‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource] (volume 4)Chapitre 19 sur 83 · Os du pied · texte numérisé non relu

Os du pied

Le pied des oiseaux est composé généralement d'un nombre moindre de fractions osseuses , se succédant de dedans en dehors , que dans la plupart des autres animaux vertébrés j en effet , les oiseaux n'ont, à la place du tarse et du métatarse , qu'une fraction , formée tout au plus de deux os juxtaposés , à laquelle les os des orteils font suite.

a. Os larso-méiatarsiens ■ §. 63.

Des deux os qui contposent cette portion du membre inférieur , l'un peut être considéré comme Vos principal, non seulement à cause de son excès de volume , mais encore à cause de sa forme et de ses connexions j l'autre n'est qu'un os accessoire.

d'ANATOMIE COMl'ARÉK.

L'o^- principal vlenl immédialement après l'os (le la jambe ; il est ordinairement alongé, plus ou moins renflé transversalement à ses parties supérieure et inférieure, et assez droit j il supporte à son extrémité supérieure deux lafcettes articulaires , juxtaposées , légèrement concaves , séparées l'une de l'autre par une saillie moyenne. Cet os se divise, à sou extrémité inférieure, jusqu'à une profondeur ordinairement peu considérable , en autant d'apophyses articulaires étroites, mais très-convexes, qu'il supporte communément d'orteils : par conséquent , dans le plus grand nombre des cas , il se partage en trois apophyses articulaires , dont la moyenne est habituellement la plus longue , et l'interne la plus courtp. Ces deux apophyses sont débordées , vers le pourtour de l'os, par d'autres apophyses plates , plus petites , recourbées les unes vers les autres , qui complètent le demi-canal dans lequel se logent les tendons des muscles fléchisseurs. L'apophyse articulaire moyenne est ordinairement transformée en une poulie, par un sillon longitudinal, qui se dirige de haut enbasj les deux apophyses latérales sont souvent simples et plus étroites. La partie supérieure de sa face antérieure est, dans la plupart des oiseaux , légèrement concave j l'inférieure est un peu convexe ; la face

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posténeiire esi concave de haut en bas dans iiue élendiie plus ou moins considérable , el pourvue d'une éminence longitudinale qui est eu V forme de crête , et dont le relief est variable.

Il existe très-généralement , aux extrémitéssupérieure et inférieure de l'os principal , des ouvertures qui n'ont souvent été inaperçues qu'à cause de leur petitesse^ ces ouvertures, qui percent l'os de sa face antérieure à sa face postérieure , indiquent sans contredit un rapport prochain avec sa division en plusieurs apophyses articulaires, et servent à démontrer, comme celles-ci , que l'os principal est formé de la réunion de plusieurs os juxtaposés , que l'on voit , en général , plus séparés les uns des autres chez les reptiles et les mammifères.

Cet os n'est pas exactement formé d'après le même type chez tous les oiseaux; il varie trèsconsidérablement sous le rapport de sa forme et de ses dimensions.

Il est extraordinairement étendu en long et grêle chez les oiseaux de rii^age ; après eux viennent les autruches et les casoars ; il n'est pas beaucoup plus petit , surtout relativement à la jambe , chez plusieui'S oiseaux de proie^ par exemple Vépervier ; il est, au contraire, plus petit chez les gallinacés , moins développé encore chez les palmipèdes , à l'extrême

d'anatomik COMPARÏîE. 2o5 de petitesse chez les perroquets et les manchots, snvioni les derniers. On peut reconnaître, en outre, dans l'os principal de ces deux derniers genres, mais principalement chez le second , une tendance à se diviser en un nombre de pièces correspondant à celui des orteils, c'est-à-dire en trois ; cela est indiqué non seulement par la largeur de cet os , qui est moins cylindrique que chez les autres oiseaux, mais en outre par des sillons et des ouvertures plus prononcés.

