Maxillaire supérieur
Le maxillaire supérieur se divise, comme chez tous les vertébrés , en une pièce antérieure, ou os intermaxillaire , et une pièce postérieure , ou os sus-maxillaire. Ce n'est que depuis quelques années que les recherches de M. Geoffroy-St-Hilaire (i) ont répandu la lumière sur les os de la tête des oiseaux en général, et sur ceux de la face en particulier. Auparavant on ne les avait pas assez étudiés dans leurs dé-
(1) Annales du Muséum , t, X.
d'aNATOSUB COMPAlll'ÎE. 285
veloppemeus , ni couvenablemenl séparés les uns des autres. Ainsi M, Cuvier(i) enseignait encore que le bec supérieur des oiseaux ne con-r sistait qu'en un os, qui correspondait à Tintermaxillaire , au sus-maxillaire , au nasal et au palatin des mammifères (2). U ajoute, à la vérité , que cet os QÛre quelquefois des sutures qui séparent ces mêmes os chez les mammifères 5 mais il n'en détermine pas la forme, et range , à tort , les os palatins avec les os qui entrent dans la composition d.u bec supérieur.
a . Jnter- maxiLla ire .
Uinter-maxiUaire , os impair et simple, le plus grand de tous les os delà tête après le maxillaire inférieur et le coronaï, est formé d'une pièce antérieure plus grande , arquée , et d'une
(1) . La distinction des os de la face est, en effet , due à M. GeofFroy-Saint-Hilaire. M. Cuvier le professe dans un mémoire inse'ré au 19* vol. des Annales du muséum , en date de 1812. Depuis l'an 1811 , ce célèbre auatomiste avait publiquement admis la se'paration du maxillaire supérieur en inter-maxillaire , maxillaire supérieur, palatin , lacrymal , fugalet nasal , qu'il considère comme des démembremens du frontal j les pièces préparées au cabinet d'anatomie comparée de Paris , portent les indications de ces limites. ( Note des traducteurs ).
(2) . Anat. comparée , vol. 2 , pag. 69.
TRA1TJ& GÉNrÉRA.L
postérieure, beaucoup plus étroite et plus droltet ces pièces s'écartent l'une de l'autre à des distances variables par leur extrémité postérieure ; mais cette séparation ne dépasse pas la moitié de la longueur de l'os. 11 en résulte un intervalle qui les sépare et que limite en partie, vers le côté externe , une apophyse externe de la première pièce. La pièce postérieure est -simple, c'est la continuation du bord interne de la pièce antérieure. Celle-ci détache de son bord interne, du moins aux premiers temps du développement chez les oies et les canards , une lame qui , partant à peu près du milieu de sa longueur , se dirige en arrière et se soude avec lui plus tard.
Cet os se recourbe , avec son extrémité postérieure , dans une étendue variable , par-dessus la partie antérieure de l'eihmoïde jusqu'à la portion nasale du coronal, avec laquelle il se soude communément dans l'âge avancé.
Plus bas il est contigu au nasal , plus bas encore au sus-maxillaire, et non, comme le dit M. Tiedemann (i) , à l'os zygoraatique , qui en est séparé par le sus- maxillaire.
L'os inter-maxillaire se forme toujours de deux moitiés latérales de même nom, que j'ai trouvées séparées , non-seulement chez des oiseaux qui venaientde sortir de rœut'(2), mais qui , chez
(1) Loc. cit. , p. i84-
(2) Tiedcmanii , loc. cil. , p. 18/j.
d'aNATOMIE COMPAIuiE. 285
îe canard, ne commencent à se souder que cinq semaines environ après la naissance. Les moitiés latérales , inférieures et antérieures , sont toujours les premières à se souder , tandis que les moitiés supérieures se voient souvent encore séparées à leur extrémité supérieure , chez des individus qui ont pris tout leur accroissement. Ces moitiés se touchent , du reste , ordinairement parleurs bords internes , dans toute leur longueur , de sorte qu'aucun os ne s'intercale entre elles ; elles forment , par conséquent, le bord supérieur et antérieur des narines, qui sont situées en dehors d'elles , et toujours séparées par elles , au moins extérieurement.
