TRAITÉ
Les apophyses épineuses inférieures existent également , surtout aux trois ou quatre vertèbres cervicales les plus supérieures , généralement même sur l'atlas, et sur à peu près le même nombre des vertèbres cervicales inférieures ; elles manquent à la majeure partie de celles
du milieu. ,
Comparées aux apophyses épineuses supérieures , elles offrent, quant à la forme, au volume, aunoQibre,etaurapport) plusieurs différences assez notables. Sous la considération de la forme , ou elles sont sans bifurcation et pleines , ou elles naissent, par deux racines latérales, de la face inférieure du corps.
La première espèce d'épines me paraît être beaucoup plus fréquente que l'autre ; il n'y a qu'elles , autant que je sache , aux vertèbres cervicales antérieures, à compter de la première, la troisième ou quatrième. Elles existent aussi aux vertèbres inférieures , où elles sont généralement plus considérables et plus nombreuses. Elles sont minces , plates , ordinairement ou apointies ou carrées. Chez plusieurs échassiers, par exemple les hérons, elles sont, sur quelques vertèbres cervicales antérieures , souvent partagées par une échancrure en deux moitiés, l'une supérieure et l'autre inférieure.
La seconde disposition se rencontre chez plusieurs oiseaux • on la trouve aux vertèbres cervicales moyennes j mais surtout sur celles qui
D'aNATOMIE GOMPAItÉE. 5l
se rapprochent de l'extrémité postérieure de la colonne cervicale. Lorsque cette disposition a lieu , la plupart des apophyses épineuses inférieures, qui existent ordinairement, manquent , sans que cette absence ait été amenée par aucune transition. Ces épines de la seconde espèce sont toujours courtes et peu élevées , situées à l'extrémité antérieure ou supérieure de la vertèbre , et forment, conjointement avec l'extrémité antérieure du corps qui est située au-dessus, un canal, qui complète le sillon vasculaire inférieur, destiné à loger les artères céphaliques. On trouve de faibles traces de Ces épines aux vertèbres situées plus haut, mais rarement audessus de la quatrième ou de la cinquième vertèbre supérieure : ce sont, sur chaque vertèbre, deux tubérosités, tournées l'une vers l'autre , qui complètent, dans la majeure partie du col , le demi-canal qui loge les artères céphaliques , et qui se réunissent insensiblement sur la ligne médiane. Aux vertèbres inférieures , au contraire , on voit ordinairement les épines non divisées , situées sur la ligne médiane , remplacer immédiatement ces demi-anneaux. Les demianneaux ne semblent donc pas ici donner naissance aux apophyses, d'autant plus que plusieurs oiseaux, par exemple le petit plongeon {cnljmbiis stellaLiis) et le colymhus rufogularts, offrent aux mêmes vertèbres des épines inférieures simples , fort longues , qui n'existent
5iî TRAITÉ GliNÉRAL
pas coujoinlement avec des épines bifurqiiées, mais avec les tubérosités mentionnées qui les représentent. Cependant la dernière circonstance prouve seulement que ces deux espèces de parties appartiennent à la même conformation, et il ne résulte pas de l'existence des épines sans demi-anneaux que la substance osseuse employée, dans une vertèbre, à former un pont osseux, ne soit pas destinée, dans une autre, à constituer un canal. Ajoutez à cela que l'on rencontre quelquefois un passage trèsdistinct d'une conformation à l'autre. Ainsi, les quatre vertèbres cervicales inférieures de l'eider {anas mollissima ) oiFrent des épines inférieures non divisées, qui sontconsidérables. A la cinquième vertèbre, quand on compte du bas vers le haut , celte partie devient beaucoup plus large , et se divise en deux longues branches latérales , qui , dès leur origine , s ecartent Tune de l'autre , pour former les tubérosités ordinaires. Cela ect encore plus frappant chez le colrmbus cristatus , dont les trois premières et les trois dernières vertèbres cervicales présentent des épines inférieures , simples , ordinaires, tandis que la plupart des autres possèdent, en outre, les tubérosités non reunies , dont il a été question, qui, à partir de la quatrième jusqu'à la sixième , en comptant de l^as en haut, se rejoignent et se prolongent sur la quatrième, pour former une épine inférieure , tort considérable.