Chez les manchots , l'os est unique supérieurement, comme c'est le , cas le plus ordinaire j mais il offre, dans toute la longueur de sa face antérieure , deux sillons très-profonds, qui, à quelque distance au-dessous du condjle supérieur, sont convertis en deux trous proportionnellement considérables, dont l'externe, qui est le plus grand, se porte directement d'avant en arrière, et dont l'interne , plus petit , se dirige obliquement d'avant en arrière et en dedans. Les sillons disparaissent vers l'extrémité inférieure, qui est, plus profondément divisée qu'à l'ordinaire en ses trois apophyses articulaires. C'est sans doute à cause de cela que l'on voit manquer ici le trou inférieur, qui existe communément. Toutes les apophyses articulaires , et non pas seulement celle du milieu , forment des trochlées : la moyenne est la plus longue , l'externe la plus courte.

Les enfoncemens longitudinaux creusés aux

'i06 TRAITÉ GÉNÉRAL

faces antérieure et postérieure ne sont pas d'une capacité égale partout. Le postérieur est , en général, noa seulement beaucoup plus profond, mais aussi plus long que l'antérieur ; le premier s'étend ordinairement dans toute la longueur de l'os ; le second se termine toujours h une distance plus ou moins grande de l'extrémité inférieure de l'os. Les différences de développement de ces sillons sont en rapport avec le développement des ongles , c'eslà -dire avec le genre de vie , dans ce qui concerne l'action de saisir et de retenir, soit la proie , soit un objet qui supporte le corps , puisque c'est dans ces sillons que cheminent les tendons des muscles extenseurs et fléchisseurs des orteils.

On les voit parvenus, par conséquent, au plus grand développement dans toutes les directions , chez les oiseaux de proie , les hirondelles , oii celui qui est situé en arrière est beaucoup plus grand que l'antérieur. Chez les oiseaux de rivage , au contraire , le postérieur a presque entièrement disparu, l'antérieur étant beaucoup plus prononcé et occupant presque toute la longueur de l'os, ce qui se rattache sans doute à la station long-temps prolongée de ces oiseaux. Chez les gallinacés et lesvalniipèdes , l'enfoncement antérieur est également beaucoup plus marqué ; le postérieur n'existe pas dans unepartie de son étendue. La face antérieure en est convexe chez les per-

d'ANATOMIE comparée. OQr

roquets; la postérieure est plane. Chez les pin gouins , les deux cnfoncemens lougi ludinaiix de la face antérieure ne peuvent pas être rattachés à ceux dont il vient d'être question, ils se rapportent à la division de l'os en trois pièces ; la face postérieure est plane, à l'exception d'un enfoncement existant à sa partie supérieure, oui se dirige en dedans, et qui doit appartenir au sillon dont nous parlons.

11 est encore d'autres diÛerences plus spéciales : ainsi , quelques oiseaux de proie diurnes et nocturnes , par exemple , lefalco haliaëtos , le strioc Jlammea , le grand duc ( st. bubo), ont, à peu de distance de l'extrémité supérieure de la face antérieure, un pont osseux , transversal , plus ou moins prononcé, qui s'étend du bord interne jusque vers le milieu de la face antérieure, et qui, chez d'autres oiseaux, est indiquée par une ou deux saillies plus faibles, qui existent à la face antérieure. Chez la plupart ,. la face postérieure forme , à sa partie supérieure , une ou deux saillies plus ou moins fortes , dirigées en arrière, une interne plus faible, et une externe cunéiforme , beaucoup plus courte j ces saillies sont surtout fort développées chez les oiseaux de proie. L'interne est encore plus grosse chez les cormorans ; elle est épaisse et déborde l'exiréraite inférieure du tibia , à la manière de la tubérosiié calcanéenne. Chez ces oiseaux , eiies sont totalement séparées • mais chez les galli-

nacés elles se confondent et forment un pont , au-dessus de la partie supérieure de la face postérieure du tibia. Elles se confondent également l'une et l'autre chez les plongeons , forment une sorte de toit , et constituent une large gouttière , convertie en canal par sou union avec la partie de la face postérieure de l'os qui se trouve au-dessous. Chez plusieurs oiseaux, par exemple les pétrels , ce canal est partagé , par un pont longitudinal moyen , en une moitié externe et en une moitié interne.