Comme cet os constitue la majeure partie du bec supérieur, qu'il en détermine la forme, qu'il est par conséquent dans le rapport le plus intime avec le genre de vie des oiseaux , il présente de grandès différences , surtout dans sa partie antérieure. Cependant ces différences , puisqu'elles résultent déjà de l'examen extérieur , et qu'elles sont en rapport avec le mode de nutrition , appartiennent en partie à la zoologie , en partie au chapitre qui traitera des instrumens de manducaliou.
Les différences que présente la partie postérieure de ce bec consistent principalement eu
l'absence ou la présence d'une lame, qui descend verticalement du milieu du bord inférieur de cette partie pour pénétrer dans la cavité nasale , et partager cette cavité en deux moitiés latérales. Elle manque généralement aux gallinacés , aux oiseaux de marais ^ aux pal-* mipèdes ; chez les accipitres et les grimpeurs , elle est , au contraire , complète.
Les perroquets se distinguent , d'une manière remarquable , des autres oiseaux, parle mode de connexion de l'inter-maxillaire avec le crâne ; il ne s'y soude pas avec , le crâne comme chez les autres oiseaux j mais il lui est uni par de la substance ligamenteuse , lâche. Cette disposition compense inconsteslablement l'élasticité et la ténuité que iprésentent les os inter-maxillaires chez les autres oiseaux, précisément en cet endroit; disposition d'où résulte un certain degré de mobilité , même après que la soudure s'est opérée.
b. SuS'-maxillaire.
Les maxillaires supérieurs postérieurs , ou les sus-maxillaires proprement dits , consistent en trois parties, savoir : une moyenne, dirigée eu haut, le plus souvent large, mais courte; une antérieure, etunepostérieure. Ces os sont beauqoup plus petits queles inler-maxillaircs , dnr-
D'ANATOMIE COMPARlÊK. ûg-r
rière et ù côté desquels ils sont situés, de manière à ce que leur extrémité antérieure touche à l'extrémité postérieure delà partie antérieure des inter-maxiliaires , et concoure, conjointement avec elle , à compléter postérieurement la voûte palatine. Ils se terminent, en haut et en avant, par les apophyses nasales , qui sont courtes et qui s'articulent avec les os du nez. En arrière, ils s'appliquent ordinairement dans le plan de la face palatine , par-dessus l'extrémité antérieure de l'os palatin^ plus en dehors, leur apophyse postérieure se place sous la moitié antérieure, qui est la plus grande, de l'os zygomatique , pour former l'arcade de ce nom.
Ils forment communément , par la face supérieure de leur partie antérieure , la portion postérieure du plancher de la cavité nasale.
M. Tiedemann(i) comprend une partie considérable de l'os nasal avec le sus-maxillaire, quand il dit que ce dernier s'articule avec le co rouai et le lacrymal • car mes recherches prouvent que le nasal se place , on peut dire sans exception, entre le coronal , le lacrymal , et le sus-maxillaire.
Dans le plus grand nombre des cas, les parlies moyennes des os sus-maxillaires se rapprochent considérablement l'une de l'autre en se recourbant en dedans ; quelquefois même il y
(i) Loc. cit, p, 184.
'288 TRAITÉ GljINÉRAL
acontact entre ces os , soit immédiatement, soit au moyen du vomer.
Ils offrent plusieurs différences, dont quelques unes sont remarquables, tant sous le rapport du volume, que de la forme et de la connexion.
Les gallinacés , et surtout le coq de brujère, présentent l'exemple de la plus grande petitesse de ces os. Ils n'y forment qu'une petite lame , étroite et alongée, qui se compose de deux branches courtes , unies entre elles sous un angle obtus ; l'antérieure et supérieure de ces branches est l'apophyse nasale , la postérieure et inférieure est l'apophyse zygomatique. La première s'applique par son extrémité supérieure à la branche inférieure de l'os nasal , la seconde se place sous l'os zygomatique. Leur point de réunion touche à l'extrémité postérieure de la branche inférieure de l'in ter-maxillaire.
