CHAPITRE VI
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
SECTION I. — PRINCIPES GÉNÉRAUX d'OPTIQUE.
§ 149. Diverses sources de lumière et leur intensité. — Le
soleil est la source la plus puissante de lumière que nous ajons à la surface de la terre. La lune, qui nous semble par les nuits claires d'un si grand éclat, laisse à peine trace d'un image sur nos plaques photographiques, elle est plusieurs mille fois moins lumineuse que le soleil.
Plusieurs sources de lumière artificielle sont capables de produire des images photographiques. Citons parmi les plus usitées : la lumière électrique, la combustion du magnésium, la lumière Drummond, la combustion du sulfure de carbone, etc.
La lumière électrique est connue de la plupart de nos lecteurs. Une pile de 60 éléments grand modèle de Bunsen est la plus convenable pour la produire, et le régulateur de Foucault ou de Serrin, le plus propre à maintenir le point lumineux constant en position et en éclat.
Au lieu de la pile de Bunsen, dont l'usage est si incommode, on se sert aujourd'hui des machines Gramme mues par la vapeur.
La lumière électrique a un éclat égal à 1/52 de la lumière solaire [à égalité de surfaces), mais on peut augmenter fortement l'éclat de la première, au point de vue photographique, en substituant aux crayons de charbons durs entre les extrémités desquelles on la produit ordinairement, un filet de mercure. Ce système constitue LA LAMPE dite de Way.
L'intensité cJiimicpie de la lumière ainsi produite est de beaucoup supérieure à celle qui se produit entre les charbons.
Le magnésium se brûle à l'état de fil ou de ruban dans un appareil muni d'un mouvement d'horlogerie qui en règle le débit de manière à rendre l'éclat de la lumière constant. C'est une des sources les plus puissantes de lumière chimique que nous connaissions. Deux ou trois de ces rubans, du poids de quelques centigrammes, suffisent pour faire un portrait en pleine nuit avec le procédé au collodion. M. Piazzi-Smyth s'en est servi avec succès pour reproduire les tombeaux de l'intérieur des Pyramides d'Egypte. En somme, c'est le moyen le plus simple que nous connaissions pour produire en tous lieux une lumière très-puissante et toujours prête.
GÉNÉRALITÉS
Le magnésium se vend pour cette usage en rubans plats de 3 millimètres de largeur sur une épaisseur de i/? de millimètre à peu près. On en allume l'extrémité dans une flamme à alcool ou une bougie, et un mètre de ce ruban se consomme en 2 minutes. On peut très-bien le tenir à la main et se passer de lampe à mouvement d'horlogerie, mais il faut éviter les courants d'air qui éteignent facilement la flamme, et bien aérer la place dans laquelle on opère, puisqu'il se produit par la combustion de ce métal d'abondantes vapeurs de magnésie.
Le SULFURE DE CARBONE que l'ou brûle dans le bioxide d'azote, produit une lumière d'un bleu pale, dont l'action sur les surfaces photographiques est très-puissante.
La LUMIÈRE Drummond formée par un cylindre de chaux ou de magnésie que l'on cliauflè à blanc par un jet allumé de gaz hydrogène et oxigène est d'un usage très- commode, quoique d'une puissance bien moins grande que les sources lumineuses précédemment citées.
Nous terminerons ici l'énumération des sources de lumière artificielle en omettant à dessein les flammes d'artifice au réalgar ou à l'antimoine, dont l'usage est beaucoup moins commode que celui du magnésium et beaucoup plus dangereux(l).
§ 160. Absorption de la lumière par les milieux transparents. — Lorsqu'un pinceau lumineux tombe sur la surface d'un milieu transparent, une partie de ce pinceau est réfléchie, et en quantité d'autant plus grande que la surface du milieu est plus oblique par rapport au rayon incident ; une autre partie est difl"usée par le milieu; une troisième enfin est transmise. En supposant le rayon incident perpendiculaire à la surface du milieu, l'absorption dépend presque entièrement de la nature plus ou moins transparente du milieu, de son épaisseur et de sa teinte.
Les substances transhicides, dépolies, arrêtent une grande partie des rayons qui les frappent. Quand la substance est très-transparente comme le verre, alors le poli de la surface exerce une influence notable sur la quantité de lumière transmise. Plus le poli est parfait, plus la lumière traverse la substance sans perte par absorption.
Lèjpaisseur du milieu exerce une grande influence sur l'absorption de la lumière; les intensités du rayon transmis forment une progression géométrique décroissante, quand les épaisseurs forment une progression arithmétique croissante.
(1) A cause des vapeurs d'arsenic et d'antimoine qui se produisent pendant la combustion.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
L'absorption dépend enfin de la teinte du milieu. C'est ainsi qu'un verre complètement incolore, comme le flint léger, laisse passer 2 et 3 fois autant de lumière chimique que le flint très-lourd qui est jaunâtre, et 1 i/i fois autant que le crown ordinaire qui est verdàtre.
Quand les lames transparentes sont bien incolores, elles laissent passer à peu près toutes également la lumière chimique. C'est ainsi que des lentilles de même forme, en quartz, sel marin, flint, crown, ne donnent aucune différence comme transmission de lumière chimique. Mais les verres jaunes, rouges et verts arrêtent presque totalement les rayons chimiques de la lumière.
L'air absorbe une certaine partie de la lumière émanée du soleil. Bouguer nous donne le tableau suivant de Vintensité liimineiise du soleil à différentes lumteiirs, 10,000 serait l'intensité du soleil, si l'air était absolument transparent.