Chez plusieurs gallinacés, surtout \emeleagris gallopaço, \c grand coq de brujère {tetrao urogallus), le tetrao tetriocçX les perdrix , la prolulDérance interne de la moitié supérieure, et la plus considérable de la face postérieure de l'os , se prolonge sous la forme d'une forte crête qui se perd insensiblement , et qu'interrompt supérieurement nue ouverture considérable; cette crête partage la face postérieure eu deux faces , l'une externe et l'autre interne. La parlieantérieurede l'éminence moyenne, pariaquelle les deux surfaces articulaires supérieures sont séparées l'une de l'autre, se continue chez plusieurs oiseaux, par exemple les gallinacés , d'une manière insensible avec le reste delà partie postérieure, et n'est autre chose que l'extrémité inférieure et la plus élevée d'une face obliquement dirigée en haut. Cette partie est encore moins élevée chez les autruches , les casoars et les plongeons; chez les perroquets , il n'y a

d'anatomik comparée. 209 en général point d'éminence qui sépare l'une de l'autre les faces aplaties de cet os. Chez les oiseaux de rivage ^ au contraire , particulièrement les hérons , les cigognes, et chei la plupari des oiseaux d'eau, surtout les pélicans , les albatros et lés grues, elle forme une tête antérieure fort renflée , qui se détache immédiatement.

L'extrémité inférieure offre également des différences. Chez les oiseaux de proie , les trois têtes articulaires sont situées presque dans un même plan; l'externe seulement est un peu plus courte que les autres. L'interne est beaucoup plus large,- l'externe est la plus étroitCw Les poulies ne sontpas creusées profondément , surtout à l'apophjse interne, où l'éminence articulaire est à peine visiblci L'apophjse iiiterne se dirige de dedans en dehors ; l'externe est tournée directement en arrière.

Chez les oiseaux grimpeurs , c'est surtout l'extrémité inférieure qui est très4arge etplate^ La trochlée moyenne fait une saillie pronon- -cée au-devant des deux trochlées latérales. ■L'externe est entièrement tournée de côté - sa saillie postérieure est plus élevée que l'antérieure.

Chez les gallinacés , particulièrement le hocco, l'apophyse moyenne l'emporte considér rablement en longueur et en largeur. L'interne est un peu plus courte, mais plus large que

l'externe; les poulies sont creusées profondément ; les deux apophyses accessoires sont dirigées en arrière. Chez les outardes, les trochlées latérales sont plus plates que chez les autres oiseaux.

Une conformation semblable a lieu chez les hrévipennes ; l'apophyse interne , qui est plus étroite , s'y montre au plus grand état de brièveté ; il faut en excepter V autruche , chez laquelle on rencontre l'apophyse interne plus large , et qui manque d'apophyses latérales aux deux trochlées.

Parmi les grallés^ c'est surtout chez les grues et la cigogne à sac que la trochlée moyenne est le plus saillante et surpasse les deux autres en largeur. Les enfoncemens ne sont pas considérables; ils manquent presque entièrement aux trochlées latérales ; les apophyses sont dirigées en arrière ; l'interne est la plus courte. Chez le héron commun^ c'est, au contraire, la trochlée externe qui est la plus courte.

Parmi les oiseaux d'eau , le cormoran a toutes les trochlées à peu près de la même hau- :teur. Chez le pélican ordinaire , \a trochlée moyenne fait une forte saillie ; l'externe est ia plus courte. Les canards et les cjgnes , ainsi que les albatros , oflVent la même organisation , à cela près que la trochlée interne est beaucoup plus courte : les trochlées latérales sont très-plates.