La partie antérieure du sus-maxillaire manque, par conséquent, chez ces oiseaux. Les paons , les dindes , les faisans , présentent la même conformation, ou du moins une conformation qui n'est guère plus complète.
Plusieurs oiseaux de rivage , particulièrement les bécasses, ont aussi un sus-maxillaire extrêmement simple , qui ne diffère de ceiui qui vient d'être décrit que par la brièveté de sa branche nasale.
Chez d'autres gallinacés, tels que le coq domestique {gallus gallinaceus) , le mitou-po-
d'anatomie comparée. 28g ranga (crax olector) , non seulement l'npophjse postérieure se prolonge , mais il se manifeste, en outre, une apophyse antérieure, qui se place sous l'intermaxillaire , et qui s'élargit aussi en-dedans , oi\ elle s'unit par sa partie postérieure , dans la ligne médiane , avec sa congénère du côté opposé et avec l'extrémité inférieure du vomer j il résulte de cette disposition, que la fente palatale est divisée en deux moitiés, savoir : une antérieure, petite, et une postérieure, plus grande.
Ces os sont plus considérables encore chez plusieurs oiseaux d'eau , surtout dans les genres cygne, canard et oie. Leur partie antérieure est très large; elle s'unit postérieurement aussi, dans la ligne médiane, avec celle de l'os du côté opposé et avec le voraer ; leur apophyse nasale est large , mais pe^u élevée.
Chez plusieurs échassiers , particulièrement la cigogne , de même chez les oiseaux de proie, surtout les nocturnes , les os sus-maxillaires ont un volume fort considérable , principalement dans la partie antérieure ; ils sont composés d'une substance osseuse lâche , fortement convexes en dedans, et par conséquent tellement saillans dans cette direction qu'ils sont sur le point de s'atteindre. Ils ressemblent ici exlraordinairemerit aux cornets inférieurs des mammires, dont ils occupent aussi la place. Ils s'étendent , à cause de ce développement considé-
2go TRAITÉ GÉNÉRAL
rable , chez les oiseaux de proie nocturnes^ à travers l'extrémitc postérieure et convexe de cette portion antérieure, jusques auprès de la face antérieure de l'os lacrymal , mais sans s'unir à cet os. Cette partie antérieure , qui est renflée , est , conformément à la forme de la face , très-haute et très-large chezles oiseaux de proie nocturnes ; elle est, au contraire, très-longue c\\qt,\qs cigognes. C'est surtout son extrémité postérieure qui présente toujours le plus d'épaisseur, à peu de distance en avant de la naissance de l'apophyse zygomatique.
On rencontre une conformation analogue chez d'autres oiseaux, surtout \es foulques , les harles, les pingouins goélands ;SQxAç^menl lalame, qui, chezles oiseaux ci-dessus désignés, est convexe en dedans et concave en dehors , est ici plus petite et plus simple. Les os susmaxillaires ne s'atteignent pas , chez ces derniers oiseaux , sur la ligne médiane; l'apophyse nasale est très-petite et peu haute.
rj. Nasal (i).
Les nasaux sont des os pairs , communément volumineux et alongés , qui sont situés , en dehors de la branche supérieure de Tinter-
'(i) Frontal antérieur de M. Cuvier. {N. d. T.)
