis que cela est extraordinairement rare sur les os du tronc et des» membres.
/. Les différentes parties ne parcourent pas leurs degrés d'organis uion avec une vitesse égale.
Les systèmes cutané, glandulaire et osseux sont les plus lents à s>e développer; ce sont aussi ceux qui subissent le plus de formes; les développemens les plus rapides ont lieu dans les systèmes séreux, fibreux et musculaire; après le dernier vient le système vasculairc, puis le système nerveux qui se rattache aux premiers.
Ainsi les poils, plumes et dents ne poussent que fort long-temps après la formation de toutes les autres parties. Le thymus est une des parties
d'aNATOMIE COMPARIÉE.
qui apparaissent les dernières. Les glandes sexuelles, surtout les glandes manamaires , se développent fort tard. Le foie, les reins, les capsules sus-rénales, le thymus ^ les glandes thyroïdes ont, au contraire, pendant un laps de temps variable, un volume proportionnellement très-supérieur à celui qu'on leur trouve à l'état adulte. Les os^ vers l'âge de la puberté, se composent encore de noyaux osseux isolés. L'encéphale est au contraire déjà complet dans toutes ses parties, à l'âge de sept ans dans riiomme. Les parties du système vasculaire , appartenant au placenta, meurent déjà à la naissance ; et après quelques semaines écoulées, les voies fœtales, établissant communication entre ces portions du système placentaire et les vaisseaux qui persistent pendant toute la durée de la vie> se sont oblitérées complètement. La plupart des autres systèmes ont déjà, avant la naissance, la forme qu'ils garderont et le volume proportionnel qu'ils prébenteront toujours.
772. Ce que nous avons dit plus haut (r) des cliangemens survenus avec l'âge dans l'organisation des parties, que nous avons vu n'être pas les mêmes pour toutes , s'applique également aux animaux entiers. Tous n offrent -pas la même
(i) Vor^jtz page 370,
mesure de morlificalioiis, apportées par Fage, soit dans les conditions de texture^ soit dans le nombre des organes.
Ces diiférences dépendent en partie de la diversité graduelle de structure et de forme extérieure qui dislingue les animaux à Télat parfait; et il en doit être ainsi, puisque chez tous ceux où il manque des systèmes, des appareils et des portions enliéres du corps, l'acte de développement et la variété des formes successives doivent être naturellement plus simples que dans ceux où ces parties existent. Ces causes ne sont pas toutefois les seules : beaucoup d'insectes et surtout les batraciens sans queue, en font connaître d'autres. Cette observation est d'autant plus remar^juable que certains ordres se distinguent à cet égard de tous les autres , et même de ceux qui en sont les plus voisins. Les animaux que nous venons de citer présentent, du moins q uant à leur condition déforme extérieure, une S('rie de différences plus notables que ce que l'on rencontre dans les animaux les plus supérieui s, quoique les modifications dont ils ofïrent les exemples successifs et graduels constituent, à cause de la simplicité de leur structure, une somme moindre que celles des êtres plus compliqués. Le p;q)ill )ii ])arfait et la clienille ne seiuhlent en effet être nullement le même être; la seconde est presque dépourvue d'organes lo-
d'âNATOMIE COMPARIÎK. 3^7
comoteurs, le premier en possède de très-developpés. Elle est presque privée d'yeux; il est doué d'organes de vision Irès-composés. Point d'organes générateurs dans la chenille: le papillon les présente au summum de leur accroissement. On trouve dans le système respiratoire delà première, tin grand nombre de leiillemeus vésiculeux ; il consiste chez les derniers en un arbre ramifié et sans dilatation. Le canal intestinal offre aussi en apparence les plus grandes diversile's. Abstraction faite de la différence, non fondamentale, que nous venons de mentionner, l'appareil de la respiration est essenliel ement le même dans toutes les périodes. Le système nerveux diffère à peine ici et chez d'autres insectes, que caj actérisent des diversités extérieures aussi îi'és'dignes d'attention, par la distance variable qui sépare, les uns des autres, les ganglions du cordon médullaire. Les pieds et les parties buccales sont indiqués dans la chenille. Le. vaisseau dorsal ne présente jamais qu'une disposition semblable daijs toutes L's périodes de la vie de l'animal. Les modifications propres au canal intestinal ne porlent que sur sa longueur et sa capacité. Dans l'animal parfait il est plus long; il est plus court dans l'état encore imparfait.