d'anatomie comparée. 2H Les ouvertures précitées , qui percent les os aux extrémités supérieure et inférieure^ offrent aussi des différences considérables. Il y en a ordinairement une en bas, et deux en haut, beaucoup plus petites, dont l'externe correspond à l'inférieure ; l'interne étant située plus en dedans. Les ouvertures de l'extrémité inférieure existent , sans doute, le plus constamment. C'est chez les brévipennes que ces ouvertures sont le plus petites, et chez les oiseauoc deaiL que Ton rencontre les plus grandes. Chez le pélican ordinaire, il n'existe supérieurement , à la face antérieure , qu'une ouverture moyenne , mais qui se divise aussi postérieurement en deux, dont l'une est interne et plus petite, et dont l'autre est, externe et plus grande. Chez plusieurs oiseaux, li 7 a , au-dessous de l'ouverture inférieure et externe , une ouverture d'une espèce particulière qui se dirige de haut en bas , et qui est le résultat de l'existence d'un pont osseux étendu de l'apophyse articulaire moyenne à l'externe, et que j'ai trouvée chez des oiseaua: de proie , tant diurnes que nocturnes.

Indépendamment des différences d'ordre que nous venons de considérer, plusieurs oiseaux, surtout des gallinacés, offrent des difierences sexuelles, qui consistent en un ergot

212 TRA-ITli GÉNÉRAL

apointi, et dirigé en haut et en dedans. Cet ergot est, à l'clat parfait, un prolongement de l'os métatarsien ; mais il se développe comme point d'ossification propre, et ses différences principales ont déjà été indiquées (i).

L'os accessoire, beaucoup plus petit, dont il a été question plus haut , est situé à l'extrémité inférieure du bord interne de l'os principal, qui présente communément ici , à l'origine du condyle interne, une légère concavité destinée à le recevoir. La forme de cet os est, dans la plupart des cas, celle d'un triangle alongé j il s'élargit plus ou- moins de haut en bas, se termine inférieurement , par une facette ar-ticulaire légèrement concave qui n'existe pas supérieurement; il n'est uni à l'os principal que par des ligamens courts et fibreux. 11 supporte le gros orteil.

Il manque chez les oiseaux qui n'ont que deux ou trois orteils ; par conséquent chez les hrévipennesy et aussi chez Moutarde : il semble, en outre , aussi manquer quelquefois , lorsque le pouce est développé d'une manière imparfaite. Chez le pétrel gris-blanc , je trouve le pouce , qui est très-petit , formé seulement de

(0 Voyez vol. i, p. 325.

d'anatomie comparée. 2i5 deux phalanges «nies, au moyen de longs ligaluens, avec l'os principal ; outre cela, il, n'y a pas d'autre trace d'os.

D'après M. Carus (i) , la position du petit os accessoire offrirait des différei^ces fort nota- Lies : cet auteur prétend qu'il est situé quelquefois , et spécialement ^chez les canards, presque sur le milieu de l'os principal. J'objecterai à cela que , bien que cet os s'attache chez quelques palmipèdes , surtout chez les cygnes , un peu plus haut que de coutume, cela n'a pas lieu chez les canards, etquemêrae, chez les cjgnes , il est fort éloigné du milieu de l'os principal.

Sa forme varie ; chez quelques oiseaux et particulièrement les cjgnes , il est beaucoup plus large en haut qu'en bas ; ce qui est le contraire de la disposition commune.

Les zoologistes ne sont pas d'accord sur la détermination du premier des os qui viennent d'être étudiés. Coiter (2) en fait le troisième os qui succède au tibia. Borelli (3) ne le compare pas sous le rapport de sa position et de sa forme à. un os connu d'un autre animal ; il le désigne

(1) Zoologie, p. i56.

(2) De avium sceletis , cap. 12, inexeic. anat. iSyS.

(3) De molu animalium , cap. 18, propos. i44-

2^4 TllAIT/i: GÉNÉRAL

seulement sous le nom de crus pédale, à cause de sa position droite, mais nullement pour le déterminer- de la même manière qu'il donna au tarse et au métatarse de l'homme,, à cause de leur position , le nom de tibia plantaris . Belon (i) , quoique connaissant les deux os de la jambe, dit que l'os en question constitue la jarribe des oiseaux , tout en faisant la remarque qu'il correspond au talon. Merrem (2), Herrmann (3), Wiedemann (4), Daudin (5), le prennentpour le tarse, ou seulement, Merrem entre autres, pour une partie du tarse , pour le calcanéum. Vicq-d'Azjr (6) , Bluraenbach (7), le considèrent comme un os métatarsien. Enfin Stenson (8), Borelli (9) , Cuvier (10), Tiedemann (11), Carus (12), le regardent comme constituant l'os tarsien et le métatarsien à la fois.

