Poissons osseux
Chez les poissons osseux le squelette des membres antérieurs est en général très -composé. Ces membres présentent toutefois des degrés très-difïérens de développement. Le degré le plus inférieur, qui se rattache à l'entière absence de ces parties chez les cyclostom.es, parmi les poissons cartilagineux, est offert par les murènes proprement dites, les unibnaichaper titres, en partie aussi par les anguilles. Quant au perfectionnement du squelette chez les poissons osseux, il est digne de remarque qu'ils ont toujours des membres antérieurs , quoique l'on trouve des exemples du défaut de ces appendices chez les poissons cartilagineux dont il vient d'être question..
Chez les murénophis on voit surtout distinctement que les membres ne sont essentiel-
îement que des développerrrens ultérieurs des côtes. Ces poissons offrent , de chaque côté du corps , derrière les branchies et la place occupée ordinairement par les membres» plus développés chez les autres poissons , un seul os mince , concave en avant , convexe en arrière, entouré partout seulement de peau et de muscles , sans connexion aucune avec les autres os du corps , pas même avec l'os congénère du côté opposé , quoique les extrémités de ces deux os soient très-près Tune de l'autre. La disposition de cet os est exactement la même que celle des arêtes qui sont plongées uniquement dans les parties charnues, et qui y forment une ou plusieurs séries des deux côtés de la colonne vertébrale, chez la plupart des poissons, et particulièrement dans la murène commune ( murcenophis helena).
Chez les unibranchapertures il n'y a de même qu'un seul os , disposé de la même manière , mais beaucoup plus gros que chez la murène commune.
À cette organisation se rattache celle du serpent de mer ( murœna serpens). On y trouve aussi ce petit os, unique , convexe ; mais il y est tellement rudimentaire , que sur un squelette long de huit pieds , ■ il m'a présenté à peine une demi-ligne d'épaisseur. Mais ce n'est pas le seul , il y a encore d'autres os à la périphérie qui sont beaucoup plus développés.
if v «
DANA.TOMIE C03IPARÉE. * 385
Ce poisson forme par ces derniers os la transition à la disposition ordinaire..
La disposition commune des membres chez les poissons osseux est , dans les points essentiels, la même que chez les cartilagineux.
Les membres antérieurs sont également formés ici de trois portions; l'une est supérieure ou antérieure , la seconde moyenne , et la troisième est inférieure ou postérieure.
La portion moyenne est communément beaucoup plus petite que les deux autres, disposition qui est sans doute la plus générale.
La troisième est ordinairement la plus grande.
La portion moyenne est très-généralement articulée d'une manière mobile, par l'intermédiaire de la première, avec la région supérieure, postérieure et latérale du crâne; sa disposition se distingue par là de celle que nous avons vue dans la plupart des poissons cartilagineux, les esturgeons exceptés.
La première portion forme, comme chez les cartilagineux, un demi-cercle composé de plusieurs pièces osseuses qui se succèdent de haut en bas et qui sont unies entre elles d'une maniéré peu mobile, mais toujours plus mobile que chez les premiers. A l'extrémité inférieure de ce
5^4 ' TKA1TJÉ GÉNÉRAL
demi-cercle, les os les plus longs de la première portion se réunissent des deux côtés, dans la ligne médiane, par une articulation ordinairement mobile; ce qui constitue une seconde différence entre la plupart des poissons osseux et des poissons cartilagineux.
La troisième portion, ou la nageoire proprement dite , est en outre moins horizontale, mais plus verticale.
La portion antérieure peut être partagée en deux fractions : une supérieure et une inférieure.
La fraction supérieure , que l'on peut nommer f 'épaule , est ordinairement plus petite que l'inférieure, mais se compose très-généralement de plusieurs pièces osseuses. La plus constante de ces pièce.» est alongée, aplatie, et recouvre, par une partie plus ou moins considérable de sa moitié inférieure , la face externe de l'os de la seconde portion. Cet os est très-ordinairement suivi, en haut et en avant, d'un ou de plusieurs autres qui l'unissent au crâne. Ils sont toujours articulés avec cet os et avec le crâne d'une manière variablement mobile ; circonstance qui me fait croire qu'ils ne font pas partie des os du crâne, mais de ceux des membres.
Les principales conditions et modifications
u'anatomie comparée. 385 particulières que présente lepaule sont les suivantes.
Sous le rapport de la connexion de cette partie avec les autres os, les murènes se distinguent des autres poissons; chez elles, l'épaule ne s'unit ni au crâne, ni à la colonne vertébrale; mais on la rencontre, a quelque distance du crâne, plongée librement dans les chairs.
Lorsque cette connexion a lieu , il existe trèsgénéralement , mais non nécessairement et toujours, un second os supérieur, et les différences graduelles que l'on observe à cet égard sont fort dignes de remarque.
Chez les murènes , où il n'existe point de connexion, cet os se termine, supérieurement et inférieurement, par une pointe mousse et simple.
Chez les baudroies , du moins la baudroie commune , ainsi que les chironectes , il s'articule avec le crâne, mais se prolonge en haut également et se termine par une pointe mousse et unique.
L'organisation est plus composée dans les silures. Il n'y existe également qu'un os, du moins chez le saluth (si/urus glanis); mais il est plus large, et se compose de quatre branches : deux de ces dents sont supérieures et deux sont inférieures; elles se rencontrent dans une petite partie moyenne et transverse. De ces branches, la supérieure, interne et transversale, est la pins grande; l'inférieure, qui est externe et verticale, n 25
386 TKA-ITli GÉNÉRAL
est la plus petite. Par les branches supérieures qui forment ensemble un arc considérable, l'os s'applique inférieurement contre le corps de l'occipital, supérieurement contre le temporal et au dessus de cet os ; par les deux branches inférieures il embrasse, de dehors et de dedans, l'extrémité supérieure de l'os de la seconde portion.
Il représente distinctement, dans sa partie supérieure, l'os le plus supérieur de l'épaule , lequel existe communément; sa partie inférieure correspond à l'os inférieur de l'épaule ; disposition qui indique par conséquent déjà la séparation de cette partie en ses deux os ordinaires.
L'os le plus supérieur, se manifestant après l'inférieur, offre toujours une structure un peu plus compliquée. Il est recourbé et se bifurque plus ou moins haut en deux prolongemens ; l'un est supérieur et se continue dans la direction de la pièce du bas, l'autre est inférieur, plus court, très-souvent faiblement développé , saillant en dedans plus ou moins transversalement Le prolongement supérieur glisse d'arrière en avant et de dehors en dedans, par dessus la face supérieure du crâne; l'inférieur s'applique contre la face latérale du corps de l'occipital , ou du moins se rapproche de cet os.
