SECTION IV. — DESCRIPTION DES OBJECTIFS PHOTOGRAPHIQUES
164. Division des objectifs en non-aplanétiques etaplanétiques. — L'abeiTatioii spliërique peut servir à diviser les objectifs pliotoi^i'apliiques en deux grandes classes. Les objectifs mn-ajjlanétiques (vovez note p. 121), qui ne donnent des images nettes qu'à la condition d'être munis d'un très-petit diaphragme ; les objectifs aplanéticpies, qui donnent avec toute leur ouverture des épreuves nettes, mais sur un plan focal d'une moins grande étendue que les précédents. Nous adopterons cette division dans ce chapitre.
Voici les différences qui caractérisent ces deux espèces d'objectifs, Les objectifs aplanétiques conviennent surtout pour la reproduction des scènes animées, parce que, pouvant servir avec toute leur ouverture, ils permettent une courte exposition de la surface sensible à la lumière. Ils ne couvrent nettement avec toute leur ouverture qu'un verre dépoli (plan focal) dont le plus grand côté est tout au plus de la moitié de leur distance focale; mais les arme-t-on d'un diaphragme, cette étendue de netteté augmente, et ils conviennent alors pour la reproduction des monuments, paysages, etc.
Les objectifs non-ajilctnétiques , employés avec toute leur ouverture, donnent des images confuses sur toute l'étendue du verre dépoli. Armés d'un diaphragme égal à //lo, l'image commence à prendre de la netteté, mais ce n'est que lorsque le diaphragme est dey/30, //io et même //eo que l'image prend une netteté absolue. Ces objectifs sont donc très-lents pour impressionner les surfaces photographiques, mais leur plan focal est généralement beaucoup plus grand que celui des objectifs aplanétiques. Quelques-uns de ces objectifs embrassent un angle de plus de 100".
Objectifs own-aplanétiques.
§ 165. L'objectif simple (à paysages). — Jean-Baptiste Porta, l'inventeur de la chambre noire à lentille, se servait comme objectif d'une lentille piano-convexe en crown dont la face convexe
(1) AVIS ESSENTIEL. Pour éviter les répétitions, nous désignerons toujours les grandeurs des diaphragmes par des fractions de la distance focale/, tels que//30,//40, //60, qui désignent des ouvertures du trentième^ quarantième, soixantième de la distance focale, ce qui est la seule manière de comparer entre eux des objectifs différents.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
; regardait le verre dépoli et qui était réduite à sa partie centrale par I un petit obturateur. Dans ces conditions, le champ de l'image était très-courbe.
Tel était l'objectif simple lors de la découverte du daguerréotype en 1839, et il servit à produire les premières épreuves daguerriennes. Mais l'image, nette sur le verre dépoli, ne l'était pas sur la surface photograpliique : la lentille possédait un foyer chimique.
Les premiers objectifs exempts de foyer chimique paraissent avoir été construits par feu Charles Chevalier. Cet opticien se servit de l'objectif achromatisé de la lorgnette de spectacle, objectif formé par une lentille bi-convexe de crown collée à une lentille piano-convexe de flint. Employée avec sa face convexe tournée vers l'objet à reproduire, l'image est d'une remarquable netteté et très-brillante. En effet, dans cette position, la lentille peut être employée avec toute son ouverture, les aberrations sphérique et chromatique y étant sensiblement corrigées suivant l'axe. Mais l'étendue du plan focal est très-faible et tout au plus son plus grand côté est-il de //s. Charles Chevalier fît comme les opticiens, ses devanciers : il retourna la lentille, de sorte que sa face convexe regardait maintenant le verre dépoli. Dans cette position l'image est beaucoup moins nette que dans le cas précédent, mais il l'arma d'un diaphragme placé en avant de l'objectif. La netteté s'accroît ainsi considérablement, en même temps que le champ de l'image s'aplatit beaucoup, de sorte que le plus grand côté du plan focal nettement couvert était maintenant de //4.
La forme plan-convexe est donc la première qui ait été donnée à l'objectif simple destiné à la photographie.
M. Andrew Ross, célèbre opticien anglais, mort il y a quelques années, reconnut que le champ de l'objectif simple devient encore plus grand et Vimage plits nette en adoptant un ménisque très-courbe formé d'un crown dont la face concave regarde l'objet, et d'un flint dont la face convexe regarde le verre dépoli.
§ 166. Nouvel objectif simple de M. Dallmeyer (fîg. 83). — Dans le but de réduire la distorsion à une quantité aussi faible que possible et de faire embrasser à l'objectif un très-grand angle, M. Dallmeyer a donné à l'objectif simple une forme ménisque trèsconcave et a rapproclié le diaphragme de la lentille.
Au lieu de deux lentilles, la première de crown, la seconde de flint, M. Dallmeyer en emploie une de plus, en crown, mais dont l'indice de réfraction est légèrement différent du premier crown. Les trois lentilles sont donc des ménisques collés ensemble et forment une lentille unique dont la concavité regarde l'objet à reproduire, précisément comme l'objectif simple ordinaire.
Le diaphragme est rotatif et placé en avant de la lentille à une distance égale au diamètre de cette lentille. L'ouverture la plus petite du diaphragme est //so, la plus grande de fj^m. Toutes sont d'ailleurs graduées de telle façon que les temps de pose se doublent toujours en passant d'une plus grande ouverture à celle immédiatement plus petite, Voici les principaux avantages de l'objectif simple de M. Dallmejer. Avec un diaphragme de //^2o, il couvre avec m\e parfaite netteté un plan focal circulaire de 72 degrés d'étendue et avec un diaphragme de //ôo, un cercle de 85 à 90 degrés. Le champ de l'objectif est donc énorme, puisque le plus grand côté de l'image (qui est toujours, comme on le sait, rectangulaire) est plus grand que la distance focale
de l'objectif, tandis que dans les meilleurs objectifs simples construits avant M. Dallmeyer, ce côté était tout au plus des deux tiers de cette même distance focale.
Ceci a, pour la reproduction des paysages, un avantage considérable au point de vue artistique, c'est que les premiers plans se trouvent représentés sur l'image et donnent ainsi aux plans plus éloignés un elFet de perspective étonnant. Cela n'avait pas lieu avec les anciens objectifs dont le champ était beaucoup moindre.
