Os de la jambe
La jambe est formée surtout par un os, le tihia. Cet os présente son plus grand volume à sa partie supérieure; il est triangulaire partout, mais principalement dans cette région; il offre par conséquent une face antérieure, une postérieure, plus grande , et une interne , plus petite , dont les deux premières se rencontrent en dehors sous un angle aigu. Il supporte , en avant , la crête interne, qui est plus ou moins prononcée, et se perd insensiblement.
Plus en dehors , on voit la crête moyenne, plus courte , qui a pour point de départ l'extrémité externe de la surface articulaire.
Au-dessous de cette crête , la face externe de l'os forme une saillie semblable , la crête externe f qui ne touche pas à la précédente. Cette crête externe est prononcée au plus faible degré chez les autruches , et manque même toul-à-fait au casoar de la Nouvelle- Hollande.
C'est chez les oiseaux d'eau., les pélicans surtout, qu'elle offre incomparablement le plus de saillie; chez les gallinacés , au contraire, elle est au moindre état de développement.
Ces crêtes sont surtout très-fortes chez les autruches . Chez V autruche commune., la crcle
d'ANATOMIE comparée. igi
moyenne est portée fort en avant , et soudée avec l'interne,
La surface articulaire supérieure du tibia est inégale , plane en dedans , convexe au centre , concave en avant et en dehors. En dehors , elle se continue avec une surface articulaire , arrondie , plus petite.
La tête articulaire inférieure forme une poulie transversale considérable , au-dessus de laquelle il existe , surtout en avant , un enfoncement profond.
Une disposition offerte très- généralement par le tibia des oiseaux consiste dans la présence d'un pont osseux , qui se dirige obliquement de dehors en dedans , au-dessus de cet enfoncement, et qui occupe la face antérieure. Sous ce pont passe le tendon du muscle extenseur commuii des orteils. M. Cuvier ne fait pas mention de cette disposition ; M. Tiedemann (i)n'en parle également qu'en décrivant le muscle; il considère, cette bande transversale comme un ligament qui a beaucoup de tendance à s'ossifier chez les oiseaux d'un âge avancé.
Je dois faire observer que cette partie, avant de s'ossilier, n'est jamais ligam.enteuse , mais qu'elle est cartilagineuse ; elle commence à s'ossifier, chez les poules, avant la sortie de l'œuf, par un point spécial qui se développe à
(i) Loc. ciV. Bd. 2. S. 540.
ig^ i'RAlïE GÉN'ÉRA.L
SOU extrémité interne, et son ossification est achevée quatre ou cinq semaines après que le poulet est sorti de l'œuf, en sorte que le pont en question constitue alors un tout avec le reste du tibia. Une autre circonstance qui milite contre la nature ligamenteuse de ce prolongement , c'est que les ligaraens véritables des oiseaux n'ont point de tendance à devenir osseux , et qu'ils conservent leur nature fibreuse longtemps après l'ossification de ce pont.
Les perroquets seuls offrent un rapprochement vers cette formation , puisque , chez eux, cette barre est faible , et semble s'ossifier plus tard que chez les autres oiseaux.
Chez la plupart des oiseaux, ce pont se continue , sans interruption, avec le condyle externe du tibia.
•'La cigogne SQ,mh\ç, présenter , (à;' fffet égard, une particularité digne de remarque ; on voit chez elle , entre le bord inférieur du pont et le condyle externe, une éminence plate, encroûtée de cartilage, et débordant en haut l'enfoncement qui sépare les deux condjlesj celte éminence est aussi indiquée, à Fétat rudimentaire, chez la cigogne à sac {ciconia argalci) et la grue.
11 est intéressant d'observer que la conformation qui nous occupe manque à tous les hrévipennes , et seulement à eux.
Le tibia est, dans la plupart des oiseaux,
d'ANATOMIE comparée. igS
plus large d'im côlé h l'autre, que d'avant en arrière, surtout chez les oiseaux d'eau.
Le second os, le péroné, est beaucoup plus petit que le tibia , et n'existe qu'à un état rudinientaire.