Il existe, en outre, en avant et au dessus de cet os, d'un à trois autres os; il en résulte que ,
d'anatomie comparée. 387 dans le dernier cas, les os de cette région s'élèvent au nombre de cinq, nombre qu'ils ne dépassent jamais autant que je sache.
Tous ces os présentent encore d'autres différences. Celles qui sont relatives au volume seront étudiées plus loin; ici nous ne parlerons que de la forme.
Uos inférieur- a très-généralement la forme simple décrite plus haut. On le trouve dans les genres carpe, brochet, exocet, gade, trigle, baudroye, chironecte, pleuronecte, saumon, tètrodon, brame , spare , perche , sciène , gobie , mulle , scombre , muge , ophidie , blennie , vive , cotte , labre, sphyrene ; il ne varie que dans le rapport qui existe entre sa longueur et sa largeur.
Quelquefois cette disposition est plus compliquée ; ainsi, chezl 'urano s co p us se aber, où cet os est également très-large et peu haut, cette complication a lieu de la manière suivante : i° son bord postérieur se prolonge en une pointe saillante, aigué ; 2' sa face externe est partagée par une forte saillie, longitudinale, en une moitié postérieure, plus grande , et en une antérieure, beaucoup plus petite.
Uos le plus inférieur, lorsqu'il s'unit à un os
388 TltAITÉ GÉNÉRAL
supérieur, est terminé, chez plusieurs poissons, par une pointe simple qui s'unit avec ce dernier par de la substance fibreuse; il est seulement un peu plus mince dans une étendue variable , concave et rugueux à l'extérieur. Cela s'observe, par exemple, dans les genres carpe , brochet, hareng, gade.
Il y a plus de complication dans d'autres cas, par exemple chez les trigles et les labres. L'os se termine par deux pointes, dont l'une externe et l'autre interne ; l'extrémité inférieure de l'os supérieur s'applique contre la dernière. Cette disposition offre aussi des variétés. La condition que Ton observe chez les uranoscopes "se rattache à la disposition la plus simple. La région interne de cet os se renfle chez ces animaux et constitue une facette articulaire, considérable , transverse, descendant obliquement; la région externe est au contraire plus déprimée; elle est dirigée aussi obliquement en bas, et forme un enfoncement inégal , au devant duquel existe une éminence transverse, considérable. Toute cette surface est fort large dans le sens transversal.
La région interne s'élève un peu plus que l'externe et forme un condyle encroûté de cartilage ; l'externe présente une cavité articulaire, également encroûtée de cartilage; des éminences et des enfoncemens sur l'os supérieur correspondent à ces saillies et à ces cavités.
d'anatomie compahék. 389 Les mouvemeus sont par conséquent ici plus libres.
Chez quelques poissons Vos supérieur est plus simple qu'en général , par l'absence du prolongement inférieur et interne Cela se voit, par. exemple, chez les cyprins. L'os, très-petit, forme ici seulement un triangle alongé, légèrement recourbé, qui s'apointit considérablement de bas en haut. Il a la même disposition chez les exocets , à cela près qu'il est aplati supérieurement au lieu d'être apointi.
D'autres, par exemple, les èsoces , les scorpines , les trigles , font le passage à l'organisation commune. L'os dans sa moitié postérieure et inférieure s'élargit insensiblement en devant et se prolonge en une seconde apophyse descendante, légèrement recourbée, qui est large et haute chez les esoces , épaisse et déprimée chez les scorpènes. Dans les trigies , tout l'os est triangulaire, convexe en dehors, concave en dedans, en devant beaucoup plus large, postérieurement prolongé en une pointe aiguë.
Chez le saumon il s'en détache inférieurement une petite saillie distincte.
Chez d'autres poissons, particulièrement les muges , les brames, les spares , les sciènes , les labres , les harengs , les gobies , le côté inférieur du triangle est très-long , mais il est toujours plus court que le supérieur.
Dans les uranoscopes , ou tout l'os est fort
3gO TRAITÉ GÉNÉRAL
large et court , on trouve la branche inférieure aussi grande et beaucoup plus épaisse que la supérieure.
Ordinairement l'os est entièrement caché sous la peau ; chez les trigles son extrémité postérieure forme une saillie fort pointue, elle constitue la plus supérieure des épines qui existent aux membres antérieurs.
§. loi.
Les parties osseuses qui font suite à l'os dont il vient d'être question , sont toujours situées un peu en dehors et en haut.
Chez les scorpènes , les uranoscopes, le mullus barbatus , les labres, les pleuronectes , il n'existe qu'un seul os ; quelques spares, par exemple le sp. aurata, en ont deux ; d'autres en possèdent trois, comme le spams macrophthalmus, le muge céphale.
Leur disposition varie.
Chez les uranoscopes, les scorpènes, les mulles , les labres, l'os unique est intercalé étroitement entre les os supérieurs ordinaires et les os correspondais du crâne; il est peu mobile.
Dans les deux premiers genres , il est quadrilatère, aplati; dans les deux autres, il se montre alongé, un peu recourbé.
La disposition n'est pas la même dans tous
d'anatomie comparée. 3o, 1
les pleuronectes. Ainsi, chez le pleuronecle platessa , par exemple , il est situé comme chez les poissons précédens , il est simple et a la forme d'un carré long; chez la sole, au contraire, il offre" une disposition très-particulière. Il est, comme de coutume, piacé au devant de l'os supérieur généralement existant; mais il sort, de la rangée des autres os, de manière à ce qu'il est situé très-superficiellement, et peut, par conséquent^ échapper très-facilement à l'attention de l'observateur. Il a la forme d'un Y et s'unit lâchement par sa base avec les muscles sousjacens, ses deux branches étant fixées intimement à la peau de cette région.
Chez les spares les deux ou trois os les plus supérieurs forment un pont étroit quise porte de bas en haut et d'arrière en avant. Chez le sparus auvala ce pont est formé d'une pièce inférieure, large, et d'une supérieure, étroite. Chez le sp. macrophthalmus la pièce supérieure se divise en trois, qui diminuent de volume de bas en haut. Il existe toujours un espace triangulaire, considérable , entre cette série d'os et la face supérieure ordinaire du crâne.
Ces pièces supérieures ne me paraissent être que le prolongement supérieur , alongé et articulé , de l'os supérieur de l'épaule qui existe ordinairement. Elles ont en effet absolument la même direction , et chez plusieurs poissons, par exemple les gobies et les dupées , le prolon-
gement supérieur, simple, de cet os est aussi d'une longueur considérable.