d'anatomie comparée. 53
Quelle que soit l'idée à laquelle on s'arrête, la réiiniou des tubérosités supérieures a lieu principalement chez plusieurs oiseaux échassiers et palmipèdes , Il j a , sans doute , sous ce rapport , non seulement des difî'érences d'espèce à espèce, mais même d'individu à individu , et d'âge à âge.
Parmi les palmipèdes ^ je l'ai trouvée chez le pélican ordinaire ( pelecanus onoGrotalus)y sur six vertèbres ,à compter de la huitième jusqu'à la treizième j chez le fou de Bassan ( p. hassanus ) sur cinq vertèbres, à partir de la neuvième jusqu'à la treizième ; chez le cormoran [p. carbo), je l'ai vue incomplète , une fois, sur la douzième et la treizième , et dans un autre cas tout-à-fait nulle.
Parmi les cckassiers , je vois cette réunion , dans trois squelettes de héron commun (ardea cinerea), sur sept vertèbres, à partir de la septième jusqu'àla treizième j dans deux squelettes de butor d'Europe {ardea stellaris) , à compter de la sixième jusqu'à la douzième.
Je ne l'ai pas remarquée chez la grue commune; chez les cigognes blanche et noire , une partie des tubérosités se rapprochent beaucoup l'une de l'autre; mais elles ne se réunissent pas sur la ligne médiane , du moins dans les squelettes que je possède.
Les dispositions qui viennent d'être considérées en rappellent évidemment d'autres sera-
54 TRAlTjâ GÉMiRAL
blables , existant surtout chez les poissons, et auxquelles elles correspondent parfaitement sous le rapport de la position , de la forme et de la fonction ; mais je ne vois pas comment M. Carus(i) a pu rattacher àla description de ces parties les "canaux latéraux et doubles , servant au passage des vaisseaux et des nerfs , qui viennent d'être étudiés (2), et qui, sous aucun des rapports mentionnés , n'offrent de concordance et ne s'y rapportent.
Ces apophyses épineuses inférieures sont à leur maximum de développement, particulièrement chez plusieurs palmipèdes , surtout aux trois ou cinq vertèbres cervicales postérieures , où elles sont aussi hautes et aussi longues que le reste de la vertèbre , et ne méritent nullement la dénomination petites apophyses épineuses (3). Il faut surtout ranger ici le petit plongeon ( colymbas stellatus ), le c. rufogularis , le grèbe huppé, le grand guiUemot {uria troile), le petit guillemot {u. grjlle ), le macareux ( mormon fraterculus) , le puffinus arcticus , le pingouin commun ( alca torda), le cormoran {pelecanus carho) , plusieurs canards , par exemple l'eider adulte (Cuv. anas mollissima), le jeune mâle
(1) Zootomîe, p. i58.
(a) Voyez pages 45 et 44.
Ci) Tiedemann's Zoologie, Bd. 2 , S. 204.
d'anatomie comparée. 55 de Ja même espèce ( Ciiv. a. spectahilis ).
Elles offrent l'extrême de petitesse dans les oiseaux échassiers .
Très -ordinairement les épines supérieures sont plus grandes que les inférieures. Cette remarque s'applique non-seulement aux oiseaux qui viennent d'être cités, mais aussi à la plupart des autres. Chez les gaHinacés et les oiseaux de proie, les apophyses épineuses supérieures et inférieures ont à peu près le môme volume. Le rapport inverse a lieu chez les échassiers. et qaelqnes palmipèdes^ les cjgnes par exemple.
