SIXIÈME SECTION
MUSCLES DES CUUSTACÉS.
Les muscles des crustacés présentent assez le type des muscles des insectes j ils s'en distinguent surtout par le développement considérable de la région caudale , par lequel ils s'accordent cependant avec les myriapodes et les larves des insectes à métamorphose complète (i).
(i) C'est dans l'abdomen du homard que MM. Au- DouiN et MiLNE Edwards ont rencontre' le plus haut degré de complication et de développement des muscles destine's aux mouvemcns du tronc des crustacés : aussi est-ce le point de de'part qu'ils ont adopte' dàns l'e'tude de la myologie de ces animaux.
Les mouvemens que les segmens de l'abdomen sont appelés à exe'cuter sont très-simples : de même que pour toutes les autres articulations'dcs crustace's, ils uc con-
l5o TRAITli GÉNÉRAL
Chez les squilles , on trouve dans la queue, qui coulient la plus grande masse musculaire ,
sistent que dans la flexion et dans l'extension, et par conse'quent les muscles dosline's à les exe'culer ne sont-ils que de deux ordres.
'Les muscles extenseurs .occupent l'arceau dorsal des anneaux, et constituent deux couches, l'une superficielle, l'autre profonde. L'espèce de pannicule cliai nue qui forme la couche supe'rieure est très mince , et se compose de fibres longitudinales qui naissent du Lord ante'rieur d'un anneau et se terminent au bord ante'ricur de l'anneau suivant^ de façon que le bord poste'lieur de ce dernier reste libre, et peut, lors de leur contraction, glisser sous le segment pre'cëdent. De chaque côte' de la ligne me'diane on distingue deux faisceaux de ces fibres charnues : l'un, interne, est droit , l'autre, situé pins en dehors, se porte obliquement d'avant en arrière et de dehors en dedans. Les muscles extenseurs de la couche profonde sont pluspuissans : ils sont recouverts .par la couche superficielle dont nous venons de parler, et reposent sur l'intestin et les muscles fle'chisseurs. De même que dans la couche supérieure , on distingue ici deux faisceaux principaux j mais la disposition des fibres qui les composent est l'inverse de celle signale'e plus haut, car ce sont les externes qui sont droites , tandis que celles de la bande charnue interne sont obliques, et offrent, comme M. Cuvicr l'avait dcjà observe' , l'aspect d'une corde tordue. Les points d'insertion de ces muscles sont les mêmes que ceux des faisceaux superficiels, c'est-à-dire le bord antérieur de chaque anneau j mais , au lieu de s'y terminer complctcmcjit, ils y envoient seulement des expansions aponevrotiques , et la mnjeure partie de leurs fibres se continuent avec ceux de l'anneau suivant. Au sixième anneau de l'abdomen on ne trouve point
d'anato^ïie co:\iparée. i5i
iroîs couches. La couche supcrieAire , qui eslla pius forte, et l'inférieure , qui est la plus faibb,
de muscles extenseurs superficiels, et la couche profonde n'est représenlée que par une paire de faisceaux obliques qui occupent les parties latérales de l'arceau supe'rieur. Les autres segracus de l'abdomen ne pre'senlent sous ce rapport rien de remarquable. Enfin les muscles extenseurs dn pfemier de ces anneaux sont plus puissans que les pre'cedcns, et vont prendre leur point d'appui sur le thorax ; ils se fixent à la face interne des flancs , et circonscrivent de chaque côte' l'espace qui loge le cœur, etc. Les derniers anneaux qui composent le thorax sont soude's entre eux de manière à ne pouvoir exe'cuter des mouvemens : aussi n'y trouve-t-on point de muscles extenseurs ; mais l'espèce de carapace forme' par le prolongement de l'arceau supe'rieur de la tête n'est pas complètement immobile , et on trouve qu'elle est fixe'e à la voûte des flancs par un grand nombre de fibres charnues verticales, qui paraissent être les analogues de celles dont nous venons de parler : ce sont ces espèces de colonnes charnues qui, tapissées par un repli te'gumentaire, établissent la séparation entre les cavités respiratoires et la cavité viscérale.
Les muscles fléchis s eia's se distinguent aussi en superficiels et en profonds.
