Batraciens urodèles
Le protée, parmi les batraciens à queue, présente , autant que j'ai pu m'en assurer par les recherches les plus attentives, trois os carpiens, plats, tout-à-fait cartilagineux, qui sont disposés suivant deux rangées les uns derrière les autres. La première rangée est formée de deux os alongés, dont l'un correspond au radius, l'autre au cubitus. Le premier est plus long et plus étroit , le dernier plus court et plus large. Au devant du dernier on trouve un autre os transversal, arrondi, qui forme la seconde rangée et ne correspond pas tout-à-fait à tout le bord antérieur de la première. Cet os supporte entièrement l'os métacarpien du doigt médian, et en outre une partie de la base des premier et troisième doigts , qui, touchent en outre aux deux os carpiens de la première rangée.
M. Rusconi , dans son ouvrage (i), ne décrit pas du tout les os des membres du protée, et renvoie seulement aux planches, où l'on voit figurés cinq de ces os pour le carpe (2); mais il
(1) Monogr. del proleo anguino. Pavia , 1819, p. 47- (à) ïab. iV , fig. 3 , 7.
d'anatomie comparée. 637 est extrêmement vraisemblable que l'un de ces os n'est que l'épiphyse cartilagineuse, inférieure du radius, tout-à-fait semblable à celle que présente le cubitus qui est seulement plus petite, et que les deux os antérieurs de la première rangée ne sont que le résultat d'une séparation artificielle du troisième os.
L'état cartilagineux de ces os , chez le protée , est très-digne de remarque, à cause de l'ossification plus tardive de ces os chez les animaux supérieurs.
Chez les autres batraciens urodèles, du moins les tritons et Tes salamandres , d'une part ils sont osseux , d'autre part ils sont plus nombreux.
Ces reptiles, d'après M. Cuvier (i),en posséderaient huit, disposés par trois rangées; cependant je n'en ai pu trouver que sept, et ne crois pas m'être trompé, parce que j'ai fait mes recherches avec le plus grand soin.
Ils sont disposés , en effet , sur trois rangées. La première en contient deux, savoir: un antérieur, petit et arrondi, qui correspond seulement au radius, et un postérieur, beaucoup plus grand et plus large , qui vient après le radius et le cubitus. Le premier est purement cartilagineux chez les salamandres ; il est osseux chez les tri? tons. La seconde rangée en renferme trois, ayant à peu près le même volume, qui , sous ce rap-
(3) Leçons d'anatomie comparée, vol. I, pag. 5 16.
port et sous celui de la forme, ressemblent au premier de la première rangée.
Les deux antérieurs supportent le premier os de la troisième rangée, le postérieur supporte le second de la même rangée , et en outre le quatrième os métacarpien.
La rangée antérieure est formée de deux os , un antérieur beaucoup plus grand, et un postérieur bien plus petit. L'antérieur supporte le premier et le second os du métacarpe , celui-ci supporte le troisième de ces os.
Tous ces os sont courts et arrondis.
a. Batraciens anoures.
M. Cuvier donne aux batraciens sans queue le même nombre d'os carpiens qu'aux batraciens a queue ; mais je le dois encore contredire en cette proposition. Chez la grenouille commune {rana esculenta} et la grenouille rousse ( r. temporaria) , je ne trouve pas huit os , mais seulement cinq , qui sont disposés , non en trois rangées, mais seulement en deux. La première rangée est formée par trois os, dont le moyen est le plus volumineux, et semble par conséquent correspondre au second os , résultant de la division du deuxième os des batraciens urodèles. La seconde rangée se compose de deux
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os, l'un arrondi et très-petit, situé entre l'antérieur de la première rangée et l'os métacarpien du premier doigt, et un autre, plus large, offrant trois facettes articulaires, très-convexes, qui supportent les trois autres os métacarpiens.
Chez les jeunes sujets même, qui présentent ces os à un état plus cartilagineux, on ne peut représenter les huit os, indiqués par M. Cuvier, qu en employant la force.