Chez le muge céphale les trois os les plus supérieurs , comme l'os simple qui leur correspond chez la. sole, représentent un Y. Le prolongement postérieur, os simple et alongé, rencontre fos supérieur, qui existe ordinairement, vers l'endroit où celui-ci se bifurque. Le prolongement antérieur qui suit ce dernier se partage aussi en deux branches : l'une inférieure , horizontale, et l'autre supérieure , verticale , plus petite. La première est contiguë , au dessus de l'opercule , à la paroi supérieure du orâne , où elle se continue avec la paroi latérale; la seconde est contiguë au troisième os , qui est le plus petit , qui affecte la même direction , et s'applique par l'extrémité qui le termine supérieurement, immédiatement en avant du prolongement d'en haut de l'os supérieur ordinaire, au bord postérieur de la face supérieure du crâue.
Il reste également une lacune considérable entre ces os et la face supérieure du crâne qui est située au dessous. Ces os sont , surtout dans le genre muge , une imitation et un perfec- , tionnement ultérieur de l'os le plus supérieur qu'il est ordinaire de rencontrer dans cette région.
Dans les harengs on remarque une organisation intermédiaire aux deux extrêmes de développement de cet os. Il existe en effet dans ces
d'anatomie comparée.
animaux deux os à l'endroit où existent les trois os des muges; le premier est formé des deux os inférieurs des muges, le supérieur reste isolé.
La fraction inférieure de la portion antérieure de ce membre, est , sous le rapport du volume des pièces qui le composent , de tous les os des membres antérieurs le plus considérable ; il surpasse toujours en grandeur la portion supérieure de la portion antérieure , et peut être nommé la clavicule. Elle est très-généralement composée de deux os, l'un antérieur et externe, plus volumineux ; l'autre postérieur et interne, plus petit.
Le premier forme un arc dont la convexité est dirigée en arrière ; il est aplati de dehors en dedans, ordinairement plus on moins convexe en avant et en dehors, et variablement concave en arrière, de sorte que cette surface qui est étroite forme une gouttière longitudinale; en haut il est contigu à l'omoplate, dont il est recouvert dans une partie plus ou moins grande de sa moitié supérieure ; en bas il se rencontre en avant, dans la ligne , médiane avec son congér nère, en arrière et en dedans, avec des os de la portion suivante. Cette pièce peut être désignée sous le nom de clavicule antérieure ou externe.
Le second os est alougé, presque droit, com-
3g4 TRAITÉ GÉNÉRAL
munément apointi à sa partie inférieure, et descend d'un point plus ou moins élevé de la face interne du premier auquel il est uni lâchement. On peut lui donner le nom de clavicule postérieure ou interne.
Ces deux os offrent plusieurs variétés, dont quelques-unes sont assez considérables.
§. io3.
C'est chez les murènes que la clavicule antérieure offre la conformation la plus simple.
Elle y est très - alongée et étroite , aplatie de dehors en dedans dans sa moitié supérieure , prismatique dans l'inférieure, de façon que la face externe et inférieure est plane , tandis que l'interne est légèrement concave.
On observe la même disposition chez les silures; avec cette différence qu'au lieu de se terminer supérieurement par une pointe , comme chez les anguilles , elle se bifurque à son extrémité en deux pointes , dont l'antérieure est plus longue et plus mince que la postérieure.
Cet os n'est aussi simple que dans son quart postérieur qui est le plus élevé ; dans le reste de son étendue , qui est plus horizontale , il est assez concave à sa face interne ; cette concavité provient de ce que le bord supérieur forme une saillie assez considérable en dedans. Il présente en outre, à sa face interne } à l'endroit de jonction de son quart postérieur avec le reste,
d'anwtomif. comparée. 5c)5 une cavité articulaire de forme auriculaire considérable : il offre aussi des inégalités à cette même face interne , qui résultent de trois facettes lamineuses , inégales, par lesquelles il s'articule avec l'os de la portion suivante. La première de ces facettes est longue, occupe la moité interne, la» plus grande , de la saillie dont j'ai parlé ; la seconde est beaucoup plus petite , également située au bord supérieur au point de jonction du quart supérieur de l'os avec sa partie antérieure ; la troisième ressemble à la seconde elle se trouve vis-à-vis d'elle sur le bord inférieur.
Chez la plupart des autres poissons , l'os en question est encore plus ou moins creusé en gouttière; son bord supérieur se recourbe plus fortement en dedans et en bas. Cette courbure est très-prononcée surtout chez le muge céphale, Yexocœtus exsiliens.
Il se développe en même temps sur différentes parties de son étendue, des crêtes longitudinales plus ou moins saillantes.
La première de ces lignes est externe. La paroi externe , précédemment simple , se transforme en une face supérieure et externe ; toutes deux se réunissent sous un angle obtus ou droit. Chez les labres , cette saillie est trèsfaible ; elle est plus marquée chez les muges, les s pares , mais bien plus forte chez la carpe.
Une seconde crête , qui est interne, se voit
sur les limites entre les faces externe et interne. Elle n'est que peu développée dans les carpes ; elle l'est beaucoup plus chez les muges, où elle commence par un crochet très-saillant; ensuite elle disparaît presque entièrement pour reparaître plus prononcée vers l'extrémité inférieure de l'os.
C'est surtout chez le poisson lune que cette crête interne est prononcée; elle s'étend dans toute la longueur de l'os , et se replie en dedans , à son origine , sous la forme d'une apophyse large.
Cette organisation offre chez beaucoup de poissons un autre mode de complication; il y a des dents d une longueur variable, souvent trèsaiguës, qui partent du bord postérieur. Cela se voit, par exemple, dans les trigles , les zées , les scorpènes , les uranoscopes.
Plusieurs silures et genres voisins offrent , à cet égard, une organisation surtout digne de remarque.
i° La clavicule est très-large; 20 elle s'articule avec celle du côté opposé , dans toute la largeur du bord interne; 3° elle détache de son bord postérieur une apophyse transverse, considérable , qui se porte en ligne directe et verticale à la rencontre de l'autre, avec laquelle elle s'articule , par son extrémité inférieure, au moyen d'une suture dentelée , mais ne l'atteint pas supérieurement. De là résulte , entre son
d'anatomie comparée. 397 bord concave et le commencement de la colonne vertébrale , une ouverture étroite par laquelle passe l'œsopbage. Par suite de cette disposition, les cavités thoracique et abdominale sont séparées l'une de l'autre par une véritable cloison osseuse.