La couche superficielle est extrêmement mince , et n'est formée que par quelques fibres longitudinales qui vont d'un anneau de l'abdomen à l'autre. L'extrémité antérieure de chacun de ces muscles est insérée sur la tnembrane interarticulaire , près du bord postérieur de l'arceau inférieur, et par l'extrémité opposée ils se fixent surlebord postérieur de l'anneau suivant. Dans les premiers segmens de l'abdomen , ces rubans charnus s'étendent dans toute la largeur de l'anneau • mais dans le
l52 • TRAITÉ GÉNÉRAI,
sont composées de fibres longitudinales qui s'unissent entre elles et forment plusieurs fais-
cinqnièrae on ne retrouve plus que quelques fibres jjrès de la ligue me'dianc, et dans le sixième on n'en voit plus de traces. Entre le thorax et l'abdomen, ces muscles forment deux petits faisceaux ; enfin , chose remarquable , on en retrouve encore des vestiges dans toute la longueur du thorax , à la partie supe'rieui e du canal slernal.
La couche profonde des muscles fle'chisseurs de l'abdomen est extrêmement puissante, et remplit à elle seule la majeure partie des anneaux te'gumentaires qui les entourent : la masse commune forrae'e'par toutes ces fibres charnues est d'uncstructure extrêmement complique'e,et ressemble un peu à une grosse tresse serre'e. Lorsqu'on l'examinepar sa face inférieure, on distingue d'abord des faisceaux longitudinaux etdes faisceaux obliques qui reposent sur les muscles delà couche superficielle^ et,enleïéciirtant légèrement sur la ligne médiane, on aperçoit un peu plus profondémentdes bandelettes transversales qui paraissent être parfaitement distinctes des premiers faisceaux. Mais si on porte l'examen plus loin, on voit que la structure de cette masse charnue est bien plus compliquc'e, et qu'à moins d'y porter une attention très-grande, elle est difficile à comprendre. Eu étudiant le premier segment de l'abdomen , on voit qu'il reçoit du thorax un certain jiombrc de faisceaux charnus qui prennent leur point d'appui sur le fond de lu cavité' visce'rale de cette partie du corps, et qui forment de chaque côte trois muscles distincts : le premier, que nous appellerons le imiscîe droit du premier anneau abdominal, est situe' près de la ligne me'dianc j il repose imme'diatcmcnt sur la couche des fléchisseurs superficiels , et va* s'insérer sur le milieu de l'arceau inférieur de l'anneau auquel il appartient, l.c second, également superficiel, est situé plus en dehors.
d'anatomie comparée. i55
ceaux juxtaposés. Entre ces deux couches , mais plus en dehors et plus superficiellement,
et se porte en arrière et en dehors : aussi le dësigneronsnous sous le nom de muscle oblique. Parvenu près de la partie latérale de l'anneau, ce muscle y envoie quelques fibres, et s'y fixe aussi à l'aided'une intersection apouévrotiqne^ mais la majeure partie des faisceaux charnus qui le forment se portent au-delà, et se contournent en haut et en arrière sur les côtes de l'abdomen^ là ils se divisenten deux parties : l'une se fixe sur la masse charnue com^ mune à l'aide d'intersections apone'vrotiques ; l'autre se joint au muscle central du second anneau, et se comporte comme nous le dirons plus tard. Enfin, le troisième muscle qui vientdu thorax est situe' au-dessus des deux pre'ce'dens, et paraît s'enfoncer dans la masse charnue commune : aussi le nommons-nous muscle central. Quant à sa tei minajson,nous aurons l'occasion d'en parler par la suite.
