‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 66 sur 124 · Chéloniens · texte numérisé non relu

Chéloniens

Le squelette des chéloniens se distingue de celui des autres reptiles , et en générai de celui de tous les autres vertébrés, d'une manière toutà-fait particulière, par le grand développement des côtes et du sternum, qui détermine ici la forme de tout le corps.

Les signes caractéristiques de leur squelette

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et particulièrement du tronc, sont : i* ce développement considérable des côtes et du sternum dans le sens de la longueur et de la largeur; '2° une soudure exacte , entièrement ou presque entièrement immobile, des côtes avec les vertèbres thoraciques et entre elles, d'où résulte un bouclier dorsal ou une carapace plus ou moins convexe; 3° une soudure analogue du sternum, développé en plustron, avec les côtes, par l'intermédiaire des cartilages costaux ossifiés; 4° la séparation de la plupart des vertèbres, et spécialement de toutes les vertèbres coccygiennes, dont il faut cependant excepter les plus postérieures, en leur corps et leur arc, qui ne sont unis que par une, suture, séparation qui persiste pendant toute la durée de la vie.

a. Colonne vertébrale.

Les vertèbres des chéloniens peuvent toujours être distinguées facilement en vertèbres cervicales, thoraciques , sacrées et coccygiennes.

Les vertèbres thoraciques offrent les conditions les plus dignes de remarque, qui sont en rapport immédiat avec la forme particulière de tout le corps, et d'une manière plus spéciale avec la soudure des vertèbres avec les côtes.

Le corps de ces vertèbres est toujours fort

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alongé, considérablement aplati d'un côté à l'autre, de manière à ce qu'il se termine inférieurement par un bord plus ou moins tranchant , tandis que les deux extrémités en sont renflées. Il présente à sa face supérieure une gouttière d'une profondeur considérable, destinée à loger le cordon rachidien. 11 se termine en avant et en arrière par une surlace assez plane, appuyée sur le côté, par laquelle il s'arliicule d une manière immobile avec le corps voisin . et avec la côte , de telle sorte qu'il y a de chaque icôté une facette articulaire pour deux côtes, formée'par deux corps de vertèbres contigus. La forme alongée et comprimée appartient surtout ; aux corps des vertèbres thoraciques , moyennes.

Les parties des vertèbres dorsales qui correspondent aux arcs sont au nombre de deux , une [inférieure, verticale, peu élevée, et une supérieure, plate, horizontale, qui s'étend surtout ide l'un et de l'autre côté en partant du bord supérieur de la première.

Le bord inférieur de la partie inférieure est : garni de dentelures par lesquelles il s'articule ; avec le corps de la vertèbre ; la pièce supérieure , ;au contraire, présente de semblables dentelures idans tout son pourtour; elleslui serventà s'unir ien avant et en arrière à ses congénères et latéralement aux côtes.

Les plaques moyennes sont les plus larges ; les antérieures et les postérieures sont plus alon-

gées. Il n'y a d'exception que pour la première et les deux dernières vertèbres dorsales; leur arc séparé du corps, comme de coutume, a la forme d'un anneau étroit, et ne s'épanouit pas de la manière qui vient d'être indiquée. Mais l'arc de la dernière de ces vertèbres est recouvert d'une écaille large, correspondante à la partie large des autres , seulement plus alongée , et unie à l'avant-dernier arc par une suture , écaille qui est aussi articulée par suture avec la moitié inférieure du bord interne de la dernière côte. Il résulterait de cela que ces vertèbres ne seraient pas divisées en deux pièces seulement, comme les autres, mais en trois, à cause de la séparation des parties qui correspondent à l'apophyse épineuse et à l'apophyse transverse, d'avec le reste de l'arc.

Dans la tortue grecque (testudo grœca) cette écaille est simple , et recouvre les deux dernières vertèbres thoraciques. Dans la tortue d'eau douce d'Europe ( emys europœa ) , elle est au contraire partagée en deux moitiés , dont chacune correspond à une vertèbre.

La première vertèbre dorsale ne présente point de pièce osseuse propre, mais une disposition analogue , en ce que la partie antérieure de la seconde pièce de l'arc se recourbe en avant presque entièrement par dessus la première.