Le silurus senen et le sïlurus clarias sont les espèces qui m'ont le mieux présenté cette disposition.
La clavicule du loricaria cataphracta est également munie d'une apophyse verticale aussi forte; mais elle n'atteint pas tout-à-fait celle du côté opposé.
Le second os de cette portion du membre, la clavicule postérieure ou interne , existe un peu moins généralement que le précédent.
D'après M. Geoffroy-Saint-Hilaire , il manque dans les blennies, Yuranoscopus scaber, le ruban, Yecheneis rémora, les gasterostées , le gobius niger, le mullus barbatus , Yanarrhichas lupus et les murènes (1).
• Cela est vrai pour plusieurs d'entre ces poissons, notamment pour les genres uranoscope , gobie, échénêide , murène, anarrhique. Mais il existe chez le surmullet {mullus), le blennius
(1) Second mémoiresur lespoissons. Annales du Muséum, t. IX, p. 41 3.
pholis et le ruban. Je l'ai même trouvé fort considérable dans ce dernier.
D'un autre côté, il manque réellement à plusieurs poissons auxquels il est attribué par M. Geoffroy , ou du moins auxquels ce naturaliste ne le refuse pas (1).
La première assertion s'applique aux silures ,
(1) C'est à M. Geoffroy-Saint-Hilaire qu'ont été dues les premières études analogiques faites sur l'os que M. Meckel désigne ici sous le nom de clavicule postérieure , et que l'anatomiste français avait appelé clavicule coracoïde. Ce furent même là les premiers pas de M. Geoffroy dans la carrière qu'il a depuis si agrandie. Les principes qui l'ont conduit à ses découvertes ultérieures n'étaient encore que soupçonnées. Imbu , comme tous les anatomistes de cette époque de cette idée préconçue , héritée d'Aristote et mal définie, dont il restait à prouver la vérité, que lts animaux appartenaient à un même plan général, comme eux il n'avait encore cherché que des différences , et il n'osait que soulever encore , sans guide et saus règle , le voile qui couvrait les ressemblances dont les rapports n'étaient pas une évidence tout-à-fait visuelle. Il a donc pu arriver que M. Geoffroy ait alors annoncé quelques faits négatifs, quelques nonexistences, que des recherches faites après aient découverts ; mais il n'est aucun fait positif sur lequel on puisse prouver une erreur. Jusqu'à plus ample information, force était à M. Geoffroy de ne pas admettre ce qui n'était pas trouvé, quoiqu'il y eut là un fait de moins en faveur des analogies dont M. Geoffroy et l'école allemande ont défini depuis les lois; nouvelle direction donnée aux esprits qui ne pouvait être que le fruit d'une longue accumulation de travaux, mais qui doit élever l'anatomie comparée au rang des sciences parfaites. {Note des traducteurs.)
d'anatomie comparée. 399 (lu moins au siluru* glanis ; il est même vraisemblable qu'il manque aussi aux autres , attendu que, comme on verra plus loin, l'os, que M. Geoffroy considère comme la clavicule postérieure, correspond fort vraisemblablement a un autre os de la portion suivante du membre.
Un exemple à l'appui de ma seconde assertion , m'est fourni par Xexocœtus exsiliens , cbez lequel je n'ai pas pu trouver de trace de cet os, malgré les recherches les plus exactes. Il est possible qu'ici l'os ne se soit pas formé à cause du développement fort considérable de toutes les autres parties du membre antérieur.
Les autres variétés que présente cet os sont relatives au nombre, au volume , à la forme, à la direction et à la connexion.
Ordinairement il est simple , parfois double. Cette dernière disposition est offerte, par exemple, par le muge cephale, les labres, les scorpènes j les spares. L'os supérieur est alors communément plus large que l'inférieur. Ils descendent ordinairement tous deux en affectant la même direction; mais chez le tétrodon tesiudinarius , le supérieur se porte en dehors; l'inférieur , qui est ici , contrairement à la règle , plus fort , se dirige en arrière.
L'inférieur repose ordinairement sur l'extrémité inférieure de l'os supérieur; chez le tétrodon cela n'a pas lieu , il est plus rapproché de son extrémité supérieure.
Une question s'élève ici : l'os supérieur est-il réellement une partie de la clavicule interne ? n'est-il pas une partie appartenante à la portion suivante du membre? Cette dernière opinion est d'autant plus fondée que la première pièce de la portion suivante manque dans les cas où l'os inférieur de la clavicule interne semble se partager en deux.
Dans cette disposition l'os inférieur, qui, d'après ce qui vient d'être dit, constitue peutêtre à lui seul la clavicule interne, est le plus souvent petit , mais ordinairement d'une longueur considérable. Cela est vrai surtout pour les genres zéé , scare, tétrodon , muge, baliste et cent risque s.
Il est dans la plupart de ces poissons trèsalongé, triangulaire, apointi, quelquefois aplati de dehors en dedans. Telle est sa disposition chez les labres, les spares, les scorpènes.
Chez le lelrodon testudinarius, il est très-large et plat dans sa moitié postérieure et inférieure; en avant il est au contraire mince et étroit.
Ordinairement il se porte directement en bas et un peu en dedans , mais quelquefois il est tourné fortement en arrière, comme, par exemple, dans le muge céphale.
Chez le tétrodon il est également fortement tourné en arrière, uni d'une manière lâche, et par une petite étendue de sou extrémité supé-
p'anatomie comparée. 4oi rieure , avec la face interne de la clavicule antérieure.
Lorsque l'os le plus supérieur de la portion suivante, se prolonge en apparence , d'après la conjecture que nous venons d'émettre , pour former la moitié supérieure de la clavicule interne ou postérieure , celle-ci est appliquée sur l'extrémité inférieure 'de la clavicule externe , parce que l'os en question s'interpose entre les deux clavicules.
Chez plusieurs poissons , par exemple le zeus s. argyreiosus vomer, les os de même nom des deux côtés se confondent à leur extrémité inférieure dans la ligne médiane."
Chez d'autres, par exemple les siganes , ils s'appuient avec leur extrémité inférieure sur les épines coccygiennes antérieures et inférieures.
Chez d'autres encore , surtout le muge céphale, et quelques espèces de chétodons, ils s'unissent, par leur extrémité postérieure et inférieure , avec la région postérieure des os pelviens, et supportent par conséquent les membres postérieurs; mode d'articulation particulier, dont M. Geoffroy s'est servi pour former un ordre particulier de poissons (1).