Les crapauds offrent absolument la même disposition; je m'en suis assuré chez le crapaud gris (bufb cinereus), le crapaud brun (b. fus eus); et surtout chez le b. agua.
La disposition n'est pas la même chez le pipa; mais il n'y a non plus chez lui que six os , disposés sur deux rangées. La première en contient deux; l'antérieur est, à beaucoup près, le plus grand ; il est large, court, et semble résulter de la réunion du premier et du second os de la première rangée avec le premier de la seconde des autres batraciens anoures, puisqu'il supporte l'os métacarpien du premier doigt.
Des quatre os de la seconde rangée l'a van tdernier est le plus grand; le quatrième est situé hors de la rangée; le premier, le second et le troisième portent les deuxième , troisième et quatrième os métacarpiens.
b. Ché Ioniens.
Les chéloniens , par la disposition de leur main en général, ainsi que par celle de leur carpe en particulier, offrent plusieurs particularités dignes de remarque, qui sont en rapport avec la disposition de leurs membres antérieurs.
Chez les tortues, et spécialement la tortue grecque , il y a trois os dans la première rangée. Deux de ces os, dont le premier est le plus large, sont situés au devant du radius et du cubitus. Le troisième, moyen, qui est le plus petit, se trouve entre le radius et le cubitus.
Dans la seconde rangée il y a quatre os , dont le plus antérieur, qui est le plus large et situé transversalement, correspond au pouce et à l'index ; les autres correspondant aux trois doigts externes. Le quatrième est le plus petit.
Chez les émydes, les deux os les plus antérieurs de la première rangée se partagent en deux, savoir : l'os qui correspond au radius, en un petit os antérieur et en un postérieur plus grand; et l'os qui correspond au cubitus , en une moitié antérieure , 'plus grande , et en une postérieure , plus petite , de sorte que la première rangée se compose de cinq os. Il y en a quatre dans la seconde* mais ils sont autre-
n' a nato an k compakéi:. 64 1
ment disposés que dans la première. A chacun des trois premiers os métacarpiens correspond un os particulier, tandis que le quatrième et le cinquième sont supportés par un os carpien , unique plus large; différence qui se rattache sans doute au développement extrêmement incomplet du pouce chez les tortues. Il existe par conséquent ici neuf os carpiens.
Chez lesckélonées, le nombre des os du carpe est encore plus considérable, et cette fraction de la main est aussi proportionnellement plus grande.
Il y en a dix. Deux de ces os, qui sont juxtaposés, sont placés à l'extrémité inférieure du cubitus, et forment la première rangée, conjointement avec un troisième os antérieur, qui est, beaucoup plus petit et qui fait suite au radius.
Les sept autres constituent la seconde rangée. Cinq d'entre eux, dont les deux externes sont les plus gros, correspondent chacun à un os métacarpien ; le sixième est situé entre celui du second métacarpien et la première rangée; le septième, qui est beaucoup plus grand que les autres de cet ordre et aussi grand que les plus volumineux du premier ordre, est appliqué sur le sixième; il sort entièrement de la rangée et augmente considérablement la largeur de la main dans celte région.
c. Sauriens.
Les sauriens possèdent en général un assez grand nombre de petits os, courts et larges, disposés sur deux rangées; mais ils n'en ont pas autant que les chéloniens. Ordinairement ceux de la première rangée sont moins nombreux, mais plus volumineux que les suivans. L'os qui correspond au cubilus est le plus grand; il est plus ou moins concave en arrière, pour recevoir la tête du cubitus, en avant il est convexe et pourvu de plusieurs replis. L'os qui correspond au radius offre, vers le bord radial, un pelit enfoncement qui loge la petite tète du radius.
Cette organisation existe dans les genres monitor et iguane. Les os de la première rangée sont plus nombreux chez les monitors. Il y en a cinq; quatre d'entre eux correspondent aux cinq os du métacarpe, de telle façon que le troisième, qui est le plus grand, soutient le troisième elle quatrième de cesos, tandis que chacun des autres en porte un , et que le cinquième est situé entre le premier et le second os carpien de cette rangée et l'os radial de la première rangée.
