III. os DE LA TÈTE
La tête osseuse des oiseaux constitue , comme on devait s'y attendre , le passage de celle des reptiles à la tête des mammifères. Le nombre des os isolés qui forment les côtés et la base de la tête est, conformément au type des deux classes inférieures des vertébrés , encore plus considérable que chez les mammifères; aussi ces os offrent-ils entre eux , aussi bien que ceux de
d'anatomie comparée. 253 la face et du cràue , des connexions plus mobiles que chez les mêmes mammifères. L'ariiciilaiion de la tête avec le rachis est la même que chez les reptiles. D'un autre côté, le nombre des pièces osseuses séparées n'est jamais aussi considérable que chez ces derniers animaux ; plusieurs des os isolés chez ceux-ci se ! soudent de bonne heure chez les oiseaux, dont le crâne prend, du reste, plus d'accroissement et devient , par suite du développement plus considérable de l'encéphale , proportionnellement plus grand, plus arrondi, et par cela même perd de sa ressemblance avec la colonne vertébrale.
Si la têfce des oiseaux est évidemment ainsi l'exemple d'une formation intermédiaire à celle qu'offre la tête des reptiles et celle des mammifères , ils se distinguent de tous les autres animaux à vertèbres , en ce que les os de leur crâne ne restent pas séparés pendant toute la durée de la vie , mais se soudent , déjà de fort bonne heure , en une seule pièce , qui présente la plus grande ressemblance avec une vertèbre ; disposition extrêmement remarquable en elle-même, et en outre, parce qu'elle est une exception absolue à l'organisation de tous les autres vertébrés. L'analogie qu'elle présente avec le crâne des poissons cartilagineux , qui consiste également en une seule pièce , est , en effet , fort éloignée. Elle est plus remarquable encore par la ressemblance qu'elle établit entre
l'extrémité antérieure et l'extrémité postérieure du corps. La soudure des vertèbres sacrées et lombaires avec les- dernières vertèbres thoraciques, pour ne constituer qu'une seule grande vertèbre , soudure présentée de bonne heure par l'extrémité postérieure , est réellement un phénomène exactement pareil.
La raison de ce phénomène est difficile à trouver.
M. Tiedemann (i) l'attribue à la prédominance delà face sur le crâne. Cette condition entraînerait, suivant lui , la perte de l'individualité des os du crâne. Mais cette explication est parfaitement réfutée , si je ne me trompe fort , par l'exemple des reptiles et des poissons , chez lesquels la. prédominance de la façe sur le crâne est bien plus grande, et qui présentent pourtant les os du crâne séparés les uns des autres , non seulement beaucoup plus long-temps que chez les oiseaux. Mais même plus long -temps que chez les mammifères , puisque cette séparation persiste pendant toute la durée de leur vie.
Il serait possible qu'on cherchât à expliquer cette disposition par la grande énergie des fonctions respiratoire et nutritive des oiseaux, comme M. Geoffroy (2) essaie de le faire pour d'autres phénomènes qui sont analogues, et qui onl lieu spécialement dans le système os-
{ i y Zoologie ,lid. '2, p. lyy.
{■2) Pkilos. anat., l. i , i»- • 14.
senx des oiseaux ; mais cette explication aurait, suivant moi, contre elle un fait : c'est que les pièces inférieures du crâne et celles de la face restent séparées des autres pièces de la tête pendant toute la durée de la vie.
11 ne faut pas oublier , du reste , que le même phénomène de fusion se retrouve encore sur d'autres os des oiseaux : en effet, non seulement la plupart des vertèbres dorsales antérieures se soudent très-souvent, quoiqu'à un moindre degré que les postérieures, avec les colonnes lombaire et sacrée ; mais en outre le sternum, qui reste séparé en un grand nombre de pièces pendant toute la durée de la vie, chez les reptiles , et plus encore chez les mammifères , se montre de très-bonne heure, chez les oiseaux, constitué en un os unique.
