‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource] (volume 4)Chapitre 9 sur 83 · I. Os de l'épaule · texte numérisé non relu

I. Os de l'épaule

La région de l'épaule des oiseaux a beaucoup d'analogie avec celle des reptiles. Çlle consiste généralement en trois os , le scapulum , la clavicule antérieure ou proprement dite , ou la fourchette , et la clavicule postérieure , ou accessoire.

a. Scapulum.

Le scapulum est, en général , un os alongé, étroit, légèrement convexe à sa face supérieure , concave à l'inférieure , diminuant considérablement d'épaisseur d'avant eu arrière; il est plus long que les autres os de cette région , mais toujours plus grêle que la clavi-

d'ANATOMIE comparée. iii

cule postérieure, quelquefois même que l'antérieure. Il descend en arrière et à côté des côtes, peu distant de la colonne vertébrale, et parallèlement à cette colonne, jusque auprès de l'extrémité antérieure de l'os des îles ; son extrémité antérieure est unie aux autres os de l'épaule et à l'humérus au moyen de ligamens j partout ailleurs il n'est en rapport qu'avec des muscles.

Son extrémité antérieure, renflée, se prolonge le plus souvent en dedans et en avant • elle prend dans cette extension la forme d'une apophyse mousse , considérable , qui , par son extrémité antérieure , correspond à la partie la plus reculée de la fourchette , et qui , par son bord antérieur , est en rapport avec l'extrémité supérieure et interne de la clavicule postérieure.

En dehors, le scapulum forme une tête con-r sidérable qui , par la partie antérieure de sa circonférence, s'applique, d'arrière en avant, contre l'extrémité supérieure de la clavicule coracoïdienne , et par sa face externe , qui est légèrement concave , forme la partie postérieure de la cavité de l'articulation scapulo-humérale. Un vide considérable sépare les extrémités supérieures de ces trois os.

Chez les oiseaux de proie, cet os est, en général, étroit, et présente sa plus grande largeur en avant. L'apophyse, en crochet, par la-

quelle il s'applique contre l'extrémité postérieure de la fourchette n'est pas très-développée. Plus loin , son diamètre diminue un peumais dans son tiers postérieur il est denouveau plus large , peu arqué , et se termine en arrière par une pointe.

Il est , à sa partie postérieure , beaucoup plus large chez les oiseaux de proie diurnes que chez les nocturnes , où cet os présente à peu près la môme largeur partout.

Il est d'une longueur médiocre.

Chez les oiseaux chanteurs , il offre à peu près la même forme que chez les oiseaux de proie nocturnes , mais il y est proportionnellement beaucoup plus volumineux que chez les accipitres en général. Il est surtout long, au point d'atteindre les dernières côtes , chez le martinet noir (cjpselus apus) et les fringilles. 11 est fortement recourbé en dehors chez les colibris [trochilus).

Il a aussi , chez les gallinacés , à peu près la même forme que chez les oiseaux de proie' nocturnes. Il est très-long et fort dans le genre tétras , faible et court chez les outardes. '

Il est plus fort et plus arqué chez les perroquets. Chez les hérons y ])3iTmi les grallés , il est médiocre , grêle, presque droit, apointi d'avant en arrière; cette disposition est surtout prononcée chez la cigogne à sac. ( ardea

d'anatomie comparée. il5 algala). II est long et fort chez les bécasses {scolopax), les vanneaux [tringa) ^ les pluviers (^charadrias).

C'est chez les oiseaux aquatiques , les manchots exceptés , qu'on rencontre cet os à l'état le plus rudimentaire: il y est grêle, peu arqué, et ne s'élargit pas en arrière j il s'élargit cependant, quoique seulement un peu , chez les alhatrosses et les pélicans.

Chez les pingouins , il est un peu plus fort que chez les autres; il est à son minimum de développement chez le grand plongeon (co- Ijnihus glacialis), le petit plongeon (c. septentrionalis) , le grèbe huppé {podiceps cristatus), chez le dernier surtout.

C'est au contraire chez les manchots qu'on le trouve développé d'une manière très-remarquable ; il l'emporte même sur celui de tous les oiseaux. Il est chez ces oiseaux presque aussi long qu'un os cosal. Il a une longueur de trois pouces , et s^élargit , dans son premier tiers , insensiblement de haut en bas • cet élargissement est beaucoup plus subit dans les deux autres tiers ■ il en résulte un disque trèsmiDce, ayant plus d'un pouce de largeur, qui se termine par une pointe mousse.

Il est dans toute son étendue beaucoup plus nimce que chez les autres oiseaux- cette minceur est en rapport avec son énorme dilatation, et est telle que, môme supérieurement , où.il est

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épais et arrondi chez ceux-ci , il ne rcpréscnif. chez les manchots qu'une plaque mince.