L'enormité de la queue, la présence de branchies d'abord extérieures, ensuite intérieures^ l'absence de membres, fa longueur considérable
du canal intestinal , sont, sans contredît, des caractères distinctifs assez évidens pour ne pas permettre de confondre la larve de la arenouilie avec l'animal parvenu à l'état adulte, mais un rudiment de queue ■ existe aussi dans l'embryon des animaux les plus supérieurs; aux branchies correspondent j chez ces derniers^ des vaisseaux ombilicaux énormes ; le canal intestinal passe par un nombre plus considérable encore d'états di- TCrs et successifs d'organisation; les membres n'y prennent non plus qu'un développement insensible ; les systèmes cutané, vascuïaire et nerveux, et l'appareil générateur offrent ici une foule de degrés d'organisation, dont il n'existe pas même de traces chez Içs balraciens.
La conséquence de ces faits est que les animaux supérieurs parcourent, en effet, une série bien plus nombreuse de conditions analomiques qu'il ne s'en présente dans les acim aux inférieurs: que c^est particulièrement la ferme extérieure qui varie chez cesderniers, où les changemens qu'elle éprouve sont quelquefois beaucoup plus considérable que dans les animaux élevés; que c'est dans les animaux placés au bas de l'échelle que les variations de configuration extérieure atteignent au plus haut point.
n. La vitesse avec laquelle les animaux panuennent chacun à leur état de plus grand perfectionnement ri est pas plus la même, quelle jie Test pour
b'anatomie comparée. 379 V accroissement spécial de chaque partie (i) concourant à former un organisme donné.
Celle condition explique, en partie, la différence en apparence plus considérable qui signale les diverses périodes de la vie de certains animaux plutôt que d'autres. En effet, si un animal, tout en grandissant, conserve une de ses formes premières plus long-temps qu'un autre; s'il ne la quitte même, comme on le remarque quelquefois, qu'au moment où il doit revêtir sa forme définitive , pour passer à Tétat parfait, il faut nécessairement que la différence, déterminée par ce changement subit, soit plus frappante que cliez celui dont la conformation ne subit que des modifications insensibles et mesurées sur le développement progressif de son corps.
C'est une loi générale que les premiers degrés d'organisation sont parcourus d'autant plus vite que le degré de développement auquel Tanimal doit atteindre est plus élevé. L'état imparfait de l'insecte dure beaucoup pais long-temps que son état parfait , et la chenille, parvenue à - son plus grand développement, est aussi grande que le papillon. La larve de grenouille présente, très-long-temps encore après la naissance, une configuration extérieure tout-à-fait différente de celle de la grenouille parfaite.
(i) Voyez page 374.
38o TRAITÉ GÉNÉRAL
Chez les oiseaux et les mammifères , au contraire, la période où il existe une difTérence si considérable de l'état parfait est beaucoup plus courte , par rapport à la durée de la vie, et c'est à cette période fœtale que se borne toute différence notable dans le nombre^ la forme et le Tolume des organes.
Remarquons cependant que l'enchaînement qui lie ces fa'ts est susceptible d^étre interrompu, comme on l'observe dans beaucoup d'autres cas, et que chez l'homme, par exemple, les dispositions, qui existent les premières , disparaissent proportionnellement plus vite. Le développement marche, au contraire, avec plus de rapidité, chez les animaux, qui lui sont inférieurs. Dans la plupart des mammifères, par exemple, le système osseux est plus avancé à la naissance, qu'il ne Test chez l'homme, tandis que les parties constitutives de l'œuf, sont, au contraire, moins conservées.
o. Si les formes de développement et la rapidité avec laquelle elles sont parcourues, varient dans les différentes classes , elles ne diffèrent pas moins suivant les sexes et les individus , mais cette influence est plus bornée et d'une importance moindre.
£n général le développement se fait plus promplrmenl dans le sexe féminin. La position et la forme des organes générateurs les y fixent à un degré d'organisation moins élevé que ne le
d'anàtomie comparée. 38 1
sont les mêmes parties dans le sexe masculin , où les testicules sont situés d'abord , comme les organes générateurs correspondans de la femelle, dans l'abdomen , et où l'orifice du pénis ne se rencontre pas primitivement à l'extrémité antérieure, mais plus ou moins à la face inférieure de cette partie.
