‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource] (volume 4)Chapitre 75 sur 83 · Lacrymal · texte numérisé non relu

Lacrymal

Le lacrymal se montre très -généralement sous la forme d'un os irrégulièrement quadrilatère, ou triangulaire j il est séparé par une saillie plus ou moins forte en une moitié antérieure, concave ou perforée, qui rjeçoit les 'voies lacrymales, et une moitié postérieure, qui constitue la partie antérieure de la paroi interne de l'orbite. Cet os est toujours situé dans la partie antérieure de l'orbite , quelquefois . à la partie supérieure et postérieure de la région latérale de la face , entre le coronal , le susmaxillaire et l'ethmoïde.

Le silence des auteurs au sujet du lacrymal des cétacés elles descriptions données d'ailleurs des autres os pourraient conduire à admettre que ces 'animaux sont entièrement dépourvits de l'os dont il s'agit. M. Cuvier (1) cl après lai M. Carus (2) n'en font aucune mention. Cam-

(0 Leçons, vol. II, p. 65.

(7.) Zoolomie, p. 174.

Q92 TRATT]É GéNÉLAL

per (j) non plus ne parJe nulle part de l'os lacrymal ; mais il décrit et figure un os stjloide, supporté par des cartilages, au-dessous de l'orbite, et que M. Cuvier a déjà précédemment exactement représenté comme l'os jugal.

La figure donnée de cet os par Camper est telle qu'en considérant la forme et la position de sa partie antérieure , on peut déjà présumer que c'est le lacrymal ^ bien que M. Cuvier prenne précisément cette partie pour l'os jugal, et représente le véritable jugal comme ^ïic simple annexe du premier (2), h' Le lacrymal des cétacés est triangulaire , plat, imperforé et situé au-devant de l'orbite; chez ]e& dauphins et le narwal, il est situé -sous le susmàxillaire, au-devant et au-dessous du coronal , c'est-à-dire exactement à la place de l'unguis. 11 se confond, comme il paraît, de bonne heure avec l'os jugal, qui n'est qu'un stylet long et effilé. Je trouve cependant chez les dauphins, aussi bien que chez les monodons, que ces deux os sont entièrement séparés dans le jeune âge; je vois seulement, en avant, à la face inférieure du lacrymal, une courte saillie, dirigée en arrière, à laquelle touche l'extrémité antérieure du jugal.

11 est encore plus facile à reconnaître chez

(i) Cétacés , hc. cit.

(Si) Ossem./oss. , i825, V, i,p. 29t.

d'anatomie comparjée. 393

les haleines^ où il a été indiqué exactement par M. Cuvier (i). 11 n'est pas placé, chez ces animaux , sous le susmaxillaire et le coronal , mais il est situé très-làchement entre ces deux os ; il s'éloigne , par conséquent , moins de la disposition commune. Il ne semble pas se rencontrer avec le jugal, et certes ces deux os ne sont pas confondus ensemble. Il est allongé , ^ plat, et beaucoup plus petit que chez les dauphins.

Cette exception à la règle est donc également nulle.

Les cétacés faux ont aussi un petit lacrymal qui est imperforé.

Chez les solipèdes, les ruminans et les pachydermes^ le lacrymal offre, en général, un volume extraordinaire^ ses moitiés faciale et orbilaire sont séparées par un angle aigu, qui coïncide avec le bord antérieur de l'orbite. La portion faciale est communément pour le moins aussi grande que la portion orbi taire ; chez les chamois , les, rhinocéros, le tapir, \ hippopotame et les cochons , elle est plus étendue et contient quelquefois en arrière les trous lacrymaux, dont l'un est supérieur et l'autre inférieur.