Après ces considérations générales sur la tête des oiseaux , nous allons d'abord passer en revue les os qui la composent, pour ensuite les considérer dans leur ensemble.
A. Description des os de la tête en particulier.
r. Os basilaire.
L'os basilaire des oiseaux se compose toujours, comme chez les reptiles , d'une pièce supérieure, soudée aux os voisins du crâne, et
de plusieurs pièces inférieures, soudées mobilement enlre elles et avec la pièce supérieure ; la première représente tout l'occipital avec le corps, les ailes supérieures et les antérieures du sphénoïde; les autres représentent les ailes inférieures du même os.
La pièce supérieure peut être divisée en partie postérieure , ou portion occipitale , et en' partie antérieure , ou portion sphénoïdale. Mais il convient de décrire avec cette dernière les pièces inférieures, qui , quoiqu'elles ne lui soient unies que d'une manière mobile , en font néanmoins partie.
Portion occipitale.
La portion occipitale forme» comme on le rencontre toujours , un anneau qui est percé, au-dessous de son milieu, d'une ouverture considérable, qui est le trou occipital. Au-dessus du milieu du bord postérieur de cette ouverture, on voit naître de la face inférieure de l'os et saillir en arrière le condyle, quiestunique, impair, arrondi, et qui est destiné à s'articuler avec la première vertèbre cervicale.
La partie squameuse de cette portion estbien plus développée que chez les reptiles 3 elle est plus convexe, le plus souvent verticale, pourvue à son milieu d'une émiueuce longitudinale
J)'A\AT0MIB COMPÂRIÎÎE. 23/
j)lus OU moins forle , correspondante au cervelet, et forme la paroi postérieure du crâne. Le corps , qui constitue la face inférieure du tout , est aplati et large. Les parties articulaires sont aussi larges et plates , concaves à leur moitié interne et convexes dans l'externe. 1^ Cette portion se développe par quatre pièces osseuses isolées : la. pièce s quameiise,\e corps ^ et les deux pièces articulaires. Les dernières sont les plus grandes, le corps et la pièce squameuse olîrentle développement le moins prononcé. Les parties articulaires et le corps prennent part à la formation du condyle , qui est dans la ligne médiane ; je n'ai pas pu déterminer si les unes de ces pièces se soudent plus tôt et les autres plus tard , attendu que je les ai toujours toutes trouvées , ou encore séparées , ou déjà soudées entre elles et avec les os voisins.
Voici les différences principales que présente cette portion chez les divers oiseaux.
Chez les oiseaux de proie, la pièce squameuse est peu élevée et verticale • l'éminence moyenne est assez fortement saillante , et sépare des enfoncemens considérables. Le trou occipital , arrondi, descend peu verticalement de haut en bas et d'arrière en avant. Le condyle est considérable , unique ; on voit au-
devant de lui un enfoncement considérable , surtout chez les oiseaux de proie diurnes .
Les corneilles ont la pièce squameuse moins inégale, mais pas plus élevée; leur trou occipital est plus vertical , un peu apointi en haut ; il a , en général , la forme d'un triangle arrondi ; leur condyle est unpeu comprimé latéralement.
Chez les passereaux , la partie squameuse est plus élevée , la protubérance ' cérébelleuse plus forte ,. le trou occipital beaucoup plus grand, arrondi , et l'éminence articulaire extraordinairement petite.
Les oiseaux grimpeurs , surtout les perroquets , se distinguent par l'état presque entièrement lisse de leur partie squameuse ; chez eux, le trou occipital est transversal , le condyle très-considérable.
Les gallinacés , surtout le coq de bruyère , ont aussi la partie squameuse très-plate ; elle descend assez verticalement de haut en bas et d'avant en arrière , et offre , dans sa ligne médiane, une faible crête longitudinale, qui se perd en bas j elle est plus droite chez les autres. Le trou occipital est également irèsverlical , et chez le coq de bruyère il est fort étroit. Le condyle est généralement un peu large , échancré au haut de sa ligne moyenne ; ce qui lui donne l'aspect d'un cœur de carte à jouer , comme cela se voit chez plusleursreptiles, par exemple les tortues. Cette dis-
d'aN'ATOMIE comparée. 25()
position est peiil-etre un rapprochement vers la division dn condylc en deux, telle que la présentent les mammifères.
