Muscles du bras
Les reptiles pourvus de membres parfaits ont toujours : 1° un pro tracteur ou. élévateur du bras, le deltoïde; 2° un abducteur, le scapulaire supérieur et externe ; 3° deux rétracteurs , {a) V inférieur, ou grand pecto-^
3l4 TRAl'J-É GÉNÉRAL
ral , et (h) le supérieur, ou grand dorsal; el 4° un adducteur, qui est Je muscle coracohrachial.
a. Batraciens.
«. Batraciens urodéles.
1° Le protracteur on éléç'ateur da bras est un muscle allongé , qui vient de la face inférieure de la longue apophyse de la pièce scapulaire antérieure et inférieure ; il s'insère fort haut et en-devant , immédiatement en avant du grand pectoral et du coraco-hrac^iial, à la tubérosité de l'humérus.
Le deltoïde le plus considérable se rencontre chez le protée ; ce qui est conforme au grand volume de la tubérosité humérale de cette espèce. Le plus petit , mais en même temps le plus large, est celui des salamandres.
2° Ij' abducteur , ou le muscle scapulaire supérieur et externe , est un muscle triangulaire , allongé et apointi de haut en bas , qui naît de toute la face extérieure du scapulum supérieur, et qui se porte en haut et en dehors au col de l'humérus.
Le protée n l'abducteur le plus long, le plus
d'anatomie comparée. 3i5
étroit et en général le plus petit. Le plus court, le plus large et le plus volumineux, est celui des salamandres.
3° {a) Le grand pectoral a la forme d'un triangle allongé ; le sommet en est tourné en bas , le bord droit en dedans ; le bord oblique descend de dedans en dehors et d'arrière en avant. 11 se confond en avant avec celui du côté opposé, et s'étend de la face inférieure du muscle inférieur commun du tronc à l'humérus , où il s'insère immédiatement au-dessous du coraco-brachial.
Le grand pectoral le plus volumineux et le plus large est celui des salamandres ; le protée a le plus long , et le triton présente le plus petit. Dans les salamandres et les tritons il naît en haut, sur la ligne médiane, du petit muscle sterno-huméral.
5° (b) Dans le protée^ le rétracteur du scapulum est , comme il a été dit (i) , à la fois réiracleur de l'humérus j chez les autres batraciens^ tant ceux à queue que ceux qui en sont dépourvus, il y a, au contraire, un rétracteur propre à cet os.
Ce muscle est aplati, triangulaire, et naît en partie des apophyses épineuses des vertèbres qui forment le tiers antérieur de la cavité thoracoabdominale, en partie des côtes qui correspon-
(i) Voy. p. 295 et 296.
5a6 traité général
dent â ces vertèbres ; eu avant, il recouvre une étendue considérable de la partie postérieure du scapulum supérieur, et s'insère fort haut à l'humérus.
Ce muscle m'a paru un peu plus petit chez les salamandres que chez les tritons.
4° A ce muscle en succède, en bas et en dedans, un autre beaucoup plus court, mais aussi beaucoup plus large : c'est un adducteur^ qui vient de toute la face inférieure de la large partie postérieure de la pièce inférieure du scapulum, et s'insère à la tubérosité mentionnée de l'humérus. Ses fibres supérieures et infé- rieures sont ascendantes , les moyennes sont transversales; il est recouvert en bas par le grand pectoral.
Le protée offre en proportion V adducteurXo, plus petit -y les salamandres ont le plus grand.
Il est entièrement séparé du grand pectoral ; cependant on doit probablement le considérer, chez tous les batraciens tant urodeles qu'anoures , comme une partie de ce muscle , et cela par plusieurs raisons : i° parce qu'il se distingue, surtout chez les urodeles y par sa largeur et son aplaiissement , de la forme ordinaire du caraco-brachial , pour lequel on pourrait être tenté de le prendre ; 2° parce qu'il existe, chez les autres reptiles, un muscle pareil, qui, particulièrement dans les chèlonicns, se montre plus distinctement faire par-
d'an.-vtomie compauke. 3 17
île tlu grand pectoral j et 5° enfin qu'il existe un comco-brachial propre.