Au-dessus des muscles droits et obliques du premier anneau on aperçoit les muscles analogues du second anneau, et plus profonde'mcnt encore un muscle Iran s-', versai , dont la disposition est très curieuse , car ce n'est autre chose que l'origine des muscles droits et obliques de l'anneau suivant. En eifet, ce ruban charnu, parvenu sur les parties late'ralcs de l'abdomen , ne s'y termine pas, comme on pourrait le croire au premier abord, mais se recourbe en haut, forme une espèce de boucle autour de chacun des muscles centraux dont nous venons de parler, s'accoUeàson conge'nère, plonge vers la face infe'rieurc de l'anneau, redevient longitudinal, se dirige en arrière, et constitue alors les muscles droits et obliques du second anneau. Dans le point oii le niriscle transversal conimence à remonter du côte' externe du muscle central, il donne attache à un faisceau charnu assez gros, qui se porte en arrière et en dedans, se confond avec Iç
l34 TRAITÉ GÉNÉRAL
on trouve une couche ialéralc composée de faisceaux triangulaires , dont le sommet est
muscle central du premier anneau , se l'e'uiiit aA'ec l'une des portions terminales du muscle oblique du premier, dont il a de'jà e'te' question, et constitue ainsi le muscle central du second anneau, qui est embrasse' à son tour par Je muscle transversal de ce segment, et se comporte comme le pre'cedent. Dans le point où la portion supérieure du muscle transversal rencoutre la portion infe'ricure du même muscle, après avoir forme' de chaque côte' un anneau autour du muscle central, et qu'elle plonge sous elle pour former les muscles droits et obliques du second segment, elle donne naissance à quelques faisceaux charnus qui se portent directemcnl en arrière , en passant 9u-dessus de la bandelette transversale , et vont se confondre avec les muscles droits et obliques du segment suivant. Enfin , les muscles droits et obliques forme's par la terminaison de la bande charnue transversale vont se fixer au second anneau, et présentent exactement la même disposition que ceux de l'anneavi pre'ce'dcnt.
Ainsi les muscles fléchisseurs profonds du premier anneau de l'abdomen prennent leur point d'appui sur le thorax j mais la charpente osseuse n'en fournit pas à ceux du second segment : les deux cxtre'mile's de ces muscles sont fixe'es à la partie qu'ils sont destines à mouvoir, et c'est le double anneau qu'ils forment autour du muscle central du segment précèdent qui leur en lient lieu.
Les muscles fle'chisseurs profonds du troisième et du quatrième anneau ne diffèrent pas de ceux du second : la partie moyenne du ruban charnu qu'ils forment constitue le muscle transversal de ranneau précédent, et présente de chaque côte' de la ligne médiane une espèce d'anse pour recevoir le muscle central fourni ^ar le muscle transversal et oblic^uc de l'anneaii j^ré-
tourné en bas, qiii descendent directemenl j ils correspondeuL chacun à un anneau.
cèdent. La disposition du muscle îfansversal du qu,!trièmc anneau est encore la niêmcj mais le mode j3e terminaison des muscles obliques qui en proviennent n'est pas exactement semblable à ce que nous avons vu jusqu'ici : en effet, après avoir envoyé' des fibres et des expansions apone'vrotiques à la partie late'i'aie et infe'rieure du cinquième anneau, ils se recourbent en haut comme d'ordinaire; mais , au lieu de se fixer sur le muscle transversal suivant, ils donnent naissance à des faisceaux charnus qui se portent en arrière pour se fixer à la partie dorsale du cinquième anneau , puis ils gagnent la ligne me'diane , et s'y re'unissent entre eux à l'aide d'une intersection aiDonévrotique.
Les muscles centraux fournis par le muscle transversal du quatrième anneau pre'scnlent e'galement des anomalies 3 car, au lieu de s'enfoncer dans des anses formées par le muscle transversal de l'anneau suivant, ils viennent seulement le fortifier ; ils se recourbent en dedans , se réunissent entre eux sur la ligne me'diane, et se confondent ainsi avec la bande transversale du cinquième anneau. Enfin, ce dernier mu;cle se recourbe seulement sur lui-même.
Dans les de'capodes brachyurcs et dans l'ordre des e'driopblhalmes on ne retrouve pas cette disposition curieuse des muscles fléchisseurs profonds ; la couche superficielle est même la seule qui paraisse exister.
[ Extrait des recherches , encore inédites , sur les crustace's , que MM. Aiidouin et Milne Edwards se proposent de publier dans un ouvrage digne du plus haut inte'rêt sur l'histoire naturelle du littoral de la France. ]
l36 TRAITÉ GÉNÉRAL ,
Ces faisceaux latéraux sont les moteurs de la plupart des faux pieds qui sont formés d'un article antérieur plus grand et d'un postérieur plus petit ; ils s'attachent au premier article et tirent le pied en avant et en arrière.