Nous verrons plus loin que cet os manque chez les brévipennes , comme os propre et isolé des autres os de l'épaule.

A l'exception des espèces du genre corbeau, des perroquets de petite taille, de quelques oiseauac (ie proie diurnes et nocturnes , la presque généralité des oiseaux est pourvue d'une omoplate aérifère ; les ouvertures , dont la plupart sont petites, se trouvent à son extrémité antérieure, entre les surfaces articulaires.

b. Clavicule postérieure ou coracoidienne.

La clavicule postérieure ou coracoidienne est un os droit et alongé ; il est le plus épais et le plus fort de ceux de l'épaule ; il s'unit , sous un angle aigu, avec le scapulum et l'humérus, et se prolonge , en convergeant vers celui de l'autre côté, en bas et un peu en avant, où il s'attache par son extrémité inférieure , qui est très-large, à la partie externe et la pins grande du bord supérieur du sternum.

La partie supérieure de cet os , qui est ordinairement étroite , forme, par sa face externe, la partie antérieure et la plus grande de la cavité articulaire, destinée à la tête de l'humérus. Par sa face postérieure, la clavicule coracoidienne s'unit à la même hauteur avec l'omoplate. On

d'anatomib comparék. ji5 volt constamment se détacher de cet endroit une apophyse plus étroite, qui se porte en haut et eu dehors, dans la direction du reste de l'os • cette apophyse porte, à l'extrémité supérieure de sa face interne, une surface plane , encroûtée de cartilage, par laquelle elle s'articule avec la face externe de la fourchette , à quelque distance de son extrémité postérieure.

Cet os offre des différences encore plus grandes que le scapulum des oiseaux.

Il est déprimé chez les oiseaux de proie diurnes ^ mais il y est fort et très-large , surtout inférieu rement; cette largeur est telle que les deux os se touchent presque des deux côtés daus la ligne médiane. Les bords iuterne et externe sont un peu concaves ; celui-ci est mousse , l'autre tranchant. Il existe, au voisinage de

I extrémité supérieure , non loin du bord interne , une petite ouverture ou échancrure alongée. L'apophyse supérieure est d'une hauteur considérable, large d'avant en arrière, et droite. Les deux clavicules divergent fortement en haut.

Cet os est plus faible, plus élevé, et plus vertical chez les oiseaux de proie nocturnes. Il se distingue d'une manière frappante, surtout de celui des oiseaux de proie diurnes, par la présence ou plulôt par le développement plus considérable d'une apophyse, qui

II est que rudimentaire chez ceux - ci , et

Il6 TRA.1TÉ G/îN^RAf,

qui s'élève du bord interne , inimédiatemeul au-dessous du point où cet os s'unit au scapulum , à la face inférieure duquel il s'applique, en s'étendant avec lui jusqu'à l'extrémité postérieure de la fourchette : il en résuite que celleci , outre les points de contact externes déjà mentionnés, s'unit encore en dedans avec la claviculfi , disposition que nous verrons encore chez d'autres oiseaux. L'ouverture est communément plus courte, et est plus éloignée du bord interne que chez les oiseaux de proie diurnes .

'.nChez les passereaux, les clavicules coracoïdiennes sont , en général , encore plus longues , plus faibles et plus droites que chez les oiseaux de proie nocturnes. L'ouverture supérieure manque. L'apophysecoracoïdeinternecstleplus souveut .faible ou n'existe pas du tout. Elles sont très-grandes dans cet ordre chez les colibris [trochilus) elles présentent , dans ce genre, une largeur particulière d'un côté à l'autre, et sont aplaties d'arrière en avant. Elles y sont percées d'ouverture offerte déjà par celle des oiseaux de proie nocturnes.

Octc^.Xes . oiseaux grimpeurs , elles sont èncote pjus longues , plus fortes que chez les oiseaux de proie noctur72es ^ ne présentent pas l'ouverture mentionnée, et sont pourvues d'une apophyse coracoide interne très-longue, qui atteint la fourchette.

d'anatomie comparée. 117 Chez les gallinacés , elles sont eu proportion un peu plus courtes , beaucoup plus faibles, sans ouverture ni apophyse coracoïde interne ; mais cette apophyse existe chez Voutarde, où elles sout peu longues , mais larges.

Parmi les grallés, elles sont très-courtes, larges , épaisses et pourvues de l'apophyse coracoïde , chez la grue couronnée et la grue commune , ainsi que la cigogne à sac Çardea. argala); mais l'apophyse ne s'étend pas jusqu'à la fourcHelte. Elles sont longues, juinces , sans ouverture chez les hérons; l'apophyse y existe, mais seulement plus courte; elle est cependant considérable chez la cigogne à sac [ardea argala). Elle est également forte chez les cigognes. Chez la spatule blanche huppée {platalea leucorrodla)^ elle atteint la fourchette; chez celte dernière les clavicules sont hautes et fortes.