Il est digne de remarque que , contre la règle suivie chez d'autres animaux , il n'y a pas un

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corps pour chaque arc, ces deux parties s'engrenaut de* telle façon, que la moitié antérieure d'un corps est recouverte par la moitié postérieure du corps qui précède , et la moitié postérieure par la moitié antérieure du corps qui est en arrière; c'est-à-dire que chaque corps est surmonté de deux apophyses épineuses, qui se succèdent. Le dernier corps seul fait exception; il est situé , à lui tout seul , sous le dernier arc entier. Le premier est aussi situé presque complètement sous le premier arc.

On remarque en outre quelques écailles considérables, impaires, qui sont beaucoup plus .grandes que les autres, et terminent en avant et ien arrière la série, en touchant à la fois par leurs bords externes aux côtes et aux cartilages (de côtes voisines, et qui complètent ainsi le bouiclier dorsal.

Il existe en avant chez les emydes , les tortues tet les chélonées une plaque hexagonale; en aririère il y a deux plaques qui se succèdent d'avant en arrière. Elles ont toutes deux la forme d'un carré à côtés inégaux, de telle sorte que l'antérieure a son côté le plus étroit en avant, ;tandis que la plaque postérieure a son côté le oins long en arrière. Elles forment, en se réuissant, également un hexagone, mais qui n'est [pas aussi grand que celui qui le précède.

Il n'est pas douteux qu'une comparaison trèsacte ne puisse être établie entre ces trois

plaques et des apophyses épineuses, supérieures; elles correspondent vraisemblablement aux vertèbres coccygiennes et à celles des thoraciques, dont le corps ne s'articule pas, comme ceux des vertèbres thoraeiques moyennes , avec des arcs ainsi développés en largeur. Elles sont déjà indiquées aux vertèbres dorsales antérieures et aux postérieures , puisqu'on y voit au dessus des arcs qui sont petits , des plaques particulières dont nous avons donné la description.

Le sacrum est formé de deux à trois vertèbres courtes et larges, diminuant de volume d'avant en arrière, qui se distinguent de la plupart des vertèbres thoraeiques par la largeur et l'aplatissement de leur corps , par la petitesse , la minceur et l'étroitesse des pièces qui correspondent aux arcs, et par la présence d'une troisième et d'une quatrième pièce alongée, renflée surtout à son extrémité externe. Chacune de ces pièces se détache de la partie latérale du corps et se porte en dehors où elle se soude avec la pièce suivante; il en résulte une facette articulaire alongée , convexe en dehors, destinée à recevoir l'os coxal.

Ces pièces osseuses alongées correspondent parfaitement par leur forme et leur position au col des côtes, qui s'est développé en une apo-

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physe propre; il est par conséquent très-digue de remarque que déjà entre la dernière vertèbre thoracique et la dernière côte l'on trouve un semblable os isolé, à la place de l'apophyse costale qui existe ordinairement en cet endroit des cotes.

Les vertèbres coccygiennes sont de toutes les plus petites, quoiqu'elles ne le cèdent que peu aux vertèbres sacrées , surtout les premières ; mais elles diminuent insensiblement de volume d'avant en arrière. Elles sont toujours en beaucoup plus grand nombre que les autres, puisqu'il y en a près de vingt. Plus de la moitié de ces vertèbres sont composées de trois pièces au moins, d'un anneau moyen et de deux apophyses transverses; les vertèbres du tiers antérieur sont constituées par quatre pièces, l'anneau étant partagé en un corps et en un arc. Ces derniers se confondent ensemble aux vertèbres du milieu de la colonne coccygienne;l'apophyse transverse se réduit en outre insensiblement à un noyau arrondi, très-petit. Les vertèbres coccygiennes postérieures sont des os pleins, quadrilatères et simples, dont le dernier est apointi.

Toutes ces vertèbres s'articulent entre elles d'une manière mobile.

TflAlTK GÉNÉRAL

Les chélonicns ont vraisemblablement tous huit vertèbres cervicales. Je trouve du moins oc nombre chez la tortue franche (chelone mydas), la lortue d'eau douce d'Europe ( ëmys cumpœa ) et la tortue grecque (testudo grccca ). Elles différent considérablement des vertèbres thoraeiqueS; surtout par le mode de connexion, qui les unit à celles-ci et entre elles.