Chez quelques ruminans , particulièrement

(i) Ossemens fossiles, V, i,p.372.

les cerfs, la portion faciale de l'anguis oIFre un enfoncement extraordinaire, pour recevoir des glandes sébacées ; cette disposition est beaucoup plus marquée chez les individus mâles que chez les femelles. Les chameaux sont de tous ces animaux ceux qui ont l'unguis le plus petit ; chez eux , les antilopes , les moutons^ les bœufs, les chamois et les solipèdes, les trous lacrymaux ne sont pas situés sur la portion faciale, mais sur la portion orbitaire.

D'après M. Blumenbach (i), les éléphans n'auraient pas de lacrymal , ou seulement un rudiment de cet os (2)5 mais cela n'a pas lieu, comme je m'en suis convaincu par des recherches répétées : il y existe, mais il y est un peu plus petit que chez les autres pachydermes ; il est sans gouttière lacrymale , et se confond de bonne heure avec les os voisins.

Chez le daman, la portion faciale constitue une lame triangulaire, plate, saillant fortement en dehors et un peu en arrière ; elle forme une petite paroi orbitaire antérieure.

Dans les monotrèmes , il est diflicile de déterminer la forme du lacrymal , à cause de la prompte disparition de presque toutes les su-

(1) Vergl. Anat. , p. 3o.

(2) Gesch. der Rnochen , v edit. , p. 234 ( Histoire des os ).

d'aVATOMIE COMPARiE. 296

tiires; il ne forme pas de saillie , mais il présente une ouverture (i).

Le lacrymal des fourmiliers et des tatous , parmi lesédentés, est, toute proportion gardée, encore plus grand que celui des ruminans ^ et formé d'après le même type. Il est plus petit chez les paresseux , principalement dans sa portion faciale ; ce qui tient incontestablement au peu de longueur de la face. L'unguis manque, d'après M. Cuvier, au pangolin (manis brevicaudata ) , et est remplacé , cbez le phatagin (jnanis longicaudata), par une lame imperforée , qui appartient à l'ethmoide (2). Je ne partage pas cette manière de voir, à cause de la prédominance très-générale de l'unguis sur l'ethmoïde.

Chez les rongeurs et les marsupiaux, le lacrymal est , en général , plat , de grandeur moyenne, même petit ; il se retire presque entièrement dans l'orbite. Chez quelques-uns d'entre eux, par exemple les lièvres , chez lesquels il a un volume considérable , sa portion

(1) Dans l'individu du genre échidné qui existe àii cabinet de Paris , la suture qui le limite ante'rieureméiit est moins distincte; la portion faciale n'y est guère large de plus d'une ligne; elle est haute de deux et demie environ. Aucune limite ne permet d'assigner à. quel point la portion orbitairese se'pare de l'os planum eh "arrière. { N. d. T. ) ■ ■ • ,

(2) Ossem. foss. , V, i,p. 99, 100.

TRATTÉ GÉVÉRAL

faciale forme en dehors , comme chez les oiseaux, en haiii du bord antérieur del'orbile, une forte saillie Iriangalaire et transversale,' située au-dessus de la branche montante du susma.'âllaire.

Les carnivores ont communément la même conformation que les rondeurs.

11 est digne de remarque que cet os manque très-généralement aux phoques. Je n'en trouve du moins aucune trace sur six crânes de phoque à croissant { phoca groenlandica) , sur trois de phoque à capuchon {phoca cristata ), sur autant de crânes de phoque commun {phoca vitulina), sur deux de ph. hispida et sur un de ph. harhata, bien que ces crânes proviennent de jeunes sujets et offrent encore leurs sutures. 11 existe ordinairement chez les phoques^ entre le susraaxillaire , le coroual et le sphénoïde, un intervalle allongé, que l'on pourrait considérer comme la place où devrait se trouver l'unguis. Cet intervalle est surtout considérable chez le phoque commun {phoca vituLino) • mais il manque sur tous les six crânes de phoque à croissant ( phoca groenlandica). Cependant cet intervalle , lorsqu'il existe , est loin de s'étendre jusqu'au bord antérieur de l'orbite , et bien plus , il existe souvent conjointement avec le lacrymal , par exemple chez les chats. Cet os semble remplacé, chez les phoques , par la largeur de la

d'anatomie comparée. 297

portion supérieure et antérieure du susmaxillaire.