(1) Histoire de la nature des oiseaux. Paris, i555 p. 42.

(2) Vermischte Abhandiuugen ans der Naturgeschichte. 1781 , p. i36.

(3) Obs. ex. Anat. comp.

(4) Archiv fur Zootomie. II. H. i , S. i53.

(5) Ornithologie, t. i.

(6j Mc'm. sur les oiseaux , OEavr. V, p. 255.

(7) Handbnch der vergl. Anat. , p. 92.

(8) Hist. musculorum aquilœ. Act. Dan. lib. 2, p. 127.

(9) Loc. cit.

(10) Loc. cit. , p. 38o.

(11) Loc. cit. , p. 265.

(12) Loc cit., p. i56.

d'ANATOMIE COMPAllÉE. 2l5

Si Belou et Borelli avaient pris cet os pour l'os delà jambe, comme l'admet Tiedemann (i), cette manière de voir serait évidemment, par la raison que l'os de la jambe existe outre celui qui nous occupe , aussi inexacte que l'opinion émise sur la détermination dés os tarsiens postérieurs des batraciens (2) j mais il résulte trèsclairement du passage de ces auteurs , que ce n'était pas là leur pensée ; que Belon avait , au contraire, lapremière manière de voir, et Borelli làseconde.Cetteseconde détermination peut être appuyée sur la modification , présentée par les os tarsiens postérieurs chez les batraciens, surtout les batraciens sans queue, où ces os sont fort a-' nalogues, outre que ces animaux ont, comme de coutume, des os tarsiens antérieurs ordinaires , et des os métatarsiens. Onpourrait encore citer, à l'appui de cette opinion, la présence de plus de trois os , situés au-devant d'eux dans plusie urs orteils, et l'absence des os métacarpiens et métatarsiens , que l'on rencontre quelquefois , surtout chez les tortues de terre. La troisième manière de voir peuts'étayer delà conformation des os métatarsiens chez les solipèdes et les ruminans, qui ont les os du tarse disposés suivant les conditions ordinaires, ainsi que de l'absence du carpe, qui n'a lieu peut-être que chez le casoar de la

(0 Zoologie, Bd. 2 , p. 265.

(2) Voyez vol. 2 , p. 676 et 677.

TRAITÉ GIÉNÉRAL

Nowelle-Hollande. Je crois devoir partager la dernière opinion ; car, d'un côlé, admettre que dans le cas où , au lieu de deux pièces , communément séparées, il n'en existe qu'une , celle-ci résulte de la fusion des deux, me paraît en général plus raisonnable et plus conforme à l'analogie, que de supposer qu'une des deux pièces a disparu ; de l'autre côté , j'ai pour moi les rapports et les connexions des muscles. Comme il résulte, en outre, des motifs cités à l'appui de la seconde et de la troisième opinion , que les os du tarse aussi bien que ceux du métatarse peuvent eux-mêmes se métamorphoser , ainsi que cela se voit dans ce cas , il est évidemment vraisemblable que , s'il n'y a pas d'autre os , indépendamment de celui qui est ainsi conformé, celui-ci correspond à la fois aux deux fractions du pied. Le nombre plus considérable des phalanges des orteils ne prouve rien , puisque non seulement chez les poissons , mais encore chez beaucoup de reptiles , le nombre des phalanges des orteils est augmente , quoiqu'il y existe des os tarsiens et métatarsiens j d'autre part, l'absence des os métatarsiens, chezl^s tortues proprement dites, prouve que ces os manquent quelquefois sans être remplacés.