Il se rétrécit considérablement , de haut en bas, et se termine en pointe, à diverses hauteurs , quoique toujours sans atteindre le pied , et sans prendre part à l'articulation qui unit ce dernier à la jambe. L'extrémité supérieure en est aplatie d'un côté à l'autre ; elle est pourvue de deux surfaces articulaires , l'une supérieure et l'autre interne j la première correspond à la poulie externe du fémur , l'interne à la face articulaire externe du tibia. Tout l'os est appliqué contre le côté externe du tibia. Au-delà de la tête supérieure, il existe un intervalle libre entre les deux os , puis un espace où ils s'unissent très-étroitement l'un à l'autre , excepté chez le casoar de la Nouvelle-Hollande , par le moyen de la crête externe du tibia j plus bas, on rencontre un autre intervalle également libre , plus long , au-dessous duquel la réunion s'opère encore entre ces deux os.
Le péroné paraît par conséquent n'être qu'un appendice peu considérable du tibia, et ces deux os sont , comme chez les batraciens parmi les reptiles, convertis en un seul os , mais d'une manière différente.
La longueur proportionnelle de la jambe,
194 TRAITÉ QÈNÛIXM.
en général, et du péroné, en parliciilier , est sujette à d.es varia lions.
La longueur considérable des membres inférieurs, chez les oiseaux de rivage, dépend principalement du développement fort grand de cette portion. Elle est également fort considérable chez les hirondelles. C'est chez les gallinacés Q\.\es palmipèdes que la jambe a proportionnellement le plus de brièveté. Le péroné le plus court et le plus grêle se rencontre chez les canards, \es albatros , les oiseaux de rivage et les hirondelles; le plus considérable se remarc[ue chez les oiseaux de proie , les péli- //ca/zj- , surtout \e fou de Bassan , le cormoran et les plongeons. 11 semblerait , d'après cela , que le développement en longueur du péroné est , en général, en raison inverse du développement de la jambe; cependant le péroné est aussi fort considérable chez les autruches .
Une disposition particulière existe chez les albatros , le pétrel commun ( procellaria vulgaris)., mais non chez le pétrel grls-blanc (;?/■. glacialis); elle se retrouve encore chez le puffinus arcticus , les plongeons , les grèbes et les guillemots. Le tibia , et particulièrement ses crêtes moyenne et interne , réunies l'une à l'autre , se prolongent en haut , et constituent une pointe longue et très-forte, dirigée en dedans et en avant, au devant de
d'anatomie coivipar/:e. jg5 la rotule , à la hauteur de laquelle elle s'élève presque complètement. En outre , la crête interne se prolonge aussi, et forme une forte saillie, mince et tranchante , qui disparaît insensiblement ; chez les plongeons, elle descend jusque au-dessous de la partie moyenne du tibia , tandis que chez les autres oiseaux elle occupe tout au plus le cinquième supérieur de l'os. Tous les oiseaux d'eau offrent réellement une trace de cette disposition, dans le redressement et l'élongation de la crête interne ; mais ils se distinguent de ceux que nous Tenons d'indiquer par l'état de séparation des deux crêtes.
C'est chez les grand et petit plongeons (co- Ijmbus septentrionalîs el stellatus), puis chez le coljmhus nifogularis , que cette disposition estprononcéele plus fortement. Elle l'est moins chez le grèbe huppé [podiceps crislatus), chez le p. glacialis et le castagncLix(y9. minor), chez lesquels elle est à peu près comme chez le puffinus arcticus . Elle n'est que faible chez le pélican et le cormoran. Chezhs guillemots, il n'existe également qu'un prolougen^ent faible , à pointe mousse ; et la rotule, peu développée et pas très-pointue , est située immédiatement au-dessus de lui, à ce qu'il faut attribuer, sans contredit, à ce qu'elle n'a pas été refouléeen dehors eien arrière, comme chez les autres, par le développement énorme du tibia.
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Une disposition semblable existe chez les albatros.