La même conformation se rencontre chez les bécasses ( scolopaac ) et les vanneaux (^tringa).

Parmi les palmipèdes , les clavicules sont , en général, assez élevées et fortes chez les canards , de sorte que ce sont ces oiseaux qui les présentent le plus semblables à celles des oiseaux de proie. L'apophyse coracoïde interne et l'ouverture manquent chez les canards.

Elles sont longues , faibles, sans ouverture ni apophyse interne, chez le pélican ordinaire

liS TRAITJÊ: GÉNÉRAL

{pelecanus carbo) et le fou de Bassaii {p. bassanus ).

Les hirondelles de mer et les goélands ont à peu près la même organisation.

Chez les phaètons , l'os est grêle, alongc , l'ouverture manque; mais c'est chez eux que l'apophyse coracoïde a le plus de largeur et est unie à la fourchette dans sa plus longue étendue.

Chez i'albatrosse le plus connu des navigateurs [diomedea eocsulans) , elles sont, au contraire, extraordinairement courtes ; ces oiseaux, après les brévipennesy sont ceux qui les présentent à l'état le plus prononcé de brièveté; elles sont tellement larges à leur extrémité inférieure, que leur largeur égale leur hauteur. 11 n'y a point d'ouverture; l'apophyse coracoïde interne existe , mais elle est très-courte. C'est dans cette espèce que ces os se offrent le plus de divergence.

Elles sont un peu plus larges et plus fortes chez les plongeons / elles y sont pourvues d'une apophyse coracoïde grêle , pointue , alongée; l'apophyse supérieure externe, qui existe généralement, est ici plus considérable que chez tous les oiseaux que nous venons de passer en revue ; elle se recourbe en dedans. Chez \& grand plongeon et Xe petit plongeon, on voit se détacher , du bord externe de la large base des clavicules qui nous occupent , une

d'anatDmie compariîk. 119 apophyse forte , pointue , dirigée en dehors. Chez le grand gidlleniot, les pingouins , l'oS' est plus épais , plus fort el plus long ; l'ouverture est considérable ; l'apophyse coracoïde interne est faible; la supérieure et externe est longue et fortement recourbée.

Ces os sont très-développés chez les manchots y et, toute proportion gardée, c'est chez ces oiseaux qu'ils sont le plus longs , le plus larges et le plus gros. L'ouverture supérieure y o[i>e le plus graud exemple d'ampleur, l'apophyse externe le plus de longueur et la courbure la plus prononcée à sa partie supérieure. L'apophyse interne atteint la fourchette. On trouve , en outre , à la partie inférieure du bord interne , surtout chez le gorfou sauteur (aptenodjtes chrjsocoma) , une forte apophyse, dirigée en haut , au-dessus de laquelle l'os se rétrécit subitement. La face postérieure est concave, l'antérieure convexe. Supérieurement , la partie interne de l'os située en dedans de l'ouverture est fort étroite.

Le trou aérien de ces os se trouve communément à la face antérieure de la racine de l'apophyse supérieure - Qh.e,z le?, gcdlinacés ^ les pics ^ les grues f û existe, au contraire, à la face postérieure de l'extrémité inférieure. L'ouverture dont il a été fait mention chea plusieurs oiseaux. y et qui traverse l'épaisseur de l'os, devient aussi aérifèrc cliez quekjucs-uns

d'entre eux. et, par exemple, chez les oiseauoc de proie et les grues; le pourtour en présente une disposition celluleusc, distincte. Il n'j a que quelques hihous , les Aero/zj, quelques pigeons et canards, ainsi que les brévipennes , les petits oiseauoc chanteurs , qui semblent avoir les clavicules postérieures dépourvues de cavité aérifère.

c. Clavicule antérieure.

1^0. fourchette , la clavicule antérieure ou acromialcy est située à quelque distance audevant de la clavicule postérieure ; elle est plus faible, et ne se dirige pas directement en bas, en. sorte qu'elle forme avec elle un angle aigu, dont le sommet est dirigé en haut.

C'est généralement un os impair , mais symétrique, ayant la forme d'un V, dont les deux branches , qui sont convexes en dehors et en avant , concaves en dedans et en arrière , convergent l'une vers l'autre de haut en bas et de dehors en dedans , et s'unissent entre elles , audessus du sternum , à plus ou moins de distance du bord supérieur de cet os. Les extrémités supérieures de la fourchette se portent en arrière et en dehors, à l'extrémité antérieure du scapulum et à la supérieure de la clavicule postérieure 3 elle s'y unissent de manière à ce que la pointe qui termine la four-

d'aNATOMIE CCMMPARÉE. 121

chette touche au scapulum , et que , plus en avant et en haut, sa face externe s'articule avec l'extrémité de la clavicule postérieure.