Au lieu d'être soudées entre elles, comme les vertèbres thoraciques, de manière à ne pas offrir la moindre mobilité , les cervicales sont extrêmement mobiles; absolument d'après le type ordinaire des vertèbres* des ophidiens et des sauriens. Les faces antérieure et postérieure de leurs corps décrivent des segmens de sphère considérables qui s'engrènent avec les segmens correspondans des vertèbres voisines et permettent un mouvement de rotation étendu. La disposition des surfaces articulaires est la même dans les différens genres ; mais les chèlonèes d'un côté, les émydes et les tortues de l'autre, diffèrent en ce sens, que chez les premières il y a de la substance fibro-carlihigineuse qui attache l'une à l'autre dans toute leur étendue les deux faces opposées, tandis qu'elles sont libres chez les secondes et ne sont tenues ensemble qu'à leur pourtour par une capsule synoviale, et qu'il existe dans l'intérieur de celte capsule tout au

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plus un ligament fibreux, libre et étroit, se por tant d'avant en arrière d'une vertèbre à l'autre.

Cette différence se rattache d'une manière remarquable avec la faculté, dont jouissent les deux derniers ordres, de recourber le cou à tel point qu'ils peuvent le cacher profondément, ainsi que la tète sous la carapace , faculté qui manque aux chélonèes.

Les différentes vertèbres cervicales offrent du reste, également sous le rapport de la disposition des facettes articulaires des corps, des différences dignes de remarque.

La dernière ou la huitième présente deux facettes articulaires couvexes, dont la postérieure qui est la plus petite, est unique, tandis qu'une petite éminence longitudinale partage l'antérieure en deux facettes latérales. Le corps de la septième , au contraire , offre à ses extrémités antérieure et postérieure, deux cavités latérales juxtaposées. La cinquième et la sixième ont en arrière une facette articulaire convexe, en avant une concave; les deux facettes articulaires de la sixième et la postérieure de la cinquième sont, partagées en deux moitiés latérales, l'antérieure de la cinquième étant unique. Les facettes articulaires du corps de la quatrième sont toutes deux convexes, mais l'antérieure est beaucoup plus arrondie que la postérieure qui est transversale. Sur la troisième enfin la facette postérieure est concave, l'antérieure convexe.

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La disposition qui vient d'être décrite est surtout très-marquée chez les tortues; elle est cependant aussi distincte chez les autres.

La forme des vertèbres cervicales des chcloniens est fort alongée. Leurs corps offrent au milieu de leur face inférieure une crête longitudinale que l'on peut eonsidérer comme une apophyse épineuse inférieure. La supérieure manque sur l'arc , à l'exception de la seconde vertèbre. En effet, la partie qui correspond à l'arc, déborde le corps en avant et en arrière, présente une profonde ineisure aux bords antérieur et postérieur, et se prolonge des deux côtés; ces prolongemens forment les' deux apophyses articulaires , qui sont longues et divergentes.

Les deux premières vertèbres cervicales ressemblent beaucoup à celles des ophidiens.

La seconde offre une apophyse odontoïde longue, large, supportant une pointe mousse supérieurement ; la face supérieure de cette apophyse , qui est encroûtée de cartilage , est située transversalement en forme de toit.

L'atlas , qui est la plus courte de toutes les vertèbres cervicales, se compose de trois pièces, de deux moitiés d'arc et du corps, qui est petit ; il reçoit dans la petite portion antérieure de son ouverture la partie supérieure de l'apophyse odontoïde, et s'articule avec elle par deux facettes articulaires qui correspondent à la face

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supérieure de cette apophyse, face qui est encroûtée de cartilage. Le corps de l'atlas est comprimé d'un côté à l'autre en forme de toit, de manière à présenter à sa face inférieure une petite éminence alongée.

Les différens ordres de chéloniens offrent , sous le rapport du rachis , plusieurs particularités assez intéressantes, dont les plus importantes sont celles que présente la colonne thoracique ou dorsale.