A ces os s'ajoute très-généralemenl un troisième os plus petit, qui est la rotule. Cet os s'appuie sur l'extrcmité supérieure du tibia , auquel il est uni mobilement, à l'aide d'un ligament. La rotule est, dans la plupart des oiseaux, alongée , épaisse et très-petite. Elle est surtout faible chez les grallés et les oiseaux de proie , un peu plus grande chez les gallinacés et les oiseaux grimpeurs. C'est chez quelques oiseaux d'eau, tels que le fou de Bossan et les cormorans , les manchots , les plongeons et les grèbes , qu'elle parvient au plus grand développement.
Elle est fort alongée chez le fou de Bassan; chez le cormoran , elle est plus grande, mais plus courte, épaisse, et pourvue, en avant , d'un bord tranchant. Elle est beaucoup plus considérable etapointie chez le petit cormoran, et M. Tiedemann (i) a présumé, avec raison, que la rotule de celte espèce ressemble à celle des grèbes. Elle est encore bien plus déve loppée chez les manchots., où elle est alongée , limitée supérieurement par une surface large, et prolongée postérieurementen forme de crochet;
f j) Loc. cit. , p. 261.
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,elJe préseiiie , dans ce dernier sens, une surface légèrementconcavej elleen offre aniérieurement une autre qui est, au contraire, très-profondément excavée. 11 existe en effet , dans ces derniers oiseaux, une incisure transversale, qui partage la face antérieure en deux fortes protubérances , dont l'une est inférieure et l'autre supérieure.
La rotule des plongeons et des grèbes est incomparablement la plus développée 5 elle est d'une longueur extraordinîiire , au poi*nt d'égaler la moitié du fémur , qui est court il est vrai ; mais elle a toujours le quart de la longueur delà jambe , qui est très-longue. Elle est fort apoinlie , nullement soudée avec le tibia, et est située en dehors de l'apophyse de cet os , dont il a été question plus haut. J'ai fait remarquer le premier, il y a déjà long-temps (i) , qu'elle est absolument difî'érente de cette dernière; observation confirmée depuis par MM. Tiedemann (2) etJXitzsch (3). L'erreur dans laquelle ouest tombé, en prélendantquelarotule manque auxplongeons et estremplacée par la saillie du tibia (4) indiquée ci-dessus , dépend , si je ne
(1) Dans ma Irad. allem. de VAnat. comp. deCuvier, vol. I , p. 548, i8og.
(2) Zoologie, vol. 2, p. a6i , iSio.
, (5) Osteogr. Beitrœgr-, 181 1 , p. 9g.
(4) Camper, Opuscules^ vol. 1, p. 107. — Cuvu.t, Leçons d'Anat. comp. , t. i , p. 566'.
igS TiiAiTJb; gknéiIai-
mclronipe, de deux causes, qui existent du uioins^ dans un j^randnotnbre de cas : elledépend, soit de ce qu'elleesi unieélroitementavec cette saillie , et forme avec elle une espèce de pyramide, soit de ce qu'elle est souvent perdue accidentellement , pendant la préparation du squelette de ces oiseaux. Cela a lieu du moins positivement pour les grèbes. Cependant, chez le petit plongeon {coljnibus stellatus)., et le coljmbus rufogularîs., et sans doute plus encore c\\qz\q, puffinus arcticus , il est impossible que la rotule manque réellement et soit remplacée par l'apopbyse du tibia, parla raison que celle-ci est , surtout dans la dernière espèce , beaucoup plus large que chez Xo.'i grèbes et qu'elle s'engrène avec la gouttière qui sépare les condyles du lémur. Du reste, je vois manquer toute trace de rotule dans deux squelettes du yetit plongeon, sur un du coljmbus rufogularis ^ et un autre du piiffinus arcticus , squelettes d'ailleurs irès-complets , que j'ai devant mes yeux. Nilzscli (i) croyait, à la vérité, avoir trouvé une rotule chez le petit plongeon; cependant , outre les cas mentionnés, je ne l'ai pas découverte chez un oiseau frais de cette espèce que je viens d'examiner à cet effet.
Au lieu donc qu'il existe chez le cormoran seulement une rotule de plongeon sans apo-
(i) Loc. cit. , p. 10 1 .