La clavicule acromiale est partout formée (le deux moitiés latérales séparées.

C'est celui de tous les os de l'épaule qui offre les modifications les plus considérables dans les différens ordres de la classe des oiseaux.

Chez les oiseaux de proie diurnes , la fourchette est fort convexe d'avant en arrière et de dehors en dedans ; elle devient insensiblement plus étroite d'avant en arrière, où elle est très-épaisse.

On trouve au point de réunion des deux moitiés latérales, en bas et en arrière, une petite apophyse, à laquelle s'insère un ligament court, qui l'unit au sternum. C'est surtout chez les aigles et les vautours de grande taille qu'elle prend un élargissement aussi considérable.

Chez les oiseaux de proie nocturnes , l'os est beaucoup plus grêle , plus petit , moins convexe dans toutes les directions; les deux branches latérales se rencontrent par conséquent sous un angle aigu. Quelquefois , par exemple chez la chouette {strix ulula) , il est même cartilagineux inférieurement , au point de réunion des deux branches.

Chez les pies et les oiseaux chanteurs , elle

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est en général faible, grêle, assez longue, mais ses branches sont peu éloignée» l'une de l'autre, et légèrement concaves; elle s'étend cependant, le plus souvent, jusque vers le bord supérieur du sternum.

Cet os est petit, dans cet ordre, chez les colibris {trochilus) , particulièrement dans les plus petites espèces de ce genre; il a, dans quelques-unes, à peine un quart de la longueur de la clavicule postérieure, qui est trèsforte; il en résulte qu'il est, à son extrémité inférieure , très -éloigné du sternum.

Chez les orioles ^ il est également très-grcle à sa partie supérieure, quoiqu'il ne le soit pas dans la même proportion. Chez les mêmes oriolesy les loxies^ plusieurs espèces de friiigilles, il offre., au point de réunion des deux branches , une apophyse plate , très ■ forte , alongée des deux côtés et dirigée en arrière. Chez les martins-pêcheurs {alcedo) , il est plus large, surtout supérieurement; chez les engoulevens {caprimulgus) , et les martinets {cjpselus) , il est plus développé dans toutes les directions , et plus convexe que chez les autres.

Une disposition qui rappelle la conformation de la chouette {strix ulula) est la circonstance que la fourchette du buceros nasutus est composée de deux petites pièces , unies entre elles par un cartilage moyen.

Il est égal(^ment faible et petit chez les oi-

d'anatomie comparé:!:. i23 seaux grimpeurs , où il est , en général , plus court que chez les oiseaux qui viennent d'être décrits.

Chez les per/vquets , la direction en est différente : les branches en sont verticales , mais leur face interne est tournée en avant , l'externe en arrière.

Chez les gallinacés , il est aussi faible et , en général , plus court que chez les oiseaux précédensj le sommet de son angle s'élargit et se transforme en une apophyse aplatie des deux côtés ;"il se termine à une grande distance audevant du sternum. Il est surtout petit chez les hoccos (cracc) et le grand coq de bruyère ( tetrao urogallus). 11 est court chez les outardes, mais plus large qu'il n'est ordinaire de le rencontrer.

Il n'est ni fort ni bien convexe chez les grallés. Chez le héron commun {ardea cinerea) et Va. minor, on voit se détacher du point de réunion des* deux branches une petite apophyse qui est dirigée en haut. Chez le héron commun (ardea cinerea), la cigogne à sac {a. algala), les cigognes en général, les grues, l'angle de réunion atteint l'extrémité supérieure du bord antérieur du sternum , et se soude, avec l'âge, à cet os, de manière à ne constituer qu'une seide pièce.

Dans les genres spattile (plaialea) , bécasse {scolopax), vanneau (tringa), pluvier (cha-

radrius) , œdicnèrae [œdicnemus) , flainmaul | iphœnicopterus) , serpentarius , la fourchette est plus épaisse , plus arquée , mais plus courte, j ^ 'dxmxXo.^ ois eaux aquatiques,A\ç. est, chez les foulques , étroite, alougée, mince, peu convexe, dirigée verticalement en bas. L'apophyse des hérons y existe , mais elle est plus petite.

Chez l'albatrosse le plus connu {cliomedea exsulans) , elle est très-forte d'un côté à l'au • tre, mais presque pas convexe en avant, trèsmince et peu élevé.

Chez les goélands (larus) , les hiro^.delles de mer, les pingouins [alca) , les manchots I (ciptenodjtes), le grand guillemet («r/a troile), ' les canards, les harles {mergus) , elle est plus j grande , plus épaisse , fort convexe ; dans les | goélands, les hirondelles de mer, les pingouins, le grand guillemot, elle est, en outre, pourvue d'une apophyse courte , dirigée en bas.