La distorsion de cet objectif est réduite à une faible quantité, son diamètre étant relativement plus faible que celui de l'ancien objectif. D'ailleurs, l'objectif simple étant destiné uniquement aux paysages, la distorsion n'apporte aucun défaut visible dans l'image.
L'image est plus brillante que celle fournie par un objectif de toute autre combinaison, parce qu'aucune lumière réfléchie par les surfaces de l'objectif ne vient la voiler. (Voir page 127).
Le nouvel objectif simple de M. Dallmeyer a pour dernier avantage de ne nécessiter, par suite de sa courte distance focale, qu'une chambre noire beaucoup plus courte, ce qui est dons la pratique d'un trèsgrand avantage, puisqu'elle prend moins le vent.
Pour terminer cet article, nous avons à examiner dans quelles circonstances l'objectif simple est à préférer aux autres systèmes.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
Comme tous les objectifs non-aplanétiques, l'objectif simple devant être muni d'un très-petit diaphragme pour donner des images nettes, ne saurait convenir à la reproduction des groupes, paysages animés, portraits, cà moins de disposer d'une lumière éclatante comme celle du soleil, ce qui produit généralement des effets peu artistiques. L'aplanat et le triplet, que nous décrirons plus tard, lui sont, sous ce rapport, infiniment préférables, puisque, avec un diaphragme d'un diamètre double (par conséquent quatre fois plus rapide), ils donnent des images parfaitement nettes dont le plus grand côté est //s L'objectif simple distordant les images dans le sens de la figure 78, ne saurait servir à la reproduction des monuments, cartes, et en général de tous objets où se trouvent des lignes droites.
En revanche, il est l'objectif par excellence pour les paysages, parce qu'il donne des images très-brillantes, très-nettes, avec un diaphragme//50, et qu'il a une grande profondeur de foyer.
§ 167. L'objectif-globe ou globe-lens. — Cet objectif, inventé par MM. Harisson et Schnitzer, de New-York, et représenté figure 84, est formé de deux ménisques convergents achromatisés et identiques dont la distance est telle que la surface extérieure des ménisques prolongée se confonde en une seule et même sphère, de là le nom de glohe-lens ou objectif -globe.
Au milieu de la monture de l'objectif se trouve le diaphragme rotatif qui est représenté à part à côté de la figure.
Les ouvertures des dia-
1 j i n 1 Fig. 8V. — Globe-lens de MM. Harisson et Solinitzer, de New-York .
pliragmes sont telles que les
temps de pose sont respectivement de 1 , 2, 3, 4,5; c'est-à-dire que le plus petit diaphragme (n'' 5) exige cinq fois autant de pose que le plus grand dont l'ouverture est 1 ; le suivant 2, deux fois autant ; le N° 3, trois fois, et ainsi de suite.
L'angle embrassé par l'objectif est très-considérable et dépasse 75°, de sorte que la longueur du plus grand côté du verre dépoli nettement couvert est plus grand que sa distance focale. Un objectif de 10 centimètres de distance focale couvre nettement un verre dépoli de 14 centimètres sur 12. Sous ce rapport, cependant, l'objectif-globe est inférieur au doublet de M. Ross et périscojje de M. Steinheil.
GÉNÉRALITÉS
L'objectif-globe serait un objectif précieux pour les photographes, s'il ne possédait une aberration sphérique considérable. Aussi, les diaphragmes que porte l'objectif doivent-ils être extrêmement petits.
Cette nécessité de très-pe(.its diaphragmes n'a pas seulement pour effet de rendre l'objectif très-lent; ce ne serait là qu'un défaut auquel il serait facile de remédier en augmentant le temps de pose. Mais il conduit à un résultat plus fâcheux : il donne des images dans lesquelles les premiers plans sont généralement trop peu venus (trop noirs) et des horizons solarisés. Les détails dans l'horizon sont ainsi perdus par suite d'une i)Ose trop longue. En un mot, l'image manque de brillant, de relief, et ne possède ces qualités que dans le cas où le sujet à reproduire offre une très-grande surface, sans premiers plans, comme un panorama, une carte géographique, une gravure.
§ 168. L8 doublet de M. Thomas Ross. — Cet objectif (fig. 85) est composé de deux ménisques achromatisés NM et HG (la surface PP' regardant l'objet à reproduire) (1). Chacun de ces ménisques peut être employé isolément connue objectif simple. Les diaphragmes, dont l'ouverture maximum est //is, et minimum de //il, sont gradués et construits comme ceux de l'objectif-globe. De plus, une plaque glissante Z permet d'ouvrir ou de fermer l'objectif indépendamment de l'obturateur.
Cet objectif est supérieur à l'objectifglobe, en ce qu'il possède moins d'aberration de sphéricité, ce qui permet l'emploi de diaphragmes moins étroits.
Il embrasse un angle de 80 degrés et est presque exempt de distorsion. Mais il possède les désavantages communs à V objectif -globe, k savoir : l'emploi forcé de trop petits diaphragmes.
^ Son usage est précieux pour la reproduction des monuments dont la distance est très-rapprochée. Il donne des images d'une remarquable netteté et possède une très-grande profondeur de fover, qualités qui le font ranger parmi les meilleurs objectifs non-aplanétiques.
S 169. Le doublet grand angulaire de M. J. H. Dallmejer,
(1) La figure est dessinée renversée dans sa monture par une erreur du dessinateur. Mais la description est exacte.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
et Tobjectif pantoscope de M. Buscli, de Rathenow, ont une forme analogue au doublet de M. Ross, et servent au même objet : la reproduction des monuments trop rapprochés pour pouvoir être reproduits par les autres objectifs.
Objectifs aplanètiqttes .
§ 170. L'objectif orthoscopique. — Cet objectif a été inventé par M. Petzval, de Vienne, et est basé sur des calculs extrêmement ingénieux. La fîg. 86 le présente tel que le construisent MM. Harisson et Schnitzer, de New-York.
L'ouverture de l'objectif orthoscopique est de fjs environ.
L'objectif orthoscopique n'est pas exempt de distorsion. Il courbe les lignes en croissant (âg. 79); il ne saurait donc convenir à la
reproduction des monuments, F'S- 86. — objectif orthoscopique de mm. Harisson et Schnitzer.
des gravures, etc. L'usage de cet objectif est abandonné depuis que l'on possède les aplanats dont nous parlerons plus loin.