Chez Yécreuisse il existe, au dos, en avant et en dehors , un premier muscle triangulaire, aplati de dehors eu dedans, insensiblement plus déprimé d'avant en arrière, qui naît de presque toute la moitié postérieure de la plaque dorsale et de la paroi latérale du thorax , et qui se dirige d'avant en arrière , et un peu de dedans en dehors, pour s'insérer à l'extrémité intérieure du premier arceau delà queue. Il tire la queue de son côté , en la soulevant un peu , surtout lorsque les deux muscles agissent à la fois.
En bas elen dedans de ce muscle, il existe une couche beaucoup plus longue, également formée défibres longitudinales, qui s'entrecroise avec lui; sa longueur dépend de ce qu'elle naît, par plusieurs faisceaux, de la paroi latérale du thorax, et se dirige d'abord de dehors en dedans, et d'avant en arrière. Elle alîecte une direction droite dans la queue , dont elle occupe toute la longueur, en s'attachaut à ses anneaux ; elle est presque contiguc , sur la ligne moyenne, à sa congénère du C(jté opposé.
Les fibres externes de cette couche sont uu peu plus obliquement dirigées de dehors en de-
d'anatomie comparée. i37
dans et d'avant en arrière ; elles sont aussi pins courtes , puisqu'elles ne s'étendent que d'un anneau à l'autre.
La couche inférieure est beaucoup plus forte et présente nne structure plus compliquée. Elle s'insère à la face inférieure et à la partie inférieure de la paroi latérale du bouclier dorsal, par cinq têtes étroites, dont une interne et quatre externes. L'interne et la première externe naissent au niveau l'une de l'autre. L'interne se porte nn peu obliquement de dedans en dehors et d'avant en arrière , et ne tarde pas à se confondre avec la première, qui est externe.
Les têtes externes se recouvrent les unes les antres d'avant en arrière, et se dirigent obliquement de dehors en dedans et d'avant en arrière.
Les postérieures sont situées beaucoup plus profondément que les antérieures. A l'origine de la queue , le muscle devient immédiatement beaucoup plus épais , et ses fibres , droites jusque alors, commencent à se contourner considérablement, jusqu'à prendre une direction tout-à-fait transversale à la face supérieure. En môme temps , elles se réunissent en plusieurs faisceaux épais qui se confondent, sur la ligne médiane, avec ceux du côté opposé. A la face inférieure , les fibres se dirigent longitudinalenienl d'avant en arrière et naissent des parties
l38 TRAITÉ GÉNÉRAL
antérieures des anneaux de la queue. Les faisceaux supérieurs passent entre les inférieurs , pour arriver aux arceaux inférieurs de la queue. Ce muscle fléchit la queue avec force, el opère par là surtout le mouvement en arrière.
Sous ce muscle il y a, dans le thorax , de chaque côté, des fibres longitudinales, qui vont d'une portion du squelette intérieur à l'autre, et sont surtout fort développées en arrière, oii elles s'attachent au premier et au second arceau inférieur de la queue, dont elles représentent les fléchisseurs propres.
La conformation des scj llares est fort semblable , à cela près que la couche dorsale est plus forte.
Dans le pejiœus , les faisceaux circulaires des anneaux antérieurs de la queue sont distinctement séparés des faisceaux longi tudinaux, avec lesquels ils se confondent dans les astaeus et les scjllares. Ou trouve, en outre , les muscles externes des faux pieds des squilles. Mais il est extrêmement vraisemblable que tes faisceaux iransverses mentionnés correspondent partout à ces muscles et eu sont des développemens ultérieurs chez les branchiopodes. Il existe, chez les crustacés brachjoures une couche abdominale et une dorsale, formée de fibres lon<2itudinales, dont la seconde est beaucoup plus forte que la première.
D'AXATOMIE COMPAREE, lOC^
Les muscles des différens articles des pieds sont simples, comme de coutume j ils sont des fl é cb is s eu rs e t des ex len s e Li r sj i 1 s n' o fiVe ii t r i c n de particulier. Tout le monde sait combien sont développés les muscles des pinces dans la plupart des espèces. La masse musculaire qui remplit presque lout-à~fait la pièce principale de la pince, et qui est située en dehors et en arrière, est le fléchisseur du pouce; l'extenseur situé au bord opposé est, au contraire, beaucoup plus petit ; il sert à ouvrir la pince propremenf-dite.