TROISIÈME SECTION
MUSCLES DES ANNELIDES (l).
La substance musculaire est surtout bien développée dans les annelides.
(i) M. DE Blainville s'énonce de la manière suivante sur l'appareil locomoteur des annelides ou entomoxoaires :
« Dans les apodes on ne peut pas dire qu'il y ait de
'2f) TRAITÉ GÉNÉRAL.
On trouve généralement chez ces animaux , et immédiatement sous la peau , une masse
véritables muscles j mais seulement la couche musculaire est partage'e en huit bandes longitudinales par les lignes dorsale , ventrale ou latérales, bandes qui sont elles-mêmes compose'cs défibres qui s'interrompent en se fixant à chaque anneau. Dans les espèces vésiculeuses , ou dont le corps se termine par une vessie , les fibres musculaires s'irradient tout autour de leurs parois. Puisqu'il n'y a pas d'appendices, il est e'vident qu'il ne peut y avoir de muscles propres à les mouvoir j on voit seulement, comme dans les sangsues proprement dites, quelques faisceaux un peu distincts qui vont aux replis dentaires. »
Dans les che'topodes, animaux beaucoup plus compliqués, et oia les anneaux du corps se prononcent à des degre's difife'rents , mais sont beaucoup plus distincts que dans les .eniomozoaires apodes , l'appareil locomoteur est lui-même plus complique'. Ces animaux ont des points d'insertion plus tranches aux anneaux du corps , qui sont, dans certaines espèces, assez distincts les uns des autres pour que M. de Blainville ait pu établir sur ces degrés divers do distinction la distribution des chclopodes en trois ordres : i° Celui des hétérocrùiens , ou che'topodes à anneaux diflerents^ diversité telle que dans certaines espèces on les a nommc's chacun en particulier : ainsi les anneaux de la tète ont été appelés successivement , et d'avant en arrière, anneau labial, oral, frontal, sincipital , et occipital ou nuchal. 2" Celui des parowocriciens , ou chctopodes à scgmens un peu moins tranchc's. 5° Celui des homocriciens à articulations semblables. Ces animaux , cjui u'ofFrent dans aucun point de leur e'tendne un cIiangemcnL de cousislance, prc'scnleut à leur plus grnnd c'tal de complication une partie re\/'i-
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musculaire qui occupe lour.e la longueur du corps ; de plus , chez les annelides sétifères ,
raloire on bronchiale , une partie sensoriale , une partie locomotive : c'est cette dernière qui demeure constante dans toute la classe des chétopodes.
« L'appareil locomoteur est essentiellement forme' de la couche musculaire sous-dermoïde et des appendices , surtout des soies, qui entrent dans leur composition.
« La couche musculaire sous-dermoïde , seulement plus épaisse en dessous et sur les côte's qu'en dessus , existe dans toute l'étendue du corps, et forme la plus grande partie de sa gaîne extérieure. Elle est essentiellement compose'e de fibres longitudinales, partage'es en faisceaux supe'rieurs, late'raux et infe'rieurs, se'pare's chacun en deux par les lignes dorsale , ventrale et late'rale. Ces fibres ne sont cependant pas e'tendues sans interruption d'un bout de l'animal à l'autre ; mais elles se terminent successivement, au moins eu partie, vis-à-vis d'un nombre variable d'anneaux antérieurs à celui dont elles sont sorties j mais il n'y a pas plus d'adhe'rence à la peau dans un endroit que dans l'autre. Ainsi, dans les ne're'ides ordinaires , les deux bandes musculaires dorsales , séparées seulement par le vaisseau dorsal , se continuent sans interruption d'une extrémité' à l'autre du corps, eu ne s'attachant cependant pas successivement au rétrécissement de chaque anneau, ou à chaque sillon transverse; parvenues en avant, elles se rétrécissent et se terminent à chaque tentacule brachide de la tête.