La foruie et la direction de la pièce squameuse des hélions ressemblent beaucoup à celles que l'on observe chez le coq de hrujère. Leur condyle est également large et échancré supérieurement; en liant, la partie squameuse se termine par une- crête tranchante. Chez les grues y tout est plus arrondi; la protubérance cérébelleuse est fort développée. Les cigogîies sont intermédiaires aux deux genres précédens. Chez les bécasses^ le trou occipital , comme Schneider déjà en a fait la remarque judicieuse (i), est situé horizontalement â la face inférieure du crâne , et la partie squameuse monte peu- verticalement de bas en haut et d'avant en arrière^
Le trou occipital offre au haut de sa ligne moyenne une légère échancrure.
Les palmipèdes ont aussi une protubérance cérébelleuse considérable ; la partie squameuse olFre , chez eux , en général, la même direction que chez \q coq de bruyère.
11 existe, chez les plongeons, une forte crête longitudinale et moyenne , un trou occipital , rond, très-grand , et une apophyse articulaire , surtout large, et concave à sa partie supérieure. On voit, chez quelques canards, l'échaucrure mentionnée chez les bécasses.
i) Rc:l. FrifJcrici , libr. 2, p. 176.
On trouve, outre cela, d'autres particularités chez quelques oiseaux. Chez plusieurs, la partie squameuse est très-cou tractée dans sa moitié inférieure; or, comme le pariétal ne s'élargit pas dans la même proportion , il en résulte souvent de chaque côté , entre les deux os , à peu de distance du trou occipital, et à l'endroit oii il y a généralement un enfoncement , nn intervalle alongé , qui est le plus souvent considérable; mais nulle part, autant que j'ai pu le déterminer , cette lacune n'appartient exclusivement à la partie squameuse de l'occipital. Celte disposition ne semble exister , d'après M. Tiedemann (i) , que chez les oiseaux de rivage et les oiseaux d'eau. Cet auteur la signale , avec raison , dans Voie et le canard, mais moins exactement dans le héron; du moins, je ne la trouve pas sur quatre crânes de héron commun , ni sur deux de butor d' Europe , ni sur un crâne de blongios (^ardea minuta). L'erreur provient incontestablement de la présence d'un sinus, qui, de chaque côté, s'ouvre obliquement en dehors , mais qui n'a rien de commun avec la conformation qui nous occupe. Je trouve , au contraire, l'ouverture en question , parmi les oiseaux de rivage , dans \q.s grues communes , la demoiselle de Numidie
(i) Zoologie t. 2, p. 174.
{grus virgo)y Ja grue couronnée [g. pavonia) , dans la spatule blanche huppée {platalea leucorodîa), dans les courlis d'Europe (jco/oyoaa: circiiata) , les corlieux se. phœopus) , la barge abojeuse {se. laponica\ la bécasseproprement dîie(^c. na^/co/a), le petit chevalier aux pieds rouges (j-c. gamhettd), \ç.s,vanncauoc,\ç.\oxxxnç,pierre à manteau varié de noir et de gris {tringa z/z^er^rej), la grande maubèche grise (?r.^r/jea), la maubècbe rousse {tr. islandica), le combattant ( ^r. pugnace), le vanneau d'Europe ( tr. vanellus), le vanneau suisse (^r. helveticd) , le vanneau s,v\s{tringasquatarola), l'allouette de mer à collier {cinclus) , le ipluvier ( charadrlus himantopus), l'avocette du pays {recurvirostra avocetta ) , les flamants {phœiiicopterus ).