5» Le coraco-hrachial vient , en bas , du bord postérieur du scapulum antérieur ; il s'insère , entre le fléchisseur et Veoctenseiu^ de l'avant-bras , à la moitié inférieure de la face interne de l'humérus, qu'il attire vers le ironc.
jS. Batraciens anoures.
Les batraciens sans queue offrent, dans ce qu'il y a de plus essentiel , la même disposition que ceux qui sont pourvus de queue ; mais elle est, en général , beaucoup plus compliquée. En effet , leurs muscles sont séparés en un plus grand nombre de faisceaux séparés, que l'on est autorisé à considérer réellement comme des muscles propres. Je ne peux donc nullement souscrire à l'assertion de M. Cuvier, qui considère la conformation des salamandres comme la même que celle des grenouilles (i).
La description que l'on va lire démontrera, si je ne me trompe , ce que je viens de dire.
1° Le deltoïde, le pro tracteur on élévateur du bras , vient du moins du bord antérieur
(r) Leçons, 1 , 280.
3l8 TRAITÉ GÉNÉRAL
et de la face inférieure du scapulum antérieur, le plus souvent aussi de la clavicule antérieure, quelquefois môme de la postérieure et de la première pièce sternale ; il s'insère à la crête antérieure de l'humérus.
Le deltoïde le plus simple m'est présenté par le pipa. Il a la forme d'un carré long; naît, par son iord antérieur , presque uniquement du scapulum antérieur, et d'une petite partie seulement de l'extrémité externe de la clavicule antérieure; mais il s'étend presque jusqu'à l'extrémité inférieure de l'humérus.
Il convient peut-être de lui adjoindre un muscle considérable , qui est carré et qui s'attache à la mâchoire inférieure : je ne le décrirai qu'avec le pectoral.
Il est possible aussi qu'un fort faisceau, dont il sera fait meniion avec le scapulaire externe, soit une partie du deltoïde, partie qui s'en serait séparée. Cependant je ne le crois pas, parce qu'en général le deltoïde des batraciens ne s'étend pas aussi loin en arrière.
Chez le bujb agua , ce muscle est plus développé , et divisé en deux moitiés distinctes : une postérieure, plus courte, mais plus épaisse; et une antérieure, plus longue, mais plus grêle.
La moitié postérieure prend origine au scapulum antérieur ; l'autre moitié naît de toute la première pièce sternale : elles ne se réunissent ensemble que très-près de leur insertion
d'anatomie comparée. Sig
à riiiimérus, et ne descendent pas jusqu'au milieu de cet os.
La conformation est plus compliquée encore dans la rainette et la grenouille , en ce que certains faisceaux du deltoïde sont séparés davantage les uns des autres.
Chez la rainette, le ventre postérieur, qui est allongé , s'étend , sans se diviser, du scapulum antérieur à la crête antérieure de l'humérus ; le ventre du devant, qui vient de la première pièce sternale , est divisé , par le fléchisseur de i'avant-bras , qui est long et fort saillant , en une moitié antérieure et une postérieure : la première moitié, qui est à là fois externe, s'unit avec la tête postérieure du muscle ; l'autre moitié s'insère, fort haut, à la crête humérale.
Dans les grenouilles , le ventre postérieur qui vient du scapulum antérieur est formé de trois parties, une superficielle et deux profondes, qui s'insèrent immédiatement, les unes à côté des autres, au côté externe et au bord antérieur de tout l'humérus.
Le faisceau antérieur , fort allongé , se détache de la moitié inférieure de la première pièce sternale , et s'unit avec le faisceau postérieur et superficiel du ventre postérieur, immédiatement au-dessus de son attache à l'humérus.
20 Le rotateur en dehors y ou le scapulaire
eocLerne , naît de la face externe de la partie osseuse du scapulum postérieur , et se porte transversalement en dehors au col de l'humérus, où il s'insère immédiatement à côté du muscle large du dos.