d'anatomie comparée. 291 maxillaire, à l'extrémité antérieure du coronal, et qui descendent en avant, de telle sorte que, formant le bord postérieur de la narine , ils se rencontrent, en avant et en haut, avec l'apophyse nasale du sus-maxillaire. Chez plusieurs oiseaux , entre autres les perroquets , les gallinacés , les accipitres et plusieurs palmi-pedes , ils s'appliquent , en outre, par leur extrémité antérieure , dans une étendue variable , contre la branche montante de l'intermaxillaire', qu'ils recouvrent. Chez d'autres , particulièrement chez plusieurs oiseaux d'eau, il semble , au contraire, qu'une longue apophyse du coronal s'intercale entre l'os nasal et la branche montante de l'intermaxillaire; si cette disposition est réelle , il s'ensuit que cette pièce antérieure n'appartient pas à î'os nasal et qu'il est conséquemment plus petit et plus simple que sous la première condition. Les os nasaux' sont ordinairement séparés l'un de l'autre , dans toute leur longueur , par les branches supérieures de l'intermaxillaire ( i ); ils se rencon trent néanmoins quelquefois , par leur extrémité supérieure , dans la ligne médiane , au-dessus des branches ascendantes des intermaxillaires. Ceci a lieu chez la cigogne blanche, à peu près dans le quart postérieur de leur longueur ■ disposition qui cstintéressante,parce qu'elle ajoute
(0 GeofFroy-Saint-Hilaire , /oc. cit.
à la ressemblance qu'ont ces os avec les os nasaux d'autres animaux vertébrés.
Ils se soudent d'assez bonne heure aux os voisins, surtout d'abord avec le sus-maxillaire; circonstance qui peut donner facilement lieu à des erreurs sur l'étendue de cet os, comme la remarque vient d'en être faite.
Leur forme n'est pas toujours la même. Plusieurs oiseaux aquatiques, tels que les goë- Icmds , les stercoraires , les hirondelles de mer , les guillemots , les pingouins et les plonseons ^ me semblent nrésenter les os nasaux à i'état 'de la plus grande simplicité. Je ne trouve, en eSet , à leur place , chez ces oiseaux , qu'une lame simple , mince et alongée, qui descend verticalement de haut en bas et d'arrière en avant, et qui s'applique par une extrémité contre le coronal , par l'autre contre le sus-rpaxillaire. En bas, j'ai presque toujours réussi à les séparer du sus-maxillaire; mais en haut je n'ai pas encore pu déterminer, avec certitude, .si chacune de ces lames ne se recourbe pas en bas et en avant , et si l'apophyse qui, chez plusieurs oiseaux, a été attribuéeau coronal, ne lui appartient pas. J'ai cependant remarqué plusieurs fols , à l'extrémité supérieure de ces lames simples, des éminences et des enfoncemens semblables à des sutures, qui militent pour mon opinion. Chez le vanneau, j'ai même pu, sans employer le moindre effort, ou occasioner la
d'anatomie comparée. 295 Ui-t>iiidre lésion, séparer ces lames d'avec le coronal et son apophyse.
Chez les autres oiseaux , les os nasaux sont formés très-généralement .d'une apophyse interne, supérieure, et d'une externe, inférieure : la première est appli(juéeà côté et au-dessous de la partie supérieure de l'apophyse montante de l'os futermaxillaire , et touche en haut au coronal ; la seconde est contiguë supérieurement à l'os lacrymal ; inférieurement elle est située entre le sus-maxillaire et l'extrémité postérieure de la branche horizontale de l'os intermaxil laire.
Du point de réunion des deux os nasaux , il s'élève ordinairement, en haut, une lame osseuse considérable, que l'on pourrait considérer comme une troisième apophyse; c'est lasujîérieure.
L'apophyse interne , ou intermaxillaire, correspond , par sa position , à la pièce osseuse que je regarde, chez les oiseaux agiiatic/iies^ et de rivage dont il a été question, comme une partie du frontal.
Si des recherches ultérieures démontraient que l'apophyse interne n'est pas cette pièce, ^mais bien l'apophyse interne de l'os nasal, 11 faudrait modifier ce qui a été dit sur la conformation si simple du nasal, et les oiseaux en question ne se distingueraient plus des autres que par une séparation plus longue des os n/i-
sauxet par l'absence de l'apophyse supérieure.