Outre les palmipèdes cités par M. ïiedemann , cette ouverture existe encore chez Vanser pollLcaris , le Gravant, les tadornes , le canard musqué, les elders {anas mollisslma ev speetahilis ) , le macareux ( mormon Jraterculus ) , les pingouins communs ( alea torda ) ,. le macareux commun {alea arctica) et le marie vulgaire ( mergus merganser).
Elle manque aux autres oiseaux d'eau que j'ai examinés; et une circonstance qui me paraît surtout digne de remarque , c'est qu'il n'en existe point de trace chez les cygnes.
Cette disposition est surtout curieuse en ce que : I o elle correspond à l'intervalle analogue,
niais plus grand , qui existe entre les mêmes os chez plusieurs reptiles , particulièrement chez des sauriens ; 2° qu'elle ne se rencontre que dans les ordres inférieurs de la classe des oiseaux; 5« enfin, qu'elle rappelle la division analogue de la première vertèbre chez les
oies (2). ^ ^
Uue déviation de la règle plus considérable , mais aussi beaucoup plus rare , offerte par la présence d'un os pyramidal , fort et très-long , qui , autant que je sache , n'existe que dans le genre cormoran ( carbo ) ; mais chez le grand cormoran (c. cormoranus), aussi bien que chez le petit cormoran (c. graculus). Cet os est situé à la face externe de la parties quameuse de l'occipital, à peu près au milieu de sa hauteur ; il s'articule avec elle d'une manière mobile, et rappelle vivement les apophyses épineuses isolées des poissons. On en voit naître, vers le bord supérieur de la pièce squameuse , une crête longitudinale , moyenne , existant aussi chez d'autres oiseaux , et, de chaque côté , une crête transversale plus forte et plus longue, convexe en haut , qui partage la pièce squameuse en une moitié supérieure, plus petite, et en une inférieure, beaucoup plus grande.
(i) Voyez vol. 2^ p. 748- (a) Voye7. plas haut , p. Sy.
o'anatomie comparée. 2^5
b. Portion sphénoidale .
La portion sphénoidale se divise , comme il a été du, en une pièce supérieure , soudée avec les os voisins , surtout avec la portion occipitale, et en plusieurs pièces inférieures.
La pièce supérieure se compose d'une partie antérieure. et d'une postérieure et inférieure. Celle-ci est triangulaire , beaucoup plus large dans sa moitié qui regarde en arrière , rétrécie en une pointe étroite et aiguë dans sa moitié antérieure; elle représente le corps et les ailes supérieures et postérieures du sphénoïde. Cette partie est concave à sa face supérieure et interne, plus ou moins convexe à l'inférieure. Ses portions latérales , qui sans doute représentent les ailes postérieures , sont plus minces et plus étroites, en général beaucoup plus petites que la partie moyenne j elles sont inclinées le-' gèrement de dedans en dehors et de bas en haut.
LapartieantérieurealaformedWeépine,trèsconvexe à sa face inférieure, et fort concave, dans le sens de sa longueur, à sa face supérieure. Elle offre , de chaque côté , immédiatement au-devant de son extrémité postérieure', une surface articulaire plane , par laquelle elle s articule avec l'aile inférieure.
Le corps supporte , à la partie antérieure et interne de son bord supérieur , de chaque côté , une lame quadrilatère , percée d'une ouverture; cette lame est dirigée d'arrière en avant et de dehors en dedans , et rencontre sa congénère sur la ligne médiane. Elle présente ordinairement , à son bord interne, une échancrure qui concourt à former, dans la ligne médiane, l'ouverture qui loge les nerfs optiques, et qui est unique dans la plupart des cas. Cette lame ferme , en outre , la cavité crânienne en bas et enavai;t, en s' unissant , supérieurement avec le frontal, postérieurement avec le temporal.
Cette lame est vraisemblablement Vos ptérjgoïdien antérieur, qui est beaucoup plus grand que le postérieur.
Cette partie du sphénoïde se développe certainement de trois pièces, le corps et les deux os pléry-oïdiens antérieurs. Chez les poules et les ca/2«r^^ nouvellement nés, j'ai toujours pu séparer les deux pièces latérales du corps en une quatrième et en une cinquième pièce.