Il est triangulaire , et se rétrécit de dedans en dehors.
Il est à son plus haut degré de développe* ment chez le pipa , un peu plus pelit chez la grenouille^ plus petit encore dans la rainette. Le plus petit et le plus allongé de tous est celui des crapauds .
Je crois même devoir admettre que ce muscle est divisé, chez le pipa , eu deux moitiés , dont la postériéure , plus grande , se comporte comme de coutume , taudis que l'antérieure , qui est plus petite et fort allongée , s'isole du bord antérieur du scapulum supérieur , et ne s'unit à la première que près de leur insertion commune à l'humérus. J'ai déjà indiqué cette partie antérieure lors de la description du deltoïde (i).
D'après la dernière manière de voir, que je crois exacte, il y aurait dans cet animal déjà itn muscle sus-épineux et un sous'épineuoc.
Ce muscle est toujours distinctement séparé ^ du muscle large du dos. M. Cuvier ne les ayant
(i) Voy. p. 3i8.
d'ANATOMIE comparée. 321
pas distingués , niait l'existence d'un muscle sus-épineux et sous-épineux propre , qui sont en effet représentés par le muscle scapulaire externe.
5° Des deux muscles rétracteurs du bras , le grand pectoral ou le rétracteur inférieur^ est fort développé , et partagé en un plus ou moins grand nombre de faisceaux, qui se succèdent d'avant en arrière j quelques uns se succèdent aussi de haut en bas, de la superficie à la profondeur, et se recouvrent de la sorte mutuellement.
Le faisceau postérieur est toujours la partie la plus considérable de ce muscle; il est uni constamment au muscle droit de l'abdomen, et il en a été question plus haut (i) ; il est triangulaire et se dirige d'avant en arrière.
Les faisceaux antérieurs sont situés transversalement : ils naissent du sternum , quelques uns aussi de la clavicule ; ils recouvrent , en avant , au moins une partie de la portion interne du deltoïde , et en arrière toujours le coraco-brachial.
Ce muscle offre, pour le moins, deux faisceaux transverses, un antérieur etun postérieur: lepremierse détache du sternum antérieur, le second du postérieur ; ils s'insèrent, en avant et en dehors, à la tubérosité antérieure de l'humérus.
(i) Voy. p. 22y, 22.8, 229.
La disposition de ce muscle offre surtout les variétés suivantes :
La conformation la plus simple me paraît être celle des rainettes : le ventre postérieur, qui est le plus grand, y provient du muscle droit de l'abdomen , comme chez les grenouilles et les crapauds .
Le ventre antérieur n'est guère isolé du postérieur , et se divise , d'une manière peu distincte, en deux chefs triangulaires plus petits, dont l'antérieur naît de la première pièce sternale j le postérieur vient de la partie antérieure de la dernière pièce siernale.
Chez les grenouilles et les crapauds il y a trois ventres distincts.
Le postérieur est un peu plus petit que chez les rainettes ; les ventres antérieurs réitnis le surpassent en volume. Dans les crapauds , ce ventre postérieur est absolument séparé du muscle droit de l'abdomenj dans les grenouilles il n'en est pas séparé du tout.
La portion antérieure du muscle se divise très-distinctement en deux ventres, ayant la forme d'un triangle allongé , qui sont situés immédiatement l'un en arrière de l'autre.
Le ventre antérieur prend origine à l'extrémité interne de la face inférieure de la clavicule coracoïdienne j le ventre postérieur vient de la partie antérieure du sternum postérieur.
Le premier aflbcle une direction iransver-
d'ANATOMIE COMPATlÉE. 325
sale; lé second se dirige un peu obliquement de dedans en dehors et d'arrière en avant. Le premier aboutit, par son bord antérieur, exactement au bord postérieur du fléchisseur de l'avant-bras ; le second ventre est un peu plus éloigné de la grande division postérieure du muscle.