§ 171. Le triplet. —
Le triplet que nous décrivons ici est celui que construit M. Dallmeyer, l'inventeur de cet objectif. La fîg. 87 représente très-exactement lemodèle de 7 pouces anglais de distance focale.
L'angle embrassé par le triplet est de 44 degrés, sa plus grande ouverture
.^^ fh à //lo.
Pour les groupes et les effets instantanés, l'objectif doit être employé avec l'ouverture la plus large pOS- Fig. 87. - Triplet ae M. H. J. Dallmey
sible, de manière à obtenir le maximum de rapidité. Mais pour les
GÉNÉRALITÉS
paysages et les reproductions, lorsque le tejnps de pose a une moindre importance, on peut employer des diaphragmes plus petits.
L'usage du triplet, depuis l'introduction de l'aplanat dont nous parlons à l'alinéa suivant, est presqu'entièrement abandonné.
§ 172. L'aplanat. — Cet objectif, inventé en 186G par M. A. Steinlieil, est représenté fîg. 88. Il est formé de deux ménisques symétriques, composés chacun d'un flint très-lourd collé à un flint léger. Les diaphragmes gradués se placent entre les deux ménisques, en AB.
L'angle embrassé par l'aplanat est de 43 degrés, donc sensiblement égal à celui qu'embrasse le triplet. Mais il est deux fois aussi rapide, parce qu'il a une ouverture plus grande U).
En dévissant l'objectif de devant H', et en laissant en place le ménisque H et les diaphragmes, on obtient une longueur focale double et une image deux fois aussi grande, mais bien moins parfaite que si l'objectif est employé avec ses deux ménisques.
Cet objectif est très-remarquable, et ^il est de heaumij) supérieur ait trijM dont il a tous les avantages^ tout en étant deux fois aussi rapide. Il est parfaitement exempt de lumière réfléchie par les surfaces des lentilles.
Comme il est parfaitement symétrique, il ne faut pas le retourner comme le triplet et les autres objectifs pour faire des agrandissements à la chambre noire.
Il est parfaitement aplanétique, et peut, par conséquent, servir à faire des portraits en plein air. Mais il est plus lent que l'objectif double ordinaire, et d'un moins bon usage pour les portraits à l'atelier. Armé d'un diaphragme de //^o, il sert aux paysages animés, à la reproduction des intérieurs, des tableaux. Avec un diaphragme plus petit (//-^o), il sert à reproduire les cartes géographiques, les monuments. Il est absolument exempt de distorsion.
C'est le meilleur entre tous les objectifs pour tout genre de photographie autre que le portrait à l'atelier. M. Adolphe Steinheil, l'inventeur de cet objectif, est en ce moment ('^) occupé à le perfectionner
(1) /G pour les petits objectifs, //9 pour les grands.
(2) Décembre 1879.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE. 135
considérablement dans sa construction primitive. Le nouvel objectif aura plus de profondeur de fojer sur les bords de l'image, laquelle par conséquent, sera beaucoup plus nette.
M. J. H. Dallmejer a construit le même objectif, mais à l'aide de flint et de crown ordinaire. Il l'appelle c< rapid rectilineaT Uns » et l'exécute de la façon la plus remarquable.
§ 173. Les aplanats grands angulaires de M. A. Steinheil(i). — Tous les objectifs embrassant un grand angle ont nécessairement un champ moins éclairé sur les bords qu'au centre. Cela provient du diaphragme qui, vu de face, est plus grand que vu de côté. Il est toutefois possible de rapprocher les lentilles du diaphragme et dès lors, en se bornant à un champ d'une grandeur moyenne, de l'éclairer à peu près uniformément, ce qui est précieux pour la reproduction des cartes de géographie.
La fîg. 89 montre comment le D"" Ad. Steiiiheil a réalisé ce but. Dans un tube trèslarge sont fixés deux ménisques acliromatisés égaux entre eux H, H', et symétriques par rapport au diaphragme rotatif AB, dont les ouvertures N, M, 0 (fig. 90), sont dans le rapport de 1, 2, 4.
La combinaison a, pour les petits objectifs une ouverture de pour les grands //n^s. L'angle embrassé est de 70", donc moins grand que l'angle embrassé par les doublets de MM. Busch, Dallmeyer et Thomas Ross, Toutefois, ce désavantage est largement compensé par une ouverture bien plus grande, un aplanétisme complet et une absence absolue de distorsion.
De plus, comme dans les Instituts de géographie, l'on cherche surtout à obtenir des clichés propres à la gravure héliographique; qu'à cette fin, l'image doit être renversée
laire de M. A. Steinhe
(I. — Diaphragme rotatif de l'aplauat
(1) Phot. MittheiL, tome 8, p. 15.
GÉNÉRALITÉS
par un miroir ou mieux par un prisme placé en avant de l'objectif; que ce prisme est d'un grand prix, et qu'il faut tâcher de le faire aussi petit que possible, M. Steinheil a mis tous ses soins à atteindre ce résultat à l'aide de lentilles à petite surface.
M. Ad. Steinlieil vient de livrer au commerce de nouveaux objectifs aplanétiques et symétriques qui sont appelés à un grand succès. Leur forme générale est comprise entre celle des figures 88 et 89.
Le premier est destiné aux paysages. Son ouverture est //12 à//i5. Le second est un grand angulaire d'une ouverture de//20 à//25. Ce dernier est spécialement destiné aux monuments dont il faut se rapprocher beaucoup.
M. Prasmoski, opticien bien connu de Paris, construit également un doublet symétrique grand angulaire qui ne le cède en rien aux meilleurs objectifs construits en Angleterre et en Allemagne. L'auteur de cet ouvrage possède un de ces objectifs, qu'il a trouvé excellent.
§ 174. Euriscope et aplanats à grande ouverture. — H y a
plusieurs années, vers 1869, M. Dallmeyer nous envoya, à l'examen, un nouvel objectif, symétrique et aplanétique, de la forme générale représentée fîg. 88, mais avec une ouverture du quart de la distance focale.
Nous examinâmes cet objectif avec le plus grand soin, en le comparant à un objectif de même ouverture, de même diamètre, et de même foyer, mais de la forme Petzval dont nous parlerons à l'alinéa suivant.
Le résultat ne fut pas favorable au nouvel aplanat, et notre éminentami Dallmeyer ne mit point cet objectif dans le commerce.