Chez quelques poissons , et particulièrement chez la baudroie , cet os est très-mince et situé superficiellement. Il se dirige en arrière, et entre
(i) Annales du Muséum , 1. c, p. 4 1 6.
dans la paroi postérieure de la membrane branchiale qu'il renforce dans cette partie, descendant jusqu'à l'ouverture de la branchie.
D'après M. Geoffroy, cet os se transformerait, chez les silures épineux, d'une manière extrêmement remarquable, et deviendrait l'épine la plus supérieure, libre, de la nageoire pectorale (i). Cependant les argumens allégués en faveur de cette opinion ne me paraissent pas tout-à-fait convaincans. Sans doute l'épine supérieure , la plus forte , s'articule , dans ces espèces , avec la clavicule externe; mais évidemment cela prouve seulement que cet os peut , sans contredit à cause de son grand volume , quelquefois sauter la portion située entre la clavicule et la nageoire ; anomalie d'articulation qui se rencontre souvent , comme on sait , sur d'autres os.
Le second argument allégué par M. Geoffroy est fondé sur ce que , chez les -silures non épineux , par exemple le silurus electricus , la clavicule postérieure se trouve à sa place accoutumée , sous la forme d'un os mince , soudé à d'autres os par ses deux extrémités : cette preuve n'est pas plus convaincante que la première , car cet os existe aussi chez d'autres silures , nommément chez le saluth (silurus glanis), où le premier rayon de la nageoire présente cette métamorphose; cet os n'est autre chose qu'une ,
(1) ïbid. , p. 4î6
d'anatomie comparée. 4°3 pièce ordinairement existante à la seconde portion du membre; celle qui quelquefois s'alonge pour supporter la clavicule interne, et qui s'articule alors moins exactement avec la clavicule et les autres os de cette portion.
D'après ces considérations , l'opinion de M. Geoffroy ne me paraît pas conforme à la nature.
La seconde portion des membres antérieurs , ou portion moyenne qui succède à la première en arrière et en dedans , est composée , chez la plupart des poissons osseux, d'os courts et plats, qui reposent sur la clavicule externe. L'un d'eux est ordinairement plus long que les autres, tandis que ceux-ci ont à peu près la même longueur. Ils sont le plus souvent au nombre de trois, plus rarement au nombre de deux ou d'un.' En arrière ils sont contigus à la première fraction de la troisième portion du membre.
Les murènes , les lophies et les silures , du moins le murœna conger et a?iguilla, ainsi que la baudroie (lophius piscatorim) et le saluth ( silurus glanis), offrent diversement des organisations moins parfaites que celles qui, par suite de modifications différentes dans chaque espèce, conduisent à la disposition ordinaire, qui est la plus compliquée.
4o4 TRAITÉ GÉNÉRAL
Chez les murènes, cette portion du membre se compose seulement de deux os aplatis de dehors en dedans, se succédant de haut en bas, situés sur les limites de l'omoplate et de la clavicule, de manière à ce que l'os supérieur corresponde à la première, l'inférieur à l'extrémité supérieure de la seconde.
Tous deux sont un peu convexes en dehors, concaves en dedans. Le supérieur est près de deux fois pins volumineux que l'inférieur, un peu plus élevé de haut en bas que d'avant en arrière, supérieurement apointi, convexe en devant, inférieurement échancré ; il en résulte une petite lacune entre lui et l'os suivant.
Celui-ci a sa plus grande dimension dans la direction d'avant en arrière; il est convexe en haut, échancré en bas, terminé par une pointe mousse en avant et en arrière.
Chez la baudroie il existe à la face interne de la clavicule externe, précisément au point de réunion de la branche supérieure avec l'inférieure, un os très-court qui se divise en deux moitiés. La postérieure, beaucoup plus considérable que l'autre, est alongée, lout-à-fait cartilagineuse dans sa partie postérieure, qui se termine par une surface articulaire , arrondie . fort convexe. Elle est percée, en outre, au commencement de cette surface, vers le milieu de sa hauteur, d'une ouverture qui descend verticalement. La moitié antérieure est un stylet mince,
d'an atonie comparée. 4°^ descendant obliquement d'avant en arrière et de dehors en dedans.
Ces deux moitiés sont contiguës à la clavicule : la postérieure par toute sa face interne, qui est large; l'antérieure par sa pointe ; d'où résulte, entre les deux os, une ouverture triangulaire considérable, formée en dehors par la clavicule, en dedans par le stylet.
Suivant M. Geoffroy-Saint-Hilaire (i), cet os, i° se souderait , avec l'âge , à la clavicule ; 2" il y en aurait en outre deux autres appartenant à cette portion du membre. Mais je ne crois ni l'une ni l'autre de ces deux assertions. En effet, sur les sujets les plus volumineux il m'a été facile de disjoindre les deux premiers os par la macération , et les seconds me semblent devoir être, avec plus de raison, comparés à des os de la portion suivante.
Les silures n'ont également qu'un os pour cette portion du membre; mais il est beaucoup plus compliqué que les deux os des murènes, et que l'os simple de la baudroie , avec lequel il offre du reste une plus grande analogie ; il représente, en effet, déjà les trois os ordinaires des autres poissons osseux.
Il est très-long, considérablement rétréci d'arrière en avant , puisqu'il commence par une
(1) Premier mémoire sur les poissons, I. c. , p. 367..
4o6 TRAITÉ GÉNÉRAL
base courte, mais large et élevée, et qu'il se termine par une pointe très-alongée.
Sa partie postérieure se compose principalement d'une branche supérieure, verticale, et d'une inférieure, horizontale. La première est plus longue, aplatie, s'applique contre la seconde des surfaces rugueuses décrites ci-dessus (1), et plus haut contre la partie inférieure de la face interne de la branche ascendante de la clavicule. Elle renferme inférieurement une ouverture ronde, considérable.
La branche horizontale, inférieure , qui est plus petite, est également percée, à sa base, d'une ouverture, mais qui est moins large; elle s'applique contre la troisième des faces articulaires de la clavicule que nous avons décrites plus haut (2).
La branche supérieure, qui est ascendante, détache vers le milieu de sa face interne une apophyse mince , qui descend obliquement en dedans, et qui, vis-à-vis de la base de l'os, rentre dans sa face interne.
Cette portion du membre présente ainsi trois lacunes , dont la plus considérable est celle qui vient d'être décrite.
L'apophyse antérieure, simple, plus longue, mais plus déprimée, s'applique, dans la majeure
(1) Voyez pag» 'b^-'htf*.
(a) Mêmes pages.
d'anatomik comparée. 4°7 partie de sa longueur, contre la première des surfaces articulaires de la clavicule décrites plus haut (1): il en résulte entre ce point et la partie postérieure une lacune alongée et considérable.