Dans les crapauds , le ventre antérieur est beaucoup plus petit que le postérieur; dans les grenouilles ils ont à peu près le même volume.
Ces muscles sont à leur summum de développement chez le pipa : cette remarque s'ap plique principalement à la division postérieure.
Celle-ci prend naissance à presque tout le bord interne du fémur, et se dirige, en avant, le long des faces antérieure et latérale de l'abdomen.
Elle est très-large et longue, au point que les muscles de même nom se touchent, sur la ligîie médiane, parleur moitié postérieure; ils s'écartent , au contraire , dans leur moitié antérieure ou supérieure , où ils sont unis néanmoins par une aponévrose intermédiaire, qui a la forme d'un triangle allongé, et qui recouvre la majeure partie du large sternum inférieur.
La moitié postérieure du bord latéral de la même pièce slernale donne naissance à un muscle triangulaire , bien plus petit , et en majeure partie caché par le précédent ; il s'attache,
par un tendon court et mince, en avant, à . la moitié antérieure dudit bord, et semble être particulier au pipa.
En avant il y a, cliez le pipa., trois et vraisemblablement même quatre ventres , dont nous allons d'abord décrire ceux qui rentrent dans la disposition ordinaire.
L'antérieur de ces muscles, qui tient le milieu pour la ^andeur, est le plus superficiel : il correspond au ventre superficiel antérieur des grenouilles et des crapauds ^ qui est, toute proportion gardée, beaucoup plus considérable. Il ne s'étend pas aussi loin en avant que dans ces deux genres ; ce qui tient sans doute au fort développement du ventre antérieur et intérieur du deltoïde et du long fléchisseur de l'avant-bras , dont il recouvre , en partie , la moitié postérieure.
Le deuxième ventre, plus considérable, et situé en arrière du précédent, est, parles mêmes causes, plus petit que le deuxième ventre des grenouilles et des crapauds ^ auquel il correspond. Il ne s'étend également pas aussi loin eu avant que celui-ci, et aboutit immédiatement au ventre accessoire de la grande tête postérieure , qui le recouvre un peu en arrière. Il naît, en dedans et au-devant de lui, de la pièce cartilagineuse de la clavicule postérieure.
Le troisième ventre est de beaucoup le plus petit et le plus profond 5 il prcud nais-
d'anatomik comparée. 525
sance , au-dessous du bord antérieur du deuxième ventre , à la moitié externe de la poriton osseuse delà clavicule coracoïdienne, et se dirige transversalement en dehors.
11 y a , en outre , au-devant des ventres qui viennent d'être décrits , uu autre faisceau , de forme carrée , plus grand , maij> plus mince , qui, par son bord postérieur, se continue avec une aponévrose qui recouvre ces ventres et se confond avec eux. Ce faisceau s'attache, par l'angle qui résulte de la réunion de son bord externe avec son bord postérieur, immédiate-' ment au-devant des autres ventres , à la tubérosité antérieure de l'humérus , et , par son bord antérieur , à la moitié de la mâchoire inférieure, qui est de son côté.
Autant que j'ai pu m'en convaincre par la dissection de la grenouille , du Grapaud et de la. rainette, ce muscle est particulier au pipa, quoiqu'il semble s'être fùrmé aux dépens des muscles de sa région, surtout du muscle trans^ verse de la mâchoire inférieure, qui sont beaucoup plus développés chez lés autres batraciens. Sa principale action est de tirer l'humérus en avant : on pourrait, à cause de cela, le prendre pour la portion du deltoïde qui s'estportée en avant, et qui manque du reste entiè-i rement. Majer {y) l'a regardé comnie une par-
(i) N. a. phys. med. XU, 556 , n» 7.
526 TRAlTlî; GÉNÉRAL
tie du grand pectoral. Ce muscle lire aussi la mâchoire inférieure fortement en bas et ouvre la bouche. Il s'ensuit que, dans le pipa^ le grand pectoral s'étend de la cuisse jusqu'à la mâchoire inférieure : il occupe par conséquent toute la longueur du tronc et de la tête , et offre , sans contredit , le plus haut degré de développement.