Il y a trois ans, M. Voigtlander annonça avoir trouvé une nouvelle combinaison, qu'il appela euriscope, symétrique et aplanétique, d'une ouverture moyenne de //s à //g. Beaucoup de bruit a été fait de cet objectif. L'auteur de cet ouvrage le compara à la forme Petzval, et le résultat a été que l'euriscope est inférieur ixixy. objectifs bien construits de la forme Petzval de même ouverture.
Enfin, à la dernière exposition de Paris (1878), M. Dallmeyer exposa un nouvel objectif, toujours dans le genre des aplanats, c'est-à-dire symétrique et aplanétique, mais d'une ouverture encore plus grande (//s) que celui qui nous fut envoyé par lui en 1869. Quelques mois plus tard, M. Steinheil, de Munich, nous annonçait un objectif analogue.
Nous avons examiné ces objectifs /"/ô de M. Dallmeyer et de M. Steinheil, en comparaison avec la forme Petzval, et le résultat a été celui-ci.
Les nouveaux" objectifs //s étaient d'une quantité à peine appré-
ciable plus rapides que celui de la forme Petzval, mais donnaient un champ moins plat et moins de netteté sur les bords de l'image. Et surtout l'achromatisme était bien inférieur.
Jusqu'à présent donc, la palme pour les objectifs rapides reste à la forme Petzval, et ni les nouveaux aplanats pour portraits de M. Steinheil, ni ceux de M. Dallmejer, ni ceux de M. Voigtlander ne peuvent rivaliser avec les premiers. M. Dallmeyer et aussi M. Steinheil nous ont écrit que désormais ils renonçaient à cette construction, au moins jusqu'au moment où ils auraient pu trouver une meilleure combinaison.
§ 176. L'objectif double ordinaire. — L'objectif double est représenté fig. 91. Les deux combinaisons de lentilles sont montées aux deux extrémités d'un tube BA, terminé vers l'objet à reproduire par un cône C sur lequel s'adapte l'obturateur L. Il est mobile dans un tube C, à l'aide d'une crémaillière F, et se visse sur un anneau E fixé sur la chambre noire.
Les diaphragmes H se plaçaient jadis dans le cône C. Aujourd'hui on les place généralement entre les deux lentilles dans une rainure ménagée à cet effet. Ils sont numérotés de telle façon que chaque chiffre comporte une pose dotiMe de celui qui le précède, exceptés les diaphragmes marqués d'une croix qui ne comportent que la moitié du temps de pose en plus. Cette disposition est due à M. Waterhouse, et est adoptée par tous les bons opticiens.
Ainsi que nous l'avons dit page 15, cet objectif a été inventé par M. Petzval. Plusieurs opticiens ont réclamé la priorité de l'invention de l'objectif double, se basant sur ce qu'ils avaient construit des objectifs à deux lentilles bien avant la publication du mémoire de M. Petzval. Mais ces objectifs n'étaient nullement conformes à l'objectif double universellement adopté aujourd'hui. Ils ressemblaient beaucoup à la figure 85. Ces réclamations n'ont donc aucune valeur scientifique et sont, du reste, par cette cause, tombées aujourd'hui dans l'niibli. Passons à une description plus détaillée de cet objectif.
La figure 91 représente en grandeur naturelle l'objectif double de Petzval, construit par M. Dallmeyer sous le nom d'objectif rapide pour épreuves stéréoscopiques et dont la distance focale est de 4,62 pouces anglais. Il est composé :
P D'un ménisque HG achromatisé (presque plan-convexe) dont la surface convexe regarde l'objet à reproduire. Ce ménisque, serti dans un anneau II', se visse sur un tube DEE'D' lequel reçoit le tube extérieur plus large FF' qui se ferme à l'aide d'un obturateur en cuivre ou en carton.
2*^ D'une combinaison bi-convexe NM, formée d'un ménisque M
138 GÉNÉRALITÉS
divergent en flint placé à une certaine distance d'une lentille biconvexe K en crown. Le flint serti dans un anneau 00' se fixe dans l'anneau PP' qui reçoit le crown. Un anneau sépare les deux lentilles à la distance assignée par le calcul. Cette combinaison se fixe à l'extré-
Fig. 91. — Objectit à portraits de J. H. Dalltneyer.
mité opposée du tube DEE'D'. Les deux disques LL', KK' livrent passage aux driapliragines gradués JJ'.
La lentille de devant HG employée seule, donne une image nette à sa partie centrale, mais confuse sur les bords. Si on la retourne de manière que sa face convexe regarde le verre dépoli et qu'on la substitue à la lentille NM, elle donne une image confuse, mais que de petits diaphragmes placés en JJ' rendent nette. On s'en sert quelquefois pour les paysages, mais elle est bien inférieure pour cet objet aux objectifs simples construits exprès.
Le but de la combinaison MN est d'allonger le foyer des rayons obliques à l'axe de manière à avoir un champ plat. Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent point une description détaillée du rôle de ce ménisque qui constitue l'invention de M. Petzval, ce qui du reste est impossible sans calculs. Disons toutefois que l'intervalle qui sépare dans ce ménisque le flint du crown sert à corriger l'aberration sphérique du système entier.
De Vouverture de Tohjectif cloiihïe clcpend sa raxÀditè. Elle est variable suivant le but que l'on se propose. Pour portraits trèsrapides, M. Dallmeyer, qui construit les meilleurs objectifs existants.
a adopté l'ouverture comme la plus grande possible avec un I champ suffisamment plat, et désigne cette classe d'objectifs par la j lettre B.
j Puis il construit une seconde classe d'objectifs un peu moins j rapides, qu'il désigne par la lettre C, qui ont un foyer un peu plus I long (//4j, mais dont le champ est plus plat. Ils servent pour les I climats plus clairs que le nôtre.
' Enfin la classe D, objectifs à foyer long (//(j), sont surtout destinés ! aux groupes et portraits en plein air.
La rapidité comparative de ces objectifs est à peu près représentée par
Donc l'objectif B est 4 fois plus rapide avec toute son ouverture que D; et 1,8 fois que C.
Le cliamf de l'objectif double varie de 15 à 55°. Il dépend de la grandeur du diaphragme employé et de la distance entre elles des deux lentilles situées aux extrémités du tube qui les porte. Plus ces lentilles sont rapprochées et le diaphragme petit, plus le champ est grand; plus elles sont éloignées et le diaphragme grand, plus le champ est faible. Mais inversement l'inégalité de l'éclairage du centre de l'image vers les bords est d'autant plus grande que le champ est plus grand.