Chez les iguanes, ce cinquième os manque ou est confondu avec le second de la rangée antérieure ; du reste la disposition est la même.
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D'après M. Cuvier (i), on pourrait présumer qu'il existe, pour les crocodiles, une disposition insolite, tout autre; il ne leur attribue que quatre os, dont deux seraient situés hors de la rangée sur le côté radial; mais il en existe réellement sept. Trois d'entre eux occupent la première rangée. Les deux supérieurs sont beaucoup plus considérables que l'autre , surtout le plus antérieur, qui succède au radius. Ils se distinguent tous deux des os analogues des autres sauriens particulièrement par leur forme alongée et aplatie, qui les fait beaucoup ressembler à des os métacarpiens. Au dessus de celui qui correspond au cubitus, il existe un petit os pisiforme.
La seconde rangée contient quatre os dont trois correspondent chacun à un os métacarpien; le second, qui est le plus grand, supporte le deuxième et le troisième os du métacarpe.
b. Métacarpe,.
§ ao7-
Les os du métacarpe sont presque toujours renflés aux deux extrémités ; ils ressemblent beaucoup à ceux des nageoires des poissons cartila^ineux, à cela près qu'ils sont bien moins nombreux et correspondent le plus souvent au
(l) Analomie comparée , vol. I, p. 3 1 6-
nombre des doigts. Celui du pouce est ordinairement plus court et plus gros que celui des autres doigts. Cette disposition est surtout prononcée chez les chélonées, moins chez les autres reptiles et même chez les émjdes, principalement sous le rapport de la largeur et de l'épaisseur. Le premier et le dernier os métacarpien ont toutà-fait la même longueur chez plusieurs reptiles, par exemple, les sauriens, ce qui n'est pas sans intérêt sous le rapport de la symétrie. Chez le pipa , les os du métacarpe ont une longueur et une ténuité extraordinaires; ils sont au minimum de la lonugeur chez les chéloniens, particulièrement chez les tortues d'eau douce ou émyd s. ■ Cette fraction de la main existe si communément , et son absence a si peu été signalée, à ce que je sache, que lorsque je la vis manquer d'abord dans quelques reptiles, je doutai moimême de ce que je voyais, jusqu'à ce que des recherches réitérées et faites avec la plus grande attention , me donnassent une conviction pleine et entière de l'absence de cette fraction.
Je ne connais que deux espèces de reptiles où le métacarpe n'existe pas, savoir : la tortue grecque, à laquelle se rattachent peut-être la plupart des tortues , et le protée , quoique la chose ne soit pas encore absolument hors de doute pour celui-ci. Voici la disposition qui existe chez ce dernier : Au devant des os carpiens décrits ci-dessus, il ne se trouve, pour, chaque doigt,que trois plia-
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langes, qui diminnentde volume de dedans en dehors, et se ressemblent du reste par leur forme. Les deux extérieures, en d'autres termes la seconde et la troisième phalange, sont libres, la première est entourée de muscles et cachée sous la peau. Il est possible par conséquent que ce dernier os forme le métacarpe, d'où il s'ensuivrait que les doigts ne seraient composés que de deux phalanges. Mais chez la tortue grecque , la rangée antérieure des os du carpe est suivie immédiatement de la première phalange; or comme ces os carpiens et cette phalange ressemblent absolument aux os de même nom qui existent chez les èmyàes , que les chélonées mêmes n'ont que trois phalanges, bien que leurs doigts soient très-longs, que la tortue grecque n'a que deux os dans le pouce, tandis que les émydes en ont trois, il faut bien admettre que les parties, qui manquent sont les os métacarpiens. Je n'ai pas besoin d'insister sur ce que cette absence coïncide d'une manière très-remarquable avec l'état rabougri de la main.
Une différence sexuelle digne de remarque est celle qu'offrent ceux des batraciens^ chez lesquels le pouce du mâle se gonfle à l'époque des amours. Chez ceux-ci, le premier os du métacarpe non-seulement est deux fois plus gros et plus large que chez la femelle, prolongé en une crête tranchante sur son bord radial, convexe à sa face dorsale, et concave à la palmaire;
mais il existe à son extrémité inférieure, sur son côté radial, un os mince et pointu, d'un tiers aussi long que l'os principal , petit os dont la femelle n'offre pas de trace; c'est sans doute un rudiment de pouce.
c. Doigts.