Le cormoran [pelecanus carbo) et le fou de ^assinï [hassanus) , ainsi que les paille-enqueue {phaeton) , et plus encore les pétrels {procellaria) y sont ceux de cet ordre qui ont la fourchette la plus grande et la plus convexe j chez le pélican ordinaire {pelecanus onocrotalus), elle est, au contraire, faible, n'offre nulle convexité en avant, et en présente une légère en dehors , mais elle est d'une largeur considérable; sa moitié inférieure est très-mince.

d'anatomie comparée. J25 Chez les pélicans , les paille-en-queue ^ les pétrels, le grèbe huppé, elle atteint la pointe du corps du sternum, lui est unie par du cartilage, et se soude avec lui dans la vieillesse , du moins chez le pélican ordinaire [peleca?ms onocrotalus).

Elle est petite chez les autres oiseaux plongeurs, et éloignée du sternum j cette dernière disposition est encore plus marquée chez les manchots .

La fourchette est encore plus souvent que le scapulum dépourvue de cellules aériennes. Les ouvertures qui y conduisent se trouvent à l'extrémité supérieure de la face externe.

Les trois os qui viennent d'être décrits sont, chez la plupart des oiseaux , séparés l'un de l'autre, de chaque côté, tandis que les deux moitiés de la fourchette sont unies sur la ligne médiane, et constituent un os impair. Les brévipennes font exception à cette loi : chez eux les différens os du même côté sont confondus en un seul, les deux moitiés de la fourchette sont , au contraire, séparées l'une de l'autre , d'après la manière de voir ordinaire. Que si on compare .les autruches et les casoars , ou trouve que la conformation de ces os présente , chez les premières, l'analogie la plus frappante, et,

12b TUAIT Ji GÉNÉRAL

cliez les derniers , la dllFéreuce la plus notable avec celle des autres oiseaux, quoique d'un autre côté ils soient les plus petits de tous chez \ autruche commune. Ils forment ensem- Lle , chez cette dernière , une pyramide percée d'un trou en avant. La partie postérieure de cet ensemble osseux est le scapulura j la région de toute la partie antérieure située au devant du trou serait la fourcheUCy si on adoptait l'opinion précédemment émise ; la région postérieure serait la clavicule coracoïdienne . Les fourchettes des deux côtés se touchent presque en bas et en avant , chez V autruche. Chez le casoar, la partie antérieure est plus déprimée et presque entièrement pleine , à l'exception d'une ouverture très-petite, située plus haut que chez Vautruchc. 11 existe , en outre , une échancrure au bord interne. Cette échancrure se trouve chez le nandou, mais elle est moins profonde ; l'ouverture manque lout-à-fait. Chez le cas oar commun , oiseau bien plus petit que Vautruche , les deux fourcb»'îttes sont éloignées l'une de l'autre , à leur partie inférieure , d'un demi-pouce ; et chez le nandou, qui est encore bien plus petit, d'un pouce entier; elles se touchent presque chez le casoar de la Nouvelle-Hollande. Parmi ces quatre espèces , la dernière a le scapulum le plus long.

Quoiqu'il soit certain que cet os résulte de la soudure de l'omoplate avec la clavicule co-

D'ANATOnUfi C0MPAR/:E. 12"

racoïdienne , il s'agit pourtant de savoir si la supposition d'après laquelle il serait considéré coiiune formé à la fois par la fourchette des autres oiseaux est exacte(i). 11 n'existe , en effet , aucune trace de la fourchette, puisqu'on ne peut considérer comme telle, ni l'échancriire , ni l'ouverture qui se trouve dans la partie antérieure de l'os, par la raison qu'il y a une semblable ouverture dans des clavicules qui existent conjointement avec la fourchette. Du reste, la clavicule postérieure de plusieurs oiseaux , particulièrement des albatros ses et des manchets , se rapporte extraprdinairement , par toute sa forme, à la partie antérieure de l'unique os de l'épaule des hrévipennes , quoiqu'il existe une fourchette ordinaire. D'après cela, la partie antérieure n'est peut-être que la clavicule coracoïdienne , et la fourchette manquerai t tout-à-fait. Celte manière de voir est intéressante , en ce sens qu'il en résulte une analogie plus grande entre les mammifères et les oiseaux , puisqu'il n'y a souvent non plus aucune trace de clavicule chez les premiers , et qu'elle ne se confond pas avec le scapulum.

(i) Cuvier , Anatomie comparée ^ vol. i , p. 25or — Blumenbach , Gesch. derRnochen {Histoire des os) ^ 2" éclit.,p. 38o. — Merrem, Beschreibang desGerippes eines Casuar {Description d'un squelette de casoar). Voy. les mémoires de l'Académie des sciences de Berlin, 1816-1817, p. 192. — Carus , Zootomie, p. i5i.