La structure de cet os semble confirmer absolument ce qui vient d'être exposé. Ses apophyses supérieures et postérieures , aux-

D'ANATOaiIE COMPARÉE. 2 If

quelles il faut ajouter un os qui se montre assez souvent à son extrémité supérieure, et qui correspond, sans contredit, aune partie du calcauéum, font présumer, avec beaucoup de vraisemblance , que la partie supérieure de l'os qui nous occupe est l'os tarsien, et que l'inférieure est l'os métatarsien, comme portent à le croire la division et la disposition des surfaces articulaires. En outre , l'os métatarsien du pouce se sépare ici , en effet , du reste de l'os. 11 faut admettre , sans doute , que la limite entre le métatarse et le tarse existe là où les cloisons des apophyses articulaires se sont formées dans l'in^^ térieur de l'os.

Je regarde Vos accessoire , à cause de sa position et de sa petitesse , comme un simple os métatarsien. Je rentre ainsi - dans l'opinion de MM. Cuvier (i) et Nitzscb (2), et je m'éloigne de celle de M. Tiederaann (3), qui le considère comme la prem.ière phalange du pouce; cette dernière opinion a évidemment contre elle la situation de l'os accessoire , à côté de l'extrémité inférieure de l'os tarso-métatarsien en général , et sa position souvent plus élevée , lorsqu'il remonte le long de cet os.

(1) Leçons d'analomie comparée , t. 1 ,p. 38i.

(2) Osteogr. Beitrœge, p. io3. (5) Lac. cit. ^ p. 270.

saB traité général

b. Orteils.

Les oiseaux ont communément quatre orteils , dont les trois externes sont articulés mobilement avec le grand os tarso-métatarsien, le quatrième ou l'interne l'étant avec l'os accessoire du métatarse. Les trois premiers sont ordinairement tous dirigés en avant , le quatrième , au contraire, est tourné en arrière et en haut. Ce dernier est presque toujours plus petit que les autres ; cet excès de petitesse est souvent extrême ; le moyen est , en général , le plus long, l'interne est le plus court.

Tous les orteils sont composés de plusieurs phalanges , unies mobilement avec l'os métatarsien etentre elles. Le nombre de ces phalanges varie dans les divers orteils , comme chez les reptiles ; il augmente , comme chez ces derniers animaux , de l'orteil le plus interne au plus externe ; cet accroissement est tel , qu'il est ordinairement plus que doublé. Ainsi on compte le plus souvent , dans l'ordre indiqué des quatre orteils , le nombre de phalanges suivant : deux à l'orteil le plus interne , trois au second orteil , quatre au troisième , cinq au quatrième ; bien que ce dernier ne soit pas le plus long , comme la remarque en a été faite.

La première phalange est ordinairement plus

d'anatomie comparjêe. 219 longue , ou du moins n'est pas plus courte qu'une des autres 5 la plu^ antérieure est, dans la plupart des cas , la plus courte. A l'orteil le plus externe, les seconde et troisième phalaiiges sont communément plus petites que l'avantdernière ou quatrième , laquelle est cependant plus petite que la première. Les phalanges les plus longues sont ordinairement : la première dupouce,la première et la seconde du deuxième orteil , et les trois premières du troisième orteil -j les seconde , troisième et quatrième de l'orteil le plus externe sont , au contraire , les plus courtes. 11 résulte de cette disposition du dernier orteil que , quelque grand que soi t le nombre des phalanges qui le composent, cet orteil est très-court proportionnellement aux autres ; de sorte que l'on trouve ici réunies l'organisation des mammifères et celle des reptiles.

Les phalanges des orteils sont toujours renflées à leur extrémité postérieure , et même à l'antérieure (si on en excepte l'unguéale) , mais d'une manièremoins marquée. Leurs surfaces articulaires postérieures sont concaves dans toutes les directions, excepté au centre, oii elles sont en général plus ou moins convexes de haut en bas • cette convexité partage la surface articulaire en deux moitiés latérales. Conformément à cette disposition , l'extrémité antérieure des phalanges est fort convexe de haut en bas et trèsconcave au milieu ; ce qui constitue une articu-

lalion ginglymoïdale^. Les extrémités postérieures des premières phalanges , à l'exception de celle du troisième orteil, n'offrent que peu ou paint de traces d'une division en deux moitiés latérales , et cette division , lorsqu'elle existe , est bien moins prononcée qu'aux autres phalanges; la conséquence de cette disposition est que le mouvement de celles-ci , les unes sur les autres , est plus borné que celui des premières sur le métatarse.