Cette inégalité de l'éclairage s'atténue du reste fortement par l'emploi des diaphragmes qui égalisent l'éclairage, en môme temps qu'ils répartissent la netteté jusqu'aux bords, et cela d'autant plus, qu'ils sont plus petits. Dans ce dernier cas, le champ de l'objectif double peut atteindre 60°.
Le champ de l'objectif double employé avec toute son ouverture est assez courbe. De là difficulté dans la mise au point. Mais l'emploi de diaphragmes, comme nous venons de le décrire, atténue ce défaut.
La profondeur de foyer de l'objectif double est très-faible, et par suite, la mise au point de plans distants entre eux très-difficile, surtout si l'on veut utiliser l'objectif avec toute son ouverture. Mais, même avec de petits diaphragmes, la profondeur de foyer de l'objectif double est bien moins grande que celle de l'objectif simple.
Les images fournies par l'objectif double ne sont pas exemptes de distorsion. Donc, cet objectif n'est pas propre aux reproductions de monuments ni de plans.
§ 176. Objectif double égaliseur du foyer. — Le manque de profondeur de foyer de l'objectif Petzval a pour effet de limiter la netteté de l'image à un seul plan ; s'il s'agit d'un buste, par exemple, de l'œil aux dépens des autres parties de la figure. Pour éviter ce
GÉNÉRALITÉS
défaut, M. Clau(let(l) conseille le procédé suivant. Avant de mettre au point, il marque par des repères les positions de l'objectif qui correspondent à la partie la plus avancée de la figure et à la partie la plus reculée; puis, pendant la pose, il meut lentement la crémaillière de l'objectif dans les limites déterminées par les repères.
De cette façon, aucun plan n'est absolument net dans la figure, ni aucun n'est absolument vague. On a une netteté moyenne qui, suivant M. Claudet, satisfait mieux l'œil.
L'idée de M. Claudet est originale. Mais il est dangereux de toucher à l'objectif pendant la pose à cause du mouvement qu'on communique à la chambre noire.
M. Dallmeyer(2j a résolu le problème d'une façon beaucoup plus simple. Pour cela, il renverse la position du crown et du flint dans le ménisque NM (fig. 91) de l'objectif double. Donc, la lentille de flint M regarde le verre dépoli au lieu de regarder l'objet. Dans cet état, l'objectif est tout aussi bon que les objectifs ordinaires, sans cependant posséder une profondeur de foyer plus grande. Mais le flint M est monté à part dans un barillet sur lequel se trouvent, aux extrémités de deux diamètres perpendiculaires, des points de repère formés par 1, 2, 3 ou 4 points en regard d'un index fixé sur le tube. Ce barillet peut se dévisser d'un, de deux, de trois tours. En un mot, le flint M peut s'éloigner du crown adjacent.
On enlève le verre dépoli, pour tourner le ménisque de 1/2 à 3 ou 4 tours, l'on met alors au point, l'on substitue au verre dépoli la glace sensible.
L'image obtenue n'est plus aussi nette, elle est à contours un peu flous; mais cette netteté moyenne est répartie sur les diflerentes parties de la figure.
L'effet obtenu répond au résultat que se proposait M. Claudet ; mais on l'obtient en tournant simplement le ménisque avant la mise au point, et sans danger de faire bouger la chambre noire.
L'on introduit dans l'image une aberration spliérique qui altère la netteté de cette image sior toute son étendue et l'on augmente ainsi la profondeur de foyer.
Nous nous sommes servi du nouvel objectif de M. Dallmeyer avec beaucoup d'avantage. Mais il faut, pour en tirer un parti convenable, en étudier avec soin le mécanisme et l'eflet.
(1) Bull. Soc. franc, phot. 1866, p. 225.
(2) Bull. Soc, franc, phot. 1867, p. 41 ; Dec. 1866. Journ. of tke Phot. Society.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
SECTION V. — DU CHOIX, de l'essai et de l'usage des objectifs. Du clioix des objectifs.
§ 177. Portraits. — Le portrait est du domaine exclusif du photographe de profession. Il lui faut donc plusieurs objectifs : un pour la carte, un pour le format album, un pour la plaque entière, et souvent un pour les grands portraits de 30 centimètres sur 40.
Le choix de ces objectifs dépend de la longueur de la galerie vitrée. Mais aujourd'hui, la plupart des ateliers étant construits dans de bonnes conditions de longueur, nous ne devons pas nous occuper des ateliers trop courts.
Pour la carte de visite, il faut un objectif de 2^/4 pouces de diamètre et de 6 pouces de foyer, ce dernier mesuré du verre postérieur au verre dépoli. Dans ce cas, il y a environ 5 1/2 mètres entre le modèle et l'objectif pour un portrait en pied. Le N*" 2 B rapide de Dallmeyer est le meilleur des objectifs pour cet objet.
Pour le portrait-album (cabinet), il faut un objectif de 3 pouces de diamètre et de 8 pouces de foyer. Alors on obtient la figure en pied également à la distance de 5 1/2 mètres.
Pour la plaque entière, il faut un objectif de 4 pouces de diamètre et d'un foyer de 12 pouces. La figure entière s'obtient à une distance de 6 mètres.
Pour l'extra-plaque (2P 27*^) ou la dimension 27 sur 35 centimètres, on se sert généralement d'un objectif d'un diamètre de 6 pouces, d'un foyer de 18 à 24 pouces. Mais c'est une erreur de se servir pour ces dimensions d'objectifs doubles à portrait. Car, pour obtenir une image nette, il faut diaphragmer fortement l'objectif, tant et si bien qu'il n'est pas plus rapide que Vaplanat (voyez page 134) de 27 ou 39 lignes d'ouverture. Or, l'objectif à portrait de 6 pouces ne peut absolument servir à autre chose qu'au portrait ; l'aplanat sert à plusieurs autres usages; donc, sous tous les rapports l'avantage lui reste. Nous savons très-bien que l'objectif de 6 pouces avec toute son ouverture est plus rapide que l'aplanat. Mais combien de grands portraits fait-on dans l'année? Ajoutons que les rapides progrès du procédé sec au gélatinobromure d'argent permettent de raccourcir énormément les temps de pose, donc les aplanats vont prendre dans l'atelier la place des anciens objectifs doubles de grande dimension.