J'adopterais cetr.e vue, sans restriction , si je n'avais trouvé, chez la jeune autruche à trois orteils, oii le scapulum et la clavicule coracoïdienne sont encore tout-à-fait séparés , si je n'avais trouvé, dis-je, un point d'ossification propre dans l'apophyse supérieure qui , d'après la manière de voir ordinaire , correspond à la fourchette.

d. Os humêro'S^apulaire.

A ces os , partout séparés ou existant du moins à l'état rudimentaire, comme parties d'un tout qui résulte de leur réunion , s'ajoute, chez plusieurs oiseaux , peut-être même chez la plupart d'entre eux , un os propre qui a été décrit pour la première fois , à ce que je sache , par]\itzsch(i). Il est beaucoup plus petit que les autres, et situé entre le scapulum, la clavicule coraco'idienne et l'humérus, dans la partie postérieure et supérieure du pourtour de l'articulation scapulo-humérale et les fibres du muscle élévateur du bras ; il sert à compléter l'articulation de l'épaule. Il est triangulaire , encroûté* de cartilage à sa base , où il se meut sur la lête de l'humérus.

(i)Ueber die Schulterkapselbeine (055<3 //M/we/o-^ca-f , pularia s. scapUlœ accessoria). In dessen osteogi aph. Bei* trœgeij , li)! I , p. 83. (Fiagmeiis d'osléograpliie;.

d'anatomie comparée. J29 La déterminatioii de cet os a occupé l'auteur delà découverte; il le considère comme indiquant une sorte d'ébauche « de seconde omou plaie, de la même manière que les clavicules « sont doublées par la formation de la four- « cbeite (i). » Il est assez singulier que cette manière de voir ait été mal saisie, en ce sens, qu'on a cru,que JXitzsch regardait cet os comme un rudiment de scapulum destiné à la fourchette , tandis que, cet auteur ne parle de la fourchette que pour expliquer sa pensée; par un autre malentendu , cette seconde opinion a été attribuée à l'auteur de la première , et combattue comme telle, quoiqu'il ne l'ait jamais eue (2).

Heusinger (5) , au contraire , a comparé cet os , à cause de sa position et de sa connexion , avec l'acromion de l'omoplate , et une nouvelle singularité que présente l'histoire de cet os , c'est que, si cette manière de voir était exacte' elle ne différerait en rien de celle qui est attribuée par Carus à Nitzsch, puisque la fourchette des oiseaucc est la clavicule acromiale.

Mais l'opinion de Nilzsch n'est nullement

(1) T.OC. cit., p. 85-86.

fa) Carns , Zootomie i52.

(5) Heusinger in dessenzootomischeiiAnalecten. Meckel s Archiv Bd. v, , p. 544 ; uber die Bedeutung des sogenannten Schalterkapselbeins.

l3o TRAITÉ GÉNÉRAL

cela; l'os en question serait, suivant lui, un os entièrement propre et nouveau. Or, comme on ne doit , d'après ma conviction , qualifier de nouvelles que les parties qui ne peuvent absolument pas être rapportées à celles qui existent déjà, je crois d'autant moins pouvoir adopter, sans restriction, l'opinion deNitzsch,. que la fourchette citée à l'appui n'est réellement pas un os nouveau.

L'opinion de Heusinger, que j'avais moimême , comme présomption , avant de savoir qu'elle est celle de cet anatomiste, a de plu» pour elle, outre les argumens précités, la remarque que l'acromion offre aussi, dans les premiers temps delà vie humaine, un point d'ossification propre. Aujourd'hui l'autorité que je viens de citer ne peut que me faire pencher à admettre de nouveau cette détermination, cependant je. ne la considère pas encore comme lout-à-fait démontrée, parce qu'il est encore une autre manière de voir que j'ai eue jusqu'à ce jour. En effet , quand on compare la conformation des os de l'épaule des oiseaux avec celle des reptiles, particulièrement des batraciens et des sauriens, il est facile de trouver entre eux une grande concordance , tant sous le rapport du nombre , que sous celui de la position de ces os. Chez tous, ces régions sont composées, à l'état du développement le plus parfait , de quatre os. Il est aisé de voir que les deux os inférieurs sont généra-

d'aîjatomie comparée. i5i lement les mêmes , l'antérieur est la fourchette, le postérieur est la clavicule postérieure. Il est plus difficile de déterminer les os supérieurs; mais il est assez vraisemblable que le plus supérieur des reptiles , qui est aussi le plus grand , représente le scapulum des oiseaux , et que l'inférieur, plus petit, est l'os huméro-scapulaire des mêmes oiseaux. Ce qui milite surtout en faveur de cette vue , c'est la petitesse de cet os chez le pipa. Figurez - vous cet os encore plus petit, refoulé en arrière , loin de la clavicule antérieure , par suite de l'ampliation et de la descente de l'os supérieur , ou de l'omoplate proprement dite , et vous aurez parfaitement la conformation de l'oiseau.