Otez par la pensée, à l'os décrit ci-dessus, sa pièce longue, et ôtez de même antérieurement le pont à la partie supérieure de la branche verticale, vous aurez exactement la disposition qui existe dans les baudroies. •
Je n'ai pas pu résoudre la question de savoir si, chez des individus très-jeunes, cet os, fort compliqué , est formé de plusieurs pièces unies entre elles par une substance cartilagineuse; cependant cela ne me paraîtpas vraisemblable, si on fait abstraction des premières périodes du développement ; car, chez un silure long de dix pouces, je n'ai pas pu découvrir de traces cle séparation. La disposition ne différait ici de celle qui vient d'être décrite que par la circonstance que la seconde ouverture horizontale n'était pas fermée en avant.
(1) Voyez pag. 594.
4°8 TRA1TJK GÉNÉRAL
Les trois os qui se rencontrent chez la plupart des poissons osseux , représentent les parties de l'os unique qui vient d'être décrit chez les silures; mais ils semblent rester séparés pendant toute la durée de la vie; je les ai du moins trouvés.absolument disposés de la même manière chez les sujets les plus volumineux et chez les plus petits.
Le plus long de ces trois os correspond à la partie antérieure et styloïde de l'os unique. Il est pluslarge supérieurement, plus ou moins apointi dans sa moitié inférieure qui est la plus longue, et il s'applique, avec son bord externe supérieur, contre le bord postérieur de la lame interne de la clavicule externe,- de telle sorte qu'il reste une ouverture d'une étendue variable entre ses extrémités supérieure et inférieure et celte clavicule.
Cet os est souvent contigu , par son extrémité postérieure, aux deux petits os postérieurs et supérieurs, qui, situés l'un à côté de l'autre et l'un sur l'autre , touchent en dehors également à la face interne de la clavicule, et représentent la base de l'os simple des silures. Il est attaché, en outre, dans une petite étendue de son bord postérieur et en haut, aux os inférieurs delà portion suivante.
d'anatomie comparée. 4°9 L'os le plus supérieures! alongé, plus ou moins recourbé en dedans, plus développé supérieurement qu'inférieurement, et articulé ici avec la partie supérieure du grand os antérieur. Il s'avance communément le plus en dedans, de manière à sortir à des distances variables de la rangée des deux autres, qui sont davantage disposés sur un plan.
Le second des os supérieurs, qui est le moyen, est toujours plus ou moins quadrilatère ; il forme un anneau percé d'une ouverture arrondie vers son bord antérieur, et est situé en haut, entre les clavicules externe et interne, et l'os antérieur, qui est le plus grand, et auquel il est contigu par son bord inférieur.
A son bord postérieur il s'unit à l'os supérieur de la première fraction de la portion suivante, quelquefois même avec les rayons les plus supérieurs des nageoires; c'est en effet le point où celles-ci s'attachent particulièrement à cette fraction.
Ces trois os offrent des variétés assez considérables à plusieurs égards.
Dans plusieurs genres, par exemple les carpes et les saumons , ils offrent la plus grande ressemblance avec la disposition que l'on rencontre dans les silures ; en effet, ils sont : i° arrondis , cylindriques, courts, recourbés; 2° ils s'infléchissent en dedans à une assez grande distance
de la clavicule externe ; il en résulte des lacunes considérables entre eux et celle-ci; 5° tous sont unis par du cartilage, quoiqu'ils puissent être séparés; 4° l'os antérieur, le plus volumineux , est uni par une suture à la clavicule dans presque toute sa longueur, et même dans sa partie postérieure.
Au contraire , dans beaucoup de poissons , peut-être dans la plupart : i° ces os sont beaucoup plus plats et minces ; 2° l'os le plus inférieur n'est appliqué contre la clavicule que supérieurement et souvent dans une étendue trèscourte; 3* le plus supérieur est beaucoup plus alongé, plat, très-peu courbe, a beaucoup moins de connexion avec les autres , de sorte qu'en haut il n'est uni que lâchement à la clavicule , et n'est attaché en bas que faiblement à l'os le plus inférieur ; 4° lous les os sont situés beaucoup plus en arrière qu'à côté de la clavicule ; il en résulte une surface plate , plus simple ; 5° l'os le plus supérieur supporte la clavicule interne à son extrémité inférieure.
Cette disposition , du moins relativement aux quatre premières circonstances ci-dessus indiquées et à la forme de ces os en général , est offerte spécialement par les spares , les brames, les scorpènes , les muges, les centronoles, Yesox belone, les sphjrenes , les gades , les mulles , les trigies.
La troisième et la cinquième proposition que
d'anatomie comparée. 41 '
je viens d'établir sur les conditions qu'offre l'os le plus supérieur, et avec lesquelles on peut comparer ce qui a été dit plus haut (1) à l'occasion du nombre des pièces de la clavicule interne > devraient être énoncées de la manière suivante, si mon opinion sur l'identité de cet os avec la clavicule interne ne se confirmait pas.
« L'os le plus supérieur manque fort souvent; mais alors la clavicule interne se divise ordinaire ment en une moitié supérieure , plus grande, et en une inférieure, plus petite. »
Mais de ces hypothèses la dernière me paraît la moins vraisemblable , parce que d'après elle le nombre des différentes pièces osseuses de cette région restant le même, l'une disparaîtrait tout-à-fait, tandis qu'une autre se partagerait en deux; dans la première supposition , au contraire , il n'y a point de disparition de pièce; mais l'une est refoulée par l'autre , de (elle façon que celle-ci descend de son point d'attache ordinaire . et va s'attacher à la pointe inférieure de celle qu'elle a déplacée.
Mais dans l'une et l'autre hypothèse , le pins supérieur ou le plus interne des trois os de la seconde portion des membres, serait toujours sujet au plus grand nombre de déviations , puisque , dans la première , il changerait le plus souvent et le plus complètement de forme , de
( i , Voyez pag. 4<>l
position et de connexion , et que, dans la seconde , il manquerait très-fréquemment, tandis que les deux autres sont, à tous égards, beaucoup plus constans.
Cela s'applique principalement au second os , qui est situé au milieu, et qui a la forme d'un anneau.
Cet anneau , modifié à sa partie postérieure en une face articulaire très-convexe pour s'unir à la portion qui vient après, forme la fraction postérieure de la seconde portion du membre de la baudroie commune que nous avons décrite plus haut (1); il n'y a , au contraire, nulle trace de fraction supérieure, à moins qu'on n'admette qu'elle se porte en arrière, pour constituer l'os qui a également été décrit (2); cas dans lequel ce poisson n'aurait point de clavicule interne ; ce qui ne serait pas tout-àfait impossible , par la raison qu'elle manque à plusieurs autres poissons (3).