En plein air, le portrait peut nécessairement se faire avec des objectifs moins rapides, et alors les aplanats Steinheil et Dallmeyer conviennent admirablement. Le triplet est moitié moins rapide.
GÉNÉRALITÉS
Les objectifs Dallmeyer D, à long foyer, conviennent encore, mais comme ils sont inférieurs pour les reproductions, le choix des aplanats reste le plus avantageux.
En tous cas, quels que soient les objectifs que l'on veuille choisir, ils auront pour la carte 6 pouces de foyer; pour le portrait-album 8 pouces de foyer; pour la plaque normale de 18 X 24 centimètres, 12 pouces de foyer. Dans ce cas, il y aura une distance convenable, environ 6 mètres, entre le modèle et la chambre noire, pour l'obtention d'un portrait en pied,
§ 178. Groupes. — Les meilleurs objectifs pour groupes sont ceux dont le diamètre est du sixième de leur foyer. Mais, si l'on possède des objectifs à foyer plus court, tels que les objectifs ordinaires à portrait, un diaphragme les rend aptes à reproduire les groupes, puisque l'effet du diaphragme est de répartir la netteté sur une plus grande étendue de verre dépoli.
Mais s'il faut acheter exprès des objectifs pour les groupes de grande dimension, alors les aplanats Steinheil, les rapides rectilignes Dallmeyer, sont les meilleurs, parce qu'ils sont, de plus, propres aux monuments et aux reproductions.
Pour connaître la dimension de Faplanat, propre à telle grandeur de groupe que l'on désire, mesurez la diagonale de l'épreuve que vous voulez produire. Elle représente les 3/4 du foyer de l'aplanat que vous devez avoir.
§ 179. Reproductions. — Le meilleur objectif pour les reproductions, est encore toujours l'aplanat, mais de la forme fig. 89. Cette fois on ne doit plus l'employer avec toute son ouverture comme pour le portrait, ou le munir d'un diaphragme moyen comme pour le groupe. Mais on peut le munir d'un diaphragme d'autant plus petit que l'on veut une dimension plus grande et une netteté plus parfaite.
§ 180. Monuments. — D'après ce qui précède, l'aplanat (ou le rapide rectiligne) est le meilleur des objectifs pour les monuments. Mais si la distance entre le monument et la chambre noire doit être très-courte, il faut avoir recours aux objectifs grands angulaires décrits page 135 et suiv.
§ 181. Paysages. — Nous avons dit page 131 que l'objectif simple était de tous les objectifs, le meilleur pour les paysages. Celui donc, qui veut ne faire que des paysages, choisira les objectifs simples. Mais s'il veut faire le paysage animé et le monument en même temps, alors il se servira des mêmes objectifs que ceux signalés à l'article reproductions et monuments.
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
§ 182. Emploi du prisme et du miroir en avant de l'objectif. — Plusieurs procédés photographiques exigent des négatifs retournés. Nous verrons plus tard quels moyens on peut employer pour retourner la couche photographique elle-même. Mais on peut aussi renverser l'image, à l'aide d'un prisme réflecteur placé au devant de l'objectif ou à l'aide d'un miroir argenté.
Le prisme peut être employé pour des objectifs qui n'embrassent pas un trop grand angle. Sa surface hypothénuse doit être argentée, le verre dont il est fait doit être très-pur et exempt de stries et ses surfaces doivent être parfaitement planes.
Si l'angle embrassé par l'objectif dépasse 40 ou 50°, les pinceaux obliques à l'axe ne sont pas réfléchis par le prisme, et alors il faut faire usage d'un miroir plan en verre argenté sur sa surface extérieure et poli. Ce miroir doit être placé en avant et aussi près que possible de l'objectif.
L'usage du miroir serait bien préférable à celui du prisme si l'argenture ne s'en détruisait rapidement sous l'influence des agents atmosphériques. Aussi faut-il réargenter le miroir très-fréquemment.
Essai des objectifs (i).
§ 183. Mire d'essai. — Sur un papier blanc bien tendu sur grande planche à dessin, tracez au tire-lignes un grand carré, par exemple de 90 centimètres de côté, dont vous diviserez les côtés en 9 parties égales. Joignez les divisions par des droites, de manière que le grand carré soit divisé en 81 petits carrés.
Sur les deux lignes centrales perpendiculaires, écrivez à partir du centre les chiflres 0, 1,2, 3, 4, 5. Puis, placez la planche à dessin bien verticalement dans un endroit fortement éclairé.
§ 184. Mesure du vrai foyer de l'objectif (foyer absolu){2).
— Sur le verre dépoli de la chambre noire, tracez bien au milieu deux lignes perpendiculaires. Assurez-vous que votre objectif est bien rigoureusement au milieu de la chambre noire, dont le verre dépoli doit être vertical, et dirigez l'instrument sur la mire, de manière que le centre 0 de la mire et le centre des deux droites tracées sur
(1) Ceci est surtout écrit pour l'essai des objectifs à reproductions, excepté ce qui a trait à la mesure du foyer, à l'essai du foyer chimique et de l'angle embrassé par l'objectif.
(2) Équivalent focus des Anglais.
GÉNÉRALITÉS
le verre dépoli, coïncident. Mettez bien au point. Employez un petit diaphragme.
Vous verrez de suite si le plan de la mire est parallèle au verre dépoli, car la netteté doit décroître régulièrement du centre vers les bords.
Rapprochez maintenant l'objectif de la mire et augmentez le tirage de la chambre noire jusqu'à ce que l'un des carrés centraux soit reproduit en même grandeur sur le verre dépoli. (Il est bien entendu que si l'objectif était fort petit, on pourrait rendre la mire également plus petite. )
Enlevez maintenant l'objectif, mesurez la distance de la mire au verre dépoli. Le quart de cette distance est le foyer absolu de l'objectif que vous inscrirez sur sa monture.
Si le photographe veut uniquement mesurer le foyer de l'objectif, une gravure quelconque peut servir de mire.