Le caractère général de la dernière phalange, ou de la phalange unguéale, est d'être rétrécie d'arrière en avant , et de manquer de surface articulaire à son extrémité antérieure.

Voici les différences principales que nous offrent les orteils des oiseaux :

I. Nombre. Il n'y a jamais plus de quatre orteils , mais quelquefois , quoique rarement , il y en a moins. Ainsi il n'y en. a que trois chez V autruche à trois doigts, les casoars , les ow-i tardes , et même seulement deuoo , comme chez V autruche commune ; ce dernier uombrç est le, moindre (i).

On dit communément que d'autres oiseaux, encore , par exemple les pétrels et les man-,

(i) Cuvier, vol. x , p. 5go. — Tiedemanu, loc. cit. p, 270. Caras, loc. cit., p. iSy.

d'anatomie C0J\[PARÉE. 221 choL'i (i)j en outre V albatros , léchasse, et Vhuitrier, n'ont que trois orteils, mais je ferai observer que cette remarque ne s'applique pas à tous ces oiseaux, du moins en ce qui concerne les os. Ainsi les manchots ont non seulement un pouce visible à l'extérieur ,• quoiqu'il soit très-petit (2), mais ce pouce est formé, comme à l'ordinaire , de deux phalanges qui sont appuyées en outre , au moyen d'un os métatarsien accessoire, un peu large, et aplati comme elles le sont elles-mêmes, sur le milieu du bord interne de l'os principal.

Chez les pétrels , le petit os métatarsien manque, il est vrai, comme il a été dit plus haut; mais le pouce, qui est aussi visible à l'extérieur (3) , est composé de deux phalanges séparées. Lapremière, qui est beaucoup plus petite que l'unguéale, s'apointit vers l'os larso-métatarsien , auquel elle est unie d'une manière lâche. On pourrait peut-être, à cause de cet apointissement et de son peu de volume, la prendre pour un rudiment du petit os métatarsien^ ce qui n'empêcherait pas le pouce d'avoir une phalange très-distincte. Cependant cela ne me parait pas vraisemblable , parce qu'elle est trop éloignée de l'os métatarsien principal.

Constamment les orteils disparaissent de de-

(1) Tiecleraaun,^Z)^^/.

(2) Cuvier , Règne animal, t. i , p. 5i2. (5) Cuvier, loc. cil. , p. 5i4'.

dans en dehors , de sorte que d'abord le pouce devient très-pçtit, et disparaît ensuite , surtout chez beaucoup à'oiseaua: d'eau et de rwage ; après cela, on voit disparaître le second orteil, par exemple chez V autruche; ensorte que chez cet. animal l'orteil interne se compose de quatre phalanges , et l'externe de ci-nq.

2. Direction. Chez les totipalmes , le pouce est souvent dirigé en avant et à un degré variable , du moins il l'est plus latéralement que chez les autres oiseaux. C\iez\es grimpeurs , au contraire , l'orteil externe se dirige aussi, comme l'interne , en arrière et un peu en dehors.

3. F" olume. Les orteils les plus longs se rencontrent, en général, chez les palmipèdes et les grimpeurs; le plus souvent étroits chez les premiers , ils sont ordinairement considérables chez les oiseaux: de rivage; un vcu plus courts , mais beaucoup plus épais chez les oiseaux de proie. Les gallinacés et les hrévipennes ont les orteils les plus courts.

Chez ceux des palmipèdes où le pouce n'existe qu'à un état très-rudimentaire , il est naturellement le plus petit comparativement aux autres orteils; chez d'autres oiseaux, tels que les cormorans et les foulques , il est, au contraire, fort considérable. 11 est , de même , très-fort et très-volumineux chez les oiseaux de rivage, et en général encore plus chez les oiseaux de\proie; il est, chez quelques-uns, aussi

d'aNATOMIE COMPAUKF.. 2 2.0

grand €l même plus grand que plusieurs des orteils antérieurs , tels que le second et le quatrième.