« Les appendices, dans leurs parties actives ou con- Iraclilcs, sont réellement composés comme le reste de la peau , avec la différence que la couche musculaire y est nécessairement beaucoup moins épaisse j mais je n'ai pas vu que ces parties eussent des muscles spéciaux.-
on trouve des faisceaux propres , destinés à mouvoir les soies. A l'état le plus simple , qui
a Les parties passives de l'appendice , ou les soies, de quelque espèce qu'elles soient, sont toujours rigides et cassantes. Je ne sache pas que les chimistes aient rien dit sur leur nature, qui me paraît être un compose' de matière calcaire et de matière corne'e. Chaque soie est creuse dans toute son étendue, du moins si nous devons juger de toutes par les acicules, qui le sont certainement, comme on peut s'ep assurer sur celles de l'aphrodite aiguillonne'e 5 ordinairement pointues etplus dures au sommet, elles sont au contraire Ironque'es et molles à leur base. Nous avons vu que, suivant leurs usages, elles sont toutes droites , aciculées ou recourbe'es en crochets à l'extre'mite', et dans ce cas elles sont toujours beaucoup plus courtes^ quelquefois même elles sont denticule'es, comme dans les serpules.
« Ces parties , ordinairement re'tractiles et intractiles, si ce n'est dans les derniers genres, sont en effet susceptibles d'être presque retirées en totalité' par des trous proportionnels, percés dans la peau. Elles ne nous ont cependant pas paru , ni en particulier ni en faisceaux , pourvues de muscles qui produiraient le mouvement ■ mais leur extrémité, après avoir traversé la peau, pousse pour ainsi dire en dedans le faisceau musculaire longitudinal et latéral, ce qui produit des espèces de hautbaiis, comme au mat d'un, vaisseau. Par la contraction des fibres , la soie est poussée en dehors plus ou moins forlcraent, et sans cela elle rentre à son état de repos, c'està-dire celle-ci à peine un peu sortie : c'est une disposition que nous n'avons encore remarquée que dans cette classe. Il y a en outre de petits muscles basilaires qui sont des dérivés de la couche contractile latérale, et qui, suivant qu'ils viennent d'avant ou d'arrière à la base du
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semble exister généralement chez les annelides séiirères , cette masse musculaire n'est formée
faisceau de soies, doivent les porter en avant, en arrière, en dessus ou en dessous.
« Les autres parties des appendices des chétopodes , mobiles dans tous les sens, extensibles et re'tractiles à un degré' extrêmement remarquable, n'ont besoin pourproduire ces mouvemens que de la couche musculaire sousdermienne qui entre dans leur composition.
a II en est à peu près de même des dents ou mâchoires. Nous ne leur avons pas vu de muscles propres , et leurs mouvemens sont dus à ceux de la partie de l'enveloppe dermo-musculaire dans laquelle elles sont implante'es. - « Les soies proprement dites, de longueur et de grosseur très-variables, au point qu'elles sont quelquefois assez fines, assez molles, pour se feutrer, sont souvent dispose'es en faisceaux j mais elles le sont aussi quelquefois en e'ventail et sur un seul rang.
« Les acicules sont re'parties d'une manière assez fixe dans les faisceaux de soies, le plus souvent au nombre d'un ou de deux seulement, mais aussi quelquefois en plus grand nombre , comme dans l'aphrodite he'risse'e,
« Quant aux crochets , ils sont toujours sur un seul rang, très-serrés les uns contre les autres, le crochet dirige' en dehors et en avant; la range'e qu'ils forment ainsi est porte'e sur un mamelon line'aire, peu saillant et compris entre deux lèvres de la peau, produisant; quand ils sont rentre's, une sorte de stigmate, analogue en apparence à ces organes des hexapodes, mais bien plus réellement semblables aux mamelons ou fausses pâtes des chenilles, comme l'a fait observer M. Latreille. «
[Dictionnaire des sciences naturelles, t. 67 , p. 599, art. Vers. ]
3o TRAITÉ GÉNÉRAL
que de fibres longitiidiuales , qui sont disposées par deux couches plaies , eulièrement séparées sur les côtés, savoir, la couche abdominale ou inférieure, et la couche dorsale ou supérieure. La première est beaucoup plus épaisse que la seconde ; celle-ci est divisée tout-à-fait en deux moitiés, séparées dans la ligne médiane. La couche inférieure est également formée, chez les aphrodites , de trois cordons , savoir : un interne et un externe , qui sont beaucoup plus épais que le cordon moyen , qui est large et mince. Chez les lombrics , elle n'est composée que d'une bandelette moyenne , large 5 et de deux bandelettes latérales assez fortes.