Il est remarquable, du reste, qu'en cela aussi l'organisation de l'homme imite assez souvent la conformation de certains animaux : en effet, il n'est pas rare de voir chez lui le lacrymal rapetissé ou oblitéré , taudis que le susraaxillaire est élargi.

Je n'en trouve non plus aucune trace, à la place accoutumée , chez le morse : il y manque , par conséquent, aussi, à moins qu'il ne faille regarder comme tel un autre os , dont il sera question ci-après, à l'occasion du jugal.

Chez les singes et Vhomwe , le lacrymal est encore plus petit et il est tout-à-fait retiré de la face dans l'orbite.

Les différences de connexion du lacrymal sont indiquées dans la description des os cthmoïde, susmaxillaire, nasal et jugal (i).

(0 M. le docteur Rousseau, préparateur du Jardin du Roi , a de'couvert un nouvel os, qu'il a nommé lacrymal externe ou petilunguis. Cet os est situe à la partie externe et inférieure du grand unguis, qui le recouvre par son bord infe'rieur j sa forme est celle d'un quadrilatère al~ long(f;il est min ce et crible' d'une multitude de petits pores. On peut lui considérer quatre faces : une externe ou orbitaire, visible à la partie inférieure et interne de l'orbite , et concourant à la formation du canal lacrj^mal; une seconde, qui ne se voit bien qu'à la partie interne et supérieure du canal, qu'elle complété ; une troisième, qu'on peut appeler susmaxillaire, parce qu'elle

lo. Jugal.

Le jugal est aussi irès-constaiu chez les mammifères ; il ne manque, à ce que je sache, que chez les pangolins; chez les autres , il est presque toujours formé d'une pièce unique. C'est un os allongé, aplati de dehors en dedans , communément convexe à sa face externe.

Il est situé généralement derrière et contre l'apophyse zygomatique du susmaxillaire, ordinairement aussi au-devant et contre l'apophyse zygomatique du temporal. Ainsi intercalé entre ces deux apophyses , il forme , dans une étendue plus longue ou plus courte , la partie inférieure et externe de l'orbite. D'après les premières données de M. Blumen-

est complëtement à cheval sur la portion de l'os susmaxillaire qui forme l'entre'e de l'orifice supe'rieur du canal nasal j enfin une quatrième, qui est recouverte par une partie de la surface plane du bord infe'rieur du grand unguis. Cet os est comme enterre à la base de la face orbito-faciale de l'apophyse nasale du maxillaire. Cet os ne doit pas être confondu avec l'osselet surnume'raire qu'on rencontre parfois sur le maxillaire supérieur , et qui est place' plus en dehors de l'orifice supe'rieur du canal nasal, {uirchives générales de médecine , t. xvui , oct. 1828 , p. 3o8. j

d'anatomie comparée. 299

Lach (1), cet os serait divisé chez quelques mammifères , par exemple chez la loutre , le castor, V opossum et le cochon d Inde. Cet auteur parle, en effet, d'un os intercalé entre le jugal et le temporal; mais, en s'en référant à une autre descrlption(3), cette donnée doit être rectifiée , et l'on doit admettre que , chez ces mêmes animaux , le jngal est intercalé , seulement comme pièce intermédiaire , entre l'apophyse du siismaxillaire et celle du temporal , et qu'il n'a aucune part à la formation de l'orbite : cette circonstance dépendrait du prolongement considérable de l'apophyse du susmaxillaire, qui occupe , chez Vhomme , la place du jugal. -D'une part, il est, sans doute, parfaitement exact de dire , et mes recherches l'ont confirmé, que ni les animaux précédemment indiqués , ni aucun autre , le morse excepté , n'ont deux os jugaux; mais j'ai trouvé d'autre part que l'os jugal n'est jamais exclu de la formation de l'orbite , si ce n'est dans des cas très rares, savoir, lorsqiVil est situé fort en arrière, comme cela a lieu par exemple chez le hérisson. 11 est vrai aussi qu'il n'atteint pas le coronal dans les animaux précités , comme l'indique exactement M. Blumenbach ; mais il n'en forme pas moins une partie du pourtour

(1) Fergl. Anat. , p. 28.