Le rapport des apophyses épineuses inférieures aux supérieures n'est pas partout le même.
Quelquefois les épines inférieures des vertèbres cervicales postérieures sont beaucoup plus grandes que les supérieures, qui existent à peine, comme cela sfr voit, par exemple, chez le pingouin commun («Zcfl torda) , et dans les genres guillemot , plongeon , macareux , puffin , grèbe , goéland. Chez les mêmes oiseaux, les épines supérieures des vertèbres, cervicales antérieures sont un peu plus grandes que les épines inférieures de ces mômes vertèbres. Cbez les oiseaux rapaces les épines supérieures sont , "sur toutes les vertèbres cervicales , un peu plus fortes que les inférieures. Chez les échassiers , elles ont à peu près le même volume les unes que les autres. Dans ks genres coq e\.dindc^ parmi les gallinjçicès ,
les apophyses épineuses, supérieuresetinférlcures, des vertèbres aulérleures, ont à peu près le même volume ; aux vertèbres postérieures les épines inférieures sont plus iortes. Chez les paons elles ont toutes àpeu près le même volume.
Enfin , quant au nombre des épines inférieures , on peut faire remarquer que, dans les cas où elles sont le plus développées , elles existent aussi sur lu plupart des vertèbres : ainsi on en voit des traces distinctes sur presque toutes les vertèbres dans les genres g^MfV/eniot , pingouin , plongeon , grèbe, tandis que chez les échassiers , elles n'existent que sur un petit nombre de vertèbres cervicales.
Les deux premières vertèbres cervicales des oiseaux, surtout l'atlas, se distinguent aussi des autres d'une manière très saillante. Ce sont, en général, les plus petites vertèbres de la colonue cervicale, principalement la première, qui forme tout au plus le quart de la seconde. L'axis porte, en outre, au-dessus de sa surface articulaire antérieure , une apophyse odontôïde considérable , encroûtée de cartilage à sa face inférieure , apophyse qui s'applique à la face supérieure du corps de l'atlas. Cette vertèbre a constamment une forte épine supérieure et une inférieure.
L'atlas est très court d'avant en arrière, il
Ij^ANATOMIE COMPARÉE. 5/
est par conséquent plus annulaire que les autres vertèbres. Son corps supporte une épine inférieure considérable , dirigée en arrière, qui est beaucoup plus large dans sou diamètre transversal que celle des autres vertèbres , et qui est concave; elle embrasse la partie antérieure de la face inférieure du corps de l'axis. Son trou vertébral présente , en bas , un prolongement plus ctroit,auquels'adapte l'apophyse odoutoïde de l'axis. Le corps n'a que les deux surfaces articulaires simples qui existent sur toutes les autres vertèbres ; elles j sont disposées comme sur celles-ci : l'arc ne présente que les deux faceltes articulaires postérieures ; il se termine, en avant et en arrière , par un bord droit , tranchant,et n'apas d'épine supérieure. Quelquefois, surtout chez Voie , les deux moitiés annulaires de l'arc ne sont unies au milieu, du moins fort long-temps , que par de la substance cartilagineuse , tandis que les autres vertèbres n'oftrent point de traces de cette séparation ; disposition dont je n'ai jamais pu trouver d'indice chez d'antres oiseaux , d'ailleurs très-rapprochés de ce genre.
Le rapport des difiérentes régions de la colonne vertébrale varie considérablement.
En général , chez les oiseaux à longues jambes , la région cervicale est toujours la plus
58 TRAITJÈ GÉNÉRAL
longue de loule la colonne, au point que chez les grallés ^ elle est deux fois plus longue que les autres régions prises ensemble. Elle est également très considérable chez plusieurs palmipèdes , par exemple les ejgnes. C'est chez certains oiseaux du dernier ordre , qui ont les jambes courtes et qui nagent peu , ainsi que chez les oiseaux de proie , que la portion cervicale a le plus de brièveté ; elle est même plus petite que la région postérieure du rachis. Les autres oiseaux sont intermédiaires à ces deux extrêmes.