4» Le muscle large du, dos ou le rétracteur supérieur du bras est, dans toute celte famille, beaucoup plus petit que chez les batraciens à queue; il est surtout fort étroit. Chez la rainette grenouille et le crapaud ^ ii prend naissance aux apophyses iransverses des vertèbres lombaires postérieures ; dans \ç, pipa W naît de la région moyenne de l'os iléon. C'est dansce genre qu'il a le plus de volume, et chez le crapaud qu'il en a le moins . Son tendon antérieur s'unit, en général , à celui du muscle scapulaire externe. Dans le pipa il s'insère , isolément de ce tendon , et immédiatement au-dessous de lui , à l'humérus.
5** \Jadducteur ou le coraco-brachial est un muscle allongé, qui s'étend, de la face inférieure de la clavicule coracoïdienne , à la partie supérieure et interne de l'humérus ; il est recouvert par la portion antérieure du grand pectoral.
Dans la grenouille et le crapaud, ce muscle est beaucoup plus fort que chez le pipa : Il se détache, chez lesprcmiers,derextrémité interne
d'anatomie comparée. 527
de la clavicule coracoïdienne ; chez le second , beaucoup plus en dehors, de la partie externe et contractée de la face inférieure de cet os.
6° M. Cuvier dit que le dernier représente h la fois le coraco-brachial elle spus-scapulaire; il existe cependant, au-dessus et en arrière du coraco-brachial, un muscle triangulaire propre, isolé, beaucoup plus grand, mais plus court, plus large et plus épais, qui, de la face interne du scapuium antérieur, se porte au côté interne de l'humérus.
Ce muscle est le plus volumineux et le plus épais chez le crapaud. C'est dans le pipa qu'il se montre le plus large et le plus mince ; il y est situé tout-à-fait à la face inférieure du corps ; entre la moitié postérieure et l'antérieure du grand pectoral , et il est recouvert, en arrière , par le ventre accessoire delà moitié postérieure de ce muscle. Cette situation insolite tient au grand développement de la clavicule coracoïdienne , dont il prend origine presqu'en totalité, et à la petitesse du scapuium inférieur.
Ce muscle correspond incontestablement au sous-scapiilaire des hauts vertébrés.
b. Cliéloniens,
Il me semble que les muscles du bras des chc' Ioniens ont été déterminés, très-géuéralement,
^'^o TRAlxi GÉNÉRAL
soit d'une manière incomplète, soii avecinexactiiiidc , parce que les os de l'épaule eux-mêmes n'ont pas été déterminés , ou l'ont été à faux.
L'os antérieur et recourbé a été pris , trèsgénéralement (i), pour la clavicule. L'os postérieur, qui a la forme d'une pelle, a été considéré , au contraire, comme le scapulum, à cause de sa ressemblance éloignée avec l'omoplate de beaucoup d'animaux, quoique sa position soit entièrement contraire à celte admission , et qu'il y ait sou analogue dans d'autres reptiles, dans les oiseaux, et môme cbez plusieurs mammifères. 11 a dû résulter nécessairement de ces propositions beaucoup de méprises et de fausses indications de muscles insolites. La détermination que j'ai donnée de ces os (2) pare à cet inconvénient, et l'exposé que je m'en vais faire des muscles de cette région confirmera, j'espère, les opinions que j'ai émises.
Si dans cette circonstance, comme dans plusieurs autres , je ne m'exprime point d'un ton décidé et tranchant , mais avec méfiance en l'exactitude de mes vues , je trouverai l'excuse de ma conduite dans la difficulté du sujet, autant que dans l'estime que j'ai pour l'opinion des hommes distingués avec lesquels je diffère de sentiment sur ce point.