(2) Gesck. der Knochen, p. 217, 218, noie.

de l'orbite. La dernière assertion de M. Bhimenbach semble être due à ce que cetanatomlste a pris le jugal pour l'apophyse zygomaiique prolongée du susmaxillaire ; apophyse qui est précisément peu longue chez les animaux qu'il cite, et qui a pu être considérée d'autant plus facilement comme le jugal, que cet os se soude plus tôt avec le susmaxillaire qu'avec le temporal. Toutefois, dans ce cas, il n'y aurait absolument point de jugal.

La forme, le volume, la position, et, par suite, les rapports de l'os jugal, sont sujets à de nombreuses et très-grandes variétés. Chez les cétacés, c'est une simple lam.e. C'est chez les dauphins et le narwal qu'il ressemble le plus à celui des oiseaux ; il y est fort allongé, étroit, et peu convexe en bas j il constitue , sous la forme d'un pont étroit , disposé entre le temporal et le lacrymal , le bord inférieur de l'orbite. Il est plus court, plus épais et plus convexe dans la même direction , chez le cachalot, et plus encore chez les haleines.

11 est encore beaucoup plus convexe chez le dugong, qui l'a beaucoup plus grand, ainsi que les lamantins. Chez les derniers, il est plane dans sa partie postérieure , qui est la plus grande; en avant, au-dessus de l'orbite, iJ est fort convexe en bas , concave en haut ; il est très-élevé au milieu.

Le jugal des solipèdes est couri , plus large

d'anatomie compariî:e. Soi

I en avani , élevé , pointu en arrière , concave à sa face supérieure , convexe à l'inférieure : il ressemble , par conséquent , beaucoup à celui àes cétacés ^ particulièrement des haleines. La conformation en est plus compliquée

j ,chez les ruminans ; cet os, qui , du reste, ressemble à celui des animaux précédens, donne de sa partie postérieure une apophyse frontale considérable, qui monte vers une apophyse descendante du coronal j disposition qui complète le cercle de l'orbite.

• Le jugal des pachydermes est , en général , extrêmement simple, semblable à celui des solipèdes, à cela près qu'il est plus grand j chez I - le daman et Vhippopotame seulement, il présente , à peu près vers le milieu de sou bord supérieur, une forte apophyse verticale, par laquelle il atteint même, chez le dernier, le coronal, comme chez les ruminans .

Il est impossible d'indiquer d'une manière exacte la forme et le volume du jugal des nionotrèmes , par la raison que les sutures s'effacent de bonne heure chez eux ; mais il y est haut, droit et étroit.

Chez les édentés, il présente des dispositions très-différentes. Plusieurs d'entre eux , comme les fourmiliers elles pangolins , offrent sous tous les rapports l'état le plus imparfait.

11 est très-petit chez les premiers.; ce n'est

3oa TRAITÉ GÉNÉRAL

qu'une écaille ayant la forme d'un carré long, terminée eu arrière par une pointe mousse, située à l'extrémité postérieuredu susmaxillaire et au-dessous du lacrymal, qu'elle dépasse à peine en arrière. 11 s'ensuit que cet os est éloigué du temporal de presque toute la lôngueur de la fosse orbito-temporale. 11 manque toul-à-fait chez les seconds.

Dans les orjctéropes et les tatous , il est beaucoup plus grand, plus élevé, convexe à sa face iuférieure, concave à la supérieure j il atteint , on arrière , le temporal , mais n'envoie point d'apopbyse en haut.