L'épine antérieure du corps du sphénoïde ne prend aucune part à la formation de la cavité crânienne ; elle est située au-dessous de la lame verticale de l'ethmoïde. Elle correspond d'après cela , sans nul doute , au rostrum du sphénoïde des mammifères, et ne constitue pas le corps des ailes antérieures de cet os (i); mais (i) Carus , Zootomie, p. i45.
d'anatomie comparée. 245 elle est seulement une partie et un appendice du corps du sphénoïde postérieur.
Les ailes inférieures dusphénoïde,ton]ours séparées , sont de petits os, alongés , renflés à leurs deux extrémités, larges et plats en avant, épais et arrondis en arrière. Antérieurement ils touchent communément aux parois latérales de l'épine sphénoïdale , constamment à l'extrémité postérieure de l'os palatin^ os avec lesquels ils sont, en général, articulés mobilement. Delà ils se dirigent horizontalement en dehors et en arrière , et s'appliquent, en formant également une articulation, au bord antérieur de l'os carré, un peu au-dessous de son milieu. 11 existe constamment, entre ces os et la partie moyenne du sphénoïde et du temporal , de chaque côté, un intervalle considérable , arrondi et alongé.
Ces os ont reçu plusieurs dénominations tirées de leur forme , de leur position et de leur fonction ; ces dénominations me paraissent toutes mauvaises , parce qu'elles masquent plus ou moins la véritable analogie de ces os, et sont cause qu'on leur donne môme une détermination fausse.
Ainsi Vicq-d'Azyr (i) les appellait simple-
(i) Mém. sur l'anal, des oiseaux.
— OEuvres , t. 5,
ment arcades palatines; Carus (i) , bien qu'il admette leur véritable détermination , les nomme palatins postérieurs ; Petit et Hérissant (2) leur donnent , à cause de leur forme , le nom à! os grêles et à'os de /'eyfjflw/e; W.iedemann (3) les appelle os communiquans .
Les opinions sont partagées sur la détermination de ces os , du moins de plusieurs d'entre eux.
Il n'a échappé à personne que la partie moyenne et inférieure de la pièce supérieure de la portion spbénoïdale représente réellement le corps du sphénoïde.
Suivant d'autres, au contraire , tels que Petit (4) et Hérissant (5) , les os ptérygoïdes inférieurs seraient des os propres. M. Cuvier(6) semble aussi regarder comme tels les ailes inférieures j d'autres , comme M. Tiedemann (7) , prennent les os que j'ai décrits sous le nom à! ailes antérieures où de petites ailes pour les
(1) JZoolomie , p. 147.
(2) Mém. de VAcad. des Sciences de Paris. lySôp. 175 ; 1748, p. 524.
(3) Loc. cit. , p. 1 10.
(4) Mém. de Paris. 1756.
(5) Mém. de Paris. 1748.
(6) Leçons d anatomie comparée ^ vol. 2, p. 70
(7) Zoologie., vol. I, p. 176.
d'anatomie comparée. 247 grandes ailes, et les inférieures pour les petites ailes ; d'autres enfin , comme MM. Geoffroy (i),Spix (2), Carus(3) partagent mon opinion, et les regardent comme lalame interne de la petite aile. Il me paraît même vraisemblable que M. Tiedemann partage également l'opinion des autres , relativement aux os inférieurs , à cause de la graude ressemblance qu'ils offrent avec les ailes inférieures, tandis qu'ils n'ont pas la moindre analogie avec les os communément nommés « petites ailes par les anatomistes. Mais les os qu'il prend pour les grandes ailes ne se composent pas , du moins , de celles-ci seules; ils comprennent à la fois , à l'état parfait, les petites ailes ou les ailes antérieures . Cette opinion a pour elle la position et la forme de ces os, etles appendices latéraux, situés au corps du sphénoïde. La petitesse et la prompte soudure de ceux-ci avec le corps du sphénoïde ne prouvent rien contre la détermination que j'indique, attendu qu'ils manquent même totalement chez beaucoup de reptiles , qu'ils sont extrêmement petits chez plusieurs mammifères , parexemple les rongeurs , et que très-généralement ils se soudent, chez un seul et même animal, beaucoup plus tôt avec le corps , que celui-ci ne se soude avec les ailes antérieures.