C'était là la première manière dont je me rendais compte de l'existence de cet os. On peut objecter contre elle :

1° Que l'os supérieur des reptiles qui , d'après celte hjpotbèse, serait le scapulum proprement dit, ne prend aucune part à là surface articulaire de l'épaule ;

2° Qu'il existe , chez le fœtus, du moins chez celui de l'homme, un point d'ossification propre dans la région de la cavité articulaire de l'omoplate , qui est placé précisément comme le scapulum inférieur , entre le scapulum supérieur et l'humérus, et qui semble par conséquent correspondre tout-à-fait au scapulum inférieur des reptiles, en sorte que l'os huméro-scapu-

l32 TRAITÉ GÉNÉRAL

pulaire ne devrait pas être pris pour le scapulum inférieur, mais , ou pour un os nouveau, ou pour une autre pièce du scapulum des mammifères.

On peut aplanir cependant, si je ne me trompe , ces difficultés , en admettant que le scapulum inférieur des reptiles correspond à v la fois aux deux points d'ossification , à celui de l'acromion et à celui de la cavité articulaire , en sorte qu'une partie de ce scapulum, celle qui est antérieure et inférieure , se souderait, chez les oiseaux, avec le scapulum supérieur, qui , par là prendrait part à là cavité articulaire , et qu'au contraire la partie postérieure et supérieure du même scapulum inférieur se porterait en arrière dans la capsule , comme acromion.

Ce qui me semble surtout décider en faveur de cette explication, c'est la circonstance « que « chez les reptiles , le scapulum inférieur « s'articule à la fois avec l'humérus, la cla- « vicule postérieure et la clavicule anté- « rieure. ^

Quoi qu'il en soit , cet os offre , sous le rapport de la présence et du développement , plusieurs différences. Je ne l'ai pas trouvé chez les échassiers , les palmipèdes et les gallina-

d'anatomie comparée. i35 ces , eu confirmation de ce qucNitzsch (r) avait déjà dit: je ne l'ai pas trouvé davantage chez Jes bréi^ipennes; il me semble, al» contraire , appartenir très - généralement aux oiseaux de proie , aux oiseaux chanteurs et aux grim- ■peurs , comme Nitzsch le disait pour les deux premiers ordres.

De ces oiseaux, les oiseaux deproie l'offrent au plus grand degré de petitesse j il est beaucoup plus grand chez plusieurs oiseaux chanteurs, surtout chez les cor(^us ; le plus volumineux se rencontre chez plusieurs oiseaux grimpeurs, par exemple , les pics et les torcols.

Il est, par conséquent , surprenant qu'il ne semble pas y en avoir de trace chez les perroquets. Dumoins, je n'en vois aucune dans plusieurs squelettes bien préparés de perroquets^ gris, du psittacus puherulentus , delà perruche ordinaire , et de l'ara rouge; je n'en ai pas trouvé davantage dans plusieurs autres espèces que ]'ai examinées expressément à cet effet.

Nous venons de comparer dans les paragraphes précédens les os de l'épaule des oiseaux à ceux des reptiles, et de leur donner des dénominations dans l'une et l'autre classe. Leur

(1) Loc. cit., p. 86.

forme et leur position me semblent prouver , d'une manière certaine , que, ceux de ces os qui ont été comparés entre eux se correspondent en elFet j d'ailleurs M. Cuvier (i) (gisait déjà que les clavicules antérieures des g^renow/Z/e^ semblent correspondre à la fourchette des oiseaux.

Cependant la plupart des analomistes jusqu'à ces derniers temps n'avaient pas l'opinion que nous venons d'émettre sur le rapport qui rattache les deux clavicules à des os de l'épaule des mammifères; on considérait généralement j surtout Wiedemann(2), Blumenbach (5) , Cuvier (4), Tiedemann (5), Carus (6), Nitzsch (7), la clavicule postérieure ou coracoidienne des oiseaux, comme constituant la clavicule unique des mammifères , et la clavicule antérieure ou la fourchette , comme un os accessoire particulier ; et malgré la détermination exacte , présumée depuis long-temps par M. Cuvier, cet os a été même regardé encore par Tiedemann et par Belon (8) comme étant propre aux

(1) Leçons eFanatomie comparée, t. i , p. 261 .

(2) Archiv fur Zoologie. Bd. 2. S. 127.