(1) Voy. Cuvicr, Wiedemann, Bojanus,
(2) Vol. II, p. 618.
d'anatomie comparée. 539
Les dfiscriptions suivantes ont élé faites avec le plus grand soin, principalement d'après les genres chelone , mjdas et caretta , soit à cause du grand volume de ces animaux, soit parce que c'est chez eux que le développement des muscles est le plus parfait. Mais on n'a pas négligé de tenir compte, chaque fois, des dispositions respectives que présentent les énijdcs et les tortues.
1° Un protracteur du. bras naît, par trofs portions séparées, fort haut, du côté antérieur de l'humérus. Sa portion antérieure se détache à peu près de la moitié supérieure de la face antérieure du véritable scapulum ; la portion moyenne, qui est profonde, petite, plate et triangulaire, prend naissance au tiers moyen du premier os de Tépaule , dans l'excavation de cet os : la portion postérieure enfin vient de l'extrémité antérieure de la face interne du sternum. La première portion est plus longue, et se dirige obliquement d'avant en arrière et de dedans en dehors; la troisième, plus petite, qui est couverte de la partie antérieure du grand pectoral, se porte, au contraire, presque transversalement de dedans en dehors 3 la seconde, moyenne, est la plus petite, et sa direction tient le milieu entre celles des deux autres.
33 o TRAITÉ: génjj:iial
Les portions antérieure etposlérieurencsc réunissent qu'à une pclile distance au-dessus de l'insertion de leur tendon commun, qui estcourt. La troisième s'insère à l'humérus, plus en dedans: elle est entièrement séparée des deux autres par une saillie longitudinale. La première lire le membre antérieur en avant, presqu'en droite ligne : la seconde le tire en même temps un peu en dedans, et la troisième, celle du milieu , opère surtout la dernière direction. Les portions postérieure et moyenne constituent, dans tous les animaux decet ordre, des ventres propres.
Dans les émjdes, la portion antérieure constitue aussi un ventre propre , bien distinct ; elle est même un muscle particulier, qui naît seulement d'une petite étendue de la partie supérieure du scapulum, et qui s'insère à l'humérus par un tendon grêle, entièrement séparé de celui de la portion postérieure.
Chez les tortues , la portion antérieure n'existe pas comme muscle propre : elle est unie d'une manière intime avec un muscle qui est situé tout à côté et en dehors , avec le muscle large du dos.
Le ventre moyen ou profond offre le plus grand développement dans les émydes, le plus petit dans les tortues. Dans l'une et l'autre familles il ne s'insère pas, comme chez les chélonées , en dedans et en avant du tendon des
d'anatomie comparée. 35 1
deux ventres superficiels; niais il s'aliache à riîuniérus, entre les tendons de ces deux portions.
La position, l'insertion et l'action de ce muscle doivent le faire considérer comme le Je/toi Je.
C'est en effet aussi le Je/^oi<iedeBojanus,etlc deltoïde avec son accessoire^ d'après M. Cuvier; M.Wiedemann le nomme fiirco-hrachial .
]1 serait cependant possible que ce muscle tout entier ne correspondît pas au deltoïde seul , et que cela n'eût lieu que pour son troisième ventre; tandis que le ventre moyen correspondrait au sus-épineux et le ventre antérieur au grand rond des animaux supérieurs.
On peut alléguer er- faveur de cette opinion :
{ci) La séparation des trois portions , qui a lieu quelquefois même jusqu'à leur insertion, surtout chez les émjdes et les tortues ;
{h) Leur rapport de position entre elles, en ce que le deltoïde, le sus-épineux et le grand rond, se succèdent de la même manière les uns aux autres ;
(c) La proximité de la première portion qui touche au muscle large du dos, et qui, chez les tortues, se confond môme avec lui.
20 Un deuxième protracteur du bras est situé tout à côté du ventre antérieur du premier; il est triangulaire, aplati, et formé de fibres transverses ; il naît des côtes et des vertèbres ihoraciques antérieures, est appliqué i m média-
temett à la face interne de la carapace, et s'aitacbe en dehors à l'humérus , qu'il tire non seulement en avant, mais aussi en dehors. 11 correspond, par sa position et sou insertion, au muscle large du dos, quoique son action ne soit pas la môme.