(i) Annales du Muséum^ t. 10 , p. 556. {2) Cephalogen. Expl. tabul. 20.
(5) Zootomie f p. 147.
Oïl pourrait opposer à l'opinion que j'ai émise à ce sujet la connexion qui joint ces os à la porlionécailleusc du temporal; mais cette objection ne serait pas fondée , par la raison que , chez plusieurs rongeurs , tels que les lièvres , les ailes antérieures du sphénoïde touchent aussi à la même portion écailleuse.
Chez ces mêmes animaux, elles forment aussi, à cause de leur grande étendue , une partie de la paroi postérieure de l'orbite.
Ces considérations me décident à conclure que ces pièces osseuses peuvent très-bien n'être que les ailes antérieures du sphénoïde; mais il n'est pas non plus impossible qu'elles représentent ces ailes seulement par leur partie antérieure et interne, tandis que leur partie postérieure et externe correspondrait à la grande aile.
Cettemanière devoir aurait en sa faveur les circonstances suivantes : Ces os s'étendent, avec le temporal, qu'ils dépassent même, jusqu'à la face extérieure (iu crâne ; 2° il y existe des ouvertures complètes , servant au passage des nerfs; ouvertures qui, chez les mammifères, ne sont que des lacunes, pas entièrement fermées , entre les grandes et les petites ailes; 3° les grandes elles petites ailes sont chez les mammifères, et souvent même chez l'homme , unies à leur partie externe par une suture , qui quelquefois même s'ossifie complètement.
On pourrait aussi déterminer d'une autre
d'anatomie comparée. 249 manière les petits appendices du corps , par exemple, les considérer comme des parties constitutives de ce corps , puisqu'il existe chez l'homme , entre lui et la grande aile, des points d'ossification propres qui se confondent peu à peu avec cette dernière.
11 est clair cependant que toutes ces conditions ne militent pas directement pour la dernière manière de voir, et que, malgré tout cela, les pièces osseuses eu questionpeuvent très-bien n'être que des ailes antérieures du, sphénoïde. Mais dans aucun cas elles ne sont uniquement les grandes ailes ou les ailes postérieures.
Parmi les dilFéreiltes parties du sphénoïde, les ailes inférieures surtout présentent des particularités remarquables, La plus curieuse est oi-r ferte par les oiseaux de proie nocturnes , chez lesquels elle a déjà été remarquée par M. Tiedemann , et par quelques oiseaux de rivage , tels que le courlis d'Europe ( numenius arcuatus) , et, si je ne me trompe, aussi chez Vavocette; il en est ainsi positivement chez Vèngoulevent d'Europe , dont le crâne s'accorde , par sa largeur , avec celui des hibous. Il naît en eiïei , chez ces oiseaux, à peu près du milieu de la face interne des petites ailes , une forte apophyse articulaire, quifaitsaillieen dedans, etqui s'articule aviec une autre apophyse j cette der-
nière appartient aussi exclusivement à ces genres, et est située à l'extrémité antérieure de la pièce postérieure du corps. Il en résulte que la connexion entre les deux os est ici plus exacte que chez les autres oiseaux , et que l'intervalle mentionné plus haut est partagé en deuxmoitiés, l'une externe et l'autre interne. La connexion des extrémités antérieures avec le corps est , dans le même rapport , réduite à une étendue moindre , et partant plus lâche.