Les détails sur les rapports de longueur des dllFérentes régions de la colonne vertébrale seront indiqués dans les tableaux généraux que nous donnerons du squelette des animaux vertébrés.
En général, les vertèbres sont tout-à-fail aérifères , à l'exception de la première et souvent de la dernière. 11 existe le plus souvent de chaque côté, sur divers points , mais rarement dans la ligue médiane, plusieurs ouvertures propres, qui , proportion gardée , sont fort considérables et souvent plus ou moins cachées par les apophyses.
Ce n'est que chez plusieurs é'chassiers et palmipèdes que les vertèbres ne contiennent pas de canaux aériens ; les vertèbres lombaires iulé-
d'anatomie comparée.. 5g rleures n'ont, à la vérité , généralement point d'ouveriure à l'extérieur, mais elles sont néanmoins aérifères , parce qu'elles commumquent avec les vertèbres supérieures. Les vertèbres les plus aérifères sont les vertèbres dorsales supérieures, et les cervicales inférieures. Elles reçoivent l'air par trois ou quatre paires d ouvertures. Ces ouvertures occupent plus généralement les apophyses transverses ou le corps, moins souvent les apophyses épineuses.
Les connexions des vertèbres cervicales sont simples en géuéral. Les surfaces articulaires du corps sont unies par des llgamens capsulaires lâches , dans lesquels on trouve un fibro-cartilage mince et mobile , qui adhère seulement au pourtour du ligament capsulaire. D'autres ligamens capsulaires , mais qui n'offrent «point de fibro-cartilage, unissent entre elles les apophyses articulaires. Entre les bords antérieurs et les postérieurs des arcs , il existe une bandelette lâche et étroite , renforcée un peu au milieu, où elle est distinctement fibreuse.
La seconde vertèbre cervicale s'unit à la première de la manière accoutumée , mais la rondelle de cartilage manque dans le ligament intervertébral. Il existe, eû outre, un ligament capsulaire lâche entre l'apophyse odonloidc et
le corps de l'atlas. Du sommet de cette même apophyse on voit naître iiu fort ligament fibreux, qui se termine à la face postérieure ou supérieure du condyle de l'occipital.
L'atlas s'unit a l'occipital , inférieurement , par unecapsule lâche, sans fibro -cartilage, qui s'insère au coudyle , supérieurement, par une bandelette ligamenteuse, égalementlàche. Derrière l'apophyse odontoïde de l'axis , on trouve dans l'intérieur de la cavité vertébrale , dirigé d'une moitié de l'atlas à l'autre , un ligameut transversal , roide , très-fort , qui maintient l'apophyse odontoïde; au-dessous de ce dernier, on voit monter le ligament précité , qui s'étend de cette apophyse à l'occipital, (^i)
(i) M, Serres, en poursuivant et en complétant les observations faites par Malpighi , re'pe'tées par Haller et Wolff , sur le développement du poulet, décrit ainsi la formation des veflèbres du rachis : « L'étui rachidieu apparaît d'abord sous la forme de deux replis latéraux de la membrane du germe, qui se soudent l'un à l'autre sur la ligne médiane. Lorsque cet étui prend la nature cartilagineuse, le mécanisme est le même, ilse forme unsemi-rachis droit et un semirachis gauche, que l'on peut comparer aux deux portions du coronal et du maxillaire inférieur. Il en est encore ainsi dans la transformation osseuse. Au dixième jour de l'incubation , un point osseux se montre à la base des masses latérales, sur cinq ou six vertèbres dorsales en même temps. Le onzième, on le rencontre sur presque toutes. Le même jour, il paraît, sur la partie moyenne du corps des sept ou huit vertèbres dorsales , deux points osseux
d'anatomie comparée.