Ces muscles , chez les aphrodites , les s abêties , les arénicoles et les lombrics , ne sont pas interrompus par des bandelettes transversales ; du moins toutes mes recherches n'ont pu me faire reconnaître l'existence de ces dernières , bien qu'elle ait été annoncée par M. Cuvier(i).
A. ces couches il se joint , du moins chez les aphrodites , un ordre de muscles verticaux qui se détachent de la face inférieure du corps près de la ligne médiane , se portent en haut et un peu en dehors , et s'attachent à sa face supérieure.
Les muscles longitudinaux raccourcissent le corps ; les verticaux en rétrécissent la cavité, et
(1) Leçons , 1 , 465.
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l'allongent lui-même, lorsque les premiers n'agissent pas en même temps.
Chez les annelides dépourvus de soies, par exemple les sangsues, la conformation de cette masse musculaire est plus compliquée, sans doute pour suppléer au défaut des soies. Non seulement elle enveloppe tout le corps , mais elle se compose, en outre, de plusieurs couches superposées. La conclie extérieure, formée de libres obliques , est divisée en deux portions, qui , affectant une direction opposée, s'entrecroisent et se recouvrent en partie , en s'avançant, sur les côtés, beaucoup au-delà delà ligne médiane.
Après cette couche extérieure vient une couche moyenne , formée de fibres transversales , souvent isolées, surtout au milieu du corps. La couche la plus profonde est composée de fibres longitudinales. Celle-ci l'emporte de beaucoup en volume sur les autres ; la moyenne est la plus faible, et n'est bien distincte qu'à la face dorsale j à la face abdominale elle se confond souvent avec la couche oblique.
Outre ces couches , il se détache de la face interne de la couche longitudinale de fortes bandelettes transversales, qui s'insèrent au canal alimentaire , et qui me semblent destinées à dilater ce canal, et non à le rétrécir , tandis que les couches précédemment décrites en opèrent réellement le rétrécissement. Elles sontpla-
cées verticalement sur la couche longitudinale , sont très-serrées à l'œsophage ; dans le reste de l'étendue du canal alimentaire, elles sont, au contraire, isolées. A l'œsophage , elles servent aussi au mouvement des dents.
M. Cuvier a décrit les muscles communs du corps chez les annelides sétiferes (i) ; quant aux 'Vers nus , il a fait la remarque que les muscles de leur corps sont dlIEciles à reconnaître, malgré leur grande contractilité (2). C'est sans doute trop dire pour les sangsues ; aussi Thomas (3) a-t-il déjà décrit, chez ces animaux, une couche de muscles externe, et une inlerne , quoiqu'il n'ait pas distingué , pas plus que Spix (4) , la couche moyenne transversale d'avec la couche externe.
Outre ces appareils destinés aux mouvemens généraux, on trouve chez les sangsues^ et chez plusieurs vers intestinaux , aux extrémités antérieure et postérieure du corps, des appareils de succion , ou ventouses , à l'aide desquels les ani-
(1) Leçons , 1 , 462.
(2) Ibld. , 465.
(5) Mëm, pour servir à l'histoire naturelle des sangsues. Paris, 1806, p. i5.
(4) DarstcUung des gesammtcn innern Kœrpcrbaus von Hirudo medicinalis. Miinchncr Dcnkschrifleii , 1812, i8i5. (Expose de la slrucUire interne de la sangsue me'dicinalc , inse're aux Me'moires de l'académie de Munich , 1812 , i8i5. )
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maux dont il s'agit peuvent se fixer. Ce sont, en général, des saillies en forme de disque, séparées du reste du corps par un étranglement plus ou moins brusque , capables de dilatation et de contraction , et pouvant ainsi présenter une surface plate ou une surface concave.
La description que l'on va lire est faite d'après les sangsues , parce que j'ai eu moins occasion d'étudier la structure de ces appareils chez les autres vers.
La ventouse postérieure est , comme on sait, beaucoup plus grande que l'anlérieure j elle est ronde et séparée du reste du corps par un étranglement subit; son centre, qui contient l'orifice anal , correspond à l'axe longitudinal du corps , qu'elle déborde uniformément dans toutes les directions. La ventouse antérieure est , au contraire , un prolongement de la face doesale ; ce prolongement est en forme de pointe mousse et dépasse la bouche.