Les différences indwiduelles considérables sont des états morbides, et consistent en un développement, soit général, soit partiel, dont la marche a été trop rapide ou pas assez continuée.
B. Différences périodiques ou susceptibles de retour.
Les différences qui reviennent périodiquement, ne sont pas très-générales j il n'y a cependant pas, vrafsemblablement, déclasses d'animaux où l'on n'en rencontre quelques exemples. Un léger degré de ces différences consiste dans une simple modification de la masse et du voiumej un degré plus élevé est la mort d'un organe suivi de sa séparation du reste de l'or-
ganisme et de la formation crun organe nouveau à sa place j dernière circonstance qui n'est pas constante, car quelquefois un organe est expulsé sans qu'il s'en forme nécessairement un autre qui le supplée. L'observation dont il s'agit s'applique à l'ovaire de plusieurs vers intestinaux.
Les cliangemens périodiques qui surviennent dans la masse et le volume se rapportent principalement à la production d'organismes nouveaux, c'est-à-dire à la génération. Chez les animaux inférieurs privés d'appareil de reproduction , il se développe immédiatement, soit d'une partie sQÏt sur une partie de leur corps, des organismes nouveaux de la même espèce, ou bien des organes destinés à les produire. Chez les animaux pourvus d'organes générateurs, on voit ces parties se gonfler à des périodesdîv erses, sécréter des fluides plus abondans, et donu er, sans d'autres actes, naissance à un nouvel être, comme dans les animaux inférieurs purement femelles; dans d'autres cas , ces organes affectent une disposition plus favorable à Taction commune des deux sexes, dont la coopération est alors nécessaire à la reproduction.
D'autres changemens périodiques sont relatifs à une transformation passagère de Tacte vital. Cette transformation consiste en une rétrogradation vers l'état embryoniqiœ, pendant la durée du somimil d hiver ; c'est par conséquent par les or-
d'ânatomitî comparée. 383 ganes qui son L su rtout for t dévelo ppésà l'état fœtal , que sontéprouvés ces changemens, le lhymus,par exemple, qui, comme on lésait, devient plus Tolumincux et plus vasculeux pendant l'hybernation; au nomljre des altérations de cet ordre on peut aussi ranger faugmentalion dans la quantité de la graisse qui se manifeste à Tinvasion des froids. Ces changemens ont un certain rapport avec les phénomènes énoncés ci-dessus; car pendant la léthargie hybernale, les organes générateurs se développent et sécrètent davantage.
C'est à un autre ordre de phénomènes que se rapportent les différences périodiques que présentent le système cutané et principalement les parties de ce système qui sont épidermiqaes^ ou du moins que l'on peut regarder comme des modifications et des développemens de 1 épiderme, et qu'une connexion qui varje dansses degrés unit à l'ensemble de la peau. Mettons de ce nombre la chute de i'épiderme que l'on observe chez les insectes, les arachnides , les crustacés, la plupart des reptiles, la mue des oiseaux, des mammifères , le remplacement même des dents et des bois. Ces faits offrent les exemples de parties qui se séparent constamment du corps, à des intervalles longs ou plus courts , et que remplacent de nouvelles productions situées pour la pkipart sous les anciennes à un état variable de formation.
384 TllAIxi GÉNÉRAL '
Une extrême variété cai aclérise ces ciiansemens périodiques j c'est surtout sous le i-apporlde la fiéqueiice des remplaceuiens que l'on rencontre des difFérenccsremarquab.es.Dcsanimaux très-voisins offrent à ce sujet les plus grandes diversiiés ; elles sont encore plus opposées entre des animaux que leurs conditions d'organisation placent dans des groupes fort éloignés. Ainsi , par exemple, chez l'homme et la plupart des animaux, les dents îtc sont remplacées qu'une fois. Chez l'éléphant il se forme successivement huit couches de dents. Tous les oiseaux muent au moins une fois par année, surtout à la fia de l'été ; plusieurs offrent ce phénomène, principalement les palmipèdes qui y sont sujets, au printeni'ps et à la fin de l'été. 11 en est quelquesuns qui présentent cette circonslance, d'une manière moins délerminée (i). La mue du printemps est toutefois incomplète, puisqu'à l'exception des plumes du milieu de la queue, toutes celles qui la forment, ainsi que les plumes des ailes , ne tombent qu'en autom- 11 ef a).