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physedii tibia , cette rotule lui manquerait et serait remplacée réellement par le tibia; chez les grèbes, au contraire, la rotule et l'apophyse existeraient à la fois. Des recherches faites sur d'autres squelettes , et surtout sur des squelettes d'animaux complets , devront décider ce point de la question. Mais la présomption que la rotule manque toujours, chez les oiseaux précités, me paraît encore plus vraisemblable, quand je considère la différence des dispositions de la facette articulaire de l'apophyse du tibia. En effet, chez le colymbus rufogularis , et le petit plongeon, ainsi que chez le pufflniLs arcticus, il existe, à la partie inférieure , postérieure et externe de l'apophySe du tibia , une facette articulaire fort concave , destinée à recevoir le condyie externe du fémur ; cette facette manque tout-à-fait aux grèbes et est remplacée par une sorte de protubérance, arrondie et convexe , qui s'engrène avec l'enfoncement qui sépare les condyles , et qui touche à la face interne du condyie externe du fémur. Cette protubérance manque , on peut dire , entièrement aux plongeons. Une autre circonstance qui pourrait militer en faveur de cette opinion , c'est que , chez les grèbes (podiceps) , tant le p. cristatus que le p. auritus , le péroné est encore beaucoup plus épais que ehez les oiseaux qui leur ont été comparés, et est situé beaucoup plus en dehors et loin du tibia.
Chez l'autruche il y a deux rotules , une inférieure, ayant la forme d'une pyramide fort alongée , et une supérieure , plus petite , de forme ordinaire ; elles sont tout-à-falt séparées Fune de l'autre et du tibia. Je ne sais s'il y a une disposition semblable chez les autres bréi'îpennes , parce que je n'ai pas même trouvé une seule rotule sur les squelettes que j'ai examinés à cet effet.
Il est digne de remarque que, quelle que soit la grandeur du développement qu'a pris en. haut la jambe des grèbes comme il a été dit , leur rotule a cependant conservé ses rapports déposition ; en effet : i° elle monte un peu plus hautque l'apophyse dutibia, et formelesommel de la pyramide commune ; et 2° elle est située derrière cette apophyse , de manière qu'elle représente la paroi postérieure de la pyramide , et s'engrène d'en haut avec la gouttière inter-con-r dylienne du fémur.
A partir de l'articulation du genou , comme aux membres supérieurs, à compter de l'articulation du coude, les os qui suivent eu bas ne. contiennent plus de cavité aérifère.
Il existe à l'articulation du genou : i° deux ligamens forts, fibreux, longitudinaux, l'un ex-
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icrne et l'autre interne ; le premier s'étend du condyle externe du fémur à l'extrémité supérieure du péroné , et le second va du condyle interne du fémur à l'extrémité supérieure du bord interne du tibia ;
2° La capsule synoviale, mince , qui est commune au fémur et aux deux os de la jambe ;
5° Deux cartilages semi-lunaires , dont l'externe est situé à la fois entre le péroné , le condyle externe du fémur et la partie externe de la tête supérieure du tibia. Ils sont unis , en avant , par un ligament fibreux et transversal ; l'externe s'insère, en outre, par un ligamént fibreux , entre les deux surfaces articulaires du tibia, le postérieur prenant origine en arrière, entre ces surfaces, et en outre entre les deux têtes articulaires du fémur, par un prolongement supérieur ;
4° Il y a un ligament croisé, antérieur, entre la partie antérieure de la gouttière inter-condylienne du fémur et la région postérieure de la surface articulaire externe et peu élevée de la jambe ;puis un ligament croisé, postérieur, qui s'étenddeiafaceexternedu condyle internedufé mur à la racine de l'apophyse supérieure du tibia.
Les deux os de la jambe présentent au genou , entre autres pièces articulaires : i° un ligament fort, fibreux, triangulaire, se dirigeant transversalement dé la région moyenne de la surface articulaire supérieure du tibia à la face
iiilenie la têle du péroné ^ 2» aii.dessoiis de ce ligament, ils soiu unis par une capsule synoviale propre; 5« au-dessous de celle-ci l'union est opérée par des fibres transversales ; 4« au-delà d'un court intervalle, il existe de fortes fibres ligamenteuses, entièrement séparées de l'articulation, qui descendent, dans une étendue considérable , obliquement de haut eu bas et de dedans en dehors.