Ce qui vient d'être dit au sujet du second os, prouve en outre que la détermination des os qui viennent après, donnée par M. Geoffroy, est inexacte : l'un de ceux, en effet , dont il les considère comme une modification, existe à la fois
(1) Voyez pag. 4o/r4o5.
(2) Voyez pag. 401-402.
(5) Voyez pag. S97.
D ANATOM1E COMPARÉE. /f1^
avec ces os. Il est conformé en tout suivant Le type ordinaire des poissons, et est articulé avec les autres de la manière accoutumée.
Peut-être est-il même possible de démontrer le plus supérieur de ces os chez les lophies.
J'ai réussi , en effet , par la macération , à séparer sans difficulté la pièce annulaire de l'os, en apparence commun de la seconde portion, en une pièce externe , plus grande, et en une interne plus petite. La première se confond , du moins autant que j'ai pu le constater jusqu'à ce jour, avec l'os le plus antérieur ; elle représenterait par conséquent ce dernier et l'os moyen ou annulaire. La pièce interne , qui a la forme d'un anneau ouvert en avant , pourrait être considérée comme l'os le plus supérieur qui aurait glissé contre la face interne de l'os moyen. Il est positif que cette pièce existe isolée chez la baudroie commune ; mais je n'ose décider si elle est réellement ce que je dis, ou si elle n'est pas la pièce moyenne. On peut alléguer en faveur de la première opinion , qu'indépendamment de cette pièce il y a la pièce annulaire , et que la pièce supérieure ne forme jamais , je crois , d'anneau. La seconde opinion pourrait s'étayer de ce que la pièce séparable forme la fraction interne de la face articulaire pour la portion suivante; disposition dont je ne connais pas d'autre exemple.
Dans la première supposition , la longue
pièce, se portant à la superficie du corps , serait la clavicule interne; dans la seconde , la question sur la détermination de cet os serait indécise | mais, dans l'une et l'autre de ces suppositions, l'opinion de M. Geoffroy est toujours erronée.
Nous croyons devoir réserver la comparaison des deux premières portions du membre chez les poissons cartilagineux et les poissons osseux , ainsi que la désignation plus exacte de ces parties , pour le moment où nous décrirons leurs analogues chez les vertébrés supérieurs.
La troisième portion du membre antérieur des poissons osseux se divise, comme chez les poissons cartilagineux, en deux fractions, la base ou le carpe, et les doigts ou orteils qui se subdivisent , à leur tour, en leurs phalanges. L'une et l'autre fraction est composée de plusieurs os se succédant de haut en bas, situés dans un plan , et se touchant les uns les autres.
Le carpe est beaucoup moins développé que la fraction digitale, et se compose d'un nombre d'os bien moindre qu'elle. Ceux-ci sont à la fois
d'anatomie comparée. 4'5 beaucoup plus larges , plus plats et renflés aux deux extrémités.
Cette partie delà nageoire est formée communément de trois à quatre os. La dernière condition est beaucoup plus fréquente que l'autre.
Une exception à cette règle se présente dans le genre lophie , où il n'y a que deux os à cette partie. Cette particularité , jointe à la longueur et à l'étroitçsse de ces os, circonstances toutes deux évidemment fort accidentelles et nullement essentielles , a été cause que M. Geoffroy a considéré ces os comme représentant Favant-bras des animaux supérieurs; erreur qui est réfutée , si je ne me trompe , de la manière la plus concluante :
i° Par la présence des os auxquels les assimile M. Geoffroy , dans la seconde portion du membre antérieur (1).
2° Par ce qu'a de contradictoire avec la disposition de tous les autres poissons , l'absence des os carpiens dans les lophies , qui résulterait de l'adoption de cette analogie.
5° Par la présence de trois os dans cette fraction chez les chironectes , qui offrent la même conformation que les lophies dans la seconde fraction , et le même défaut d'autres os à la base de la nageoire.
Parmi les différentes espèces de lophies que
(i) Voyez pag. ^o'i.
j'ai pu comparer entre elles/j'ai trouvé que les deux os dont il s'agit sont les plus petits chez la baudroie commune , et les plus longs chez le lophius punctatus.
Les os même que M. Geoffroy considère comme des os de l'avant-bras chez le bichir (polypterus niloticus) , me semblent être des os du carpe. Ils sont tous deux fort alongés , l'inférieur presque deux fois plus long que le supérieur. Ils s'écartent postérieurement run de l'autre , et dans l'intervalle il existe un os arrondi , plus court et aplati.
On ne trouve donc ici et chez les chironectes que trois os. Les balrachoïcles s'accordent, avec les poissons qui viennent d'être décrits, par le développement considérable de cette région et la forme fort alongée de chaque os en particulier; mais ils ont eux-mêmes un os de plus que de coutume ; ils en ont cinq.
Ces os divergent d'avant en arrière et deviennent, comme à l'ordinaire, plus longs de haut en bas. Les quatre supérieurs sont étroits; l'inférieui- est fort large. Postérieurement ils ont une grande largeur , beaucoup plus considérable que chez les polypthres.
Les os du carpe augmentent très-généralement de volume de haut en bas ; l'inférieur est communément plus grand et augmente d'une manière brusque, lien résulte que les inférieurs correspondent à un nombre beaucoup plus
d'anatomte comparée. 4l7 considérable de rayons de nageoires que les supérieurs.
Cette disposition réfute aussi l'opinion de M. Geoffroy, sur la détermination des os de cette région chez les lopkies et les polypteres ; car l'os inférieur a pour le moins dix fois plus de masse que le supérieur, et supporte environ trente rayons ; le supérieur n'en a que trois.
D'autres différences portent sur la présence , \difuvnie , le rapport réciproque et la situation de ces os , et en somme sur la disposition de toute cette région, qui est en général déterminée pai celle de ces os.
Il paraît qu'ils manquent fort rarement ; du moins l'unique exemple de cette espèce qui me soit connu , est fourni par X exocœtus ejcsiliens, chez lequel leur absence dépend vraisemblablement du grand développement de la fraction qui vient ensuite.
Comme la face articulaire des rayons de la nageoire est ici formée de la même manière que chez les autres poissons , il est possible que les os du carpe soient confondus avec ceux de la fraction placée au devant d'eux. Cette soudure est d'autant plus vraisemblable que ces derniers ne font qu'un avec la clavicule externe, et que tous les rayons de la nageoire s'articulent avec cet os.