Le bois n'est remplacé qu'une fois par an. Les insectes, les arachnides, les eniomostracés, les salamandres, muent, au contraire, p.u-
(i) Maudiiji, dans l'ornitliologiR de Daudin, T. I, page 217, (a) Naumann Vœgel Deutsclilaud's. Tli. i" i8ao. S. 117.
d'aNA-TOMTE COMPARIÎE. 3'85
sieurs fois dans l'espace de quelques semaines ; mnis il f lUt remarquer que leur vie est courte, el ([u'une £:;randc partie en est encore perdue pendant l'enizourdissement d'hiver.
Il existe, sans doute, entre ces phénomènes el l'endurcissement plus prompt de l'épiderme , ainsi que l'accroissement rapide des animaux, surtout dans lés insectes et les êtres qui les avôisinent, un rapport réel. On en peut observer un semblable entre le changement du bois el l'épuisement par le rut, entre la mue et le besoin d'avoir, dans les différentes saisons^ un vêtement conTorrae aax divers degrés de la température.
La production de parties nouvelles paraît cependant, dans plusieurs cas , résulter do i'exaîtation générale de l'action formatrice, cxallation qui n'est elle-même que la conséquence del'augraentation survenue dans l'activité de fonction de l'appareilgénérateur.Ledéveio] pemeniplus considérable d'écaiiles, c{ue l'on observe dans plusieurs poissons, tient incontestablement à cette cause. On voit, en effet , comme le remarquent Bloch(i)et dcLacépèJe (i), danspresquétoutes les carpes^ seulement chez quelcjues-unes^ sui-
(i) Oekon. Naturgesch. der î'isclie Deutschland's. Tli. i. S. 5)8. — (a) Hîst. nat. des poissons. T. XI,pâge y3.
vantGiorna(I)etnotammenldanslec77?/•//îW5^■^/a5, sortir sur presque toutes les écailles depuis la ligne latérale jusqu'au dos, ainsi qu'àla têle,des épines , dont les plus petites sont à cette dernière partie et qui parviennent aux autres régions du corps, jusqu'à la hauteur de deux lignes. Toutes ces épines sont translucides, et ne se trouvent pas toutes au même point de l'étendue des écailles. Elles sont verticales ou dirigent leurs pointes vers la tête, se séparent facilement des écailles etconlienneiîtune substance gélatiniforme, molle, rougeâtre, un véritable germe qui persiste quelque temps après la chûle des épines.
Il est digne de remarque que ces phénomènes ne se manifestent que chez le mâle, comme l'avait déjà observé Salviani(a).
D'après Risso, les écailles , insensiblement devenues incolores chez le dactylopterus pinpeda^ se détachent spontanément tous les ans avant l'époque des amours, et sont remplacées par des écailles colorées, plus brillantes (3).
Les développemens cutanés que nous avons déjà cités en parlant des batraciens (4), sont également des preuves à l'appui de cette assertion.
(ï) ^iLém. sur un poisson accidentellement épineux (Mém. de Turin, i8o3, page aag. — (a) AquatlI. animal, bistoria. Rom. i554, page 83.— (3) Icthtyologie de Nice , page aoa. — (4) Page a4a.
d'anatomie comparée. 387 C'est, en effet, vers ce temps qu'on les voit sg manifester, pour disparaître après.
Le changement de bois des cerfs se rattache aux mêmes circonstances; l'ancien bois tombe au premier printemps, et le nouveau n'est parvenu à son accroissement complet qu'au bout dv: quatre à cinq mois ; aussitôt alors survient l'époque du rut.
Quelle conséquence tirer de tous ces faits? Si ce n'est que la formation de parties nouvelles est Teffet d'une énergie plus grande de la vie, et la mort de ces parties le résultat de l'épuisement consécutif à l'acte de la copulation.
Ainsi s'explique pourquoi les cerfs qui ont subi la castration né changent ordinairement pas de bois, lorsque l'opération a eu lieu à Tépoque où cette partie existait^ ou pourquoi il ne repousse que très-rabougri^ si malgré cela il vient à tomber. Les chapons sont également soustraits à la mue.