Les corps des vertèbres sont ouverts à leur face supérieure chez les chélonées et lesémycles-, et forment des demi- canaux qui sont complétés par la branche verticale des arcs qui leur est contiguë. Il se trouve entre eux, à peu près vers le milieu de la longueur du corps , une ouverture arrondie qui donne passage aux vaisseaux et aux nerfs. Cette branche verticale de l'arc se compose par conséquent de deux lames, à la vérité très-rapprochéès , mais entièrement séparées l'une de l'autre , formant en quelque sorte chacune une demi-gouttière qui occupe toute la longueur de l'arc.

La plupart des vertèbres thoraciques moyennes, depuis la seconde jusqu'à la septième , se comportent tout autrement chez les tortues , du moins chez la tortue grecque.

Leurs corps sont non-seulement beaucoup plus comprimés d'un côté à l'autre que dans les deux autres ordres, mais ils se réunissent encore supérieurement dans la ligne médiane , tout-àfait indépendamment de l'arc ; il en résulte dans leur intérieur un canal parfait, à parois minces, entouré supérieurement et inférieurement d'un bord tranchant , canal qui loge la colonne vertébrale. C'est pourquoi les corps de ces vertèbres sont : i° séparés des arcs dans presque toute leur longueur par une grande lacune; 2° ils offrent un trou rond qui donne passage aux uerfs et aux vaisseaux , à l'endroit où les autres ont une echancrure; disposition certainement curieuse et presque sans exemple , qui dépend vraisembablement de la même cause que la tendance, surtout très - prononcée dans cet ordre , à la soudure intime et solide des os de la colonne dorsale et lombaire entre eux.

Les autres vertèbres offrent des différences moins considérables.

Dans plusieurs espèces de chèloniens , du moins parmi les tortues , chez les iestudo tabulata et t. grœca , de même parmi les chélonées , chez la tortue franche (cJielone mydas) et le caret (ch. imbricata") , le sacrum est formé de trois vertèbres, dont la plus postérieure offre l'apophyse transverse la plus courte et la plus mince ; chez les émjdes, du moins les emjs serrata et européen , de même chez le te.studo clausa , qui sous

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d'autres capportH ;> encore beaueOdp d'analogie avec les émydes , le sacrum n'est formé que de deux vertèbres.

Le nombre des vertèbres cuccygiennes n'est pas le même partout. Chez les chélonées il est en général moindre que chez les autres.

Les vertèbres cervicales n'offrent que peu ou point de particularités autres que celles indiquées ci- dessus. Chez les chélonées et les tor- 'i;rs , surtout les premiers de ces reptiles, elles sont plus petites que les vertèbres thoraciques moyennes; chez les émydes elles sont aussi grandes que celles-ci; chez les chélonées beaucoup moins alongées , courtes et épaisses , garnies d apophyses inférieures très-longues, qui sont beaucoup plus petites chez les émydes et à peine visibles chez les tortues. J'ai trouvé dans mes reeherehes que l'apophyse odontoîde porte , chez la tortue grecque , à son extrémité postérieure , un petit noyau osseux, propre, que je ne découvris pas chez les autres ; mais je ne sais si plus tard il n'aurait pas disparu.

Une différence sexuelle digue de remarque est offerte, du moins par' les tortues, dans la disposition de leur queue; celle des mâles, dans les espèces t. tabulata et t. grœca, a presque le elooMe de la longueur de celle des femelles. lin outre, toutes les verlèbres des mâles sont beaucoup plus grandes dans tous les sens, et entièi ement séparées les unes des autres, tandis

que chez la femelle du /. tabulala, les cinq ou six dernières sont soudées entre elles et ne forment qu'une pièce, sur laquelle on reconnaît cependant encore la composition primitive, surtout par la disposition des apophyses transverses, qui sont séparées. Chez la tortue grecque^ au contraire, c'est précisément le mâle qui a les six ou sept dernières vertèbres de la queue toutà-fait confondues en un os unique, très-volumineux, large, plat, à pointe mousse, et non pourvu d'apophyses transverses ; cet os forme le dernier quart de la queue. Toutes les vertèbres coccygiennes de la femelle sont entièrement séparées les unes des autres.

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