§ 185. Mesure de l'angle embrassé par l'objectif. — Soient AB (fig. 92) des objets très-éloignés situés à l'horizon, C la lentille fixée sur une chambre noire placée sur une table bien de niveau. En ^ les mettant au point sur le verre dépoli, nous trouvons que les objets D et E forment la limite de l'image sur le verre dépoli. Tracez au milieu du verre dépoli une droite verticale et tournez la chambre noire jusqu'à ce que le point E tombe sur cette droite. Avec un crayon appuyé sur le côté de la chambre noire, tracez la droite ce. Tournez la chambre vers le point D jusqu'à ce que ce point tombe sur la droite tracée sur le verre dépoli. Tracez la droite cd comme vous l'ig. 92. l'avez fait pour ce. Si elle ne vient pas
couper ce, prolongez-la suffisamment. Il est clair que l'angle ecd est égal à DCE. Donc, en plaçant le centre d'un rapporteur en c, on lit le nombre de degrés ed, c'est l'angle embrassé par votre objectif.
Cette méthode s'applique non-seulement aux lentilles simples, mais encore aux lentilles composées telles que celles qui constituent les objectifs employés en photographie.
§ 186. Essai du foyer chimique de l'objectif. — Placez à quelques mètres de l'objectif à essayer le focimètre (fig. 93) dont l'image doit se former au centre du verre dépoli. Ce focimètre est formé de 8 segments de carton numérotés et placés à égale distance
OPTIQUE PHOTOGRAPHIQUE
les uns des autres sur un cylindre en bois, leur assemblage vu de face formant un cercle. Mettez rigoureusement au point le carton n" 5, et, afin d'éviter toute erreur, servez-vous d'un verre dépoli placé dans le cliàssis à glace qui recevra plus tard la glace sensibilisée.
Cela fait, substituez la glace sensibilisée au verre dépoli, faites une épreuve et voyez si l'image du carton n^ 5 est bien rigoureusement nette. Si elle ne l'est pas, votre objectif possède un foyer chimique. Si le carton n" 6, 7 ou 8 est le plus net (au lieu du n° 5 mis au point), le foyer chimique est plus long que le foyer visuel, et après chaque mise au point, il faudra allonger le Fis- - Q^. Focimètre. tiroir de votre chambre noire d'une quantité variable avec la distance de l'objet à reproduire. Si c'est le carton n" 2, 3 ou 4, c'est l'inverse.
§ 187. Mesure des diaphragmes pour le calcul des temps de pose. — La plupart des opticiens construisent aujourd'hui la série de diaphragmes qui accompagne les objectifs d'une telle façon que le temps de pose va toujours en doublant du plus grand diaphragme à celui qui le suit immédiatement.
Mais l'on ne peut ainsi calculer les temps de pose pour des objectifs différents. Pour atteindre ce but, il faut diviser la longueur focale / de l'objectif (exprimée en millimètres) par les diamètres (en millimètres) des diaphragmes. On obtient ainsi des chiffres fractionnaires tels que //io, //so, //is, //io,//7, etc. Les temps de pose sont alors respectivement en raison inverse du carré de l'ouverture des diaphragmes soit : 1600, 900, 225, 100, 49. En prenant 49 pour 1, les temps de pose seraient de 1, 1/2, 2/9, i/is, 1/52, le temps de pose du plus grand diaphragme étant pris pour unité.
Voilà les temps de pose pour un seul et même objectif. Mais si l'on en a plusieurs, il suffit d'établir les mêmes rapports entre / et le diaphragme, et alors les temps de pose sont comparables, car tous les objectifs ont sensiblement la même rapidité.
Cette règle est approximativement exacte (i), et l'est tout à fait pour l'objectif simple.
(1) Pour connaître exactement le diamètre d'un diaphragme placé entre les deux lentilles d'un objectif, dirigez ce dernier, muni du diaphragme à mesurer, vers le soleil. Puis, avec un compas dont les pointes portent sur la surface extérieure de la lentille qui regarde le soleil, cherchez, en ouvrant ou en fermant le compas, à faire coïncider l'ombre des pointes du compas avec les bords de l'ouverture du diaphragme.
SECTION VI. — DE l'usage des objectifs.
§ 188. De l'usage de l'objectif pour le portrait. — Nousavons signalé page 141 quels objectifs il fallait employer pour le portrait, il est donc inutile d'y revenir ici, de même que sur les chambres noires à cartes de visite, format album, etc. (Voir pages 85 et suiv.)
Mais c'est ici le lieu d'expliquer l'utilité du cône adapté à toutes les chambres noires, et qui est représenté en K, fîg. 39, page 90.
Le premier effet de ce cône est d'éloigner toute lumière étrangère au sujet à reproduire, qui peut venir frapper, à travers l'objectif, les parois intérieures de la chambre noire, s'y réfléchir, et produire ainsi des images voilées.
Le second effet, de beaucoup le plus important, réalisé par l'obturateur AB (fîg. 94) de ce cône, est de donner des temps de pose différents à la partie inférieure du modèle et à sa partie supérieure. Notre figure représente, en effet, l'obturateur à moitié ouvert. Dès lors, la partie supérieure 0 du verre dépoli de la chambre noire, voit
suivant la direction OLR la partie inférieure du modèle.
Si l'on continue d'ouvrir lentement l'obturateur, le verre dépoli verra successi-
3 M — ' ^ vement toutes les parties qui
Fig- se trouvent au-dessus de la
partie inférieure du modèle. Il se produit ainsi un effet dégradé du haut vers le bas et une inégalité d'éclairage qui souvent fait le plus bel effet, parce que le portrait ainsi obtenu s'assombrit à partir de la tête aux pieds.
M. Cadett a inventé un petit appareil très-ingénieux pour ouvrir et fermer l'appareil à distance.
En voici la description (fig. 95 et 96) :
1° Une petite boîte, qui s'adapte aisément à tous les objectifs, au moyen d'un anneau en caoutchouc : cette boîte est munie d'un disque obturateur très-léger recouvert de velours noir et qu'un ressort, contenu dans la boîte, maintient devant la lentille de l'objectif;
La distance des pointes du compas est alors l'ouverture vraie du diaphragme. Elle est toujours un peu plus grande que celle du diaphragme, puisque l'effet de la première lentille de l'objectif est de faire converger les rayons lumineux qui la traversent.