Toutes ces variations qu'éprouvent les parties épidermiques à certaines époques semblent dépendre de l'impossibilité où est ce tissu de suivre, dans ses phe'nomènes de durée, la marche des autres syslèmes ; particularité qui rend compte de la caducité dont ces diverses parties offrent, à des degrés différens, le/|'diractère, quoiqu'elles possèdent, au même de^ré, la faculté de se régénérer et la propriété d'être indestruclibles. C'est spécialement par l'influence qu'exercent les
388 TRAIxi GléîîÉRAL
ageiis débilitans sur la durée, la forrralion et hi coloration des poils et cheveux, des dents, des ongles, et par la desquammation de l'epiJerme dans les maladies de la peau, que se carac'iérise celle tendance à la caducicé.
Les parties substituées n'ont pas constamment, avec celles qu'elles remplacent, une ressemblance parfaite; souvent elles en sont distinctes par plusieurs conditions. On peut dire, d'une manière générale, que s'il existe des différences, elles dépendent d'un état de perfectionnement à l^avantage des nouvelles.
Ainsi, les dents permanentes, ou sont plus nombreuses, ou ont un volume plus considérable que les dents de lait; quelquefois ces deux circonstances se rencontrent à la fois.
Ce sont surtout les dénis molaires permanentes qui sont susceptibles d'acquérir de plus grandes dimensions.
Certains animaux sont particulièrement remarquables sous le double point de vue d'une com|)Osilion plus compliquée et d'un volume plus C' nsidéra!)le d(S dents.
Les éiéphans portent des incisives de lait Ion-
d'anatomie comparée. 389 gues d'à peu près deux pouces; les dénis qui les re:uplacent peuvent parvenir à une longueur de ]/( pieds et à un poids de i5o livres. Ce summum de développement est cependant atteint assez rarement.
Souvent les dents qui succèdent sont plus composées que les premières.
En poursuiva;.t nos observations sur le même exemple^ nous voyons les premières molaires des élëphans se composer de quatre lames, les suivantes "de huit à neuf , les troisièmes de douze à treize, les quatrièmes de quinze, jusqu'à ce que celles de la huitième et dernière pousse soient composées de vingt-deux à vingt-quatre lames.
Le premier bois de cerf est tout-à-fait simple, sans andouiller; le second en a deux à trois. Le nombre en augmente peu-à-peu, et, par des changemens successifs, s'élève, mais sans suivre de règle déterminée, jusqu'à dix. Chaque bois nouyeau repousse en outre plus développé que celui qui le précède.
Les cheveux, les poils et les plumesde première formation sont beaucoup plus court?, plus grêles, plus imparfaits que ceux qui leur succèdent ; à celte époque , le nombre des parties individuelles formées est moins élevé que plus tard. Les oiseaux qui ont passé le jeune âge changent loutesleurs plumes; lesjeunesoi^)eaux se bornent
à remplacer les courtes, sans doute parce que la force formatrice est encore ici dirige'e sur l'accroissement de la totalité du corps.
Une autre sorte de perfectionnement s'observe encore dans les parties de formation postérieure, c'est une dure'e plus prolongée. Toutes circonstances étant égales d'ailleurs, les premières dents subsistent durant un temps plus court que celles qui leur succèdent.
Cbez l'homme, le rapport de cette durée est à-peu-près comme un est à douze; les dents de lait tombent , en effet, cinq ou six ans après leur sortie; les autres persistent, au contraire, pendant toute la vie.
Celte circonstance est encore beaucoup plus frappante dans d'autres animaux; ainsi, par exemple, les défenses de première formation de l'éléphant, poussées du cinquième au septième mois après la naissance, tombent déjà du treizième au quatorzième, et sont remplacées par des défenses qui restent toute la vie.
Le duvet qui recouvre la surface du corps du foetus dc's mammifères tombe avant la fin de la période fœlale.
Cependant, dans des périodes postérieures, la perfection des organes nouvellement formés diminue de nouveau.
Ainsi, les bois que prennent les vieux cerfs .«ont simples, plus courts , plus gros, êtres-
d'ajvatomie comparée, 391 semblent^ par conséquent , davantage à ceux des jeunes cerfs (i).
Il en est ainsi des parties nouvelles anormales ; par exemple, les dénis de troisième pousse, que Ton remarque quelquefois, sont plus courtes et moins durables (2).