11 est encore plus développé chez les pa~ resseuoc , particulièrement le paresseuoc didactyle i il est fortement convexe en bas, concave en haut , et détache également , surtout chez le dernier, du milieu environ de son bord inférieur, une apophyse très-longue qui descend en bas et en arrière, le long de la mâchoire inférieure. Celle apophyse est plus considérable encore chez le mégathérium ; il s'y joint à: la fois deux apophyses supérieures , dont l'une est antérieure, l'autre postérieure et plus longue que l'antérieure.

Chez les paresseux , principalement le paresseux didactyle ^ l'extrémité postérieure de l'os est éloignée de l'apophyse zygomatique du temporal, mais pas àbeaucoup près autani que

d'aXATOMIK COMPAtVKR. 5o5

chez les fourmiliers ; chez le mégathérium, au contraire, les deux os se rencontrent.

Le jugal des rongeurs est, en général» considérable, élevé, convexe à sa face inférieure , concave à la supérieure; il est plus ou moins recourbé en dehors; son apophyse frontale est nulle , ou seulement très-faible. Il est assez droit chez les lièvres. Ce qu'il offre de remarquable , chez cet animal , c'est sa soudure extraordinairement hâtive avec le susmaxillaire. - Les animaux à bourse ont une conformation semblable ; néanmoins chez les sarigues il est convexe à sa face supérieure et concave à l'inférieure ; il offre aussi èn bas une largeur considérable: Les carnassiers s" ^ccoYàenl assez avec les sarigues^ quand on fait abstraction de la largeur considérable du bord inférieur de l'os chez les dernières. ; mais leur jugal est communénient plus petit. Il est généralement dépourvu de l'apophjse froritale , ou celle-ci est trop courte. . .>. ■ ■

L'apophyse frontialé 'la' plus grande se rencontre chez les chats et les ichneumons ; quelquefois, et surtout dans les derniers, elle s'unit avec l'apophyse zygornatique du coronal et ferme le cercle orbitaire, comme cela a lieu chez les rurtiinans .

Une conformation digne de remarque dont je ne connais pas d'autre exemple chez les

TRAITÉ GÉn/îRAX

mammifères est piéseniée parle morso, La partie antérieure du jugal estprès delà moitié plus haute que la postérieure; une portion considérable de cette éminence est opérée, sur le crâne d'un jeune individu que j'ai entre les mains, par un os allongé, apointi en haut, qui est appliqué uniquement sur le jugal, et qui fait à peine un septième du tout. Sur tous les autres crânes que j'ai examinés , j'ai vu cette pièce confondue avec le reste du jugal, quoique hs autres sutures de plusieurs de ces têtes existassent encore. Cet os est-il le lacrymal, qui se serait fortement déjeté en dehors ?

.,Sui un grand nombre de crknes àe phoques, il n'y a que celui du phoque à croissant (;?/ioca groenlandica ) qui m'offre une trace dp cette pièce osseuse.

Chez la taupe , et, parmi les chéiroptères , chez les chauve-souris , le jugal est extrêmement étroit; il est dépourvu d'apophyse et tout droit. Chez le hérisson, il est également étroit, peu haut et extrêmement petit. Dans le grand tanrecet la musaraigne, il offre une exception : il n'atteint pas le temporal.

Les galéopithèques , les quadrumanes et Y homme ont généralement un jugal très-haut, dont la longue apophyse frontale atteint toujours le coronal.

Les singes et V homme se distinguent des

d'anatomie comparée. 3o5

autres par un jiigal très-développé. C'est principalement son apophyse frontale qui s'étend en dedausj il en naît même une lame transversale considérable.

Chez plusieurs singes , particulièrement le stentor elValèles, on remarque un trou rond et très-grand au voisinage du bord antérieur du jugal ; cette ouverture est située aw-devant d'un ou de plusieurs petits trous jugaux, et fait communiquer l'orbite avec la face inférieure de la face. Le trou sous-orbitaire n'est pas plus petit pour cela ; celte ouverture ne semble donc pas être en rapport avec le passage des nerfs. Elle est vraisemblablement un indice de l'oblitération du jugal dans cette région j cet os manque en cet endroit chez presque tous les autres animaux.