Tous les auteurs qui ont écrit avant moi sont d'accord sur cette détermination.
Dans les chclonées et les ênijdes il est séparé du muscle précédent, comme la remarque en a été faite ; chez les tortues il est , au contraire , entièrement confondu avec lui.
Plus grand chez les chélonées que chez les autres, il s'insère inférieurement à peu près au milieu et au côté externe de l'humérus; dans les émjdes et les tortues il s'attache , au contraire , au col, et on peut dire à tout le côté antérieur de l'os. Il en résulte que ces derniers chéloniens ne peuvent pas exécuter les mouvemens en dehQrs , mais que leur bras est fortement tiré en avant. Cette différence de disposition s'accorde avec la natation des chélonées et avec la progression des émjdes et des tortues.
5° Tandis que le muscle large du dos ou le rétracteur supérieur du bras s'est ainsi porté en avant et transformé en protracteur, le rétracteur inférieur ou le grand pectoral s'est considérablement grossi : il est devenu en majeure partie adducteur du bras , et en partie aussi protracteur.
d'anatomie comparée. 333
Il est fort considérable dans toutes les familles de l'ordre des chéloniens ; mais chez les chélonées il est de beaucoup le plus développé : il y constitue la plus grande partie de toute la masse musculaire. Celui des tortues est le plus petit. Les émjdes tiennent , à cet égard , le milieu entre les tortues et les chélonées.
11 est partout divisé en plusieurs coûclies séparées , qui peuvent être ramenées à des couches superficielles et des couches profondes.
Les couches superficielles sont ordinairement au nombre de deux.
La plus- considérable , que l'on rencontre dans tous les genres , a la forme d'un triangle allongé; elle est composée de fibres qui se réunissent obliquement d'avant en arrière , de dedans en dehors et de bas eu haut, et elle s'attache par un tendon court, mais fort, à latubérosilé antérieure de l'humérus, qu'elle tire avec force en arrière et en bas.
Chez les tortues et les émjdes y le tendon est simple, et s'arrête au point indiqué; dans les chélonées il se bifurque en deux portions , à une petite distance de l'os auquel il s'insère par deux languettes. L'externe s'étend, en formant un très-fort tendon, le long du bras et de l'avant-bras, et s'attache à toute la longueur de la face de flexion du radius. Il résulte de cette disposition que tout le membre antérieur est,
• 354 TRAITÉ GÉ.VÉRAL
chez les chélonées , lire en bas avec plus de force que dans les antres genres ; ce qui est très-important pour la natation des premières.
Cette couche musculaire offre à peu près le même volume dans les chélonées et les ém)^des; mais elle est plus épaisse chez les premières , et naît de toute la longueur du plastron. Chez les tortues , au contraire , elle est beaucoup plus petite, à la fois plus mince , et ne vient que de la moitié antérieure du plastron.
Une seconde couche superficielle, beaucoup plus petite , est située plus avant, et peut être considérée, en efï'et, comme la partie antérieure de la première, puisqu'elle se trouve dans le même plan qu'elle. Elle est également triangulaire, mais ses fibres sont plus transversales ; elle se confond, en avant, avec sa congénère du côté opposé; dans sa partie postérieure, au contraire, qui en est la plus grande, elle se détache de la ligne médiane du sternum, qui, chez les chélonées , forme une forte crele longitudinale interne.
Cette couche est également beaucoup plus forte chez les chéloniens qui vivent dans l'eau que chez ceux qui vivent sur terre.
Elle tire l'humérus directement en dedans et un peu en avant.
Sous cette couche superficielle se trouve la couche profonde, qui est formée de trois ventres séparés , qui se succèdent d'avant eu arrière.
Les deux ventres antérieurs se dirigent eu travers.