Sous le rapport de la forme , ils sont prismatiques ou oblongs chez les balistes, les murènes, M 27
les silures , les cyprins, les saumons, les brames, les ésoces , les soles, le corb (scicena umbra), les perches, la sargue ordinaire, le maquereau (scomber scombrus) , les spares , le dophin , le poisson Saint-Pierre , les labres , principalement chez le rémora [echeneis rémora) , la mole ( teirodon mola} , les baudroies. Ils se montrent larges et aplatis dans les scorpenes , Vuranoscopus scaber , les pleuronectes , le boulereau Z>/«s niger ) , le coffre ( ostracion trigonus ) , les callionjmes, les ophid/es, surtout très-distinctement chez le trigla gurnardus , le malarmat (tog/tf calaphracta) L. , ia vive ordinaire (trac/unus draco) , où ils forment un carré presque régulier.
Les sphyrenes et les gades établissent la transition entre ces formations.
Ces os sont situés le phis souvent les uns audessus des autres; chez la baudroie commune } ils sont au contraire l'un à côté de l'autre, de façon que le petit se trouve situé très en dehors, le grand tout-à-fait en dedans.
La fraction digitale de la troisième portion du membre thoraeique est toujours une des plus considérables de tout le membre, et l'emporte surtout constamment de beaucoup sur la fraction carpienne. Elle est plus ou moins alongée.
d'anatomie comparée. 4 '9
La description de sa forme et du nombre des rayons qui la composent, etc., appartient à la zoologie. Ici nous ne devons exposer que la forme des rayons particuliers , telle que la dissection nous la démontre.
Quoiqu'ils ne forment, au premier aperçu, qu'une série simple, on trouve néanmoins, en examinant attentivement, que chaque rayon peut être divisé, d'une manière plus ou moins parfaite, en un externe et un interne, qui sont seulement unis très-étroilement ensemble.
Ils sont en outre diversement divisés de haut en bas, dans une étendue variable de leur partie postérieure, vers leur bord libre.
Mais en revanche ils ne sont pas partagés dans le sens de la longueur, comme les rayons de plusieurs poissons cartilagineux, en plusieurs articles séparés , quoique cette conformation soit indiquée très-généralement par des renflemens et des rétrécissemens alternatifs.
Les exceptions à celte règle sont extrêmement rares. Je n'en connais qu'un seul exemple fourni par le genre polyptere. Dans le squelette qui se trouve au Muséum de Paris, on voit du coté gauche, après les os du carpe, dix-neuf os alongés, disposés en rayons, augmentant de volume de haut en bas, auxquels succèdent les rayons ordinaires qui sont plus longs. Il est très-digne de remarque qu'au côté droit il ne se trouve à leur place que cinq os plus larges,
4^0 THA.ITÉ GÉNÉRAL
dont la largeur s'accroît considérablement de haut en bas. Cette disposition rappelle vivement la conformation des batrachoïdes décrite plus haut , mais chez lesquels les cinq os larges sont suivis immédiatement des rayons ordinaires.
Les polyptères auraient par conséquent la nageoire divisée, comme est la main des animaux supérieurs, en carpe, métacarpe et doigts.
Le rayon le plus supérieur est communément un peu plus épais que les autres; souvent l'épaisseur en est beaucoup plus considérable. Ce rayon est moins distinctement formé de deux couches. Chez plusieurs poissons il se prolonge beaucoup, est dentelé et sert par conséquent d'arme efficace.
Les rayons sont toujours très-alongés et deviennent insensiblement plus grêles de la base au sommet.
A leur base les rayons des deux rangées se terminent par une apophyse ayant sa face antérieure tournée vers la première fraction de la nageoire ; celle des rayons de la rangée externe descend obliquement en dehors, celle de l'interne descend en dedans. Ces deux rangées forment ensemble une face articulaire, triangulaire, concave, par laquelle elles embrassent, plus haut ou plus bas , le bord postérieur du carpe.
De cette manière, la majeure partie de ces rayons s'articule avec les os du carpe } et tous
d'anatomie COMPARÉE.
réunis constituent un bord antérieur, égal ; mais souvent le rayon supérieur s'avance en avant sur les autres, les dépashe et ne s'articule pas avec les os du carpe, mais avec l'os annulaire de la seconde portion du membre, et même avec la clavicule externe.
hescarpes et les ang uilles offrent des exemples de la première disposition ; les silures en présentent pour la seconde.
Cette connexion a fait admettre à M. Geoffroy,, comme nous l'avons déjà dit (1), que ce rayon n'est pas un rayon de nageoire ordinaire mais la clavicule interne qui aurait été refoulée au dehors. Mais outre les argumens déjà précédemment allégués contre l'opinion de M. Geoffroy, elle devient manifestement invraisemblable par la remarque que les carpes et les anguilles offrent le commencement de cette organisation, dont celle des silures n'est qu'un degré supérieur, bien qu'elles possèdent très-distinctement une clavicule interne, ordinaire. Chez les silures , l'extension de l'articulation avec la clavicule externe est sans doute en rapport avec le volume considérable du premier rayon de la nageoire.
Les trigles offrent une disposition particulière des nageoires. Ce sont trois rayons, séparés des autres, qui ne sont unis ni avec ceux-ci ni entre eux-mêmes. Ils occupent la fraction la
(i) Voyez pag. /foa.
plus inférieure, sont situés sur le troisième et le plus inférieur des os carpiens, et ont nonseulement plus d'épaisseur que les autres rayons unis entre eux, quoiqu'ils soient plus longs , mais ils sont encore : i° distinctement formés d'articles unis seulement par des couches de cartilage ; 2° non divisés de haut en bas vers, leur extrémité libre; 5° beaucoup plus susceptibles que les autres d'être séparés en deux couches longitudinales juxtaposées.
§. no.
Les différentes portions du membre antérieur sont loin d'offrir partout les mêmes rapports. Cette remarque ne s'applique pas seulement aux os des portions mêmes ^ mais encore à ceux des diverses fractions de ces portions. Cependant les différences qui en résultent ne peuvent être bien saisies qu'à l'aide d'un tableau qui les renferme toutes, et auquel je renvoie le lecteur d'autant plus volontiers qu'il contiendra encore plusieurs autres conditions des os des membres anlérieurs, qui n'ont pas pu être détaillées ici et qui ne sont pourtant pas sans importance, soit par elles-mêmes déjà, soit par rapport à la détermination de ces os.
DAN ATOMIE COMPAREE. L\'lb
b. Os des membres postérieurs.