Les reptiles , qui sont en général pourvus de membres antérieurs, visibles à l'extérieur, ont aussi généralement des doigts, ainsi que les os qui servent de base à ceux-ci et en déterminent la forme, quoique ces parties offrent des différences très-considérables sous le rapport de leur nombre, de celui de leurs phalanges, de leur forme el de leur volume.
Sous le rapport du nombre, on peut dire en général , que la plupart des reptiles ont cinq doigts, dont chacun, ou le plus grand nombre, surtout ceux du milieu, sont formés de trois phalanges pour le moins, qui sont unies plus ou moins mobilement entre elles et avec les os métacarpiens, dont le nombre correspond au leur.
Leur volume varie. Ils forment en général la partie la plus considérable de la main, quelquefois même la plus grande portion du membre; ensemble ils surpassent communément en volume le métacarpe. Le rapport qui existe entre leurs phalanges ne présente pas de différences
d'ajnatomie comparée. 64-7 fort notables. Elles diminuent ordinairement de volume des postérieures aux antérieures.
Dans le plus grand nombre des cas, elles sont alongées , légèrement concaves à leur extrémité postérieure, convexes A l'extrémité antérieure, de telle façon qu'il en résulte une poulie ou trochlée soit simple , soit partagée en deux moitiés latérales par un léger enfoncement.
i. Batraciens.
Les batraciens à queue , aussi bien que ceux sans queue, n'ont en général que quatre doigts parfaits ; il y en a cependant parmi les anoures , du moins les grenouilles et les crapauds , mais non le pipa, qui ont, en outre, un rudiment de pouce extrêmement petit. Le prolée et la sirène font exception relativement au nombre des doigts.
Le protée n'a que trois doigts, tandis que la sirène en a cinq, qui se sont formés peut-être aux dépens du membre postérieur qui n'existe plus chez elle.
Le second et le troisième doigt du protée ne se composent que de deux phalanges ; le troisième n'en a qu'une.
Chez les triions, je trouve deux phalanges dans le premier doigt, une seule chez les salaman-
dres. Chez les uns et les autres, les second et quatrième doigts ont deux phalanges, le troisième en a trois. L'ensemble des phalanges des doigts est un peu plus long que les os du métacarpe; cette disposition est le plus prononcée chez le prolée y le moins chez les salamandres. Chacune des trois phalanges est , au contraire , plus courte. La phalange unguéale est toujours la plus petite. Elles sont grêles et longues chez les triions et le prolée; très-larges, plates et courtes chez les salamandres.
Chez les grenouilles et \escrapa.'/ds. lerudiment du pouce, caché tout-à-fait sous la peau , est à peine sensible et formé d'une seule phalange. Les second et troisième doigts sont en général formés de deux phalanges; les deux doigts externes, de trois phalanges. Mais le pipa a trois phalanges aux trois doigts internes, et seulement deux au doigt le plus externe. Constamment chaque phalange, surtout l'unguéale , est beaucoup plus petite que l'os métacarpien , quoique toute la fraction digitale soit plus grande que le métacarpe. Le pipa fait exception à celte règle, à cause de la longueur extraordinaire de ses os métacarpiens, qui ne sont pas unis entre eux par la peau.
Elles diminuent le plus souvent de volume de la première à la troisième ; chez les raines ( hj/a), les deux premières phalanges des troisième et quatrième doigts ont la même longueur.
d'anatomie comparée. 6/jo, En général le second doigt parfait (à proprement parler, le troisième ) est beaucoup plus court que les autres , celui qui le suit de dedans en dehors est le plus long; chez le pipa, au contraire, le second est le plus long.
Les phalanges sont généralement alongées , droites et étroites; les plus petites et les plus étroites sont celles des pipa, les plus grosses et les plus courtes celles des crapauds.