Le premier, qui est le plus petit, se confond avec son congénère du côté opposé. Le second naît, immédiatement en arrière de lui, de la face externe de la partie épineuse du scapuliira. Le troisième, qui est incomparablement le plus grand, prend son origine à presque toute la face inférieure et au bord interne de la clavicule coracoïdienne ou postérieure. Les tendons des deux derniers ventres s'unissent avant de se confondre avec celui du premier ventre ; le tendon commun s'insère à la tubérosilé antérieure de l'humérus, immédiatement en dedans de celui de la couche superficielle.
Cette couche est également plus petite chez les émjdes et les tortues que chez les chélonées. Les émjdes ont le ventre antérieur confondu avec le second ^ dans les tortues, les trois ventres sont unis entre eux , et forment un muscle unique , triangulaire,
M. Cuvier prend, avec raison , ce me semble, toutes ces portions musculaires pour le grand pectoral ; M. Wiedemann et Bojanus, au contraire , séparent la couche profonde de la couche superficielle', et en font des muscles propres. M. Wiedemann, sans donner de raison, nomme la couche profonde extenseur digastrique du bras. Bojanus sépare le ventre postérieur du ventre antérieur, et considère le pre-
536 TRAITÉ GÉiViiRAL
mier comme le muscle scapulaire externe, correspondant aux muscles sus-épiueux et sousépinenx : les ventres antérieur et moyen seraient, suivant lui, des parties du deltoïde.
A juger de ce muscle par sa fonction, il serait le sous-scapiilaire; mais je n'ose pas le regarder comme tel , parce que la transposition serait par trop forte, et qu'il existe d'ailleurs un autre muscle, que l'on peut, avec plus de raison, considérer comme représentant le sous-scapulaire.
Toutefois, il se peut aussi que celui-ci même ne soit pas le sous-scapulaire, mais le deuxième ou grand coraco- brachial; ce qui n'est pas entièrement impossible , puisque le muscle coraco-brachial est double chez plusieurs sauriens et dans les mammifères en général.
La clavicule coracoïdienne donne naissance, en outre, à deux rétracteurs de l'humérus.
4° Le plus antérieur, qui est allongé et de beaucoup le plus petit, naît du milieu environ du bord externe de ladite clavicule, et s'insère à la racine de la grande tubérosité postérieure de l'humérus. Je le considère comme le coracobrachial^ auquel il ressemble par son origine et son trajet.
C'est le muscle grand rond de M. Cuvier, le petit rond de Bojanus, V extenseur profond du bras de "Wicdemann.
5° Le postérieur, qui est bien plus grand, tire son origine des deux tiers postérieurs
d'ANATOMIE COMPARliE. 55y
de la clavicule postérieure, et s'insère, de dehors en dedans et de bas en haut , à toute la tubérosité postérieure.
J'ai énoncé plus haut que ce muscle correspondait peut-être au sous-scapulaire. Son originepresque tout entière occupe, il est vrai, chez les chélonées, toute la face externe, inférieure ou sternale , de la clavicule coracoïdienne ; mais je dois faire remarquer : i° que, chez les tortues et les émjdes , il naît entièrement de la face supérieure du même os ; 2° qu'il n'y a point d'autre muscle qui puisse être comparé au sous-scapulaire ; et S** que , chez les sauriens et le pipa, ce muscle se détache aussi de la clavicule corafcoïdienne.
Nous avons déjà dit plus haut qu'il pourrait être aussi le grand coraco-brachial on coracobrachial postérieur.
Son origine sur la clavicule coracoïdienne serait eu faveur de cette opinion.
C'est, d'après M. Cuvier, Vélé^^ateurdu bras, dénomination peu convenable, puisque ce nom convient au deltoïde, et que le muscle en question lire le bras en arrière. M. Wiedemann et Bojanus l'appellent sous-scapulaire .
6° Un très-fort rotateur en dehors prend naissance , en dehors , en avant et en arrière , à toute la première pièce du scapulum proprement dit, et s'insère aux deux tubérosités de l'humérus et à l'enfoncement qui les sépare.