Les os ptérygoïdes inférieurs sont , en outre , assez forts chez les oiseaux de proie, surtout les oiseauoc de proie diurnes; leur direction,^ principalement chez les oiseaux deproie nocturnes , est très-peu dans le sens de la longueur; ils sont, au contraire, situés plus transversalement. C'est chez les gallinacés que ces os ont le plus de brièveté et d'épaisseur j^hez les perroquets ils ont le plus de volume et surtout de longueur. Dans la plupart des cas , l'aile supérieure du sphénoïde forme, en haut et en arrière , seule ou conjointement avec le temporal, une saillie recourbée en crochet; cette saillie, plus ou moins considérable, est dirigée en bas et en avant ; elle ofire plusieurs variétés.
Elle est considérable , mais pas très-large, chez les oiseaux de proie diurnes ; les oiseaux de proie nocturnes , au contraire , la présentent, même dans cette direction , développée en une lame mince , qui complète, eu grande partie,
d'anatomie comparée. 25 1
l'orbite à ses régions postérieure et externe. Elle manque à la plupart des oiseaux chanteurs . Parmi les oiseaux grimpeurs , les perroquets olFrent surtout plusieurs différences. Chez le jaco (psittacus erjtkacus) , et la perruche ordinaire (ps. alexandrinus) , par exemple, elle est petite ; elle est, au contraire , longue, chez le ps. pulverulentus et les aras ; chez le premier, elle touchepresque,parsapartie inférieure, à l'apophyse zygomatitjue du temporal , et constitue chez tous deux , avec l'os lacrymal , le cercle orbitaire inférieur. Chez les cacadous enfin , elle se confond , en bas , avec l'apophyse zygomatique et l'os unguis. Plusieurs cés ont cette saillie de l'aile supérieure du sphénoïde d'une longueur considérable; elle touche tout-à-fait, ou presque toul-à-fait, à l'apophyse zygomatique du temporal. Elle est longue chez les hérons , courte chez les cigognes , conûàèrable chez les palmipèdes en général, mais plus volumineuse chez les stercoraires, les goélands, les plongeons , les pingouins , les guillemots , que chez les canards , les oiec , les cjgnes , les cormorans et les macareux. Elle est surtout très-forte dans le genre macareux ; sa base y est large , elle s'y bifurque en deux longues branches , une inférieure et une supérieure ; de ces deux branches , la supérieure représente vraisemblablement une trace de la portion externe , et en majeure partie isolée, de la
voûte siis-orbitaire de plusieurs oiseaux d'eau , puisqu'elle existe chez les macareuou , dont le coronal est étroit et plein.
D'après M. Tiedemann , les perroquets se distingueraient(i) des autres oiseaux, en ce que cette apophyse externe de Vaile supérieure du sphénoïde constitue un anneau qui , conjointement avec l'os unguis , entoure U cavité orbi taire inférieureineut. Cette disposition , dont je traiterai plus au long en parlant de l'orbite, existe en effet, d'après ce qui a été dit, chez plusieurs perroquets , mais non chez tous, conime quelques auteurs le prétendent ; et en revanche, on la rencontre chez d'autres oiseaux fort éloignés, sous certains rapports, des perroquets. On n'a cependant pas décidé, à ce que je sache , si cet anneau n'est formé toujours que par l'aile du sphénoïde , ou s'il l'est seulement par une partie de cette aile; car la portion écailleuse du temporal , peut-être même le coronal, pourraient , en s'alongeant , contribuer à la formation de cet anneau , ou même le constituer chacun en entier. Il est possible aussi qu'il se forme un point d'ossification propre entre l'apophyse antérieure et la postérieure ; enfin , on peut concevoir, en général , qu'il existe, chez les différens oiseaux , divers modes de développemens.
(i) Loc. cit. , p. 178.
d'anatomie comparée. 253 En effet , chez dé jeunes canards , je trouve que la partie postérieure del'apopliyse est formée par la portion écailleuse du temporal , tandis que sa partie antérieure, qui esta la vérité plus longue, est formée par l'aile du sphénoïde. La conformation analogue de plusieurs mammifères tend à faire croire que la bosse frontale postérieure se prolonge quelquefois de cette manière. L'examen de jeunes oiseaux qui offrent cette disposition devra décider cette question.