La couche musculaire la plus superficielle est formée, dans la ventouse anale, par des fibres circulaires , qui sont la continuation des couches obliques. Après cela, vient une couche moyenne , moins prononcée ; continuation de la couche longitudinale du corps. Cette couche moyenne se divise, à son extrémité, en tendons distincts qui s'attachent au bord de la ventouse. Enfin , au-dessous, on trouve une couche circulaire plus mince encore. A la ventouse V. 3
orale , les fibres longiuidinaies , qui sont Irèsfortes , s'étendent jusqu'à l'extrémité de la trompe ; la couche la plus externe , qui est ici plus transversale, s'étend aussi jusque là,
La disposition musculaire que présente Vascaride lomhricoïde diffère considérablement de celle qui vient d'être exposée.
Dans ce ver , on trouve immédiatement sous la peau , à laquelle elle adhère faiblement , une couche musculaire externe longitudinale , et au-dessous , une couche transversale , plus faible et plus mince , qui s'en détache aussi avec facilité. Ces deux couches entourent tout le corps et s'étendent dans toute sa longueur.
Celte description ne s'accorde pas avec celle que donne M . R u dolphi ( i ) . S u i v an 1 1 u i 1 es fibres transversales i« se voient à travers la peau^ 20 l'enveloppe tégumentaire ne peut en être détachée , parce qu'elle est formée par leur face externe , devenue plus lisse j et 5° enfin les muscles longitudinaux constituent quatre bandelettes distinctes.
Je suis obligé de contredire l'assertion de ce naturaliste , quoique , dans cette partie de l'histoire naturelle , son témoignage soit d'un grand poids. Les rides transversales qui se remarquent à l'enveloppe extérieure , qu'il prend
(,) Entozoor. Hisl nat., vol. ï, i8o8, p. 218.
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pour des fibres circulaires , ne sont réellement que des plis cutanés , tels qu'il s'en forme partout, par suite de l'action de muscles qui ont une direction opposée , comme les astéries nous en ont , plus haut, offert un exemple.
Les soies , qui ont déjà été décrites (i), sont mues par plusieurs muscles.
L'aiguillon principal est tiré en dehors par un grand nombre de faisceaux musculaires étroits, qui, partant des faces latérales et de la
(i) Vol. II. Voyez la note pages 58 et 69, et les pages 6^2 et 65.
Nous ajouterons ici à ce qui a été dit des soies des annelides que MM. Audouin et Milne Edwards viennent tout re'cemment de pre'senter à l'Académie des sciences un mémoire étendu sur les poils des annelides, considérés comme moyens de défense. Ces observateurs , ayant soumis ces organes à l'inspection microscopique, se sont assurés que les poils n'étaient pas toujours simplement aigus à leur extrémité^ mais que celle-ci était terminée en harpon , en espèce de baïonnette , en lancette , ou en flèche bardée de chaque côté.
Leur travail, accompagné de nombreux dessins, sera imprimé dans l'ouvrage qu'ils publient sous le titre de Recherches pour servir h l'histoire naturelle du littoral de la France. A Paris, chez Crochard , éditeur des Annales des sciences naturelles.
partie externe de la face inférieure du corps , convergent vers l'extrémité interne de l'aiguil- Jon , à peu près comme des cordes qui vont à la pointe d'une ancre.
La sortie de tout le faisceau de soies est opérée par des fibres circulaires existant à la face interne du tubercule conique , qui lui sert de base et de réceptacle.
Ce tubercule est mu , en outre , par trois muscles : le plus considérable , composé de trois à quatre faisceaux , naît près de la ligne médiane, et, s'engageant aussitôt sous les faisceaux verticaux dont nous avons parlé , il marche en avant et en dehors , pour s'attacher à la base du cône.
Les deux autres viennent du bord latéral du muscle longitudinal inférieur. Le postérieur, qui est le plus grand , se dirige de dedans en dehors et d'arrière en avant , l'antérieur de dedans en dehors également ^ mais d'avant en arrière ; ils se rencontrent avec le précédent à la base du cône. Le premier le tire en arrière , le second en avant.
Cette disposition est surtout distincte chez les aphrodites.
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