- (5) Geschiclite'der Rnochet» , 1807. S. 58ô.

(4) Loc. cit. , p. 248.

(5) Ibi'd. j rpi. 226.

(6) Jbid. , p. i5o-i5î .

(7) Osteographische Beitrsege. S. 5o-53.

(8) Histoire de la nature des oisequx , p,- 4 ' •

d'anatomie comparée. i55 oiseauoc. Lorsqu'en i8r5, je fis le projet d'écrire cet ouvrage, que je destinais à servir de texte à mes leçons , j'acquis la convictiou que la prétendue clavicule des oiseaux ne correspond nullement à la clavicule des mammifères, mais à leur apophyse coracoïde , ou qu'elle en esLun développement ultérieur , tandis que la fourchette doit être considérée comme leiir véritable clavicule, et cela par plusieurs raisons : 1° parce qu'il existe une organisation tout-à-fait analogue chez les monotrêmes ; i^ que chez d'autres mammifères, et en particulier chez les chauve-souris , les clavicules ne se réunissent pas à la vérité , mais reproduisent i sans se réunir , une image parfaite de la forme de la four chette; 3° que les moitiés de ki fourchette sont , comme les clavicules des marnmifères , séparées primitivement chez tous les oiseaux, et même toujours chez plusieurs d'entre eux ; 4° que l'apophjse coracoïde se développe chez plusieurs mammifères, peut-être chez tous, comme un os propre, considérable, et qu'elle présente, même comme apophyse , dans les conditions essentielles, la plus grande analogie avec la clavicule postérieure; 5" que les os et les pièces osseuses qui ont été comparées ensemble dans les différentes classes se correspondent ,^ussi par les muscles auxquels ils donnent altàche.

11 me fut par conséquent extrêmement agréable de me voir beaucoup plus tard con-

l36 TRAITÉ GÉNÉRAL

firme dans mon opinion , par les paroles suivantes de M. Cuvier(T) :

« Quand ces animaux (^ les vertébrés ovi- K pares)ont des extrémités antérieures ^ outre « la clavicule , qui s'unit sowent à celle de « l'autre côté , et prend alors le nom de « fourchette, l'omoplate s'appuie encore sur « le sternum par une apophyse coracoïde * très -prolongée et élargie. »

Cette opinion est partagée aussi par MM. de Blainville (2) et Geoflroy-Saint-Hilaire (5), et il serait difficile , ce me semble , de réfuter les argumens. dont elle vient d'être étayée.

11 est digne de remarque, au reste, que, Lien que Belon eût enseigné que la fourchette est un os propre , appartenant exclusivement aux oiseaux , Borelli avait depuis long-temps émis à ce sujet des vues parfaitement exactes, dans ce qu'il y a de plus essentiel ; il avait déclaré expressément que la fourchette était la clavicule , et que l'os ainsi nommé communément n'était qu'une partie, de l'omoplalei ou l'épaule inférieure (4). *q i^i ,f'.;>ii;jij

(0 Règne animal, 1817 , t. ly^. 289; Pour les oiseaux en particulier, p. -'292. ; :))•!■» i

(2) B uUe lin des sciences ^ i8i-éi juillet.

(3) Anatomie philosoj>hique , t. , 1 8 18 , p. 112.

(4) De molli animalrum., iônô'^' ix. r ;ipropos. 182..

d'anatomie compailée.

e. Ligamens des os de l'épaule.

Le scapulnm et la clavicule coracoïdienne sont unis très-intiraemeiit par une couche de fîbro-cartilage courte , laquelle est renforcée par un ligament articulaire, fort , qui tapisse la surface articulaire, dont il augmente l'étendue , et forme , en arrière et en bas , un bord très-saillant.

A peu de distance de l'extrémité antérieure de l'omoplate, on voit se détacher un ligament fibreux , mince, qui se rend à la partie postérieure de l'apophyse coracoïde antérieure.

La fourchette s'ilnit à l'apophyse supérieure de la clavicule coracoïdienne par un ligament fibreux postérieur, et par un antérieur. Ces ligamens sont courts , mais forts.

La clavicule coracoïdienne s'unit au sternum par un ligament capsulaire simple , roide, en arrière duquel on voit se diriger, à une dislance considérable, un ligament fibreux, étroit et long , qui s'étend de la. face postérieure de la clavicule coracoïdienne au sternum.

Une expansion fibreuse, renforcée surtout en avant et en bas , qui se trouve entre l'extrémité inférieure de la fourchette , la clavicule coracoïdienne etle bord supérieur du sternumi.

sert principalement à augmenter l'attache du muscle grand pectoral.

Les portions du membre supérieur qui succèdent à l'épaule sont , en général , fort alongées ; disposition d'autant plus prononcée que les oiseaux ont un vol plus rapide et plus élevé.

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