Les connexions du jugal offrent de trèsgrandes différences : ainsi, i» il s'articule, chez certains animaux , avec un nombre d'os bien plus considérable que chez d'autres , et 2°> il ne s'unit pas aux mêmes os chez tous les animaux. Le nombre des os avec lesquels il s'articule varie de deux à quatre. Les os auxquels il touche sont : le susmaxillaire , le lacrjmal , le temporal, le corotial et le sphénoïde; quelquefois aussi , mais rarement , Vintermaxillaire. Il se présente, le plus généralement, comme une annexe du susmaocillaire , La seule exception que je connaisse à cette règle est présentée par les daitphins, le nar-wal et le

3o6 TRAITÉ GÉNÉRAL.

cachalot , chez lesquels il ne louche , par son extrémité antérieure, qu'au lacrymal. La soudure constante et hâtive du jugal avec cet os indique peut-être un rapprochement vers le mode de connexion le plus ordinaire.

La connexion la plus fréquente qu'il offre après celle qui l'unit au s us maxillaire est celle par laquelle il est en rapport avec le temporal. On le trouve seulement placé entre le susmaxillaire et le temporal chez plusieurs pachydermes y surtout Véléphantct le daman; chez plusieurs rongeurs, par exemple le porcépic^ le cabiai^ le cochon d'Inde, le paca et le mannet (dipus cafer) • et parmi les carnassiers, chez le hérisson; enfin vraisemblablement aussi chez la taupe et les chauve-souris.

C'est le lacrymal qui prend rang après le temporal, sous le rapport de la constance de son articulation avec le jugal. En effet, cet os s'articule uniquement avec le susmaxillaire et le lacrymal chez les fourmiliers et les paresseux.

Il est contigu au susmaxillaire , au tempo^ ral et au lacrymal à la fois, chez les solipedes ,\^^ baleines lamantins; parmi les édentés , chez les tatous , vraisemblablement aussi chez le mégathérium ; parmi les pachydermes, chez le cochon, le tapir et le rhinocéros ; parmi les rongeurs, chez le castor, Vhélamys et la marmote; parmi les marsupiaux.

d'anatomie comparée. 5o7

chez les sarigues , les kangurous et les phascolomes; entiii parmi les carnassiers, dans les genres chat, chien, hjene^ ours, marte et loutre.

Le jugal s'articule d'une autre façon avec trois os chez le dugong : en eiFet, outre le susmaxillaire et le temporal, l'intermaxillaire, qui est ici fort développé, le touche en haut. Cet animal présente le seul exemple connu de cette articulation.

Le jugal s'articule avec quatre os chez les mr.iinans; parmi les pachydermes , chez Vhippopotame ; parmi les quadrumanes , certainement chez les singes; enfin chez Vhomme.

Mais ce dernier mode d'articulation offre des différences. Chez tous , l'un des os atteint par le jugal est le coroual ; il en résulte la clôture postérieure du cercle orbitaire. Mais chez les ruminans et Vhippopotame il touche , en avant , au lacrymal j chez les singes et Vhomme , au contraire , il ne s'articule pas avec cet os, mais avec la grande aile dusphéuoïde. Cette articulation s'opère au moyen de la large lame que le jugal présente en arrière ; cette lame, qui est transversale, est dirigée en arrière et ferme ainsi parfaitement l'orbite dans ce sens.

Le jugal s'articule avec le susmaxillaire en recouvrant obliquement en haut son apophyse zygomatique ; il se glisse , au contraire , et dans une direction pareillement oblique , au-

3o8 TRAITÉ GÉNÉRAL

dessous de l'apophyse zygomatique du temporal. 11 ne louche aux autres os que par un Lord large.