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2" Un long tuyau flexible, à l'extrémité duquel se trouve une poire en caoutchouc que l'opérateur tient en main. Lorsqu'on presse la poire dans la main l'air qu'elle contient est comprimé, et la
Pig. 95, Obturateur Cadett.
pression de cet air, se communiquant instantanément à un appareil pneumatique renfermé dans la boîte, agit sur le ressort et soulève le disque qui découvre l'objectif aussi longtemps que l'on appuie sur la ! poire. Cesse-t-on de comprimer celle-ci, l'obturateur, sollicité par i le ressort, reprend sa position première et ferme l'objectif.
Fig. 96. — Manière de se servir de l'obturateur Cadett.
En s'ouvrant, l'obturateur n'imprime aucune secousse à l'appareil, à condition que l'on opère adroitement.
On comprend l'utilité de cet ingénieux appareil; grâce à son emploi, le photographe peut facilement découvrir à distance l'objectif, sans que le modèle s'en aperçoive.
Cet obturateur permet très-aisément d'obtenir unepose instantanée.
§ 189. Mise au point. — La mise au point se fait en couvrant le verre dépoli de la chambre noire d'un drap noir sous lequel on met la tête pour voir l'image. De la main droite, on tourne le bouton de la crémaillière que porte la chambre noire, jusqu'à ce que l'image soit
nette sur le verre dépoli(l). Pour le portrait, c'est généralement l'œil du modèle que l'on met au point.
Le plus souvent, les verres dépolis qui accompagnent les chambres noires ordinaires sont trop gros de grain et la netteté de l'image se perçoit mal. Il vaut mieux acheter chez un opticien, de l'éméri dit de 10 minutes de dépôts en jeter quelques pincées sur une glace bien unie, puis avec de l'eau et un petit morceau de glace é|)aisse, dépolir la glace pendant quelques minutes jusqu'à ce qu'elle soit entièrement mate. Alors la surface est d'un grain excessivement fin, et la mise au point est d'une rare facilité. Autrement, elle est très-laborieuse.
Un point sur lequel l'opérateur doit être rendu attentif, c'est que le châssis à glace sensible que l'on substitue au verre dépoli après la mise au point, soit, de même que le verre dépoli, appuyé par des ressorts contre la partie fixe de la chambre noire, sinon l'image peut manquer de netteté. Ceci s'explique puisque la glace sensible et le verre dépoli doivent occuper rigoureusement la même place.
Après la mise au point, vient comme nos lecteurs le savent, l'exposition de la glace sensible à la lumière dans la chambre noire, pendant un temps variable, qu'on appelle le temps de pose. Pour cela, le châssis à glace est substitué au verre dépoli,' ouvert un certain nombre de secondes^ puis fermé, et porté dans le cabinet noir où l'image est développée.
§ 190. Comment on se sert de l'objectif à portraits. —
On utilisera toute Vouverture de l'objectif pour les poses en pied, et l'on y mettra un diaphragme moyen pour les bustes. Seulement dans le dernier cas, le temps de pose sera nécessairement plus long.
L'on choisira toujours l'objectif d'un foyer convenable pour le format que l'on voudra produire. Ainsi l'on ne fera jamais un buste format-carte, avec un objectif destiné au format-cabinet, ni une grande tête format cabinet avec un objectif dit 4 pouces. La raison en est que la profondeur de foyer des objectifs diminue fortement avec leur lon-
(1) Pour examiner l'image sur le verre dépoli, on se sert souvent d'une loupe ABC
qu'on applique immédiatement sur ce verre dépoli. Elle est formée de deux lentilles a, b, serties dans le tube C, qui glisse par le tube taraudé B dans le chapeau A qui sert à obscurcir le champ de la loupe. Sur le verre dépoli, tracez une croix au crayon, adaptez dessus le tube A et en contact avec le dit verre dépoli, puis ajustez le tube C de manière à voir le trait au crayon, et serrez l'anneau de pression qui se visse en B. Pour faire maintenant usage de la loupe, il suffit de l'appliquer contre le verre dépoli en tel endroit que l'on désire voir l'image nettement
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gueur de foyer, et plus le foyer est court, plus cette profondeur de foyer est grande, mais moins grande est aussi la plaque couverte. Donc, pour chaque format, il faut un objectif spécial.
Pour éviter la déformation dans les objectifs, il est indispensable de tenir la chambre noire horizontale, quitte à monter, si c'est nécessaire, la planchette mobile qui porte l'objectif. Pour les bustes, on peut quelquefois incliner légèrement mrs le las l'axe de l'objectif, faire plonger l'appareil comme on dit, mais alors il est absolument nécessaire que le châssis, qui porte le verre dépoli, soit mobile ou en d'autres termes basculant.
§ 191. Comment on se sert de l'objectif à vues. — Voir le chapitre concernant les vues et reproductions, placé à la suite du chapitre collodion et procédés négatifs.
§ 192. Causes de variation dans la pose à la chambre noire. — La glace sensible doit être exposée un temps rigoureusement déterminé à la chambre noire. Si ce temps est insuffisant, répreuve obtenue est heurtée; s'il est dépassé, l'épreuve est grise et sans vigueur.
Pour déterminer ce temps, il faut se servir d'une montre à secondes ou suspendre dans l'atelier un pendule formé d'une simple ficelle d'un mètre de long terminée par une boule de' plomb, pendule que l'on fait mouvoir pendant la pose. Il bat approximativement les secondes qu'il faut s'habituer à compter mentalement.
Voici les causes principales qui modifient le temps de pose :
P L'état du ciel. Un ciel gris, couvert de brouillards, donne très-peu de lumière, de même qu'un ciel d'un bleu très-pur et absolument sans nuages. Un ciel couvert de nuages blancs permet la pose la plus courte.
2"" La saison et V heure dîi jour. L'hiver est moins favorable que l'été, et les heures qui suivent le midi moins bonnes que celles qui le précèdent.
3^ La longueur du foyer de Vohjectif. Plus l'objectif a une longue distance focale par rapport à son diamètre, plus il est lent. Même chose d'un objectif muni d'un diaphragme. La durée du temps de pose est, pour le même objectif, proportionnelle au carré de l'ouverture du diaphragme.
4*" L étendue de Vohjet à reproduire. Plus l'objet à reproduire offre d'étendue, plus est grande la somme de lumière qu'il envoie à l'objectif. C'est ainsi qu'une vue se reproduit en moins de temps qu'un groupe, un groupe qu'un portrait en pied, et un portrait en pied qu'un buste.