Nous avons établi la règle que le troisième orteil est le plus long; quelques oiseaux fout exception , par exemple le petit plongeon {colymhus s te lia tus ^) et le col. ritfogularis , le grand et le petit cormorans , chez lesquels le quatrième est plus long que les autres. Chez les oiseaux grimpeurs , le troisième et le quatrième ont , en général , la même longueur. Cela s'applique aussi eu général aux oiseaux d'eau. Chez la plupart des oiseaux rapaces , le second orteil est un peu plus graud que le quatrième.

Chez Vautruche, l'orteil interne, qui correspond au troisième orteil des autres oiseaux, est , conformément au type commun , beaucoup plus volumineux que l'externe.

4. Le Nombre des phalanges n'offre des exceptions que très-rarement. D'après M. Tiedemann (r), le pouce aurait communément trois phalanges, et parfois seulement deuxj cependant , comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus , la première donnée est fondée sur l'opmion , ce me semble inexacte , que l'os métatarsien accessoire est la première phalange du pouce. M. Tiedemann ne rapporte, du reste,

(ij Zoologie, Bd. 2, p. 270.

aucun exemple de la présence de deiix phalanges seulement au pouce , dans le sens qu'il attache à cette proposition. Les pétrels pourraient être considérés comme un exemple, suivant sa manière de voir; mais chez eux le nombre des phalanges des orteils pa^ raît être le nombre ordinaire , et l'os métatarsien semble manquer, comme la remarque en a éléfaitepUishaut.Lesoiseauxontdonctoujours,

autant que s'étendent nos connaissances jusqu'à ce jour, seulement deux phalanges au pouce , et jamais mom^.

Le nombre des phalanges des autres orteils présente quelques dilFérences.

Parmi les brévipennes , Vautruche commune a quatre phalanges au premier orteil , cinq au second, et non quatre comme le dit M. Cuvier (i) , et après lui MM. Tiedemann (2) et Carus (5). D'après les mêmes aur teurs, les casoàrs auraient quatre phalanges à chacun des trois orteils ; cependant j'ai trouvé, chez les deux espèces de par soars, ainsi que chez Vautruche à trois doigts, trois phalanges au premier orteil , quatre- au second et cinq au troisième ; çe qui est conr forme au type des autres oiseaux , de sorte que

( i) Leçons d'anatomie comparéè î^.' i p- ^go. {-?) Loc. aV., p. 272.

(5) Loc. cit. , p. iSy.

D'aNATOMIE COMPARÉK. 225

les brévipennes ne font pas exception à cette règle (i) (2).

Le nombre des phalanges des orteils externes diminue , au contraire , d'après Niizscli (5) , chez l'engoulevent et le martinet : thez le premier , le quatrième orteil n'a que quatre phalanges; chez le second, ce même orteil et le troisième n'en ont chacun que trois.

(1) Ces données sont exactement extraites de mes notes, mais comme elles diffèrent de celles de M. Cavier, je désirerais qu'on les comparât avec la nature. Cependant je ne crois pas m'être trompé, puisque j'ai comparé entre elles les phalanges , comme il résulte de ce qui suit.

(2) II y a déjà beaucoup d'années queM. le baronCuviER a rectifié lui-même cette erreur sur les préparations déposées au cabinet d'anatomie comparée de Paris, les mêmes qui ont été étudiées par M. Meckel, et qui ont servi à fonder l'opinion qu'il établit ici. L'auatoraiste de Paris s'exprime même à ce sujet , dans son Règne animal, de la manière suivante : !

« Ainsi que Daubenton et Vicq-d'Azyr , j'ai été trompe par de mauvais squelettes, lorsque j'ai dit que tous les doigts des autruches avaient également quatre phalanges. Ayant disséqué depuis toutes ces espèces , j'ai trouvé leur nombre de phalanges comme il suit, en commençant par le doigt interne :

« Autruche , 4? 5.

« Nandou et casoar , 3 , 4 et 5.

« Ce qui revient au nombre des oiseaux. »

Cette note est insérée au bas de la page 460 dut. i" du Règne animal, distribué d'après son organisation.

( Note des traducteurs. )

(5) Osteogr. Beitrapge , p. 204.

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