Chez les pachydermes ; parmi les édentés ^ chez les tatous ; parmi les rongeurs , chez le castor, les cabiais , les lièi^res , les marmotes elles hélamjs; parmi les carnivores , chez les chats, les chiens , les coatis et les martes, le jugal s'étend fort loin en arrière; il concourt même quelquefois, surtout chez les pachydermes et les rongeurs , à former la partie antérieure et externe de la surface articulaire, destinée à recevoir la mâchoire inférieure. Cela n'a pas lieu, il est vrai, chez les lièvres; mais néanmoins il y déborde considérablement, par son extrémité postérieure , l'extrémité antérieure de l'apophyse zygomalique du temporal.

I i . Palatin.

Les palatins sont très-généralement formés d'une branche verticale et d'une horizontale, qui se réunissent sous un angle droit; ils se se rencontrent dans la ligne médiane , et constituent la partie postérieure de la paroi inférieure des cavités nasale etbuccale, qu'ils séparent l'une de l'autre.

d'anatomie comparée. 3o9

Les palatins des cétacés ont une épaisseur considérable et sont convexes à leur face inférieure; la partie interne de leur lame inférieure se prolonge considérablement chez les dauphins et les phjsètres, et s'y termine par une forte pointe , qui se dirige en arrière. Ils s'atteignent l'an l'autre dans toute leur longueur.

Ils sont fort allongés chez les cétacés faux et les solipedes; leur portion palatale ou horizontale est très-étroite d'avant en arrière.

Les pachydermes ont des palatins un peu plus grands ; ces os le sont bien plus chez les. ruininans. Il arrive souvent, chez ces derniers, qu'en arrière ils ne se rencontrent pas sur k ligne médiane. Celte séparation, qui a lieu dans une étendue consi4érable de leur portion^palatale, tientà ce que cette portion est située en totalité ou. en majeure partie, au-devant de la branche ascendante.

Parmi les édentés , les fourmiliers ont des palatins très-allongés j chez le tamanoir ils sont aussi très.longs ; courts chez les paresseux et chez les tatous , ils consistent presque uniquement dans la portion palatale, qui est large.

Dans la plupart des rongeurs, leur branche montante est fort étroite et mince. La branche inférieure est très-allongée d'avant en arrière • souvent ce n'est qu'en avant et que dans u'ne

petite partie qu'elle s'in$[écliit pour s'unir à la branche congénère. Il en résulte que la voûte palatine offre en arrière, particulièrement chez les lièvres, un intervalle considérable, qui n'est séparé de la lacune antérieure, située entre les susmaxillaires et les iniermaxillaires, que par un p6nt osseux assez étroit.

Les os palatins sont plus grands dans les anîmauoc à bourse. Mais il est digne de remarque que, chez le kangurou , leur lame palatale est percée d'une infinité de trous et que les sarigues offrent une disposition analogue. Cette analogie repose sur deux bases : la lame dont il est question offre, chez les dernières, une très-grande ouverture longitudinale; 2° son bord antérieur est coupé par une échancrure profonde , qui , réunie à l'échancrure postérieure de la lame palatale ou horizontale du susmaxillaire , forme une lacune encore bien plus grande. Ces absences de tissu osseux sont évidemment des traces de la petitesse présentée par la portion palatale chez la plupart des rongeurs.

Les carnassiers sont, de tous les animaux mammifères, ceux qui ont les palatins les plus développés ; ces os y sont très-longs , larges et hauts. Leur lame supérieure et antérieure s'étetid en avant, dans l'orbite, jusqu'à la portion orbitaire du coronal.

Le palatin est plus petit chez les singes , plus petit encore chez V homme; sa branche

d'anatomie comparée. 3ii

palatale surtout devient plus courte; la verticale perd beaucoup de sa largeur d'avant en arrière, mais elle augmente de hauteur au point de n'être éloignée du coronal que par l'ethmoïde, et d'être rejetée en arrière parle susraaxillaire, dont le volume s'est accru postérieurement en hauteur.

Page 1